Des barbelés dans la Sierra

Des barbelés dans la Sierra

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Livres
396 pages

Description

Les transformations de l'agriculture dans l'une des régions de la Sierra Madre del Sur, au sud-ouest de l'État du Michoacán (Mexique), illustrent tout un pan de l'histoire agraire mexicaine. Le peuplement et l'histoire agraire de la région trouvent leur origine dans une longue migration paysanne commencée dès la fin du xixe siècle. Au gré des déplacements d'un « front pionnier » sans cesse instable, les métayers d'un moment deviennent des propriétaires-rancheros : petites gens de la culture du maïs sur brûlis. La chance aidant, ils se transforment en éleveurs-possesseurs de bétail et, du même coup, en dépossesseurs de terres indiennes. Dans un mouvement comparable à un jeu de pousse-pousse, des métayers promus en propriétaires sécrètent de nouveaux métayers n'ayant d'autres fins que de devenir, à leur tour, des propriétaires. Pour tous, quelles que soient les origines sociales, le chemin à parcourir et les moyens pour y parvenir, l'objectif est le même : s'installer comme éleveur sur ses propres terres. L'étude des systèmes de production, de leurs origines et de leurs transformations mesure les conséquences de la spécialisation régionale assignée à la Sierra Madre del Sur : une monoproduction de jeunes bovins destinés à être engraissés dans d'autres régions. Restent, au bout du chemin, les collectivités indiennes de la côte du Pacifique dont on spolie aujourd'hui les terres de la même manière que le faisaient, au xvie siècle, les premiers Européens. Cette ultime « réduction » des communautés indiennes est une conséquence de la nouvelle division du travail qui entraîne un processus de différenciation sociale accélérée.


