Conseils et conseillers dans l’Europe de la Renaissance

Conseils et conseillers dans l’Europe de la Renaissance

Livres
467 pages

Description

À la fin du Moyen Âge on observe un peu partout en Europe un phénomène de démembrement de la curia principis au cours duquel l'informel Conseil du prince s'institutionnalise lentement. On passe ainsi en plusieurs siècles d'un entourage de conseillers à l'institution d'un Conseil doté d'une certaine permanence dans sa structure et sa composition. Ce Conseil est l'organe qui gouverne et constitue un point de contact entre le prince et ses élites, le centre et les périphéries, la théorie et la pratique du gouvernement. Dans le contexte du développement des Cours et de l'affirmation d'un État de plus en plus élaboré et puissant autour de la figure du prince, le Conseil est l'une des rares composantes des processus en cours qui permette d'aborder aussi bien les dynamiques bureaucratique que domestique et féodale qui interviennent dans la mise en place de l'État moderne. Plus qu'aucune des autres institutions centrales (chancelleries, parlements, cours de justice, chambres des comptes, etc.) en effet, le Conseil est celle qui, en même temps qu'elle participe au renforcement et à la centralisation de l'État, affirme avec force la dimension personnelle du pouvoir du prince. Ce Conseil se caractérise par la fluidité de sa forme, la place qu'y occupe la faveur du prince et sa souplesse en tant qu'instrument de gouvernement qui s'ajuste en permanence aux nécessités du moment. Il constitue donc une entrée réflexive particulièrement riche pour l'histoire de la cour, de l'État, des institutions, des idées politiques et de la société politique de la Renaissance.


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Date de parution 16 juillet 2018
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EAN13 9782869065284
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Conseils et conseillers dans l’Europe de la Renaissance v. 1450 - v. 1550
Cédric Michon (dir.)
DOI : 10.4000/books.pufr.7794 Éditeur : Presses universitaires François-Rabelais, Presses Universitaires de Rennes Année d'édition : 2012 Date de mise en ligne : 16 juillet 2018 Collection : Renaissance ISBN électronique : 9782869065284
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782869062863 Nombre de pages : 467-XVI
Référence électronique MICHON, Cédric (dir.).Conseils et conseillers dans l’Europe de la Renaissance : v. 1450 - v. 1550.Nouvelle édition [en ligne]. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2012 (généré le 17 juillet 2018). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782869065284. DOI : 10.4000/books.pufr.7794.
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© Presses universitaires François-Rabelais, 2012 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
À la fin du Moyen Âg e on observe un peu partout en Europe un phénom ène de dém em brem ent de lacuria principiscours duquel l'inform  au el Conseil du prince s'institutionnalise lentem ent. On passe ainsi en pl usieurs siècles d'un entourag e de conseillers à l'institution d'un Conseil doté d'une certaine perm anence dans sa structure et sa com position. Ce Conseil est l'org ane qui g ouverne et constitue un point de contact entre le prince et ses élites, le centre et les périphéries, la théorie et la pratique du g ouvernem ent. Dans le contexte du développem ent des Cours et de l'affirm ation d'un État de plus en plus élaboré et puissant autour de la fig ure du prince, le Conseil est l'une des rares com posantes des processus en cours qui perm ette d'aborder aussi bie n les dynam iques bureaucratique que dom estique et féodale qui interviennent dans la m is e en place de l'État m oderne. Plus qu'aucune des autres institutions centrales (chance lleries, parlem ents, cours de justice, cham bres des com ptes, etc.) en effet, le Conseil es t celle qui, en m êm e tem ps qu'elle participe au renforcem ent et à la centralisation de l'État, affirm e avec force la dim ension personnelle du pouvoir du prince. Ce Conseil se caractérise par la fluidité de sa form e, la place qu'y occupe la faveur du prince et sa souplesse en tant qu'instrum ent de g ouvernem e nt qui s'ajuste en perm anence aux nécessités du m om ent. Il constitue donc une entrée réflexive particulièrem ent riche pour l'histoire de la cour, de l'État, des institutions, des idées politiques et de la société politique de la Renaissance.
