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Descartes

De
130 pages
« Descartes est l’homme de la méthode », « Il est aussi bon mathématicien que philosophe », « Descartes est le penseur du Cogito ergo sum », « Descartes pensait que les animaux sont des machines », « C’est un rationaliste », « Descartes, c’est bien français » …
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ÀJacques Sojcher, ami fidèle et généreux
Descartes Marc Peeters Arts & Culture
Marc Peeters Docteur en philosophie et lettres, Marc Peeters est diplômé en histoire du christianisme, titulaire d’un diplôme d’études approfondies en philosophie de l’université de Genève. Il enseigne la logique formelle, l’ontologie, la cosmologie religieuse à l’université libre de Bruxelles (ULB). Il est membre du Centre national de recherche logique (CNRL) et dirige avec Sébastien Richard le Centre d’ontologie formelle et de logique développementale de l’ULB. Du même auteur Logique formelle, Wavre, Mardaga, 2009 (en collaboration avec Sébastien Richard). L’Œuvre de jeunesse de Lesniewski, Presses de l’université de Neuchâtel (CdRS), 2006. – Traduction et notes de laPremière Question disputée sur la véritéde Thomas d’Aquin, Paris, Vrin, 2002 (en collaboration avec Christian Brouwer).
Issues de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. Les auteurs les prennent pour point de départ et apportent ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.
RENÉDESCARTESest né le 31 mars 1596 à La Haye, aux confins de la Touraine et du Poitou. Il est le fils d’un conseiller au parlement de Rennes. Descartes fait ses études au collège jésuite de La Flèche, fondé en 1604, qu’il vilipendera dans leDiscours de la méthode(1637). Il étudie ensuite le droit et la médecine à Poitiers. En 1618, il entre dans les armées de Maurice de Nassau, prince d’Orange, protestant, alors que Descartes restera toute sa vie catholique. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619, il a trois songes qui lui apprennent que la méthode mathématique doit valoir pour toutes les disciplines de la pensée et de l’action : c’est la naissance de lamathesis universalis. De 1625 à 1627, Descartes séjourne à Paris et retrouve son ami de collège, le père Mersenne (1588-1648) de l’ordre des minimes, puis rencontre Bérulle (1575-1629), fondateur en 1624 des premiers collèges oratoriens*. LeDiscoursdevient la charte pédagogique de ces collèges, qui vont s’opposer pendant un siècle à ceux des jésuites. Descartes commence la rédaction des Règles pour la direction de l’espritqu’il laissera inachevées, puis s’installe en Hollande (1629). Il rédige Le Monde,Le Traité de la lumière, leTraité de l’homme (1633). En 1633, le Saint-Office condamne la thèse de Galilée (1564-1642) sur la rotation de la Terre : Descartes suspend alors son projet de publierLe Monde. Il termine laDioptriqueet lesMétéores, et tient prête uneGéométrie, textes dont leDiscours de la méthodetient lieu dePréface(1635) et qui paraîtront à Leyde en 1637. Il publie en latin desMéditations métaphysiquesavec les (1641), Objectionsles et Réponses. Dès 1644, les contacts avec la princesse Élisabeth de Bohême se développent et Descartes publie en latin lesPrincipes de la philosophie.De retour à Paris, il se voit offrir une pension royale. Descartes publiera encore lesPassions de l’âme(1649) avant de se rendre à Stockholm à l’invitation de la reine Christine. Il prend froid et meurt, sans doute d’une pneumonie, le 11 février de la même année.
