1969 en Europe. Année des relèves ou des ruptures ?

1969 en Europe. Année des relèves ou des ruptures ?

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125 pages

Description

En 2008, on a beaucoup évoqué et commémoré l'année 1968. L'année 1969 n'a pas la même renommée et pourtant elle mérite, elle aussi, l'attention des chercheurs, ne serait-ce qu'en raison d'un certain nombre d'événements qui sont autant de ruptures ou de nouvelles étapes à l'intérieur de différents processus. En Europe, Willy Brandt, Eward Heath (1970), Bruno Kreisky (1970), Olof Palme, Georges Pompidou, mais également Marcelo Caetano et Gustav Husak arrivent sur le devant de la scène. Ces remplacements de responsables constituent-il de véritables ruptures idéologiques, générationnelles ou socioculturelles ? Ne vaudrait-il pas mieux parler d'alternances, de relèves ou de changements dans la continuité ? Dans les dictatures en tout cas, la relève n'implique aucune mutation majeure... Dans l'ombre de 1968, l'année 1969 apparaît, à travers huit communications, comme un moment moins fiévreux pendant lequel l'ampleur des renouvellements, souvent modestes, varie cependant nettement selon les États considérés.


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Date de parution 08 avril 2018
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EAN13 9782490296194
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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1969 en Europe. Année des relèves ou des ruptures ?
Jean-Marc Guislin (dir.)
Éditeur : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion Année d'édition : 2010 Date de mise en ligne : 8 avril 2018 Collection : Histoire et littérature du Septentrion (IRHiS) ISBN électronique : 9782490296194
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782905637635 Nombre de pages : 125
Référence électronique GUISLIN, Jean-Marc (dir.).1969 en Europe. Année des relèves ou des ruptures ?Nouvelle édition [en ligne]. Lille : Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2010 (généré le 09 avril 2018). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782490296194.
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© Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2010 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
En 2008, on a beaucoup évoqué et com m ém oré l'année 1968. L'année 1969 n'a pas la m êm e renom m ée et pourtant elle m érite, elle aussi, l'attention des chercheurs, ne serait-ce qu'en raison d'un certain nom bre d'événem ents qui sont au tant de ruptures ou de nouvelles étapes à l'intérieur de différents processus. En Europe, Willy Brandt, Eward Heath (1970), Bruno Kreisky (1970), Olof Palm e, Georg es Pom pidou, m ais ég alem ent Marcelo Caetano et Gustav Husak arrivent sur le devant de la scène. Ce s rem placem ents de responsables constituent-il de véritables ruptures idéolog iques, g énérationnelles ou socioculturelles ? Ne vaudrait-il pas m ieux parler d'alternances, de relè ves ou de chang em ents dans la continuité ? Dans les dictatures en tout cas, la relève n'im plique aucune m utation m ajeure... Dans l'om bre de 1968, l'année 1969 apparaît, à trav ers huit com m unications, com m e un m om ent m oins fiévreux pendant lequel l'am pleur des renouvellem ents, souvent m odestes, varie cependant nettem ent selon les États considérés.
SOMMAIRE
Introduction. 1969 En Europe : année des relèves ou des ruptures ? Jean-Marc Guislin
Première partie : Des ruptures ?
1969 : Année du changement de pouvoir en République Fédérale Allemande Jérôme Vaillant Le contexte du chang ement de pouvoir dans la transition ouverte par la g rande coalition Le chang ement pour une autre politique intérieure et une autre politique extérieure Rupture, chang ement, alternance ?