CÉDRIC MICHON
Cédric Michon, norm alien, ag rég é d’histoire, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, est m aître de conférences à l’université du Maine et m em bre junior de l’Institut universitaire de France, ainsi que du CERHIOUMR 6258.
SOMMAIRE
Introduction. Conseils et conseillers en Europe (v. 1450-v. 1550) Cédric Michon
Conseils et conseillers en Angleterre sous les premiers Tudors (1485-1558) Steven Gunn LE CONSEIL DES ROIS D’ANGLETERRE LES CONSEILLERS LE CONSEIL AU QUOTIDIEN SOUS LES PREMIERS TUDORS CONSEIL ET VOLONTÉ DU ROI
« Croit conseil » et ses « ministres ». Les conseillers de Philippe le Beau (1494-1506) Jean-Marie Cauchies UN JEUNE PRINCE À ENCADRER DES TEXTES À DÉCRYPTER DES POUVOIRS À RÉPARTIR UNE GALERIE À PARCOURIR
er Conseils et conseillers en France de Louis XI à François I (1461-1547) Cédric Michon HISTOIRE, RÉALITÉS ET PRINCIPES DU CONSEIL DU ROI ER LE CONSEIL DE LOUIS XI À FRANÇOIS I er LES CONSEILLERS DES ROIS DE FRANCE DE LOUIS XI À FRANÇOIS I CONCLUSION : LE CONSEIL DU ROI À LA VEILLE DE LA FORMALISATION HENRICIENNE
Conseillers et factions curiales durant le règne de l’empereur Charles Quint (1500-1558) José Martínez Millán FACTIONS CURIALES DANS LES ROYAUMES HÉRITÉS PAR L’ARCHIDUC CHARLES L’ORGANISATION POLITIQUE DE L’EMPIRE DE CHARLES QUINT (1522-1530) LE GOUVERNEMENT DE L’EMPIRE DE CHARLES QUINT : SOUS LE PATRONAGE DE FRANCISCO DE LOS COBOS ET JUAN TAVERA (1530-1547) LA DIVISION DES FACTIONS DE COUR : LA FORMATION DES PARTIS « ALBISTE » ET « ÉBOLISTE » (1548-1555)
Le Conseil Royal au Portugal (1400-1520) Rita Costa-Gomes e er L’ÉVOLUTION DU CONSEIL AU PORTUGAL DU XIII SIÈCLE AU RÈGNE DE MANUEL I e FONCTIONNEMENT ET COMPOSITION DU CONSEIL AU PORTUGAL AU XV SIÈCLE LA COMPOSITION DU CONSEIL : QUELQUES CONCLUSIONS
Conseils et conseillers à Milan sous les Sforza (1450-1499) Pierre Savy
LA QUESTION DES ORIGINES LES DEUX CONSEILS ET LEURS ATTRIBUTIONS PERSONNELS ET CARRIÈRES COMPOSITION ET SOCIOLOGIE DÉDOUBLEMENTS ET « RÉFORMES » DES CONSEILS LE RÔLE DES CONSEILS ET LES AFFAIRES TRAITÉES ÉPILOGUE
e e À la recherche d’un Conseil d’État : le Conseil collatéral du royaume de Naples (XV -XVI siècle) Giovanni Muto CONSEILS ET CONSEILLERS D’ALPHONSE LE MAGNANIME (1442-1458) CONSEILS ET CONSEILLERS DE FERRANTE (1458-1494) CONSEILS ET CONSEILLERS APRÈS LA CHUTE DE LA DYNASTIE DES ARAGON DE NAPLES LES MEMBRES DU CONSEIL COLLATÉRAL LA NOBLESSE AU CONSEIL LE CONSEIL COLLATÉRAL SOUS CHARLES QUINT CONCLUSION
Le Conseil du roi de Hongrie (1458-1559) Dénes Harai LE CONSEIL DU ROI DE HONGRIE À LA FIN DU MOYEN ÂGE (1458-1526) LE CONSEIL DES SZAPOLYAI (1526-1559) er LE CONSEIL DE FERDINAND I DE HABSBOURG (1526-1556) CONCLUSION
Les conseillers des Habsbourg d’Autriche (1480-1530) Heinz Noflatscher FACTEURS D’ASCENSION SOCIALE ITINÉRAIRES, INTÉRÊTS ET RÉACTIONS QUELLES PERSPECTIVES SUR LE LONG TERME ?
