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Disparitions

De
143 pages
Enlèvements à la maternité Une enquête au coeur des liens familiaux Quelques heures après sa naissance, le petit Antonio disparaît mystérieusement du service de maternité pourtant sécurisé de l'hôpital de la Pitié de San Diego. Cette disparition est la seconde en quelques semaines et Ellen Jeffries, l'infirmière en chef, n'arrive pas à comprendre comment une telle chose a pu se produire. Qui a pu enlever l'enfant ? Comment ? Pour quelle raison ? Ellen en parle à son vieil ami Anthony Granger, dont le fils Daniel se voit chargé, avec sa collègue Samantha de Luca, de l'enquête sur les circonstances de cette disparition.
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2 Titre
Disparitions

3Titre
Adrienne Claire
Disparitions

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02058-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304020588 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02059-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304020595 (livre numérique)

6





A Cécile & Graeme,
avec toute mon affection

A Virginie, ma première lectrice
Merci pour ta confiance, ton soutien,
Ton enthousiasme, tes encouragements…
et ton amitié
.
8
CHAPITRE 1
La nursery de l’hôpital de la Pitié est plongée
dans l’obscurité. Les douze berceaux sont tous
occupés. Il y a eu une vague de naissances dans
les deux jours, à cause de la pleine lune. Les bé-
bés gazouillent doucement, la plupart d’entre
eux dorment, certains rêvent peut-être aux adul-
tes qu’ils seront plus tard.
Les mamans de ces chérubins sont sur le
même étage, au bout du couloir. La plupart
d’entre elles passe de longues minutes devant la
vitre, à contempler l’enfant qu’elles viennent de
mettre au monde, à se demander à qui il res-
semble, ce qu’il deviendra, s’il sera heureux. El-
les sont souvent accompagnées du papa, ou
d’un membre de leur famille qui partage avec
elles ces instants si précieux et si particuliers.
Mais il y a une maman qui ne va pas voir son
enfant. Cette maman reste dans sa chambre, ne
parle à personne, même au personnel soignant
qui pourtant l’entoure de tous les soins et de
l’attention dont elle a besoin.
9 Disparitions
Cette maman s’appelle Maria. Elle a dix-sept
ans. Elle vient de donner le jour à un petit gar-
çon de trois kilos dont elle n’a pas encore vu le
visage.
Elle ne lui a pas donné de prénom.
Elle ne le fera pas.
Maria a décidé d’abandonner ses droits sur
son bébé. Elle n’est pas majeure, elle n’a pas fini
ses études, elle ne peut pas élever son enfant.
Le père est… absent : comme tant d’hommes
avant lui, il n’a rien voulu savoir de cette gros-
sesse et n’a pas souhaité assumer ses responsa-
bilités.
Maria ne peut pas assumer cette naissance
qu’elle n’a pas souhaité, cette naissance qui n’est
au fond que le produit d’une erreur.
Elle a voulu le mettre au monde pour qu’il
soit adopté et confié à des parents aimants, afin
qu’il puisse grandir dans de bonnes conditions.
Même si l’idée de l’abandonner réveille un écho
au fond d’elle, elle sait qu’elle n’a pas d’autre
solution. Elle n’a pas le choix.
L’infirmière qui s’occupe d’elle plus particu-
lièrement a essayé de lui parler, de la convain-
cre. Maria respecte sa démarche mais sa déci-
sion est prise.
Bien sûr c’est difficile. Bien sûr c’est un dé-
chirement mais Maria est rationnelle : si elle
garde son enfant avec elle, elle ne pourra pas lui
donner l’éducation et l’environnement dont il
10 Disparitions
aura besoin. Elle aura le temps d’avoir d’autres
enfants, plus tard, quand elle aura fini ses étu-
des, quand elle aura un bon travail et assez
d’argent de côté pour accueillir une naissance
dans les meilleures conditions qui soient.
Elle a le temps d’avoir d’autres enfants. Plein
d’autres.
Le couloir est éclairé mais le service est très
calme. Pour une fois depuis quelques jours, au-
cune femme enceinte n’est arrivée en catastro-
phe avec les pompiers. Aucune naissance n’est
programmée pour la soirée. Le personnel sur-
veille les mamans et les enfants avec leur vigi-
lance habituelle, et passe le reste de leur temps
dans la salle de repos. Si une alarme retentit, les
infirmières peuvent réagir en quelques se-
condes.
Maria est sortie pour la première fois de sa
chambre. Elle s’aventure dans le couloir,
comme si elle cherchait son chemin. Elle erre
sans but précis, à la recherche d’un distributeur