L’Autriche en 1970 : le nouveau chancelier Bruno Kreisky à l’origine d’importants changements Alfred Strasser Les premiers chang ements politiques Les réformes Le maintien de la paix sociale par la nég ociation et le compromis Aucun chang ement dans le rapport de l’Autriche à son passé
Deuxième partie : Les changements dans la continuité
Relève à droite : Edward Heath et le parti conservateur britannique en 1969 Philippe Vervaecke Introduction Les conservateurs dans l’antichambre du pouvoir : le contexte de la fin des années 1960 Le leadership de Heath : continuités Le leadership de Heath : ruptures Conclusion
L’année 1969 en Suède ou le retour sur terre La continuité idéolog ique et le prag matisme politique d’Olof palme Éric Chevaucherie La part du renouveau dans la conservation du pouvoir L’eng ag ement international : une question de g énération ou de prag matisme ? L’héritag e socialiste
1969, Le moment Pompidou ? François Dubasque L’après-g aullisme, une succession impossible ? Le temps de l’élection présidentielle de 1969, un candidat-Janus ? Du g aullisme au pompidolisme : l’épig one Conclusion
L’année 1969 en Italie : ruptures sociales et continuité politique Alessandro Giacone Les évolutions au sein des partis politiques Le renouvellement des élites dirig eantes ?
Troisième partie : Le cas particulier des dictatures
Le dictateur, le prince et le gouverneur civil : 1969, année zéro de la transition démocratique en Espagne ? François Malveille « La long ue marche de la monarchie » Un saut de g énération La g énération de la Transition, une g énération effective ? Excès vs modération 1969 : Année zéro de la transition démocratique ?
La Tchécoslovaquie et le Portugal autour de 1969 : de la libéralisation à la normalisation Diverg ences et « converg ences parallèles » Jean-Marc Guislin Introduction : similitudes et différences Converg ences et diverg ences dans le chang ement Converg ences et diverg ences dans le retour en arrière : Converg ences et diverg ences chez les principaux acteurs : des « libéraux » ? Épilog ue
Conclusions Robert Vandenbussche
Introduction. 1969 En Europe : année des relèves ou des ruptures ?
Jean-Marc Guislin
«Que 1969 efface dans tous les domaines les séquelles de 1968 et nous permette de repartir sur la voie du progrès, dans la paix sociale et la concorde civile». (Extrait de la présentation des vœux de Georg es Pom pidou à ses électeurs e de la 2 circonscription du Cantal [Saint-Flour]) En 2008, l’année 1968 a été abondam m ent com m ém orée, souvent saluée et positivem ent évaluée. Pourtant au m om ent des vœux ou des bilans, fréquents furent les jug em ents nég atifs. Peuvent ainsi être cités à l’appui de cette affirm ation : Le g énéral de Gaulle : « Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l’année qui s’achève » ; Georg es Pompidou : « Eh bien, disons-le tout net, l’année 1968 a été mauvaise pour la France... La France paraît douter d’elle-même » ; Le journaliste Pierre Viansson-Ponté intitule son a rticle du 2 janvier 1969 dansMonde Le « Une ‘m auvaise année’ ». Reprenant volontiers l’ex pression de l’ancien Prem ier m inistre français, il évoque notam m ent les événem ents de m ai, l’invasion de la Tchécoslovaquie en août, la crise m onétaire de novem bre. Si l’année 1969 ne s’annonce pas sous les m eilleurs auspices au Royaum e-Uni où le Prem ier m inistre travailliste Harold Wilson prévient que « le peuple britannique devra consentir de nouveaux sacrifices », ou en Tchécoslovaquie où le président Svoboda déclare : « Je dois vous dire que l’année qui vient... ne se déroulera pas sans difficultés », elle suscite toutefois un certain espoir. Ainsi, Tito, dictateur solidem ent installé, affirm e sa « conviction qu’en 1969, la Youg oslavie surm ontera ses difficultés économ iqu es actuelles et que le systèm e d’autog estion connaîtra un nouvel épanouissem ent ». Dans les dém ocraties libérales ég alem ent, on retrouve cette tonalité optim iste, no tam m ent parm i les leaders politiques qui aspirent aux plus hautes fonctions. Le conservateur britannique Edward Heath