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Date de parution 19 novembre 2018
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EAN13 9782709924634
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Des barbelés dans la Sierra Origines et transformations d'un système agraire au Mexique
Hubert Cochet
DOI : 10.4000/books.irdeditions.14700 Éditeur : IRD Éditions Année d'édition : 1993 Date de mise en ligne : 19 novembre 2018 Collection : À travers champs ISBN électronique : 9782709924634
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782709911160 Nombre de pages : 396
Référence électronique COCHET, Hubert.Des barbelés dans la Sierra : Origines et transformations d'un système agraire au Mexique.Nouvelle édition [en ligne]. Marseille : IRD Éditions, 1993 (généré le 28 novembre 2018). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782709924634. DOI : 10.4000/books.irdeditions.14700.
Ce document a été généré automatiquement le 28 novembre 2018. Il est issu d'une numérisation par reconnaissance optique de caractères.
© IRD Éditions, 1993 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Les transform ations de l'ag riculture dans l'une des rég ions de la Sierra Madre del Sur, au sud-ouest de l'État du Michoacán (Mexique), illustr ent tout un pan de l'histoire ag raire m exicaine. Le peuplem ent et l'histoire ag raire de la rég ion trouvent leur orig ine dans une e long ue m ig ration paysanne com m encée dès la fin du xix siècle. Au g ré des déplacem ents d'un « front pionnier » san s cesse instable, les m étayers d'un m om ent deviennent des propriétaires-rancheros : petites g ens de la culture du m aïs sur brûlis. La chance aidant, ils se transform ent en éleveurs-possesseurs de bétail et, du m êm e coup, en dépossesseurs de terres indiennes. Dans un m ouvem ent com parable à un jeu de pousse-pousse, des m étayers prom us en propriétaires sécrètent de nouveaux m étayers n'ayant d'autres fins que de devenir, à leur tour, des propriétaires. Pour tous, quelles que soient les orig ines sociales, le chem in à parcourir et les m oyens pour y parvenir, l'objectif est le m êm e : s'installer com m e éleveur sur ses pro pres terres. L'étude des systèm es de production, de leurs orig ines et de leurs transform ations m esure les conséquences de la spécialisation rég ionale assig née à la Sierra Madre del Sur : une m onoproduction de jeunes bovins destinés à être eng raissés dans d'autres rég ions. Restent, au bout du chem in, les collectivités indiennes de la côte du Pacifique dont on spolie e aujourd'hui les terres de la m êm e m anière que le fa isaient, au xvi siècle, les prem iers Européens. Cette ultim e « réduction » des com m unautés indiennes est une conséquence de la nouvelle division du travail qui entraîne un processus de différenciation sociale accélérée.
HUBERT COCHET
Ag ro-économ iste, a séjourné plus de quatre années au Mexique, d'abord dans la rég ion de Colim a, puis dans l'État du Michoacán, en effectuant des recherches en collaboration avec l'Orstom et le Colég io de Michoacán, Il est actuellem ent enseig nant à l'Institut national ag ronom ique de Paris-Grig non.
SOMMAIRE
Remerciement
Introduction
e 1. Système agraire et migrations paysannes à l'ouest du Mexique (fin xviii -1920) HACIENDAS ET PAYSANNERIE DE L'ALTIPLANO AVANT L'INDÉPENDANCE SYSTÈME AGRAIRE ET MIGRATIONS HISTOIRE OU PEUPLEMENT DANS LA SIERRA DE COALCOMÁN L'APPROPRIATION PRIVÉE DES INDIVIS SUR L'ORIGINE ET LES CAUSES DE L'IMMIGRATION LE PORT DE MARUATA ET L'INTERVENTION DES CAPITAUX ÉTRANGERS
2. Un nouveau système agraire pour la Sierra de Coalcomán (1920-1950) LES GRANDS TRAITS DU PAYSAGE LE SYSTÈME DE CULTURE SUR BRÛLIS LES TERRES TRAVAILLÉES À L'ARAIRE L'ÉLEVAGE LES RAPPORTS SOCIAUX DE PRODUCTION LES COMMUNAUTÉS INDIENNES FRONTIÈRE ET INVASIONS FONCIÈRES RÉFORME AGRAIRE ET RÉBELLIONCRISTERA CONCLUSION
3. Crise de l'ancien système et nouvelle spécialisation (1950-1990) LA SPÉCIALISATION VERS L’ÉLEVAGE NAISSEUR CULTURE SUR BRÛLIS ET INTENSIFICATION FOURRAGERE LA RECONVERSION DES MÉTAYERS LES TRANSFORMATIONS AGRAIRES DANS LES COMMUNAUTÉS INDIENNES : LE CAS DE PÓMARO CONCLUSION : PÂTURAGES, MÉTAYAGE ET DÉVELOPPEMENT DE L'ÉLEVAGE EXTENSIF EN AMÉRIQUE LATINE
4. Inégalités de développement, accumulation et paupérisation PANORAMA GÉNÉRAL SUR LA DIFFÉRENCIATION ÉLEVAGE EXTENSIF ET ACCUMULATION LES TENTATIVES D'INTENSIFICATION DES PETITS TENANCIERS LES PLUS MAL LOTIS EN VOIE DE PAUPÉRISATION CONCLUSION
Conclusion générale
Bibliographie
Annexes
Summary. Barbed wire across the Sierra The orig in and chang es in a farming system in Mexico
Resúmen.Alambrados de espinas en la Sierra Oríg en y transformation de un sistema ag rario de México
Table des illustrations
Table des annexes
Cahier d’illustrations
Remerciement
C’est tout d’abord aux ag riculteurs des com m unes de Coalcom án, Villa Victoria et Aquila que s’exprim e notre g ratitude. Indiens, m étayers et éleveurs ont été nom breux à nous accueillir et à accepter de répondre à tant de questions posées. Don Trinidad Flores et Doña Maria Spindola doivent être m entionnés tout spécial em ent, le prem ier pour nous avoir initié aux inextricables sentiers de la Sierra Madr e, la deuxièm e pour son am itié désintéressée et ses encourag em ents quotidiens. Nos rem erciem ents s’adressent aussi aux étudiants et aux chercheurs duColegio de Michoacán qui, par leur curiosité, leur com préhension et leur soutien nous ont incité à entreprendre et à poursuivre ce travail, en particulier à Thierry L inck qui, le prem ier, a aig uillé nos recherches vers la com m unauté indienne de Póm aro. Ce travail n’aurait pas davantag e été possible sans l’appui financier de l’Institut français de recherche scientifique pour le développem ent en coopération (Orstom ) et sans la confiance que nous a accordée Jean-Yves Marchal. Nous rem ercions ég alem ent François Chevalier et Jacques Chonchol pour l’intérêt qu’ils ont m anifesté pour notre travail. Enfin, nous som m es très reconnaissant à Marcel Mazoyer et à Marc Dufum ier, professeur et m aître de conférence à l’Institut national ag ronom i que Paris-Grig non, pour leurs orientations m éthodolog iques et la pertinence de leurs conseils.
