Action missionnaire en Guinée Equatoriale, 1858-1910 Tome 2

Action missionnaire en Guinée Equatoriale, 1858-1910 Tome 2

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L'auteur analyse de quelle manière les missionnaires clarétains, détenteurs du monopole éducatif en échange de leur présence qui légitimait la colonisation espagnole dans les territoires espagnols d'Afrique centrale ont, avec le financement de l'Etat libéral, créé un modèle de colonisation ancré dans l'Ancien Régime, à la fois paternaliste et autoritaire.

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Ajouté le 01 novembre 2014
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EAN13 9782336360591
Langue Français
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ACTION MISSIONNAIRE Jacint Creus Boixaderas
EN GUINÉE ÉQUATORIALE,
1858-1910
À la reconquête de l’Ancien Régime
ACTION MISSIONNAIRE
Tome 2
EN GUINÉE ÉQUATORIALE,
La Guinée Espagnole (aujourd’hui la Guinée Équatoriale) a connu, dès le
début de sa colonisation, le rejet des manifestations culturelles originales des 1858-1910
peuples qui la composent. Ces manifestations symbolisaient pour les colons une
forme de résistance à leur prise de pouvoir. Pour s’en protéger, ils les ont donc À la reconquête de l’Ancien Régime
déformées afi n d’en faire des outils spirituels qui leur ont permis d’asseoir leur
epouvoir et de parvenir à leurs fi ns. Dans ce 2 tome, le professeur Jacint Creus
analyse de quelle manière les missionnaires clarétains, détenteurs du monopole
Tome 2éducatif en échange de leur présence qui légitimait la colonisation espagnole dans
les territoires espagnols d’Afrique centrale - ont, avec le fi nancement de l’État
libéral, créé un modèle de colonisation ancré dans l’Ancien Régime, à la fois
paternaliste et autoritaire. C’est d’elle que les autorités coloniales et les suivantes
se sont inspirées. L’utilisation de mythes relatifs à l’évangélisation espagnole en
Amérique et la tentative d’imposition d’une nouvelle identité pour les diff érentes
sociétés guinéennes ont fait des missionnaires les créateurs d’une société
coloniale originale. Celle-ci n’est pas étrangère à la situation actuelle du pays.
Jacint Creus Boixaderas est philologue, docteur en anthropologie culturelle
(Université de Barcelone) et docteur en histoire et civilisations (Université de Paris
VII, Denis Diderot). Il a consacré 30 années de sa vie à la recherche sur les littératures
orales équato-guinéennes, et sur l’histoire de la première étape coloniale espagnole de
Guinée.
Action missionnaire en Guinée Équatoriale, 1858-1910 est basé sur la thèse
doctorale rédigée par le professeur Jacint Creus, et soutenue à l’université de Paris VII
en 1999. Il se présente en deux tomes.
Illustration de couverture : Le père Joaquin Juanola avec le secrétaire du
gouvernement de Santa Isabel D. Juan Montero et D. Juan Pla, le capitaine
des navires à vapeur de la compagnie Transatlantica (avant 1913) Tome 2
© archives clarétaines (CMF).
ISBN : 978-2-336-30769-5
37,50 €
ACTION MISSIONNAIRE EN GUINÉE ÉQUATORIALE, 1858-1910
Jacint Creus Boixaderas
À la reconquête de l’Ancien Régime

























Action missionnaire en Guinée
Équatoriale, 1858-1910
À la reconquête de l’Ancien Régime

Collection Guinée Équatoriale
dirigée par Valérie de Wulf


Guinée Équatoriale est une collection qui a pour objectif de présenter ce pays
d’Afrique centrale sous toutes ses facettes : historique, artistique,
linguistique, biologique, ou même énergétique. Car qui peut se targuer de
connaître cette jeune nation qui a acquis son indépendance en 1968 ? On
continue de la confondre avec la Guinée Conakry ou la Guinée Bissau, ou
même encore parfois avec la lointaine Nouvelle-Guinée des mers d’Océanie.
Sa position centrale dans le golfe de Guinée, la composition même de son
territoire, à la fois continental et insulaire, en font un pays stratégique en
Afrique.

A la fois africaine et ibérique, bantou et créole, la Guinée Équatoriale est
aussi riche culturellement que son sous-sol ou sa faune et de sa flore. Elle
mérite donc qu’on la découvre et que l’on s’y intéresse de façon approfondie.


L’Association France-Guinée Equatoriale (Assofrage) est une association
culturelle française indépendante, non subventionnée. Elle est constituée de
personnes très diverses, mais toutes attachées d’une manière ou d’une autre
à la Guinée Equatoriale pour y avoir vécu, travaillé, en avoir fait un sujet
de recherche universitaire ou bien pour y avoir des amis et de la famille.

Le comité de lecture du volet éditorial de l’association est assuré par des
chercheurs, des universitaires et des enseignants.


Déjà parus

Valérie de Wulf, Histoire de l’île d’Annobon (Guinée Équatoriale) et de ses
e ehabitants du XV au XIX siècle, Tome 1, Paris, co-édition association
France-Guinée Équatoriale et L’Harmattan, 2014.

Valérie de Wulf, Les Annobonais, un peuple africain original (Guinée
e eÉquatoriale, XVIII au XX siècle), Tome 2, Paris, co-édition association


Jacint Creus Boixaderas





Action missionnaire en Guinée
Équatoriale, 1858-1910
À la reconquête de l’Ancien Régime


Tome II
























































































Du même auteur


Cuentos Bubis de Guinea Ecuatorial, Malabo, Centro cultural
hispano-guineano ed., coll. Ensayos n°9, 1992.

Exploracions centrafricanes (1887-1901) del P. Joaquim Juanola,
Agrupacio Excursionista de Granollers, 1996.

Identidad y conficto, aproximación a la tradición oral en Guinea
Ecuatorial, Madrid, Los Libros de la Catarata, 1997.

Epistolario del P. Juanola, c.m.f. (1890-1905), Vic, CEIBA Ed., coll :
documentos de la Colonizacion, n°8, 2002.

Curso de litertura oral africana, lecturas comentadas de literatura
oral de Guinea y del Africa negra, Vic, CEIBA Ed., 2005.



