de boissons ou d’un kiosque à journaux.
Elle arrive sans l’avoir voulu devant la façade
vitrée de la nursery. Elle peut à peine voir les
prénoms des enfants inscrits sur les berceaux,
d’ailleurs elle ne cherche pas son petit garçon.
Dans ces petits visages confiants, à peine éveil-
lés à la vie, elle cherche un quelque chose
qu’elle ne retrouvera plus : un peu de
11 Disparitions
l’innocence qu’elle avait avant de tomber en-
ceinte.
Elle pose sa main sur la vitre comme pour
caresser la joue de chaque enfant. Et puis une
vague de tristesse l’envahit, et les larmes qu’elle
refoule depuis la naissance du bébé débordent
de ses yeux et inondent son visage.
– Oh, mon ange… pardonne-moi. S’il te
plait, pardonne-moi…
Elle ferme les yeux et appuie son front sur la
vitre. Elle reste quelques secondes les yeux clos,
à pleurer comme si elle venait de perdre le plus
important de sa vie. Et puis elle se redresse, elle
essuie ses joues avec la manche de son peignoir
et elle fait demi-tour, le cœur brisé à jamais,
mais conscience que c’est la seule solution
qu’elle puisse choisir.
En revenant vers sa chambre, elle croise sans
la voir une femme vêtue d’un imperméable gris,
dont le visage est caché par de grosses lunettes
de soleil et les cheveux par un foulard.
Deux minutes plus tard, dans la nursery, il y a
douze berceaux. Onze sont occupés.
C’est à la tournée suivante que l’infirmière se
rend compte de la disparition du bébé. L’instant
de panique passé, elle pense qu’une maman n’a
pas pu résister à l’envie de prendre son enfant
avec elle pour la nuit. Elle avertit une autre in-
firmière, et avec elle fait le tour des chambres.
Mais aucune mère ne dort avec son enfant ce
12 Disparitions
soir. Et de toute façon comment aurait-on pu
accéder à la nursery ? La porte est fermée à clef
et le seul exemplaire de la clef est dans la poche
de l’infirmière de garde.
Il n’y a plus qu’une chose à faire : prévenir
l’infirmière en chef, qu’elle trouve dans son bu-
reau, en train de remplir des dossiers.
Ellen Jeffries est sans doute la plus ancienne
infirmière de l’hôpital. Affectée depuis une di-
zaine d’années à la maternité, elle devrait nor-
malement avoir pris sa retraite depuis quatre
ans au moins. Mais elle n’arrive pas à se résou-
dre à quitter l’environnement professionnel qui
constitue, depuis près de quarante ans, tout son
univers.
Très discrète de nature, Ellen parle rarement
d’elle et seules les personnes qui ont pris la
peine de passer outre l’impression de froideur
qui se dégage habituellement savent qu’Ellen
n’est en fait pas le cerbère qu’elle parait être.
C’est même tout le contraire… Mais la vie ne
lui a pas spécialement fait de cadeaux et c’est
peut-être les peines que son cœur a connu qui
l’ont endurcie.
Ellen ne s’est jamais mariée. Dans les années
soixante dix, elle a fait partie de ces jeunes
femmes qui ont été envoyées au Vietnam. Une
année de sa vie qu’elle n’oubliera jamais,
comme toutes ses consœurs qui ont vécu cette
expérience. Ellen y a appris comme la vie hu-
13 Disparitions
maine est éphémère et précieuse, elle y a dé-
couvert le sens de la fraternité avec les autres
infirmières, et même trouvé l’amour. Mais les
beaux plans qu’ils faisaient ensemble pour leur
retour à la vie civile ne se sont jamais concréti-
sés : le fiancé d’Ellen a sauté sur une mine deux
semaines avant son rapatriement. De cette perte
dont la douleur n’est jamais réellement partie de
son cœur, Ellen avoue ne s’être jamais remise.
Sans doute pour cette raison n’a-t-elle jamais
voulu se marier, ni avoir d’enfants, pour ne pas
trahir la mémoire du jeune homme qu’elle avait
aimée.
Une fois rentrée au pays, le travail a été pour
Ellen le seul moyen de ne pas sombrer dans la
folie. Les années ont passé, de simple infirmière
au service maternité, elle a été promue chef, et
pourtant certains matins dans son miroir il lui
semble encore voir la jeune femme de vingt
trois ans qui a croisé John sur une plage du
Vietnam un beau matin de février. Tout ce qui
lui reste de John est une Silver Star enfermée
dans un écrin de velours noir dans le tiroir de sa
table de nuit : une médaille du mérite décernée
à titre posthume que la mère de John a voulu
qu’Ellen conserve en souvenir.
Le temps a passé tellement vite depuis ce
matin de février…
Ellen soupire et regarde sa montre. C’est la
troisième disparition d’enfants dans le service
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