Divân-ı Hümâyûn : le Conseil impérial ottoman et ses conseillers (1450-1580) Metin Kunt et Zeynep Nevin Yelçe INTRODUCTION. PRÉMICES HISTORIQUES ET ÉVOLUTION JUSQU’EN 1450 LE SULTAN ET LE CONSEIL IMPÉRIAL FAVORIS ET VIZIRS CONCLUSION. CHANGEMENTS AU SEIN DU CONSEIL ET RÔLE DES VIZIRS
Essai de synthèse. Conseils et conseillers en Europe occidentale (v. 1450-v. 1550) Cédric Michon INTRODUCTION CARACTÉRISTIQUES DU CONSEIL DANS L’EUROPE DE LA RENAISSANCE LA COMPOSITION DU CONSEIL LE FONCTIONNEMENT DU CONSEIL CONCLUSION
Bibliographie
Index
Cahier d’illustrations
Introduction. Conseils et conseillers en Europe 1 (v. 1450-v. 1550)
Cédric Michon
e À la fin du XV siècle, le g ouvernem ent des g randes principautés e t des m onarchies d’Europe associe au pouvoir personnel des princes l’aristocratie féodale et les élites urbaines tandis que s’affirm e une bureaucratie en voie d’int ég ration nobiliaire. Le prince reste cependant le centre du g ouvernem ent et des décision s qui sont prises. Il est la source du pouvoir, et par la redistribution des g râces et les délég ations d’autorité, il s’efforce de s’assurer la fidélité des élites anciennes tout en renouvelant sans cesse le vivier de ses serviteurs. La pratique du pouvoir connaît des expr essions diverses en fonction de la personnalité du prince, de son âg e, du contexte national et international et des hom m es que le hasard contribue à placer dans son cham p de vision. Au som m et de la pyram ide g ouvernem entale, le Conseil est l’org ane qui g ouver ne et qui, en prem ier et en dernier ressort, lie le prince aux territoires sur lesquels il exerce sa souveraineté. Car les m em bres du Conseil ne sont pas seulem ent des ag ents de l’ex écutif, m ais ég alem ent des relais du pouvoir central dans les provinces et des relais de la société politique dans l’entourag e du prince. Le Conseil est ainsi le point de contact en tre le prince et ses élites, le centre et les périphéries, la théorie et la pratique du g ouvernem ent. Une histoire du Conseil relève donc aussi bien de l’histoire des institutions que de l’ histoire politique, de l’histoire des idées politiques, de l’histoire sociale et de l’histoire nationale. De ce point de vue, une étude e com parée des Conseils d’Europe entre la seconde m oitié du XV siècle et la prem ière m oitié e du XVI est riche de prom esses. Deux options s’offraient à nous : effectuer une synthèse de travaux antérieurs ou ouvrir des cham ps nouveaux. Nous avons fait le pari d’associer les deux et cela pour une raison fort sim ple : l’état des connaissances n’était pas le m êm e selon les espaces étudiés. Pour autant, les contributions ont en com m un de s’inscrire dans le prolong em ent de plusieurs historiog raphies avec lesquelles elles prennent à l ’occasion leurs distances. On retiendra notam m ent celles de la g enèse de l’État m oderne et de la Cour. On connaît la question posée en 1958 par Federico C habod « Y a-t-il un État de la Renaissance ? » à laquelle il répondait par l’affir m ative, voyant com m e caractéristiques de ce dernier ses structures bureaucratiques et adm ini stratives. À la suite de l’article de Chabod, les recherches sur les principautés italien nes se sont m ultipliées et ont prog ressivem ent redéfini cet « État de la Renaissan ce ». On sig nalera, parm i d’autres travaux, ceux de Giorg io Chittolini et d’Elena Fasano Guarini, qui se sont appuyés sur l’étude des liens interpersonnels, notam m ent féodaux. Le pr em ier a soulig né l’im portance du systèm e féodal dans le pouvoir m ilanais de la fin d u Moyen Âg e, tandis que la seconde a er insisté aussi bien sur la centralisation voulue par Cosm e I que sur sa contribution à une