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30769-5
EAN : 9782336307695
Un grand merci à Samuel Denantes, un des chercheurs de notre
association, qui m’a aidé à la mise en page des cartes et des tableaux
de cette étude. Préface
C'est un honneur pour l'association France-Guinée Équatoriale de publier
cette étude rédigée par le professeur Jacint Creus Boixaderas.
Ce grand spécialiste de la culture équato-guinéenne ne s'est pas
contenté de ses connaissances, déjà prestigieuses, dans les domaines
littéraires et anthropologiques, il s'est aussi penché sur l'histoire de la
Guinée Équatoriale. Afin de le faire dans l'excellence, il a relevé un
défi que peu de personnes osent relever, celui de préparer cette étude
dans un autre pays et dans une autre langue que la sienne : il a rédigé
sa deuxième thèse doctorale en français, et il l'a soutenue en France, à
l'université Paris VII « Denis Diderot » en 1998, sous la direction du
professeur Françoise Raison.
Ce travail est peu connu en France et en Guinée : il n'a jamais été publié.
Il s’agit du résultat d’une recherche minutieuse et très riche et qui reste donc
à découvrir. Seul un article de position de thèse a permis d'en donner un peu
la saveur à ceux qui, comme nous à l'association, sommes à la recherche de
tout ce qui concerne la Guinée Équatoriale. Cet article est d'ailleurs en libre
consultation sur le site internet de notre association. C’est donc pour nous
une grande joie de pouvoir mettre à la disposition de ceux que l’histoire de
ce pays intéresse, un texte de grande qualité.
eIl s’agit ici du 2 et dernier tome de cette thèse, nous vous en souhaitons
bonne lecture.
9 En de nombreux endroits, en tous lieux
Et prædicabitur hoc Evangelium regni in universo orbe,
in testimonium omnibus gentibus :
et tunc veniet consummatio.
(Mt, XXIV, 14)
La mission de Santa Isabel
« Le mois [de mai] a été vraiment le mois des fleurs naturelles et
spirituelles : elles ne tenaient pas sur l'autel et dans le cœur de ces gens qui
commencent à aimer Marie et parler d'Elle avec tant de plaisir ; lorsqu'ils
font un don à l'église, ils disent : "Père, ayez l'obligeance d'allumer ces deux
cierges à la Vierge en mon nom, nous irons ou j’irai en acheter pour la
Vierge”. Ce mois de mai on en a offert 130 et ces gens ont fait de leur mieux
pour y assister. De son côté, le Père Ayneto et les enfants ont interprété de
superbes Ave-Marie et de magnifiques chants du mois lyrique, accompagnés
de l'harmonium et de tous les assistants, qui, sans être des canaris, n'ont pas
1leur pareil dans le chant » .
La célébration du mois de mai s'inscrit dans le modèle de labeur
paroissial que les clarétains copièrent des missionnaires jésuites. C'est à
Santa Isabel que leur tâche avait le plus de sens, car non seulement c’est
dans ce lieu que se trouvait le plus important contingent européen, mais aussi
parce que les quelques catholiques y résidant n’avaient cessé de croître en
nombre à chaque nouvel avatar de la colonie, et enfin parce qu’il s’agissait
tout simplement de la seule ville de la colonie et donc de la capitale du pays.
La conjonction des célébrations liturgiques et des activités scolaires suivait
un vieux schéma, maintenu, à Santa Isabel, tout au long de la période.
Je veux souligner ici que ce modèle missionnaire de genre paroissial avait
lieu dans un endroit considéré par les jésuites et les clarétains comme une
« ville pervertie ». C'est justement à Santa Isabel que se concentraient ceux
que les missionnaires considéraient comme des adversaires, voire des
1 « Este mes [de mayo], verdaderamente ha sido mes de flores naturales y espirituales :
aquéllas no cabían en el altar, y éstas no cabían en el pecho de estas gentes, que ya empiezan
a amar a María y hablan de ella con satisfacción ; cuando espontáneamente ofrecen alguna
cosa en la iglesia, dicen : “Padre, hace el favor de enciende estas dos velas a Virgen para yo ;
yo o nosotros va compra velas para Virgen”. En este mes de mayo le han ofrecido unas 130
velas, y se han esmerado en asistir. Por su parte, el P. Ayneto con los chicos, han ejecutado
riquísimas Avemarías y bellísimos cantos del mes lírico, con acompañamiento de armónium y
de todos los asistentes, los cuales, aunque no son canarios, sin embargo les ganan en cantar ».
Lettre du P. Joaquim Pagès, du 5 juin 1887. In : Boletín Religioso de la Congregación de
Missioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María, vol. 4, juillet 1887 - janvier 1888, p. 24
25.
11 ennemis : les protestants, les plus riches colons, les administrateurs et les
gouverneurs. Ceux-ci, dans leur entourage, représentaient un pouvoir
gouvernemental qui s'était fortement engagé sur l'action des missionnaires
dans l'organisation coloniale ; et devaient tenir informés leurs supérieurs sur
l'efficacité de ce moyen.
Enfin, la Mission de Santa Isabel était le point névralgique de
l'organisation missionnaire de la colonie. Le centre d'où partaient et où
aboutissaient tous les événements autant missionnaires que politiques,
économiques ou de correspondance entre les différentes administrations
métropolitaines, coloniales et ecclésiastiques.
Tout cela nous montre l'importance de la Mission de Santa Isabel. Une
Mission siégeant dans le seul endroit vraiment « civilisé » et « contrôlé »de
tout l'ensemble de la colonie. Un endroit où la Mission se devait de donner
une « image » d’ordre, de qualité et d'efficacité pour réaffirmer sa propre
identité face à des anglophones et des protestants ; ainsi que pour renforcer
la position des Missions face à des autorités qui, en tant que résidentes à
Santa Isabel, évalueraient surtout la qualité du système à partir de la Mission
de la capitale. Autrement dit, la Mission de Santa Isabel devait donner le
2« ton » . Elle devait être perçue comme un organisme important,
opérationel, puissant, efficace et actif, et comme le symbole du pouvoir des
clarétains dans la colonie. C'est la raison pour laquelle les religieux étaient
plus nombreux que dans les autres Missions, et c'est également pourquoi elle
était le siège de la Préfecture Apostolique. Cette « image » que devait donner
la Mission était à la fois une image externe : l'église de Santa Isabel devait
être plus grande, plus imposante que les autres et c'est là où devaient avoir
lieu les célébrations liturgiques les plus solennelles et de la manière la plus
cérémonieuse possible. Il en était de même pour l’école et le presbytère. Il
était selon la même logique parmi les plus prestigieux de la ville.
Curieusement, les Clarétains voulurent agrandir cette bâtisse qu'ils
avaient héritée des jésuites à la suite d'un incendie et avec la complicité du
gouverneur. Cet incendie ravagea la maison du consul portugais, située juste
à côté du presbytère, mais celui-ci fût épargné grâce à l'aide de toute la
localité aidée des militaires et à la faveur d'un opportun changement de la
direction du vent : « Il est vrai que toute la localité et notamment les marins
travaillèrent sans répit pour éviter que notre maison devienne la proie des
flammes. Mais ce qui intervint d'une manière spéciale et très évidente fut
surtout la Divine Providence. Les poutres qui soutenaient le plafond
commençaient à prendre feu, la teinture des fenêtres fondait, les marins
avaient la fumée en face, ce qui les empêchait d'agir librement et de
s'approcher suffisamment du feu pour le maîtriser ; tout ceci annonçait
l’effondrement imminent du bâtiment, lorsque, tout d'un coup, le vent
changea et, poussant les flammes et la fumée vers le côté opposé, il écarta
2 Nanni, 1990, 1997b.
12 tout danger. Le magasin fut réduit en cendres. Grand bien nous firent pour
jouir des faveurs de la Divine Providence les oraisons des religieuses qui ne
cessèrent, tant que dura le feu, de prier à St. Joseph pour qu'il conjure le
3danger » .
Le presbytère fut épargné, et cela ne fut pas le seul côté positif de cette
expérience désagréable : « J'oubliais de vous souligner le grand bien qu'à
l'occasion de l'incendie nous a octroyé le Seigneur. Vu que la maison du
consul portugais était en face de la nôtre, elle nous empêchait d'admirer la
mer et de recevoir ses brises rafraîchissantes, ce qui représentait un grave
inconvénient pour la salubrité et fraîcheur de notre maison. Mais depuis que
cet obstacle a disparu, la vue est si belle et les brises si fraîches que nous
pouvons vraiment apprécier la tiédeur de ce pays. Il suffirait maintenant que
le consul nous cède le terrain, ou qu'il bâtisse sa maison dans des terrains
4avoisinants pour pouvoir continuer à jouir de tels atouts » .
Pour les missionnaires clarétains le rapport entre l'emplacement d'une
maison et la santé était étroit, étant donné leurs idées sur le paludisme et
toutes les autres maladies. Mais le consul portugais mourut peu après ; et son
successeur, Nacimiento de Jesús Brusaca da Cunha Lisboa, ne voulut pas
accéder aux désirs des clarétains : « Le terrain ne lui appartenait pas non
plus, le propriétaire était un tel William Lynslager, á l'époque commerçant
au Congo. Comme la Mission Catholique faillit brûler, elle [la maison] nous
empêchait de voir la mer et de sentir la brise ; lorsque Nacimiento voulut la
reconstruire, le Gouverneur, D. A.Moreno Guerra, ne lui concéda pas
3 « Verdad es que toda la población y en particular la marinería trabajó sin descanso para
evitar que nuestra casa fuera presa de las llamas. Mas quien vigiló de un modo especial fue la
divina Providencia, la cual se vio claramente marcada en este caso. Comenzaban ya a arder
las vigas que sostenían el tejado, derretíase la pintura de las ventanas, el humo dando en la
cara de los marineros les impedía funcionar con libertad y acercarse al fuego lo necesario para
contenerle, todo presagiaba la próxima ruina del edificio, cuando de repente cambió el viento,
el cual, dirigiendo las llamas y el humo al lado opuesto, ahuyentó todo peligro, quedando
reducida a cenizas la referida tienda. (...) Mucho inclinaron a nuestro favor [a] la divina
Providencia las oraciones de las religiosas, las cuales mientras duró el fuego no cesaron en el
colegio de rogar a S. José conjurase el peligro ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la
Casa-Misión de Santa Isabel.AG.CMF, Section F, Série P, Boîte 6, Carton 1, p. 38.
4 « Olvidábame de hacer notar a V. un gran beneficio que nos ha dispensado el Señor con
ocasión del incendio. Como la casa del cónsul portugués estaba delante de la nuestra, nos
quitaba toda la vista del mar y sus refrescantes brisas, lo cual era un inconveniente grande
para la salubridad y frescura de nuestra casa. Mas ahora que no existe semejante obstáculo,
tiene una vista la más deliciosa y unas brisas tan frescas, que casi no echamos de ver lo cálido
de este país. Sólo nos resta conseguir del cónsul que nos ceda el solar, o que a lo menos
reedifique su casa en terrenos contiguos a la primera, de suerte que no nos prive de tan
estimables ventajas ». Lettre du P. Raimon Andreu, non datée. In : Boletín Religioso de la
Congregación de Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María, volume 3, janvier-juin
1887, p. 449-450.
13 l'autorisation, lui proposant de la vendre et que le Gouvernement
5l'achèterait. Nacimiento, furieux, s'y refusa à plusieurs reprises » .
Le Gouverneur Antonio Moreno Guerra ressentait une certaine amitié
pour les clarétains. Devant la réponse négative du consul portugais, il
considéra qu'il s'agissait d'une affaire d'utilité publique et déposséda
Lynslager du terrain, malgré la position influente de celui-ci6. L'acte
2d'expropriation notifie qu'il s'agit d'un terrain de 5042 m , situé à l'est de la
Mission et qui a été livré au P.Joaquim Pagès, en l'absence du Préfet
7Apostolique, le 13 mai 1889 .
Cette victoire permet aux missionnaires de révérifier leurs idées sur la
corrélation entre la localisation du bâtiment et la santé de ses habitants. La
Mission, en jouissant d’un plus grand espace, transformé en un vaste jardin,
bénéficierait également d’une meilleure aération des bâtiments. Mais, par
dessus tout c'est l'autorité de la Mission qui se raffermit (et celle du
gouverneur) face à la classe sociale la plus importante de la ville : celle des
commerçants protestants anglophones, qui en formaient le noyau initial.
L'agrandissement de la maison de la Mission était donc un acte lourd en
signification, ce dont le propriétaire saisi a perçu d’emblée toute
l’importance : « Plus tard, vint me voir Guillermo Lynslager du Congo, pour
réclamer. Lorsqu'il apprit que tout avait été cédé à la Mission il s'exclama :
"Tout cela a été donné aux P.P. C'est bien : ça a été donné á Dieu, et je ne
veux donc rien réclamer". Ces mots, je les entendis moi-même. Bien que
8protestant, yankee , il était un grand ami à nous, et puis, il eut un enfant et...
il voulut le baptiser comme catholique, et il organisa une fête magnifique,