invite ses partisans à se tenir prêts et confiants dans l’éven tualité d’élections anticipées ; le vice-chancelier de RFA et leader du SPD, Willy Brandt, souhaite pouvoir reprendre le dialog ue avec l’Est, pour sig ner un pacte de non-ag ression a vec l’URSS et am éliorer les relations inter-allem andes ; Georg es Pom pidou a déjà été cité... Pour ces hom m es qui sont ou ont été au pouvoir, 1969 pourrait sonner l’heure de la relè ve voire de la rupture ainsi que nous en discuterons aujourd’hui. En effet cette nouvelle année va être riche d’un ce rtain nom bre d’événem ents qui sont autant de ruptures ou de nouvelles étapes à l’intér ieur de différents processus. Sans être exhaustif, peuvent être cités : la m arche sur la lu ne, la fin officielle de la Révolution culturelle et la réorg anisation du Parti com m uniste chinois, les affrontem ents sino-
soviétiques, le com m encem ent du retrait am éricain du Vietnam , la relance européenne, le début du terrorism e en Italie, la norm alisation en Tchécoslovaquie, l’installation de Richard Nixon à la Maison Blanche, l’accession de Yasser Ar afat à la tête de l’Org anisation de Libération de la Palestine (OLP), la nom ination de Golda Meir com m e Prem ier m inistre d’Israël, la désig nation de Lin Biao com m e dauphin de Mao Zedong , le départ du g énéral De Gaulle, la désig nation de Juan-Carlos com m e successeur de Franco, la prise du pouvoir par Mouam m ar El Kadhafi en Libye... 1969 est donc une année fertile en chang em ents parm i les équipes dirig eantes dans le m onde, m ais surtout en Europe, espace auquel est volontairem ent lim itée cette journée d’études : en France, en République fédérale d’Allem ag ne, en Autriche, en Suède, en Italie, en E spag ne, en Tchécoslovaquie. Peu avant, Marcelo Caetano a rem placé Salazar à Lisbonne, bien tôt Edward Heath et Bruno Kreisky seront aux affaires à Londres et à Vienne... Ces rem placem ents de responsables constituent-ils d es rupturesm e idéolog iques com certains le pensent en RFA où l’on parle de renouve au, de nouveau départ (Neubegim), et m êm e d’heure zéro(Stunde Null),e-Uni si l’on veut voir en Heath un proto-voire au Royaum thatchérien ? Traduisent-ils des ruptures socioculturelles, souvent associées à l’arrivée de Willy Brandt, Bruno Kreisky ou Olof Palm e au pouvoir, sans oublierla nouvelle société que se propose d’établir Jacques Chaban-Delm as ? Sont-ils accom pag nés d’une nouvelle pratique g ouvernem entale com m e il a été constaté en France, de décisions ou de g estes historiques com m e ceux de Willy Brandt à Erfurt et bientôt à Va rsovie ? Plus certainem ent s’ag it-il de chang em ents g énérationnels, concept m is en avant notam m ent par Jean-François Sirinelli : e s’éloig nent alors des personnag es nés à la fin du XIX siècle avec de Gaulle et Salazar, ou au e tout début du XX siècle avec Erlander, Kiesing er et Novotny, com m e s’il y avait épuisem ent biolog ique, tandis que s’affirm ent des leaders nés à la veille de la Prem ière Guerre m ondiale (Brandt, Husak, Kreisky et Pom pidou) ou dans les an nées 1920 (Dubcek et Palm e), plus ou m oins porteurs de renouveau. Ne vaudrait-il pas m ieux parler d’alternances, norm ales en rég im e de dém ocratie libérale ? À Bonn, les conservateurs de la CDU-CSU parlent de chang em ent de pouvoir(Machtwechsel); à Londres, le phénom ène joue parfaitem ent puisque W ilson précède Heath et lui succédera bientôt, tous deux étant d’ailleurs nés en 1916. Vi ent ég alem ent à l’esprit, le term e de relèves,placem ent d’une personne ou d’une équipe par une autre dans c’est-à-dire du « rem un travail continu » (Dictionnaire Robert) qui n’exclut pas certaines inflexions. Ainsi, dan s son parti, Edward Heath « se situe dans la continuité du passé conservateur tout en initiant un chang em ent de style » (Philippe Vervaecke) ; en France, Georg es Pom pidou propose le changement dans la continuité,tandis qu’en Suède et en Italie, la m ajorité parlem entaire reste la m êm e, sans chang em ent de g énération pour le dernier pays cité. Dans les dictatures, en revanche, la