série d’accords et de nég ociations au sein de ses territoires2 Tout aussi capitaux ont été les travaux m enés pendant une trentaine d’années, sur la « construction de l’État », dans le cadre de prog ram m es de recherches org anisés par le CNRS et la Fondation européenne de la science. Dans cette dynam ique, Jean-Philippe Gen et en particulier s’est intéressé à la notion com plexe de « société politique » et a notam m ent m ontré que la vitalité de cette dernière était une conditionsine qua nonl’affirm ation de l’État m  de oderne qui a besoin de la participation active des couches possédantes, seules susceptibles de financer son action, et avec lesquelles il entretient un dialog ue essentiel à sa stabilité3De leur côté, William Beik e et Michaël Braddick, dans leurs travaux sur les XVII siècles français et ang lais, ont cherché à nuancer la dim ension volontariste des évolutions en s’efforçant de m ontrer que l’évolution de l’État reflétait les intérêts com m uns de la couronne et des élites locales4. Ils ont m is l’accent sur la « form ation » de l’État plu tôt que sur sa « construction ». Plus e récem m ent enfin, John Watts, dans son analyse des « Polities » dans l’Europe des XIV et e XV siècles s’est efforcé de dépasser les g rands schém as interprétatifs proposés jusque-là, notam m ent celui de la g enèse de l’État m oderne, et a préféré m ettre l’accent sur les « structures5 ». Dans ces perspectives, le Conseil et ceux qui l e peuplent constituent des entrées réflexives très précieuses qui perm ettent d ’aborder aussi bien les enjeux bureaucratiques que féodaux de cette institution pr im ordiale de l’État et perm ettent de prolong er la réflexion sur la société politique et sa collaboration avec le pouvoir royal. La deuxièm e historiog raphie dans le prolong em ent de laquelle se place ce livre est celle de la Cour, qui est sortie d’un long purg atoire depuis une trentaine d’années. Alors que les études se sont long tem ps lim itées aux aspects culturels ou anecdotiques, les travaux sur la Cour com m e centre politique se sont m ultipliés depu is les années 1970. En effet, étant donné la confusion entre le public et le privé, ent re le personnel et le social dans la personne du m onarque, le lieu où il vit et g ouverne ne peut qu’être un lieu essentiel de la vie du pouvoir. C’est la prise de conscience de cette réalité qui explique la revalorisation du rôle politique de la Cour depuis trente ans dans to ute l’Europe6. La Cour est ainsi prog ressivem ent apparue aux historiens com m e le principal centre politique et le point de cristallisation de la construction de l’État m odern e. La Cour et l’État ne sont donc plus perçus aujourd’hui com m e des m ondes séparés, m ais c om m e des sphères étroitem ent im briquées et interdépendantes. La Cour est au sens le plus fort un révélateur de l’existence du prince ; c’est là qu’il vit, qu’il se m et en scè ne, que par les cérém onies il m anifeste sa souveraineté en m êm e tem ps qu’il la construit. La Cour est aussi le point de contact entre les territoires sur lesquels il exerce sa souveraineté, ses sujets et lui-m êm e. Au cœur de ce systèm e, le Conseil est l’un des trois principaux élém ents après le prince et son hôtel. Ainsi, à la fin du Moyen Âg e et au début de l’époque m oder ne, si la Cour est le centre du pouvoir politique, le Conseil du roi reste le principal org ane de g ouvernem ent et l’influence des g rands officiers par exem ple dépend très larg em ent de leur présence ou non en son sein. Preuve supplém entaire de l’étroite im brication de l’hôtel et du Conseil, certains des textes rég lem entaires com m odém ent dénom m és Hofordnungen apparaissent sim ultaném ent com m e – partiellem ent du m oins – Ratsordnung en7. Les historiens de la Cour ne pouvaient donc éviter d’avoir un jour une g rande explication avec le Conseil. On com prend alors com bien un livre sur les Conseils dans l’Europe de la Renaissance, central aussi bien pour l’histoire de l’État que po ur celle de la Cour, par les com paraisons qu’il appelle, est susceptible d’enrichir notre com préhension de l’un et de l’autre. L’objectif