invitant chez lui, tous les enfants de l'école. Il nous a toujours beaucoup
9aimés » .
5 « El terreno o sitio tampoco era suyo, era de un tal William Linslager, entonces comerciante
en el Congo. Como estuvo la Misión Católica en un tris también de quemarse, y nos quitaba
toda la brisa y vista del mar, cuando Nacimiento quiso reedificar no le permitió el gobernador,
D. A. Moreno Guerra, y le propuso la venta y que el Gobierno la compraría. Nacimiento,
hecho una furia, que no y que no... ». Lettre du P. Joaquim Juanola au P. Eusebio Sacristán du
30 avril 1911. AG.CMF, Section F, Série N, Boîte 9, Carton 4.
6 Fils de Charles Lynslager, dernier gouverneur non espagnol de la colonie (10 juin 1854 - 27
mai 1858) William Lynslager possédait plusieurs établissements et était l'associé de John
Holt, sans doute le commerçant le plus important de la Guinée espagnole. Il s'agissait donc
d'un des personnages les plus significatifs de la société fernandine.
7 Le décret d'expropriation eut lieu deux jours plus tôt. AG.CMF Section F. Série N, Boîte 8,
Carton 7
8 W. Lynslager était un Britannique d'origine néerlandaise.
9 « Más tarde vino Guillermo Linslager del Congo, para... reclamar. El hombre, al ver y
considerar que todo esto había sido entregado a la Misión, dijo : “Esto ha sido dado a los PP.
Está bien : ha sido dado a Dios, y yo no quiero reclamar nada”. Estas palabras, las oí su
servidor. Aunque protestante, yankee, era muy amigo nuestro, y después tuvo un crío de... y
lo quiso bautizar en católico, e hizo un festival tremendo, haciendo que fuera a su casa todo el
colegio, y siempre nos ha querido mucho ». Lettre du P. Joaquim Juanola au P. Eusebio
Sacristán, doc. cit.
14 Entre l'incendie de la maison du consul portugais et l'expropriation de ce
terrain, se déclara, le 12 novembre 1888, un autre incendie : celui de la
vieille église des jésuites. Elle brûla à cause d'un feu qui avait pris dans un
entrepôt de John Holt, situé justement à côté de la sacristie : « Hier, à huit
heures et demie du soir, il se déclara un incendie dans une maison
commerciale anglaise attenante à notre église ; comme elle était en bois et
qu’elle abritait des matières inflammables, à neuf heures l'incendie s'était
répandu dans tout le bâtiment et ses flammes effroyables s'engouffrèrent
dans notre église par deux fenêtres latérales, sans qu'on puisse l'en
empêcher. À dix heures, il ne restait plus que les murs qui, heureusement,
sont en brique. Le clocher, le chœur et le toit, qui étaient en bois, furent vite
transformés en cendre. Mais la dite maison était à 4 mètres de l'église et dès
le début de l'incendie nous vîmes qu'elle courait une grave danger, si bien
que nous nous efforçâmes à sauver tout ce qui était possible ; commençant
par la divine Majesté, les vases sacrés, les ornements, le linge, l'harmonium,
10les instruments à vent, les images et même les bancs » .
La réponse de la Curie clarétaine mit du temps à arriver. Le P.Xifré, aussi
efficace que d'habitude, attendit d'avoir effectué plusieurs actions à Madrid
pour s'adresser au Préfet Apostolique de Fernando Póo, lequel, trois
semaines après son arrivée, venait de perdre l'église principale des territoires
dont il était responsable : « J’ai reçu votre estimable lettre du 12 novembre,
où vous m'apprenez le malheureux incendie dont nous avions été informés
par câble juste après qu'il eut lieu. Le Gouvernement se dispose à vous
envoyer une église en fer et à cet effet il va bientôt contacter une maison
belge. Je suis très heureux que vous ayez pu sauver des flammes les
11ornements et les vases sacrés » .
Cette idée saugrenue de faire bâtir une église en fer en pleine zone
équatoriale n’est pas du P. Xifré. C’est en fait en Guinée qu’elle fit son
10 « Ayer, a las ocho y media de la noche, se declaró un incendio en una casa comercial
inglesa contigua a nuestra iglesia ; como era de madera y contenía materias inflamables, a las
nueve el voraz incendio ya se había apoderado completamente de todo el edificio, cuyas
espantosas llamas, impulsadas por el viento, penetraron muy pronto dentro de nuestra iglesia
por dos ventanas laterales, sin poderlo impedir. A las diez ya no quedaban de ésta más que las
murallas, que afortunadamente son de ladrillo. El campanario, el coro y la techumbre, que
eran de madera, en un momento fueron cenizas. Sin embargo, como desde el momento que se
declaró el incendio vimos el peligro que ella corría, porque la citada casa distaba no más de
cuatro metros, tratamos de salvar todo lo que se pudiese ; y así, comenzando por la divina
Majestad, vasos sagrados, ornamentos, ropa blanca, armónium, instrumentos de viento,
imágenes, y hasta los bancos, tuvimos tiempo de salvar ». Lettre du P. Pere Vall-llovera du 13
novembre 1888. In : Anales de la Congregación, volume 1, 1889, p. 17-18.
11 « He recibido su muy apreciada del 19 de noviembre, con la cual veo el desgraciado
incendio del cual tuvimos noticia por el cable luego de haber sucedido. El Gobierno está en
mandar una [iglesia] de hierro, para cuyo fin contratará pronto con una Casa belga. Me alegro
mucho de que pudiesen salvar de las llamas los ornamentos y vasos sagrados ». Lettre au du 7
janvier 1889. APG.CMF-Madrid, document non catalogué.
15 apparition. Après l'incendie, le P. Vall-llovera racontait au P. Mata que,
provisoirement, l'église était installée dans le bâtiment de l'école, et il
manifestait ses craintes ainsi que les solutions proposées : « En toute
confiance, je dois ajouter que j'ai bien peur que cette situation soit de longue
durée car le Gouverneur veut tout diriger et, vu son caractère plutôt
difficile, je crains qu'il ait du mal à trouver qui que soit pour diriger les
travaux. Et puis, d'autre part, l'église était très petite, de sorte qu'il aurait
fallu l'agrandir, et les travaux de restauration, d'après des personnes
versées dans la matière, coûteraient quelque cinq mille duros ; il faudrait en
outre envoyer chercher les briques et la chaux à la Péninsule, et encore
couper du bois, lequel mettrait du temps à sécher, etc., etc., nous sommes
convaincus qu'une église en fer est beaucoup plus avantageuse, pouvant
abriter trois ou quatre cents personnes, bien adaptée à ces climats, à
condition de pouvoir l'obtenir. C'est ce que l'ingénieur de cette colonie, Sr.
Piqueras a proposé à M. le Gouverneur, idée à laquelle nous avons donné
notre totale adhésion. Pour l'instant j'ignore ce que deviendra le mémoire, le
plan et le devis que M. le Gouverneur a demandé au dit Monsieur, mais je
12vous en enverrai, si je peux, une copie » .
Le transport de bâtiments en pièces détachées depuis l'Europe, était une
pratique assez répandue en Guinée Équatoriale ; c'était un moyen qui
permettait de faire construire des bâtiments élaborés avec des matériaux
permanents, lesquels, introuvables dans la colonie, devaient être importés, et
apportaient une solution au problème causé parfois par le manque d'ouvriers
spécialisés. Comme on le verra par la suite, les premières Missions au delà
de Santa Isabel furent bâties selon ce principe. En plus de la nouvelle église
de Santa Isabel, il y eût plusieurs envois à destination de la colonie,
notamment pour les édifices de la maison de santé et la maison des nonnes
de Musola, des bâtiments qui formeraient la Mission de cet endroit de la
baie.
L'église de Santa Isabel était le signe extérieur le plus représentatif du
prestige de la Mission guinéenne. C'est ce qui justifie l'insistance incessante
du Préfet : « Les bâtiments de S.Carlos sont toujours sur cette plage. Je me
12 « Hoy debo añadirle en confianza que temo nos quedaremos mucho tiempo en este estado,
porque el Sr. Gobernador quiere manejarlo todo ; y, como tiene un carácter que nadie puede
darle gusto ni contradecirle, difícilmente encontrará quien le dirija la obra. Y como, por otra
parte, la iglesia era muy pequeña, de modo que ya era necesario agrandarla, y la obra de
restauración, según cálculo de personas inteligentes en la materia, ha de costar unos cinco mil
duros, que los ladrillos y la cal tendrían que pedirse a la Península, que las maderas están
todavía en el monte, y que necesitarían su tiempo para secarse, etc., etc., creemos mucho más
ventajoso una iglesia de hierro más capaz que la otra, que pueda contener de tres a
cuatrocientas personas, bien acondicionada a estos climas, si es que se puede conseguir. Así
se lo ha propuesto el ingeniero de esta colonia, Sr. Piquera, al Sr. Gobernador, a cuya idea nos
hemos adherido con mucho gusto. Ahora no sé lo que resultará de la memoria, plan y
presupuesto que el Sr. Gobernador ha pedido a dicho señor, de la cual, si puedo, le mandaré
copia ». Lettre du 20 novembre 1888. AG.CMF, Section F, Série P, Boîte 10, Carton 8.
16 demande comment on va faire pour les transporter là où il faut les monter,
car ce sont des pièces en fonte, très lourdes, et le chemin est très mauvais.
Quand l'assembleur a vu qu'il y en avait encore pour longtemps, il est
reparti pour le Congo à bord du même bateau à vapeur et nous n'avons plus
eu de ses nouvelles. Le Gouverneur lui a écrit, ainsi qu'à la première
autorité du pays, sans avoir encore reçu de réponse. De sorte que, si le
Gouverneur n'en demande pas un autre, j'ai l'impression que les bâtiments
de San Carlos et notre église ne seront jamais assemblés ; pour ceux de San
Carlos, j'ignore quand ils pourront être assemblés, à mon avis peut être
dans un an ; quant á l'église, il se pourrait qu'il se présente quelque
assembleur. L'église est petite et je crains que, comme elle est en fer, il n'y
fasse très chaud, malgré le grand nombre de fenêtres ; mais le fer, lorsqu'il
est chaud... C'est comme pour la maison des Mères de San Carlos ; elles se
tiendront toujours là, autant de jour que de nuit, et il y fera sûrement très
froid la nuit. On verra à quel moment on pourra la monter. Et puis, notre
église, d'après le Gouverneur, n'a pas de bois pour recouvrir le sol et pas de
vitres pour les fenêtres ; je crois qu'il les a réclamés, mais il parait que tout
est déjà payé et j'ai bien peur qu'il n'obtienne rien. Dieu par dessus tout ! De
toutes façons, nous souhaitons qu'elle soit montée au plus vite, afin de
pouvoir y exercer notre ministère sacré, comme nous le demandent tous les
jours les catholiques qui ne peuvent plus aller à l'école, puis qu’elle a été
13transformée en église provisoire » .
Seize mois après l'incendie, la nouvelle église était inaugurée : le 19 mars
1890, jour de St. Joseph, patron de la paroisse de Santa Isabel. Le Père
Vallllovera sollicita, lors de cette fête, la présence des élèves de la Mission ainsi
que ceux des autres Missions de Fernando Póo (Batete et Concepción). Il
fallait rendre cet événement aussi solennel que possible, et le programme se
13 « Los edificios de S. Carlos están todavía en aquella playa. No sé cómo los subirán a la
altura donde se han de armar, porque son piezas de hierro colado, muy pesadas, y el camino
es muy malo. El armador, al ver lo mucho que tenía que esperar, se fue en el mismo vapor
para el Congo y no se ha sabido más de él. El Sr. Gobernador le ha escrito algunas cartas,
como también a la primera autoridad de aquel lugar, y a ninguna han contestado. Así es que,
si el Gobierno no pide otro, creo que los edificios de S. Carlos y nuestra iglesia se quedan sin
armar o montar. En cuanto a los de S. Carlos, no sé cuándo se podrán armar ; me parece que
no lo estarán en un año más ; para la iglesia de ésta se puede al momento que se presente
algún armador. La iglesia es pequeña y temo que, con ser todo hierro, va [a] ser muy
calurosa ; aunque tendrá muchas ventanas, pero el hierro, cuando está caldeado... Lo mismo la
casa de las Madres para S. Carlos ; y ésta, en la que tendrán que estar de día y de noche, será
seguramente muy fría de noche. Allá veremos cuándo se puedan montar. Además, nuestra
iglesia, según dice el Sr. Gobernador, ha llegado sin madera para entablar el piso y sin vidrios
para las ventanas ; creo que ya las ha reclamado, pero, como ya está pagada, según dicen,
temo no se conseguirá nada. Dios sobre todo. De todos modos, deseamos mucho verla armada
para poder ejercer en ella, como todos los días nos lo piden los católicos de ésta, que no caben
en la provisional, nuestro sagrado ministerio, y tener la escuela en el lugar correspondiente,
que es hoy iglesia provisional ». Lettre du P. Pere Vall-llovera au P. José Mata du 21 juillet
1889. AG.CMF, localisation identique.
17 voulait éblouissant : « Tous les habitants de la localité revêtirent leurs
meilleures tenues ; et une fois la nouvelle église bénie par le Rme. P. Préfet,
on y transporta solennellement le St. Sacrément. On fit ensuite la
bénédiction des classes, sous le parrainage de M. Ilte. M. Le Gouverneur et
Mme de Rogozinski. Le même jour, pour le plus grand plaisir du village il y
