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Apprendre et enseigner le français en France

De
115 pages
Comment l'enseignant peut-il concrètement gérer des classes avec des élèves d'origines culturelles différentes, hommes et femmes, jeunes et vieux, migrants économiques et réfugiés ?... Il n'est pas possible pour l'enseignant de ne pas prendre en compte la diversité de leurs appartenances, mais il lui est tout aussi impossible d'avoir toutes les connaissances qu'exigerait a priori un tel "échange équitable". Voici un véritable manuel de formation à l'enseignement apprentissage du "français langue seconde en France".
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PREFACE

C'est pour moi un grand honneur de préfacer le dernier ouvrage d'un homme d'expérience, de réflexion et de conviction tel que Gilles Verbunt. Ce qui me l'a valu, c'est sans doute mon statut de didacticien des languescultures et de formateur d'enseignants, et c'est sur lui que je voudrais m'appuyer dans les quelques lignes qui suivent. Cet ouvrage me paraît fournir à la réflexion didactique actuelle un certain nombre d'apports de toute première importance et actualité : 1) Il replace la question de l'interculturalité _ trop souvent pensée depuis trois décennies en didactique des langues-cultures comme un contact entre cultures d’origine, avec les risques de « culturalisme » que cela implique _ par celle d'un contact entre des enseignants et des apprenants dont ces cultures ne sont que l'un des éléments d'une relation humaine heureusement bien plus complexe, parce qu’en particulier dépendante de la singularité de l’échange situé. 2) Il enrichit de ce fait la « dimension affective » de la classe de langue — qui est, selon une typologie

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classique dans ma discipline, l'une des trois dimensions fondamentales avec le communicatif et cognitif — de toute la profondeur d’un « humanisme » dans le sens le plus fort du terme, qui amène Gilles Verbunt jusqu'à faire de la classe de langue-culture, avant l'enjeu de l'enseignement-apprentissage de la langue et même celui de la découverte d'une autre culture sociale, le lieu d'une rencontre humaine où l'enseignant a tout autant à apprendre de ses « apprenants ». Ce texte introduit par là dans la réflexion en didactique de langues-cultures les notions modernes, déjà bien implantées sinon mises en oeuvre par ailleurs, d' « échange équitable » comme condition d'un « développement durable » solidaire. 3) Il aborde la question de la relation langue-culture française avec la perspective, trop peu présente dans la réflexion française en didactique des langues-cultures jusqu’à présent, d'un étranger venu s'installer et enseigner le français langue étrangère-langue seconde (FLE-FLS) en France : Gilles Verbunt a lui-même vécu dans les premières années de son arrivée en France cette même sensation d' « étrangeté » que vivent les apprenants étrangers en France... : il s'en souvient très bien et le rappelle très bien ! En tant que directeur de recherches « corrigeant » les textes de mes apprentis-chercheurs (mémoires et thèses), j'ai été particulièrement sensible (parce que je m’y suis retrouvé d'un seul coup « touché-coulé », comme on dit dans le jeu de bataille navale...) à ce passage où il moque gentiment cette priorité que les Français accordent à la linéarité de l'écriture aux dépens d'autres structures discursives tout aussi efficaces : en France on approfondit linéairement (on « creuse »... au risque de s'enterrer tout

Préface

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seul !) alors que dans d'autres pays on s' « élève » en spirale en se resituant constamment vis-à-vis de ses lecteurs par rapport à sa problématique générale ; dans un cas ce qui s'impose est une logique formelle de progression rhétorique (« Où est-ce que j'en suis dans mon propre discours en fonction de ses propres règles? »), dans l'autre une logique pragmatique de pertinence et d'efficacité par rapport à un projet que je cherche à faire partager à mes destinataires (« Où est-ce que j'en suis dans le parcours que je propose à mes interlocuteurs, en fonction de leur accord prévisible? »). Mais quant à l'intérêt de ce regard extérieur, l'ouvrage de Gilles Verbunt fourmille d'autres exemples sûrement plus parlants pour tous les Français, enseignants ou « amis », et qui leur feront prendre conscience qu'en tant que natifs, précisément parce qu'ils ont grandi dans cette langue-culture qu'ils enseignent, ils ont difficilement conscience de ses spécificités-étrangetés aux yeux de leurs apprenants, et qu'ils ont de ce fait des efforts tout particuliers à faire de décentration à la fois linguistique et culturelle. Sur ce point essentiel, cet ouvrage de Gilles Verbunt me paraît constituer un très efficace outil de formation initiale des enseignants de langue-culture française en France. 4) Il renouvelle la thématique de la « centration sur l'apprenant ». Celle-ci est très présente en didactique des langues-cultures depuis maintenant trois décennies, mais je n'ai jamais vu avant ce texte de Gilles Verbunt aussi clairement affirmé et aussi efficacement illustré le fait que cette centration sur l'apprenant implique nécessairement une « décentration de l'enseignant » à la fois par rapport à sa propre langue et par rapport à sa propre culture.

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La question reste posée de savoir où doit se situer, pour l'enseignant, le curseur entre le respect de la langueculture de ses apprenants et l'exigence de décentration (partagée...) vis-à-vis de cette langue-culture nécessaire aux apprenants pour leur intégration ou du moins leur insertion en France. Je ne pense pas que Gilles Verbunt me contredise si je dis ici que la réponse est forcément contextuelle... parce qu'éminemment humaine. Christian Puren Professeur des Universités à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne CELEC-CEDICLEC EA 3069 Novembre 2005

Introduction
Voici le témoignage d’un voyageur qui aime visiter les langues, d’un jeune Néerlandais qui a quitté les PaysBas il y a plus de quarante ans, après avoir goûté quelques années aux métiers de journaliste et d’enseignant, et s’est aventuré en France pour finalement y prendre sa retraite. Aventure passionnante, exaltante et pénible. Exaltante, parce que de nouveaux horizons pleins de promesses de développement personnel se dessinent. Pénible non seulement parce que la maîtrise imparfaite de la langue française complique la vie quotidienne, mais aussi à cause du manque de reconnaissance sociale : toute ma connaissance et toute mon expérience pédagogique antérieures avaient subi un sort semblable à celui des actions d’Eurotunnel en bourse. Aux Pays-Bas, j’avais préparé et acquis un diplôme pour enseigner le français ; en France, je me suis trouvé dans la situation d’enseigner d’autres langues aux petits Français, puis le français aux adultes immigrés, pour enfin, dans le cadre de la formation continue, parler souvent de la langue française et aider les futurs formateurs en FLE (Français Langue Étrangère) et FLS (Français Langue Seconde) à se préparer à leur tâche. Pendant tout ce temps, en écrivant et en parlant, j’ai bénéficié moi-même de l’aide d’amis et de collègues qui