Introduction Tout système est une entreprise de l’esprit contre lui-même. Une œuvre exprime non l’être d’un auteur, mais sa volonté de paraître, qui choisit, ordonne, accorde, masque, exagère. Paul Valéry,Les Pages immortelles de Descartes, 1941 René Descartes : le plus grand – le plus controversé aussi – des métaphysiciens* classiques français. Et pourtant, qui a lu leDiscours de la méthodeet lesTraitésqu’il inaugure ? Et que dire desPrincipes de la philosophie ? Descartes est le plus grand et peut-être le moins lu. Son apparente facilité dissimule une pensée d’une rare subtilité, libérée des scories scolastiques* ; une pensée qui se déploie, qui se développe aussi, comme un organisme vivant. Facilité et élégance de la pensée qui conduiront aux apories, problèmes sans solution, dont la plus difficile est, sans conteste, l’union de l’âme et du corps. Malgré les préjugés, depuis Descartes, nous ne pouvons plus dire que nousavons un corps, noussommesnotre corps. C’est là une aporie fondamentale que Descartes ne parvient pas à résoudre – mais est-ce possible ? C’est de ce problème que naîtront les principales difficultés de toute la pensée classique. Considéré par d’aucuns comme le père de la philosophie moderne, Descartes serait le philosophe du sujet pensant face au monde objectif qui se déploie devant lui. Mais est-ce aussi simple ? Assurément non, nous le verrons. Descartes est souvent considéré comme l’incarnation même de l’esprit français. Tout ce qui fait appel à la raison* se réclame de lui sans le plus souvent le connaître ni même l’avoir lu. On est cartésien par habitude, par convention, mais on ne connaît pas Descartes, hormis par une vulgate qui ne rend pas compte de la portée de l’œuvre immense de ce penseur. Charnière des Temps modernes, il inaugure, dans l’idéal de la pensée française, l’esprit du rationalisme. Mais comme tant d’autres avant lui, il est peut-être victime de sa célébrité. Tout le monde en parle : il n’est pas sûr que tout le monde le connaisse. Descartes, c’est une idée, un symbole, une identification de la France à elle-même, une figure emblématique comme celle de Jeanne d’Arc, une incarnation fantasmée de l’esprit français, d’une façon d’être. « Descartes, c’est la France », écrivait André Glucksman (1993). Rien n’est peut-être plus faux. Il faut analyser la réception de Descartes, comme le fait François Azouvi dans son livreDescartes et la France(2002), pour se rendre compte que Descartes est aussi une construction idéologique. Entendons-nous : il n’est pas question de nier l’importance capitale de Descartes dans l’histoire de la pensée, mais de le remettre dans son contexte. Ce contexte est irrémédiablement marqué par l’empreinte anglaise, celle de Hobbes (1588-1679), de Locke e (1632-1704), de Newton (1643-1727), tous penseurs qui ensemenceront la pensée française du XVIII siècle. Ce siècle, marqué par l’empirisme et qui commence à penser l’évolutionnisme, se passe, à de rares e exceptions, de Descartes. C’est le XIX siècle qui érigera l’auteur duDiscours de la méthodeen figure de gloire nationale, mêlant allègrement philosophie et idéologie nationale. Cependant, c’est faire un faux procès à Descartes. Sa pensée couvre tous les domaines. Mathématiques, physique, métaphysique*, médecine, psychologie, rien ne lui aura échappé. Qu’il se soit trompé parfoispour autant qu’un philosophe cohérent puisse se tromper – n’enlève rien à la puissance de sa réflexion. Rien non plus à son influence. Il est incontournable parce qu’il a changé la façon de penser, dégagée des compromis théologiques. Sa fameusetabula rasa, la table rase, initie d’une certaine façon la conception que nous avons de la libre pensée. À travers la découverte du moi pensant, le fameuxCogito ergo sum, il instaure la figure de l’individu, cet individu auquel la Révolution française accordera ses droits politiques. Descartes est à lui seul une vraie idée reçue. Mal lu, quand il l’est, mal compris, résumé à quelques formules qui ne reflètent pas – loin de là – la puissance de sa réflexion, il est aussi célèbre qu’il est inconnu. C’est le malheureux lot de tous les grands penseurs que l’on réduit à quelques formules le plus souvent mal comprises. Tout comme on ne saurait réduire Montaigne, qu’a lu abondamment Descartes, à la formule « une tête bien faite plutôt qu’une tête remplie », on ne peut réduire Descartes au « je pense donc je suis ».