eut une régate de barques, dont le point d'arrivée était une bouée qu'il fallait
entourer. Le Rd. P. Préfet invita les autorités et les habitants du village à
participer aux examens qu'ils avaient rédigés pour les enfants des trois
écoles ; les résultats obtenus produirent une grande satisfaction chez les
concurrents. Le Rd. Pinosa fit un court discours en langue bubi et, après son
intervention, le muchuku Ullén, roitelet de Batete très attaché à la Mission,
père de Mariano Cristino Pela, le filleul de la reine, en fit un autre dans la
même langue. Beaucoup d'enfants furent baptisés et confirmés, de sorte que
le nombre de néophytes augmenta et que le christianisme obtint un grand
ascendant grâce à la splendeur des fêtes organisées dans l’église récemment
14construite » .
Le P. Vall-Llovera, arrivé à Santa Isabel quelques semaines avant
l'incendie, mourut à Banapa trois mois après. Tout au long de son mandat, il
fut obsédé par la reconstruction de l'église de la capitale guinéenne. Le plus
étonnant est que ce travail qu’il n’aura de cesse d’accomplir et le panache
qui accompagnera l’inauguration de cette œuvre, n’ont en fait pour but que
l’expression du désir des clarétains de s’affirmer vis-à-vis des autres
communautés, « le Christianisme obtenant un grand ascendant grâce à la
splendeur des fonctions effectuées dans l’église récemment construite ».
C'était là la fonction principale de la Mission de Santa Isabel : obtenir le plus
grand crédit à la tâche de ses missionnaires. Une nouvelle église, pouvant
contenir trois ou quatre cents personnes, devait satisfaire les attentes de tout
15le monde dans la toute petite ville qu'était Santa Isabel à l'époque , surtout
peuplée de protestants. Malgré cela, les missionnaires la considérerent
bientot comme trop petite : « Et puis, on porte au Ministère, envoyé par ce
14 « Toda la población se vistió de gala ; y, bendecida la nueva iglesia por el Rmo. P. Prefecto,
se llevó a ella con mucha solemnidad el Stmo. Sacramento. Procedióse luego a la bendición
de las campanas, apadrinando el acto el M. Iltre. Sr. Gobernador y la Sra. de Rogozinski. El
mismo día, para alegría del pueblo, hubo regata de botes, siendo punto de llegada de botes la
boya, a la cual había de dar la vuelta. El Rmo. P. Prefecto convidó a las autoridades y al
pueblo a tomar parte en los exámenes que tenían proyectados para los niños de los tres
colegios, que dejaron satisfechos a los concurrentes con los resultados obtenidos. El Rdo. P.
Pinosa hizo en bubi un breve discurso al que se siguió otro en el mismo dialecto, hecho por el
muchuku Ullén, reyezuelo de Batete muy afecto a la Misión y padre de Mariano Cristino Pela,
el ahijado de la reina. Se bautizaron y confirmaron muchos niños, aumentándose el número de
los neófitos y logrando crédito el cristianismo con el esplendor de las funciones que se
hicieron en la nueva iglesia construida ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la
CasaMisión de Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 53.
15 En 1887, on recensait 161 habitants et 1099 en 1901 (Castro, 1996 : 16), de sorte que la
population se maintint toujours vers le millier d'habitants.
18 M. le Gouverneur interim, le projet de devis pour agrandir l'église en fer de
cette capitale, ainsi que le plan et les frais en détail, afin que rien ne puisse
retarder sa prompte réalisation. Père, c'est absolument indispensable, car
elle est déjà devenue trop petite et le nombre de fidèles croît de jour en jour.
16De là, le besoin de l'agrandir » .
La demande de l'agrandissement de l'église en fer ne reçut aucune
réponse de la part du Ministère. Et, au fur et à mesure que la Mission
fidélisait la population fernandine, l'idée de construire une plus grande église
à Santa Isabel commença à prendre forme : « Je vais faire une proposition à
V. Rme. tout en demandant d'ériger une nouvelle église à Santa Isabel. Nous
avons maintenant quelque 900$ que l'on nous a donné pour commencer. En
outre, l'homme qui est mort - l'un des Cubains de l'autre guerre - a légué
pour le culte une maison et une propriété qui, d'après notre estimation doit
valoir 5.000$, ceci à moins qu'un des enfants qu'il laissa à Cuba ne vienne
les réclamer. Nous avons écrit à M. l'évêque de ce diocèse afin qu'il nous
confirme si cet homme avait des enfants. Les gens du village et les
commerçants sont tous prêts à collaborer et le Gouverneur nous cède
bénévolement le terrain. Nous tiendrons compte de ce qui est stipulé dans les
circulaires à propos du travail des Frères comme directeurs des travaux. Le
Frère Oller est un grand connaisseur de la construction. Toute la localité
attend impatiemment la nouvelle église car, dans l'autre, les jours de forte
affluence, la moitié doit rester dehors et ceux qui sont dedans ne supportent
pas la chaleur régnante. Nous la construirons à l'aide des aumônes et nous
17arrêterons les travaux quand les moyens nous feront défaut » .
Quelques années s'écoulèrent : la transformation de la Préfecture en
Vicariat Apostolique permettait d'envisager la construction d'une cathédrale,
16 « Y además va al Ministerio, mandado por este Sr. Gobernador interino, el proyecto de
presupuesto sobre alargar la iglesia de hierro de esta capital ; va también el plano y demás
especificaciones de gastos, en que se puedan desear a fin de que no se entorpezca el pronto
despacho favorable. Padre, es sumamente necesario ; pues se hizo ya pequeña, y cada día va
creciendo el número de fieles y, por lo tanto, la necesidad de alargarla ». Lettre du nouveau
Préfet Apostolique, P. Coll, au P. Mata, du 20 décembre 1890. AG.CMF, Section F, Série N,
Noîte 16, Carton 1.
17 « Una cosa voy a proponer a V. Rma., pidiéndole su aprobación, y es levantar con limosnas
una iglesia nueva en Santa Isabel. Tenemos ahora unos 900 $, que nos han dado para
comenzar. Además, un hombre que murió, de los cubanos venidos de la otra guerra, ha dejado
para el culto una casa y una finca que conceptuamos valdrá unos 5.000 $ entre todo, a no ser
que aparezca alguno de sus hijos naturales que dejó en Cuba. Hemos escrito al Sr. obispo de
aquella diócesis para que nos certifique si hay algún hijo de este hombre. La gente del pueblo
y los comerciantes están también muy animados a cooperar, y el Sr. gobernador cede el solar
de balde. Procuraremos tener en cuenta lo que está dispuesto en las circulares sobre trabajar
los Hermanos como directores. Tenemos al H. Ollé, que es muy entendido en obras. Toda la
población está deseando esta nueva iglesia, porque, en la otra, en días de un poco de concurso
no pueden estar, porque caben la mitad y hay un calor insoportable. La haremos de limosna ;
y, cuando no tengamos, pararemos la obra ». Lettre du P. Ermengol Coll au P. Xifré du 30
avril 1898. AG.CMF, localisation identique.
19 laquelle serait payée, en grande partie, grâce aux contributions populaires.
Une cathédrale néogothique en plein Santa Isabel, donnerait assurément un
plus grand essor à la supériorité et l’hégémonie catholique dans ce pays. Le
projet aboutit et la cathédrale fut inaugurée en 1916, mais cette période est
postérieure à celle fixée dans le cadre de cette étude.
L'agrandissement de la maison des missionnaires et la construction d'une
nouvelle église étaient des symboles externes de prestige qu'il fallait
compléter moyennant l'agrandissement du troisième bâtiment que les
clarétains avaient reçu en héritage : l'école : « Je viens de demander
l'autorisation à M. Le Gouverneur pour la construction d'un étage en bois
au dessus de l'école publique de cette ville parce qu’il n'y a plus assez de
place pour les enfants dans les dortoirs, et parce que certains blancs nous
ont reproché d'encaisser l'argent destiné au matériel scolaire et de la laisser
se déteriorer. Au début, j'avais l'intention de le faire construire en bois du
pays mais j'ai vite fait de changer d'avis car, vu le manque d'adresse des
scieurs, celui-ci devient inutilisable, de sorte que cela revient beaucoup plus
cher que de le faire venir de la Péninsule. L'encadrement est fait avec le bois
du pays ; c'est pourquoi j'ai chargé le "S. Francisco” de nous apporter un
lot de mille briques afin de ne pas déranger le P. Fluvià et de nous épargner
18la commission » .
La concentration de toutes ces constructions et leur agrandissement
durant le court mandat du P.Vall-Llovera paraît vraiment surprenante. Il faut
dire que, cette forme d'action a été induite, en partie, par des événements
19fortuits lesquels ne furent pas provoqués par les clarétains. Il faut
18 « Acabo de pedir permiso al Sr. Gobernador para levantar un piso de madera sobre la
escuela pública de esta ciudad, ya porque no nos caben más niños en el dormitorio, ya porque
algunos blancos decían que cobrábamos para material de escuela y la teníamos abandonada.
En un principio quería hacerla con madera del país, pero en cuanto a la tabla me desengañé
luego, porque los serradores no saben aserrar, dejan muchas inservibles y otras difíciles de
arreglar, resultando mucho más caras que pedirlas a la Península. Todo el cuadro se hace con
madera del país ; por esto encargué al « S. Francisco « que nos trajera una porción con diez
mil ladrillos, para no molestar tanto al P. Fluviá y ahorrar la comisión ». Lettre du P.
Vallllovera au P. José Mata du 12 avril 1889. AG.CMF, Section F, Série P, Boîte 10 Carton 8.
19 Moins peut être que ce que l'on pourrait croire. Dans la même lettre, le Préfet allait bien
audelà de la version officielle : « Je vais vous apprendre, quoique sous le sceau du secret, ce qui
arriva la nuit fatale de l'incendie [de l'église] : le propriétaire de l'établissement où commença
l'incendie est un anglais protestant et un ami du gouverneur. La maison et son commerce
étaient assurés. Il aurait pu sauver des meubles et les marchandises (ne serait-ce qu'en partie)
mais il ne laissa entrer personne pour evacuer quoi que ce soit. Il sortit tranquillement muni
de la caisse, qu'il déposa chez le gouverneur où il logea et passa la nuit tranquillement et on
ne le vit plus tant que dura l'incendie. Le gouverneur fut un des premiers à se rendre sur le lieu
du désastre. Dès que nous vîmes le danger, nous nous mimes à l'ouvrage pour sortir la Divine
Majesté et puis les objets de valeur, ce dont le gouverneur voulut nous empêcher, et il tenta de
nous faire partir sous prétexte qu'il n'y avait aucun danger. Mais nous outrepassames ces
ordres. Il menaça le P. Ayneto de le frapper parce que celui-ci ne lui obéissait pas et à moi il
me dit je ne sais plus quoi d'un air menaçant, alors que les flammes s'engouffraient déjà par
les fenêtres et que quelques employés s'étaient joints à nous afin de nous aider, au péril de leur
20 cependant reconnaître qu'ils surent tirer profit de ces coïncidences
catastrophiques pour donner un plus grand essor apparent à leur position,
d'autant que ce renforcement de l’image prestigieuse de la Mission eut lieu à
un moment bien précis : après les deux premières vagues importantes
d'expansion missionnaire qui avaient permis à la Mission de couvrir tous les
territoires coloniaux et les lieux les plus stratégiques de Fernando Póo.
Lorsque le but premier d'expansion parut être atteint, les clarétains
parvinrent donc d'une manière opportune à renforcer leur présence à la
capitale : c’est ainsi que l’apparence hégémonique de leurs bâtiments
correspondait à une image réelle d'hégémonie dans le procès colonisateur.
Cette image ne s’est pas limitée aux moments ponctuels d'inaugurations
de nouveaux travaux. Elle a persisté et s’est prolongée pour devenir chaque
jour plus profonde. Les clarétains mirent en place toute une série d'exercices
dans les rues tels que des processions. À Santa Isabel, ils célébraient surtout
celle de la Fête Dieu ; et l'assistance des autorités et la participation des
troupes étaient considérées dans ce cas comme fondamentales. Jusqu'au
point qu'un des principaux reproches à l'égard d'un des gouverneurs
« libéraux », José de la Puente, fut le suivant : « C'était en 1894 : à
l'occasion de la Fête-Dieu, il fut invité à la procession et il refusa de
20descendre [de Basilé] » . Pourtant la procession de la Fête-Dieu n'était pas
la seule parmi celles qui s'effectuaient tout le long de l'année et dont
l'objectif était de témoigner publiquement de la position privilégiée que la
religion catholique se devait d’avoir dans la ville. Ainsi, par exemple, celles
qui avaient lieu lors des principales fêtes de la Mère de Dieu : « Richement
habillée, notre Mère bien aimée sortit de l'église, portée sur les épaules des
filles de Marie de la capitale, à 5 heures de l'après-midi de ce mois-ci,
accompagnée des enfants des écoles (au nombre de 75) et de toute la
population. Les autorités honorèrent à qui mieux mieux la patronne des
Espagnes, assistant à la procession, en tenue de cérémonie, M. Le