relève n’im plique, dans l’im m édiat, aucun chang em ent m ajeur. Au Portug al, Caetano, né en 1906, parled’évolution dans la continuité.Espag ne, En l’instauration prochaine de la m onarchie devrait être le couronnem ent de la m ission du Caudillo. En Tchécoslovaquie, la normalisation« la restauration par la force du systèm  est e sociopolitique de type soviétique » pourtant rejeté par la population (Zdenek Milnar). Relève, rupture, retour en arrière... tels sont les thèm es autour desquels tournera la réflexion d’aujourd’hui, en com pag nie de plusieurs collèg ues civilisationnistes des UFR de lang ues de l’Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, m em bres du CECILLE (Centre d’Études en Civilisations, Lang ues et lettres Étrang ères, EA 4074) m ais aussi de deux collèg ues parisiens
que je salue avec reconnaissance. Je rem ercie ég alem ent les collèg ues historiens, présidents de séances : Philippe Rog er, Philippe Guig net, dire cteur de la Revue du Nord, Robert Vandenbussche, ancien directeur de l'UFR des sciences historiques, artistiques et politiques, qui, en outre, a accepté de tirer les conclusions de cette journée. Enfin je tiens à exprim er m a g ratitude à Martine Aubry, responsable g estionna ire de l’IRHiS (UMR 8 529) ainsi qu’à Christine Lefebvre sans lesquelles cette rencontre scientifique n’aurait pu avoir lieu. Le présent volum e, qui est la publication des actes de cette journée d’études (15 m ai 2009), en propose les différentes com m unications selon tro is parties thém atiques dont les deux prem ières [Les ruptures ? Les changements dans la continuité] ne sont, en réalité, g uère éloig nées, tandis que la troisièm e [Le cas particul ier des dictatures] rassem ble rupture, continuité et... retour en arrière.
RÉSUMÉS
Il peut paraître surprenant de tenter d’établir une com paraison entre deux Etats, le Portug al et la Tchécoslovaquie, a priori si différe nts politiquem ent, économ iquem ent et culturellem ent. Toutefois, pour les deux dictatures - prem ier élém ent de proxim ité -, les années 1968-1972 sont une période de chang em ent puis de retour en arrière avec un lég er décalag e chronolog ique. Les espoirs de chang em ent, de libéralisation dans le cadre du printem ps de Prag ue sous la houlette d’Alexandre Dubcek et dans le cadre de l’Etat social avec Marcello Caetano, sont vite déçus. L’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie (20-21 août 1968) puis la norm alisation incarnée par Gustav Husak (avril 1969) m ettent un term e à l’expérience visant à prom ouvoir un « socialism e à visag e ». Il en est de m êm e à Lisbonne, m ais sous une form e beaucoup m oins violente - si l’on excepte le cas particulier des colonies-, où les réform es du « printem ps politique », des plus lim itées, sont précocem ent et prog ressivem ent interrom pues. Dans les deux Etats, l’échec d’une véritable transform ation est dû, pour une bonne part, à la contradiction dans laquelle se sont enferm és les leaders qui la souhaitaient : libéralisation, autonom isation et fidélité inconditionnelle à l’URSS pour Dubcek ; recul de l’autoritarism e, prog rès social et poursuite de la g uerre coloniale pour Caetano. Cette volonté de concilier l’inconciliable révèle peut-être une certaine naïveté, m ais plus sûrem ent la relativité de leur libéralism e qui explique aussi l’insuccès de leur entreprise. Les concepts de rupture et de relève sem blent pouvo ir s’appliquer au cas tchécoslovaque : ainsi Dubcek serait l’hom m e de la relève en janvier 1968 (rem placem ent de Novotny, à la tête du PCT) puis l’hom m e de la rupture à partir d’avril (accélération des réform es) et enfin l’hom m e de l’acceptation résig née du retour en arrière après le 21 août. Husak, quant à lui, se présentant com m e un partisan de « l’esprit de janvier », pourrait passer pour l’hom m e de la relève, m ais, avec la norm alisation, il est l’ho m m e de la rupture avec le printem ps de Prag ue. En revanche, pour le Portug al, il s’ag it d’ une sim ple relève, Caetano lui-m êm e parlant d’« une évolution dans la continuité »