Introduction
Le sud-ouest de l’État du Michoacán est une rég ion mal connue. Les reliefs escarpés de la Sierra Madre del Sur, le climat tropical sec, la rareté des voies de communication et la quasi-absence de surfaces labourables (environ 1 % du ter ritoire) en font une rég ion de faible potentiel ag ricole, encore peu peuplée et le plus souvent délaissée par les prog rammes de développement mis en place par les pouvoirs publics. Toute la rég ion est maintenant consacrée à l’élevag e semi-extensif dont les produits - les taurillons - sont achetés par les éleveurs installés dans les rég ions plus humides du pays. Toute ? Non, quelques villag es d’irréductibles Indi ens résistent encore et toujours à l’extension des clôtures et aux empiétements successifs qui amenuisent la surface de leur territoire. C’est là que la recherche a été entreprise, dans la communauté indienne de Pómaro (commune de Aquila), sorte de nébuleuse de villag es et de hameaux dispersés sur le bas du versant Pacifique de la Sierra. Dans un premier tem ps, l’objectif a été limité à l’identification des principales transformations ag ricoles récentes et à l’élaboration d’un diag nostic ag ro-économique. Après quelques temps de travail dans les villag es de la côte, une constatation s’est imposée : malg ré l’orig ine très ancienne de ces communautés indiennes, les villag es de bord de mer sont d’implantation récente (1970 environ). Anciennement installés au cœur de la Sierra, ces paysans indiens avaient vu prog ressivement leurs terres usurpées par des éleveurs au visag e pâle venus du nord. Contraints d’abandonner une partie de leur terroir, et de descendre peu à p eu vers la côte pour y implanter de nouveaux villag es, ils ont dû supporter des conditions physiques plus difficiles (climat plus sec, sols squelettiques, etc.) et chercher des compléments de revenu dans la pêche. Aussi l’invasion des terrains communautaires par les éleveurs créoles et la « réduction » consécutive de la communauté indienne nous ont-ils amené à rechercher, dans l’histoire, les racines de ce mouvement g énéral d’invasions foncières et sa sig nification. Pour répondre à cette question, la recherche a été étendue aux zones plus hautes d’où proviennent la plupart des familles créoles ou métisses1installées sur les indivis de la communauté indienne. C’est dans la commune de Coalcomán, au cœur de la Sierra Madre del Sur que la deuxième étape du travail a donc été réalisée. Nous y avons découvert alors une société ag ricole particulièrement différenciée, caractérisée par des structures foncières très inég alitaires qui n’ont pas été le moins du monde affectées par un demi-siècle de réforme ag raire. Ici, point de communautés indiennes et pas davantag e d’ejidos2.e « naisseur »ion spécialisée dans l’élevag avons découvert aussi une rég  Nous depuis déjà plusieurs décennies, où l’extension des pâturag es a transformé le paysag e ag ricole. Mais l’étude de cette société ag ropastorale, de son orig ine et de son évolution a permis de découvrir que la totalité des familles en présence proviennent d’une autre rég ion. Les personnes âg ées interrog ées ont été nombreuses à évoquer ce lointain souvenir, celui de la rég ion de Cotija où eux (ou leurs parents) étaient nés, à plus de 100 km au nord de Coalcomán, de l’autre côté de la g rande dépression tropicale des Terres Chaudes, constituée par le bassin e du Rio Tepalcatepec. À la fin du xix siècle, l’abolition des droits de mainmorte oblig eait les
communautés indiennes à fractionner les indivis ; d ’innombrables familles paysannes orig inaires de Cotija purent, en rachetant une fraction des anciens indivis, s’installer dans les montag nes du sud. À l’emplacement de l’actuelle com mune de Coalcomán, une communauté indienne, aujourd’hui disparue, dut céder son territoire aux nouveaux occupants. Lorsque cette paysannerie créole entreprit de conquérir les escarpements de la Sierra Madre e del Sur (à la fin du xix siècle), elle était véritablement établie dans la rég ion de Cotija depuis moins d’un siècle. Nombre de familles provenaient e lles-mêmes de contrées plus septentrionales : le haut plateau des Altos de Jalisco et la g rande rég ion céréalière du Bajío (qui correspond au bassin hydrog raphique surélevé du Rio Lerma). e Un véritable « g lissement » démog raphique commence donc dès la fin du xviii siècle en plein cœur de la Nouvelle Espag ne. Après plusieurs étapes, près de deux siècles d'histoire et 300 km de distance, il conduit les paysans du centre du Mexique jusqu’aux abords de la côte de l’océan Pacifique. Cette mig ration est l’œuvre d’une paysannerie différenciée depuis déjà long temps, e mais souvent oubliée ou minimisée devant la toute-puissance de l’hacienda du xix siècle et la foule sans nombre des ouvriers ag ricoles dépossédés de tout moyen de production. Dès le e xviii siècle, petits tenanciers, métayers et fermiers constituent pourtant un g roupe social (certes, hétérog ène) de première importance dans to ut l’ouest du pays. Ce sont eux qui constituent le g ros des bataillons d’émig rés qui partent vers Cotija, puis vers Coalcomán avant de poursuivre plus avant jusqu’à la côte (fig . 1). Cette mig ration paysanne lente et prog ressive, ses causes profondes, ses mécanismes fondamentaux et ses expressions historiques successives constituent l’objet de cette recherche. Pour chaque étape du g lissement démog raphique, il a fallu s’interrog er sur les conditions qui avaient permis le départ d’une partie de la paysannerie et son installation dans la rég ion d’accueil.
Figure 1. Ouest du Mexique et glissement démographique vers la Sierra Madre del Sur.