vie. Mais malgré lui, nous parvîmes à tout sauver y compris les bancs, comme je vous l’avais
écrit dans une autre lettre » : « Voy a decirle con reserva lo que sucedió la noche fatal del
incendio. El dueño del establecimiento donde comenzó el incendio es inglés y protestante,
amigo del gobernador. Tenía la casa y comercio asegurado. Podía haber salvado muebles y
mercancías (parte, no todo) y no quiso que nadie entrase a sacar nada. Él salió muy tranquilo,
con la caja del dinero que fue a depositar en la casa del gobernador, donde se alojó y durmió
muy tranquilo sin dejarse ver más durante el incendio. El gobernador fue de los primeros que
acudió al lugar de la catástrofe. Viendo nosotros el peligro, ya desde el principio comenzamos
por sacar la Divina Majestad, y luego los objetos de más valor, lo cual vino a prohibirnos el
gobernador, intentando sacarnos fuera, diciendo que no había peligro. Mas no le hicimos
caso. Amenazó pegar al P. Ayneto porque no le obedecía, y a mí me dijo no sé qué
expresiones algo amenazadoras, cuando ya entraban las llamas por las ventanas y se habían
juntado con nosotros algunos empleados, ayudándonos con bastante peligro. Pero a pesar
suyo salvamos hasta los bancos, como se lo dije en otra ».
20 « Sucedió después que vino la fiesta del Corpus en 1894. Se le invitó por oficio a la
procesión y se excusó de bajar ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la Casa-Misión
de Santa Isabel .AG.CMF, doc. cit., p. 78.
21 Gouverneur, M. le juge de paix, les autres employés de la ville, et aussi le
commandant de la croisière et ses officiers, le commandant de la
" Ferrolana " et les siens ; et fermant la procession, un peloton de marins,
21que déposa sa charge d'honneur près de la Ste. Vierge » . Une fois de plus,
la présence presque obligatoire de « toutes » les autorités à ces actes de la vie
religieuse témoigne du soutien du gouvernement pour le travail entrepris par
les missionnaires.
La solennité - et l'essor définitif - se poursuivaient dans le temple :
l'harmonium et les chants (rappelons la concurrence qu'il fallait apporter aux
chants des protestants) n'y manquaient pas et prenaient un sens spécial dans
les moments les plus importants du calendrier romain : « On interpréta une
messe solennelle à plusieurs voix exécutée par le P. Ayneto et les 48 enfants
22de l’école » . Et comme point culminant entre les célébrations dans la rue
et les liturgiques, les missionnaires avaient favorisé la création d'une petite
fanfare : « Il ne me reste plus qu'à vous annoncer que par ce même courrier,
sous l'ordre du Père Préfet, je demande à Ramírez une clarinette, un cornet
à pistons et deux flûtes destinés à l'orchestre de cette école qui commence à
se distinguer. J'ai vu les brochures des instruments vendus à Londres et ils
23nous ont parus très bon marché » .
Le Mémoire que le premier Préfet, P.Ramírez, envoya au Ministère
d'Outre-Mer fait le point sur la quantité des fonctions religieuses qui se
célébraient, dès les toutes premières années de la mission à Santa Isabel :
« Quotidiennes : les messes du matin et le St. chapelet à 6 heures du soir.
Hebdomadaires : tous les dimanches, en plus de la Grand-Messe, toujours
chantée et comprenant la lecture de l'Evangile, l'après-midi il y a les
exercices du Cœur Immaculé de Marie, avec une discussion sur le
catéchisme chrétien d’une durée de 20 minutes. Deux associations ont été
21 « Ricamente vestida, pues, nuestra querida Madre salió de la iglesia en hombros de las
Hijas de María de esta capital a las cinco de la tarde del corriente, acompañada de ambos
colegios de niños y niñas, en número de 75 [alumnos], y de todo el pueblo. Las autoridades
también honraron a porfía a la patrona de las Españas, asistiendo a la procesión, en traje de
gala, el señor gobernador, el señor juez de primera instancia y demás empleados de esta
ciudad, como también el señor comandante del crucero con sus oficiales y el señor
comandante de la “Ferrolana” con los suyos también ; cerrando la procesión un piquete de
marinería, el cual dejó su correspondiente guardia de honor cerca de la Santísima Virgen ».
Lettre du P. Joaquim Pagès du 10 décembre 1889. In : Anales de la Congregación de los
Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María, volume 2, 1890, p. 177.
22 « Se cantó una Misa solemne a voces, ejecutada por el P. Ayneto y los 48 niños de este
colegio ». Idem du 31 août 1889. In : Anales de la Congregación, volume 1, 1889, p.
470471.
23 « Sólo me resta advertirle que en este mismo correo, por encargo del P. Prefecto, pido a
Ramírez un clarinete, un cornetín y dos flautas para la orquesta de este colegio, que ya
comienza a despuntar. He visto los prospectos de los instrumentos que venden en Londres, y
nos han parecido muy baratos ». Lettre du P. Raimon Andreu au P. José Mata du 2 mars 1888.
AG.CMF, Section F, Série N, Boîte 8, Carton 9.
22 fondées, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes, dont le but
consiste à promouvoir la culture : elles se tiennent deux fois par semaine,
sous la direction d'un Père missionnaire qui leur donne des conférences
publiques, et fait que toute sorte de personnes y assistent, qu'ils soient
catholiques ou protestants. Mensuelles : la Minerve, c'est à dire, l'exposition
du Saint Sacrement le troisième dimanche de chaque mois, tel qu’il a déjà
été établi. Annuelles : le mois de mai ; la neuvaine au Cœur Immaculé de
Marie, patronne de la Congrégation ; la neuvaine de St. Joseph, patron de
l'église ; celle de la Vierge de la Douleur et celle de l'Immaculé Conception,
24à leurs dates » .
Le suivi du modèle paroissial est évident. Dans des circonstances plutôt
adverses, face aux protestants et en général à tous les Européens, les
clarétains rendirent très honorable leur présence à Santa Isabel. Ils eurent
l'opportunité de magnifier extérieurement tout ce qui les concernait grâce à
la construction et à l’agrandissement de quelques bâtiments qui préfigureront
certaines des références architecturales et urbanistiques de la ville. Et ils
réaffirmèrent leur préponderance par une présence notoire dans la rue,
renforcée par le soutien des autorités et une activité paroissiale remarquable.
La reprise du modèle jésuite fut à l'origine d'un résultat discutable : tout au
long de cette période la ville demeura anglophone et protestante. Il fallut
donc atteindre une évolution encore plus affirmée de l'empreinte
colonisatrice pour qu’elle se « normalise ». En fait, cette « normalisation »
arriva à partir du moment où la capitale cessa d'être un endroit « isolé », un
point exclusif, européen, dans une île de « sauvages », et se vit plongée dans
une dynamique coloniale qui recouvrait tout ce territoire. Dans ce domaine
les missionnaires du P.Claret jouèrent un rôle décisif.
24 « Diarias : las Misas de la mañana y el santo Rosario a las seis de la tarde. Semanales :
todos los domingos, además de la Misa mayor, que siempre es cantada y con explicación del
Evangelio, se hacen por la tarde los ejercicios del Inmaculado Corazón de María, con una
plática de doctrina cristiana que dura unos veinte minutos. También se han establecido en esta
ciudad dos asociaciones, una de hombres y otra de mujeres, cuyo objeto es promover la
instrucción : reúnense dos veces por semana, bajo la dirección de un Padre Misionero que les
da conferencias públicas, y se trabaja porque asistan a ellas toda clase de personas, así
católicas como protestantes. Mensuales : la Minerva, o sea la exposición del Santísimo
Sacramento en el tercer domingo de cada mes, según estaba ya establecida. Anuales :El mes
de mayo ; la novena al Inmaculado Corazón de María, patrona de la Congregación ; la novena
de San José, patrón de la iglesia ; la de la Virgen de los Dolores y la de la Inmaculada
Concepción, en sus respectivas épocas ». Ramiréz, Ciríaco (s/d), Estado religioso y moral de
los habitantes de la isla de Fernando Póo, de su terreno, producciones, arbolado, animales,
etc., etc. ASCPF, Scritture riferite nei Congressi : Africa : Angola - Congo - Senegal - Isole
dell’Oceano Atlantico, vol. 8, f. 958-976.
23
Les bases de l’expansion
Dans le dernier document cité, Ramírez faisait un bilan de la situation au
delà de Santa Isabel. Et il disait, en parlant des Bubis : « Leur instruction,
autant religieuse que littéraire et artistique, est nulle chez les habitants des
villages dont il est fait référence. Les Bubis ne connaissent ni art ni métier ;
tout leur travail consiste, pour les hommes, soit à monter dans les palmiers
pour couper les grappes dont leur femmes tirent l'huile, soit à tirer, au
moyen d'entailles dans l'arbre, une sorte de vin qu'ils sont les seuls à boire
et qu'ils nomment tupé. Ils cultivent également des plantes, des ignames, des
bananes, des malangas, etc., dont les fruits sont leur alimentation principale,
ainsi que les écureuils et les rats qu'ils chassent dans la forêt. La religion
25des Bubis est constituée d'un ensemble de superstitions » .
Le passage témoigne de l'activité missionnaire face à la culture
« autochtone » et de la faible connaissance de la société bubi. En
l'occurrence, il faut tout de même signaler que cette situation décrite par le P.
Ramírez, la même que les jésuites avaient rencontrée 25 ans auparavant, était
un des objectifs qui avaient conformé les « bases » mêmes de la nouvelle
Mission (vid. supra) ; dont le deuxième but était de « pénétrer dans le pays
dès qu'il sera possible, formant des maisons munies de chapelles et d'écoles,
bien que modestes au début, afin d'attirer ces pauvres indigènes moyennant
l'aliment corporel, tout en couvrant leurs corps par des vêtements très
simples, pour que, une fois après avoir gagné leur cœur, on puisse leur
26apprendre la religion, l'écriture, la culture et les arts » . Ce dessein
correspondait à un engagement de la part du Gouvernement d'augmenter le
nombre des Missions : « Proportionnellement aux tribus gagnées le nombre
27de douze missionnaires fixés au départ ira grandissant au fil du temps » . Il
apparait donc que pour le Préfet Apostolique cette perspective ne pouvait
être remise en cause et qu'il n'était pas prêt à essuyer un échec à
l’ « intérieur » du pays. Son premier voyage en territoire bubi se produisit
assez tôt, en décembre 1883 et il s'y engagea dans le but très précis de se
25 « Su instrucción, así religiosa como literaria y artística, es nula en los habitantes de los
referidos pueblos : los bubis no conocen arte ni oficio : todas sus faenas consisten, respecto de
los varones, en subir a las palmeras para cortar los racimos, de donde sus mujeres extraen el
aceite, o bien para sacar, por medio de incisiones en el árbol, cierta clase de vino que sólo
ellos beben, al cual apellidan tupé.También cultivan plantas, ñames, plátanos, malanga, etc.,
cuyos frutos son su principal alimento, como lo son asimismo las ardillas y ratas que cazan
por el bosque. (...) Consiste la religión de los bubis en un conjunto de supersticiones ».
26 « Internarse en el país, tan pronto como se lo permitan las circunstancias, formando Casas
con capillas y escuelas, aunque modestas en su principio, a fin de atraer aquellos pobres
indígenas por medio del alimento corporal y cubrir su desnudez con vestidos sencillísimos,
para que, en ganados sus corazones, se les pueda enseñar la religión, las letras, la cultura y las
artes ». Xifré, Josep (1882), Bases de la Misión de Fernando Póo . AG.CMF, doc. cit.
27 « A proporción de que se vayan ganando aquellas tribus, de donde se seguirá que el número
de doce misioneros que se fijan irá creciendo con el decurso de los tiempos ». Ibidem.
24 mettre d'accord avec les Bubis pour la mise en place d'une Mission dans leur
territoire : « Une fois la Mission de Santa Isabel installée et mise en route, le
Rd. P. Ciriaco Ramírez se consacra à explorer les autres domaines qui lui
avaient été confiés. De sorte que, après avoir pris conscience de l'état des
Bubis de Banapa et Basilé, il poursuivit ses excursions jusqu'à San Carlos,
ce qui lui fut aisé compte tenu de l'appui et des moyens offerts par le
propriétaire foncier Guillermo Vivour, qui, à la suite de son contact avec les
Bubis de cette région, connaissait parfaitement les lieux où ceux ci se
tenaient, ainsi que leur mode de vie. Il accompagna donc le Rd. P. dans une
de ses excursions, à un campement bubi, et ce dernier fut frappé de voir que,
bien que l'eau ait été transportée dans une énorme courge, on la lui servit
dans un verre en cristal. Il invita les indigènes à baiser son crucifix ; mais
ceux ci refusèrent car ils croyaient qu'il s'agissait d'une braise de feu. Il leur
demanda alors s'il leur plairait d'avoir les missionnaires parmi eux et ils
28répondirent que oui » .
Ceci nous prouve que l'intention de Ramírez, un mois après son arrivée
en Guinée, allait déjà bien plus loin de ce qu'avaient entrepris les jésuites : le
Préfet clarétain, d'après ce récit, se refusait au projet de s'installer à Banapa
et à Basilé, deux endroits assez proches de Santa Isabel et où l'on pouvait
accéder à pied (bien que l'accès à Basilé dût être dur, à cause de son
altitude). Et en revanche il rapportait son projet à la baie de San Carlos, à
l'extrême occidental de l'île, un endroit où jusqu'alors on ne pouvait arriver
que par la mer. Et, qui plus est, il faisait confiance à l’un des commerçants
protestants de l'île, ce Vivour qui était « un homme métis provenant de
Sierra Leone qui par son travail est devenu le premier récolteur de cacao de
29cette île » , stratégie dont s’empareraient plus tard les autres Supérieurs
clarétains : profiter de leur relation avec quelques propriétaires protestants,
dont certains étaient déjà installés en territoire indigène, pour rencontrer,
moyennant ces relations, les chefs bubis de quelque zone que ce soit ; et
28 « Después de instalada en Santa Isabel la Misión y organizado su funcionamiento, el Rmo.
P. Ciríaco Ramírez se dedicó a explorar el campo que se le había confiado. Por lo cual,
después de haberse hecho cargo del estado de los bubis de Banapa y Basilé, alargó sus
excursiones hasta S. Carlos, lo cual le fue relativamente fácil con el apoyo y medios que le
prestó el hacendado Guillermo Vivour, que con su trato con los bubis de aquella región había
obtenido un perfecto conocimiento de los lugares donde habitaban y de su modo de vivir.
Acompañó, pues, Vivour al Rmo. P., en una de sus excursiones, a una ranchería bubi en
donde le llamó la atención el que, habiendo ido a buscar agua con una descomunal calabaza,
después le presentaran un vaso de cristal. Convidó a los indígenas a besar su crucifijo ; pero
ellos se resistieron, creyendo que era una ascua de fuego. Preguntóles si gustarían tener a los
misioneros entre ellos, y contestaron que sí ». Coll, Ermengol (circa 1900), Misión de María
Cristina, éd. de Jacint Creus, p. 13-14.
29 « Hombre de color natural de Sierra Leona que con su laboriosidad ha llegado a ser el
primer cosechero de cacao en esta isla ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la
CasaMisión de Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 11.
25 profiter par la suite de leur maison comme point de repère pour la création et
approvisionnement des nouvelles Missions.
Ce qui paraît le plus surprenant c’est que le P. Ramírez laissait à l'écart le
hameau de Wesbe, situé sur la baie elle même et qui abritait un grand
nombre d'Européens et de Fernandins pour aller à un simple « campement
bubi », en l'occurrence Batete, situé quelques kilomètres plus loin. En fait, le
Préfet Apostolique recherchait un endroit élevé car il voulait prendre soin de
la santé des missionnaires. Il cherchait aussi un endroit où le travail
missionnaire puisse se centrer exclusivement sur les Bubis. Quoi qu'il en
soit, la mission ne s'installa à Batete qu'en 1887. Curieusement, et pourtant
ceci deviendrait une procédure habituelle, le chef des missionnaires
considéra la parole donnée à la hâte par le chef des Bubis - peut être comme
conséquence de leur sens de l’hospitalité - comme une acceptation
contractuelle qui lui donnait non seulement le droit de bâtir une maison dans
le territoire de Batete mais, étant donné que c'était lui que le lui avait
proposé, l'y obligeait même. Autrement dit, en décembre 1883 les clarétains
croyaient avoir pris un engagement avec les Bubis de Batete afin d'installer
une de leurs Missions sur ce territoire.
Mais ce qui prouve, plus que tout autre chose, que les priorités du P.
Ramírez étaient fortement établies, c'est son deuxième voyage. Pour la
bibliographie clarétaine il ne revêt d'autre importance que son caractère
héroïque (Ramírez voyagea à bord d'un bateau anglais, c'est à dire,
« ennemi » ; il tomba malade ; les Anglais ne le soignèrent pas ; il parvint à
son destin à moitié mort ; et là bas les catholiques le guérirent), pourtant ce
fut à mon avis un voyage clé. Deux choses me surprennent dans ce voyage :
la date et le but. Il eût lieu en janvier 1884, à peine deux mois après son
arrivée à Fernando Póo. Et ce fut à Libreville, où Ramírez voulait voir
travailler les missionnaires spiritains de la Mission de Sainte Marie, siège du
Vicariat Apostolique des Deux Guinées.
J’ajoute que si ce voyage me paraît surprenant, il ne manque pas de
logique, bien au contraire : Monseigneur Bessieux avait fondé cette mission
30stratégique 40 ans auparavant et, à l'encontre des jésuites, le nouveau Préfet
Apostolique de Fernando Póo voulait tirer profit de la longue expérience
31africaine des enfants de Libermann ... malgré le litige que les autorités
françaises et espagnoles soutenaient à la frontière avec le Muni. Ce litige
deviendra aussi par la suite une lutte entre ces deux juridictions
ecclésiastiques, mais il est évident que, d'emblée, Monseigneur Le Berre,
Vicaire Apostolique des Deux Guinées depuis 1887 et ancien missionnaire
30 Roques, 1971.
31 Raponda Walker, s/d.
26 de ce territoire, ne voyait pas de manière défavorable le clarétain paludique
qui arrivait à sa Mission et qui venait de prendre en charge la Maison des
jésuites à Santa Isabel. Et il le salua d’ailleurs avec une phrase prophétique :
32« Chez moi, ce sera chez toi » .
Nous pouvons avoir un aperçu de la Mission de Sainte Marie de
33Libreville à l’époque grâce à une longue lettre que le P. Le Berre avait lui
même écrite quelques années auparavant au Cardinal Préfet de la
Propaganda Fide. Là, le Vicaire Apostolique des Deux Guinées, peu de
temps après avoir assumé le poste, dessinait le panorama d'un Vicariat en
pleine restructuration et avec un siège très puissant.
Tout d'abord, le P. Le Berre évoquait la « séparation » des Vicariats de
Sénégambie, Sierra Leone et Dahomey, trois territoires qui auparavant
relevaient de la compétence des Deux Guinées. Je tiens à le souligner, car
l'expansion de la Préfecture Apostolique de Fernando Póo coïncidera avec
une nouvelle scission territoriale, celle de la Préfecture Apostolique du
Congo, ce qui nous aidera probablement à mieux comprendre la position
belligérante à venir de la part de Monseigneur le Berre et de son successeur
vis à vis des territoires du Muni. Cependant, à l'époque les primitives
Missions de Saint Joseph (Cap Estérias, juste en face de Corisco), Saint
Thomas (Denis) et Saint Jacques (rivière Rhembone), avaient été
abandonnées (ces Missions seraient plus tard rouvertes par les missionnaires
spiritains) ; alors que, dans la zone proche de Libreville, à l’écart de la
Mission centrale de Sainte Marie, il y en avait une autre près de la rivière
Monda (entre la capitale gabonaise et la Muni) et enfin une au sud de la ville
actuelle, dans le village du roi Rapoutyombo, de l'autre côté de la rivière
Pongwe. Pour la prise en charge de ces trois Missions, le P. Le Berre
comptait sur un contingent de 12 curés, huit coadjuteurs et dix bonnes Sœurs
de la Congrégation de l'Immaculée Conception de Castres, en plus de
quelques catéchistes et sous-maîtres indigènes.
La solidité et la maturité atteintes par la paroisse de Sainte Marie
s’exprimaient entre autre par un très grand établissement et tout un ensemble
de bâtiments, faits en pierre. Le Vicaire Apostolique affirmait : « C’est la
Mission elle-même qui a construit ces bâtiments, petit à petit, par les mains
des Frères et des néophytes indigènes : nous avions du reste le précieux
avantage de posséder tous les matériaux sur le terrain même de la Mission.
L’établissement des religieuses, distant d’un kilomètre et demi de Ste. Marie,
et placé auprès du poste français, a été aussi construit par la Mission ».
32 « Noli timere, fili ; noli timere : veni mecum, et domus mea erit domus tua » : « N'aie pas
peur, mon fils ; n'aie pas peur : viens avec moi et chez moi, ce sera chez toi ». Lettre s/d du P.
Ramírez (Fernández, Cristóbal, 1962 : 78).
33 Lettre s/d [circa 1878]. ASCPF, Scritture riferite nei Congressi : Africa : Angola, Congo,
Senegal, Isole dell’Oceano Atlantico, vol. 8, f. 579-583.
27 Pour ce qui est de la tâche menée à bien au siège du Vicariat, il la résumait
en quelques mots : « Nous avons à Ste. Marie, en fait des principales
œuvres, l’éducation de la jeunesse, comprenant l’école primaire et
secondaire et une école professionnelle où l’on forme les plus grands aux
métiers les mieux adaptés aux besoins de ce pays. Le nombre de nos élèves
entretenus aux frais de la Mission est ordinairement de 250 ». Mais la
formation de ces élèves ne visait pas seulement à les rendre utiles à la
colonie en tant que travailleurs : « L’un des buts de cette œuvre, c’est
d’arriver peu à peu à la formation d’un clergé indigène » ; et il en fut ainsi
car il y avait déjà eu trois cas de vocations parmi les jeunes hommes de
l'internat, lesquels étaient déjà décédés. Autre travail auquel les spiritains
s’étaient attelés, le maintien de deux hôpitaux pour indigènes comprenant
une cinquantaine de malades qui « nous offrent le moyen d’envoyer au ciel
34un grand nombre d’âmes »(sic ).
L'activité pastorale de ces missionnaires français, qui recevaient de leur
gouvernement la somme de 6000 F par an, qui disposaient d'une propriété
pour leur approvisionnement et qui commençaient à recevoir des groupes
importants de migration fang, se résumait à environ 200 baptêmes par an. Le
principal obstacle rencontré rendant la conversion des indigènes difficile
résidait dans « la polygamie qui règne dans toutes ces parties de l’Afrique.
La plus grande occasion de chute ou d’infidélité pour nos pauvres
néophytes, c’est le scandale donné par les Européens, commerçants ou
autres, qui fréquentent ces côtes ».
Face au panorama qu'offrait cette Mission en pleine maturité, on
comprend aisément l'enthousiasme du P. Ramírez et le fait que, dès son
retour, il s'efforça de mettre en usage certaines des actions qu'il avait
remarquées à Sainte Marie. J'ai déjà souligné que pour la bibliographie
clarétaine ce voyage n'avait guère eu de relief ; ainsi, par exemple, la
chronique de la Mission de Santa Isabel le résume de la sorte : « Puis, il
apprit la démarche que ces bons missionnaires avaient suivie, les difficultés
qu'ils avaient dû endurer, la nature des indigènes, le contact avec les
autorités civiles, quels avaient été les moyens les plus expéditifs et efficaces
pour engager les indigènes dans la voie du catholicisme, la formation de
l'école, leur mode d'agir en épargnant les dépenses, les moyens pour leur
faire apprendre facilement la langue de la patrie... En somme, un grand
34 Affirmation qui ne surprend guère ; la mort des malades, à Libreville, à Santa Isabel et
partout ailleurs, était l'occasion à saisir pour un grand nombre de baptêmes « sub conditione »
et/ou « in articulo mortis » ; et donnait lieu à tout une série d'événements édifiants qui
remplissaient la littérature missionnaire.
28 nombre de particularités s'acheminant à l'exercice du Ministère sacré, qui
35ne s'apprend qu'à l'issu d'une longue expérience » .
Ce ne sera pas la seule fois que le P. Ramírez se rendra à Libreville. En
1886, par exemple, à son retour d'Annobon accompagné du P. Joaquim
Juanola et le P. Isidre Vila, ils y firent escale. Ce dernier affirmait : « Que de
gentillesse chez les Pères et les Frères ! Que de simplicité et d'amabilité
dans les conversations ferventes de l'Iltre. M. l'Évêque ! Avec quelle
confiance et amour nous voyions accourir des Bengas de toute sorte, âges et
sexes confondus à l'encontre de ce vieillard vénérable qui, comme le bon
Berger et père aimant, apporte sa consolation et rend si heureux ! Que de
silence, de paix et de bonne entente entre les Pères et les Frères ! Et que dire
de ces quatre vingt garçons qui se trouvaient à l’école des Pères et des
cinquante fillettes que les Sœurs éduquaient dans la leur ? Comme ils se
montraient attentifs et sages ! Tout, enfin, était édifiant dans cette maison.
Nous allâmes au Mois de Marie, et tout ce que renfermait cette église
grandiose me suggérait des idées et des pensées qui m'encourageaient à
36poursuivre la dure tâche de catéchiser, etc., ces petits nègres » .
Il s'agit de deux documents qui nous permettent de nous former une petite
idée du fonctionnement de Sainte Marie. La surprise et l'enthousiasme
ressentis par le P. Ramírez à la suite de ce voyage, peuvent se résumer
aisément : la Mission de Libreville était vouée à la « conversion »des
Bengas, c'est à dire, des indigènes de leur zone personnelle d'influence. Cette
« conversion » visait le double objectif de les convertir au catholicisme et
d’en faire des travailleurs utiles à la colonie. Pour y parvenir, ils disposaient
d'une école de garçons et d'une de filles accueillant des élèves de la zone. Et
ils poursuivaient un certain degré d'autofinancement de la Mission grâce au
35 « Luego se enteró de la marcha que aquellos buenos misioneros habían seguido, de las
dificultades con que habían luchado, del natural e índole de los indígenas, del trato con las
autoridades civiles, qué medios habían hallado más expeditos y eficaces para hacer entrar en
el sendero del catolicismo a los indígenas, de la formación del colegio, del modo de [actuar]
con economía, de los medios para hacerles aprender con facilidad la lengua patria... En fin, de
mil otras particularidades encaminadas al ejercicio del sagrado ministerio, que sólo pueden
saberse por una larga experiencia ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la
CasaMisión de Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 12.
36 « ¡ Cuánta amabilidad en los Padres y Hermanos ! ¡ Qué sencillez y amabilidad en las
fervorosas conversaciones del Ilmo. Sr. Obispo ! ¡ Con cuánta confianza y amor veíamos
acudir toda clase, edad y sexos de benga a este venerable anciano, que, como buen Pastor y
cariñoso Padre, a todos consuela y deja satisfechos ! ¡ Cuánto silencio, paz y concordia entre
los Padres y Hermanos ! ¿ Y qué diré de aquellos ochenta niños que estaban en casa de los
Padres, y cincuenta niñas que educaban las monjas en la suya ? ¡ Cuán atentos y silenciosos se
mostraban ! Todo, en fin, edificaba en aquella casa. Fuimos al Mes de María, y todo cuanto
había en aquella grandiosa iglesia me sugería ideas y pensamientos que me animaban a
continuar en la dura tarea de catequizar, etc., a estos negritos ». Lettre du 20 mai 1886. In :
Boletín Religioso de la Congregación de Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de
María, volume 2, juillet - décembre 1886, p. 36-38.
29 travail des coadjuteurs et des élèves eux-mêmes ; lequel incluait
l’exploitation d'une propriété au profit de la Mission.
Un modèle fort différent de celui qu’avaient suivi les jésuites à Fernando
Póo, avec quelques similitudes : ainsi la création d'internats que, bien que ne
formant qu’une partie de leur projet, les missionnaires de la Compagnie de
Jésus ne purent mener à terme. Un modèle que les clarétains admirèrent au
cours de toute la période étudiée ici, malgré les difficultés surgies à la suite
des litiges territoriaux. En décembre 1894, le P. Ermengol Coll s'y rendit une
fois de plus et constata à nouveau l’efficacité du modèle spiritain : « Les
écoles, les dortoirs, les réfectoires, le petit séminaire avec à la tête son
préfet, un religieux qui, bien qu'indigène, a mérité la confiance de M.
l'Évêque pour sa persévérance dans la vocation du sacerdoce, après avoir
vaincu de dures épreuves auquelles il a dû s’affronter. Nous continuâmes à
visiter dans le détail les ateliers, la boutique du tailleur, la forge et la
menuiserie, le four à chaux, le petit hôpital pour les indigènes, etc. Tout était
37dans le plus grand ordre et propriété » .
Le P. Ramírez revenait à Santa Isabel résolu à imiter en bien des aspects
la Mission de Sainte Marie ; mais préalablement il eut le temps d'aller visiter
l'île de Corisco, très proche de la capitale du Gabon, afin « d'effectuer un
sondage sur l'état d'esprit des Bengas quant à recevoir la Mission. (...)
Ayant pris connaissance de l'objet de sa visite, les îliens se montrèrent très
bien disposés à la recevoir quoique, comme on le verra par la suite, leur
désir comprenait un certain égoïsme, sans pour cela le manifester à ce
38moment » . N'oublions pas que nous parlons du mois de janvier 1884. Deux
mois après son arrivée, donc, le premier Préfet Apostolique clarétain avait
déjà visité deux endroits, Batete et Corisco, où il s'était engagé à construire
deux Missions. Et il avait appris, à Libreville, un fonctionnement très réussi
qui requérait un changement total de modèle par rapport à celui appliqué
auparavant par les jésuites. Il se mit à l'ouvrage aussitôt.
La vision dans son ensemble sera complétée par la visite que les P.P.
Pagès et Frígola firent à l'île d'Annobon, « au cours de laquelle ils purent
constater l'état misérable où se trouvaient, du point de vue matériel, les
pauvres indigènes, sujets de notre Espagne, et comment le christianisme
37
« Las escuelas, los dormitorios, los refectorios, el pequeño seminario con su Prefecto al
frente, el cual es un minorista que ha merecido, a pesar de ser indígena, la confianza del Sr.
Obispo por su perseverancia en la vocación del sacerdocio, vencidas antes pruebas muy duras
a que se vio sujeto. Seguimos registrando los talleres, la sastrería, herrería y carpintería, el
horno de cal, el pequeño hospital para los indígenas, etc. Todo estaba con el mejor orden y
limpieza ». Lettre du 9 janvier 1895. In : Anales de la Congregación de los Misioneros Hijos
del Inmaculado Corazón de María, volume 5, 1895-1896, p. 101-106.
38 « Sondear la disposición de ánimo en que se hallaban los bengas para recibir la Misión. (...)
Entendido el objeto de su visita, manifestaron los isleños muy buenos deseos de recibir la
Misión, si bien, como después se vio, iban mezclados con algo de egoísmo, el cual no dieron
a entender por entonces ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la Casa-Misión de
Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 12-13.
30 avait pris racine dans leur esprit, quoiqu'il s'y soit pratiquement desséché à
39cause des erreurs dues au manque d'arrosage spirituel » . Une vision
optimiste qui s'accordait à la conception qu'en avaient tirée les jésuites un
quart de siècle plus tôt.
Consolidation et expansion de la mission de Santa Isabel
« Le Rd. P. Préfet étant au courant de la procédure que les méritants
religieux du Saint Esprit et de l’Immaculé Cœur de Marie employaient pour
l'évangélisation des Gabonais, et persuadé que l'un des aspects les plus
importants lequel pourrait rapporter le meilleur fruit était l'éducation des
jeunes, d'après ce dont il avait été témoin dans la superbe pépinière que les
PP. nommés possédaient dans leur colonie, il décida de mettre en œuvre ce
système à Santa Isabel. Et il était stimulé en cela par le triste état de la
jeunesse de cette ville. Mon Dieu ! Que de dangers ! Que de mauvais
exemples, provenant de ceux mêmes que devaient les corriger ! Dans les
bois, sur les chemins, dans les rues et dans leurs maisons mêmes ils
apprenaient le mal ; et on en voyait qui marchaient dans les rues comme de
simples serviteurs mais sans la moindre instruction religieuse. De sorte que
nos missionnaires se décidèrent à ouvrir un collège d'internes et pour que
leur idée soit bien accueillie et pouvoir à la fois procurer à la colonie des
ouvriers utiles aux métiers les plus indispensables, grâce à l'aide des FF.
coadjuteurs on ouvrit aussi des boutiques de tailleurs, des ateliers de
40cordonniers et de menuiserie » .
La transformation de l'école de Santa Isabel en un internat représenta un
important progrès qualitatif pour la Mission guinéenne. Grâce à elle, les
clarétains renversaient le modèle jésuite et introduisaient dans la capitale le
39 « En la cual pudieron apreciar el estado miserable en que se hallaban en la parte material
aquellos pobres indígenas, súbditos de nuestra España, así como las hondas raíces que tenía
en ellos el cristianismo, pero casi secas por algunos errores provenientes de la falta de riego
espiritual ». Ibidem, p. 22-23.
40 « Enterado el Rmo. P. Prefecto del procedimiento que los beneméritos religiosos del Santo
Espíritu e Inmaculado Corazón de María guardaban en la evangelización de los gaboneses, y
persuadido de que uno de los puntos más interesantes y de que mayor fruto podía extraerse
era la instrucción de la juventud, según había tenido ocasión de presenciarlo en el hermoso
plantel que los PP. citados tenían en su colonia, determinó ensayar este medio en Santa Isabel.
A esto mismo impelía el estado tristísimo de la juventud de esta ciudad. ¡ Dios mío ! ¡
Cuántos peligros ! ¡ Cuántos malos ejemplos, aun de aquéllos que debían corregirlos ! En los
bosques, en los caminos, en las calles y en sus mismas casas aprendían el mal ; y se veía
andar en las calles a muchos de ellos sirviendo de simples criadillos, pero sin la menor
instrucción religiosa. Con lo cual determinaron nuestros misioneros abrir un colegio de
internos y, para que mejor recibida fuese la idea y poder al propio tiempo proporcionar a la
colonia operarios útiles para los oficios más perentorios, valiéndose de los HH. coadjutores
abriéronse también talleres de sastrería, zapatería y carpintería ». Ibidem, p. 13-14.
31 savoir faire des spiritains de Libreville. Il est évident que ce modèle de la
Compagnie de Jésus continua à fonctionner dans les aspects les plus
« paroissiaux » de la vie quotidienne, tel que je l'ai souligné plus haut.
Pourtant, l'école ne serait plus qu'un internat mais son objectif était double :
* donner une éducation à des élèves indigènes : au cours de cette année
411884, le collège avait 15 élèves inscrits , nombre équivalent à celui des
meilleures époques des jésuites. Ils étaient internes et originaires de la ville
elle même ou des alentours ; la plupart d'entre eux étaient Bubis pour la
raison suivante : les Fernandins n'étaient pas intéressés à une école
confessionnelle catholique. À l'encontre des jésuites, donc, l'internat n'était
pas conçu pour les élèves dont la famille résidait à une grande distance, mais
pour les jeunes habitant tout près, ceci afin de les éloigner de l'influence
immorale de la « ville pervertie ». Selon les accords passés entre la Mission
et l'État, celui-ci s’était engagé à prendre en charge l’alimentation et
l’habillement des élèves fréquentant l’internat, ce qui figurait dans le budget
correspondant.
* transformer ces élèves en ouvriers de la colonie, moyennant
l'apprentissage de certains métiers. L'internat des clarétains débutait donc
comme école de formation professionnelle, tout au moins pour les élèves les
plus âgés. Les missionnaires trouveront plus tard les moyens nécessaires
pour que par la suite, en finissant leurs études, ils puissent avoir des outils et
du travail.
Il faut prendre en considération que la naissance de l'internat eût lieu tout
de suite après le voyage du P. Ramirez à Libreville, et avant qu'éclate la
« lutte pour l'enseignement » qui se tint entre les clarétains et le Gouverneur
Antonio Cano et le maître Antonio Borges, qui s'acheva par un accord
mutuel de non belligérance le 5 mai 1884 (vid. supra). L'installation de
l'internat avait soulevé une forte opposition dans la ville qui n'était pas prête
à perdre l'école laïque obtenue à la suite de l'étape des jésuites ; et, comme je
l'ai noté dans le chapitre antérieur, elle reçut avec une série de manœuvres
contraires et masquées les nouveaux missionnaires, qui attribuèrent ces
machinations à l'art du diable, « effrayé » par la puissance clarétaine.
Le P. Ramirez avait donc réussi à introduire un nouveau modèle
missionnaire dans la ville ; qui, tout en conservant l'ancienne procédure,
allait beaucoup plus loin. La question de l'enseignement avait été résolue de
manière « amicale » sinon « officielle ». Les clarétains avaient des difficultés
pour encaisser les allocations budgétaires, d’autant plus que les frais s'étaient
multipliés à cause de l'internat. Et, enfin, il y avait en jeu la construction de
41 Jutglar, Ramon (1933), Datos principales de la labor evangélico-docente realizada en la
Guinea española por los misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María desde
18841930. AG.CMF, Section F, Série P, Boîte 1, Carton 2.
32 deux fondations, l'une en territoire bubi et l'autre en territoire benga. De sorte
que le Préfet décida de se rendre à la Péninsule pour présenter ses projets au
Gouvernement de la congrégation.
Le P. Xifré avait eu justement la même idée. Il voulait aller à Fernando
Póo pour y porter les divers ordres ministériels qui concernaient la mission
(voir chapitre antérieur), afin de tenter de résoudre les problèmes avec les
autorités et d'envisager les possibilités d'expansion de cette Mission
naissante.
Le P. Ramirez et le P. Xifré s'embarquèrent en directions opposées ; et
une série de faits permit au P. Ramirez d'apprendre le conflit à Sierra Leone
et, de là, de regagner Santa Isabel à temps pour accueillir le P. Xifré qui
arrivait le 18 juin. Dans ce que le Supérieur Général écrit à la Chronique de
la Mission de Santa Isabel, il ne laisse rien voir de ses gestions, ce qui peut
paraître ridicule dans de telles circonstances : « Poussé par le désir ardent
que cette communauté ne tombe dans le relâchement et que par son zèle
véritable et bon esprit elle obtienne la conversion de ces malheureux, nous
prescrivons : 1r. Qu'ils s’en tiennent toujours à l'observance régulière et
que, par conséquent, il ne s'établisse ni se formule de dispositions contraires
aux constitutions ». L'observance par dessus tout. Et parmi les traits
d'obéissance nécessaires il incluait « Qu'on n'entreprenne rien de grave,
contraire ou peu fréquente en Elle [la congrégation], qu'on n'effectue aucun
frais peu commun, sans l'approbation du Gouvernement général de la
42congrégation » .
Le séjour du P. Xifré à Santa Isabel dura un peu plus d'une semaine. Il fut
extrêmement utile. « Il apprit que les Bubis fernandins des différents points
de l'île désiraient vivement des missions ; il prit également connaissance des
besoins des catholiques annobonnais, perdus dans une île solitaire, très
éloignés du centre des autres territoires espagnols ; il s'aperçut avec quelle
urgence les Bengas de Corisco et du Cap de Saint Jean étaient aussi
désireux de devenir chrétiens qu'Espagnols ; et il comprit que leur
nationalité espagnole courait un grave danger, vu la convoitise des
Français, s’il ne s'y établissait pas une Mission au plus tôt. Il vit l'urgence
de fonder des écoles pour engager les enfants dans des labeurs utiles ainsi
que dans les vérités et pratiques régénératrices de la Religion ; enfin, il prit
conscience de la nécessité péremptoire de faire venir aux Missions des
religieuses collaboratrices pour prendre soin de l'instruction et éducation
des fillettes ainsi que d'autres besognes que, bien mieux que les
42 « Ardiente deseoso de que jamás se relaje esta comunidad y de que su verdadero celo y
buen espíritu consiga la conversión de estos infelices, prescribimos : 1º Que atiendan siempre
todos a la observancia regular y, en consecuencia, que nunca se establezca ni se dé
disposición alguna contraria a las constituciones. » ; « que sin la aprobación del gobierno
general de la Congregación no se emprendan cosas graves, contrarias o desusadas en Ella, ni
se hagan gastos extraordinarios ». [Coll, Ermengol] (circa 1908), Crónica de la Casa-Misión
de Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 17-18.
33 43missionnaires, elles sauraient mener à terme » . Autrement dit : le P. Xifré
accepta l'enthousiasme et les projets du P. Ramirez : il fallait, pour les
Missions, une expansion concernant le reste des territoires coloniaux
espagnols ; et elles devaient s'organiser à la manière des missionnaires
spiritains, prenant comme principal objectif les jeunes indigènes, créant des
internats pour eux et leur apprenant à « travailler ». Seule l'impossibilité
d'organiser l'hôpital, qui à Santa Isabel était à charge de l'administration,
faisait la différence entre le modèle clarétain et celui des spiritains.
Suivant ce nouveau modèle, les missionnaires profitèrent de la première
occasion pour acheter une propriété près de Santa Isabel, à Banapa : « À
l'époque (11 septembre 1884) on entama le défrichage de la propriété
modèle de Banapa. Or, il advint que deux chevaliers bienfaiteurs qui
voulaient contribuer aux progrès du christianisme, ainsi qu'au
développement des produits qui pouvaient représenter une richesse dans
cette île, offrirent de leur propre gré à nos Supérieurs tout le nécessaire
pour l'ouverture d'une propriété servant de modèle aux jeunes qui recevaient
leur éducation à la Mission. Lorsque ces RR. PP. Supérieurs prirent
conscience de l'utilité qu'ils pouvaient en tirer et de l’intérêt que produirait
chez les indigènes la vue des cultures que ces terres produiraient, ils
44acceptèrent avec gratitude le sacrifice de ces messieurs » .
Il faut dire qu’en l'occurrence, la propriété se créait tout en prévoyant
« l’intérêt que produirait chez les indigènes la vue des cultures que ces
terres produiraient ». Donc, il ne revenait pas encore aux Bubis de la
prendre en charge ou que les clarétains leur apprennent à travailler la terre
tout comme on le faisait alors en Europe ; il s’agit d'une époque antérieure.
43 « Supo de los deseos de los bubis fernandianos, que en distintos puntos de la isla querían
Misiones : conoció la necesidad de los católicos annoboneses, perdidos en una isla solitaria
muy alejada del núcleo de los demás territorios españoles : se apercibió de los apremios de los
bengas de Corisco y Cabo San Juan, no menos deseosos de ser cristianos que españoles ; y
entendió que su nacionalidad de españoles peligraba por las apetencias francesas, si pronto no
se establecía allí una Misión. Vio la conveniente urgencia de implantar colegios para iniciar a
los niños en útiles labores, al mismo tiempo que en las verdades y prácticas regeneradoras de
la Religión : y por último, se convenció de la imprescindible necesidad de llevar a las
Misiones religiosas colaboradoras, que se encargasen de la instrucción y educación de las
niñas y atendiesen a otros menesteres que ellas, mejor que los Misioneros, sabían y podían
desempeñar » (Fernandez, Cristóbal, 1962 : 94).
44 « También se dio principio en esta época (11 de septiembre 1884) a la roturación de la finca
modelo de Banapá. Fue el caso que dos caballeros bienhechores, queriendo contribuir a los
progresos del cristianismo, así como al desarrollo de los productos que pudiesen formar en
esta isla una verdadera riqueza, ofrecieron de muy buena voluntad a nuestros Superiores lo
necesario para abrir una finca que pudiese servir de modelo a los jóvenes que se educaban en
la Misión. Preveniendo estos RR. PP. Superiores la utilidad que de ello podía resultar y el
estímulo que en los indígenas causaría la vista de los productos que en ella se diesen,
aceptaron con agradecimiento el sacrificio de aquellos señores ». [Coll, Ermengol] (circa
1908), Crónica de la Casa-Misión de Santa Isabel. AG.CMF, doc. cit., p. 23-24.
34 Ce qui nous mène à considérer la présence d'autres individus qui furent
toujours présents dans les Missions clarétaines : les Krumen. Ce furent eux,
effectivement, qui s'occupèrent de faire progresser la nouvelle propriété de la
Mission de Santa Isabel. Et dans toutes les Missions ils seraient engagés y
effectuant les travaux les plus durs, presque toujours sous la direction des
Frères coadjuteurs et sous la supervision de chaque Supérieur. Ils furent
toujours très nombreux à Banapa : ce mois de septembre, il en arriva trois et
huit au mois de décembre qui y plantèrent des amandiers et des cacaotiers ;
45 46deux ans plus tard le nombre de Krumen affectés à Banapa s'éleva à 22 .
De sorte que, par conviction, parce qu'il s'agissait de la capitale de la
colonie, et en suivant le modèle spiritain, la Mission de Santa Isabel, siège
de la Préfecture, devint non seulement la plus forte et la plus soignée, mais
aussi la première à développer une expansion dans un endroit proche de celle
des jésuites (Banapa) et un nouveau modèle missionnaire :
45 Pujadas, 1968 ; 150-151.
46 Le recrutement de Krumen pour les Missions, se faisait parfois de pair avec le
gouvernement colonial : « Ayant besoin de travailleurs, en entente avec le gouvernement de la
colonie, nous avons embauché en Sierra Leone « ( « Habiendo de necesitar gente trabajadora,
encargamos en Sierra Leona, en unión con el gobierno de la colonia ». Lettre du P. Raimon
Andreu au P. José Mata, du 14 décembre 1890. AG.CMF, Section F, Série N, Boîte 8, Carton
8). À l'époque du P. Vall-llovera il y en avait une centaine dans les Missions toutes
confondues, qui « étaient engagés pour 3 ans, à 3 duros 78 centimes par mois et le riz, et les
deux contremaîtres à 5 duros « ( « estaban tratados por tres años, a tres duros 78 centavos al
mes y el arroz, y los dos capataces a cinco duros ». Lettre du P. Vall-llovera au P. J. Mata, du
12 avril 1889. AG.CMF, Section F, Série P, Boîte 10, Carton 8). Tout le long du mandat du P.
Ermengol Coll ils furent encore plus nombreux et étaient toujours aussi indispensables pour le
fonctionnement des Missions. « Nous nous attendions à recevoir beaucoup de Krumen dans le
“ Larache ” mais ils ne sont pas arrivés. Pour le prochain vaisseau il y aura 57 Krumen de
Banapa qui rentreront, et il n’y aura que 13 restant là-bas. De sorte que l'affaire de San Carlos
et Conception n'est qu'un projet « ( « Esperábamos muchos krumanes en el “ Larache ” y no
nos ha llegado ninguno. Para el próximo correo cumplen en Banapá 57 y van a quedar con 13.
De modo que lo de S. Carlos y Concepción queda por ahora en proyecto ». Lettre du P.
Ermengol Coll au P. Josep Xifré du 2 Août 1893. AG.CMF, Section F, Série N, Boîte 8,
Carton 8).
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