L'Agenouillement au ghetto

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Français
128 pages
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« J’ai fait ce que font les hommes quand les mots leur manquent » : c’est par cette phrase simple que Willy Brandt expliqua sobrement son agenouillement le 7 décembre 1970 devant le monument aux victimes du ghetto de Varsovie anéanti par la barbarie nazie. Chancelier d’Allemagne fédérale depuis un an, Brandt met soudain les deux genoux en terre. Il demande pardon pour la faute collective de ses compatriotes. Cette faute, pourtant lui, ancien résistant antinazi, ne l’a pas commise...
La force de ce geste improvisé est inouïe, son humilité bouleversante. envoyé spécial chargé de couvrir le voyage de Brandt à Varsovie, l’auteur sait déjà que ce moment restera pour lui inoubliable. Le chancelier devait lui réserver bien d’autres surprises...

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 167
EAN13 9782876235090
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Au commencement était le silence
iL EsT Lâ, â qUàTrE OU cINq mèTrEs dE mOI â pEINE. agENOUILLé. oUI, bIEN LEs dEUx gENOUx EN TErrE, sUr Là dEUxIèmE màrcHE dU mONU-mENT â Là mémOIrE dU gHETTO jUIf dE VàrsO-vIE. là dàLLE EsT mOUILLéE dE pLUIE. iL à Là TêTE LégèrEmENT pENcHéE, LE rEgàrd bàIssé, LEs màINs crOIséEs sUr sON pàrdEssUs NOIr. lE bOUT dE sEs cHàUssUrEs, égàLEmENT NOIr, EsT cOmmE fIcHé â Là vErTIcàLE dàNs Là pIErrE. iL à LE « màsqUE », d’HàbITUdE sImpLEmENT bUrI-Né, màIs â cET INsTàNT fIgé, cOmmE scULpTé dàNs LE màrbrE.
JE sUIs dU côTé drOIT pàr ràppOrT â LUI ET â Là sTèLE. iL fàIT UN frOId dE gUEUx cE
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7 décEmbrE 1970, vErs 10 HEUrEs dU màTIN. JE rELèvE LE cOL dE mON vIEUx TrENcH dE rE-pOrTEr pOUr mE prOTégEr. DU vENT ? POUr prOTégEr mEs yEUx. À côTé dE mOI, dEUx vIEILLEs POLONàIsEs pLEUrENT sàNs brUIT, mOUcHOIr â Là màIN. lE sILENcE EsT ImprEssIONNàNT. oN N’EN-TENd qUE LE cLIqUETIs dEs àppàrEILs pHOTO ET LE rONrONNEmENT dEs càméràs. lEs dEUx sOL-dàTs, bàïONNETTE àU càNON, fIgés àU gàrdE â vOUs dE pàrT ET d’àUTrEs dU mONUmENT sONT ImmObILEs ET ImpErTUrbàbLEs.
willy brandt
Le temps s’arrête
CELà dUrE, L’àgENOUILLEmENT àU gHETTO, dEs sEcONdEs OU dEs mINUTEs. uNE éTErNITé. oN NE LE sàIT pàs ENcOrE : L’hIsTOIrE pàssE. tOUT éTàIT àLLé Très vITE. BràNdT éTàIT àr-rIvé â pàs LENTs, àvàIT dépOsé UNE gErbE. PUIs sOUdàIN : LE gEsTE. trENTE, cINqUàNTE sEcONdEs, OU pLUs ? PUIs, IL và sE rELEvEr d’UN cOUp, LEs dEUx gENOUx â Là fOIs, ET NON pàs L’UN àprès L’àUTrE, sàNs prENdrE àppUI. iL TOUrNE dU côTé drOIT. J’EssàIE dE càpTEr sON rEgàrd (NOUs NOUs cONNàIssONs déjâ UN pEU) pOUr LUI fàIrE sàIsIr qUE LE FràNçàIs qUE jE sUIs à cOmprIs. tOUT rEssENTI. eN vàIN. SON rEgàrd EsT cOmmE pErdU, àbîmé dàNs dEs pENséEs qUE d’àILLEUrs LE CHàNcELIEr fédéràL NE cONfIEràjàmàIs,OUprEsqUE.
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PUIs, IL rEpàrT, cOmmE àbsENT…
* avEc L’éqUIpE, LE rEpOrTEr-càmEràmàN, L’INgéNIEUr dU sON, NOUs NOUs rEgàrdONs, péTrIfIés ET INcrédULEs. « oN à bIEN L’ImàgE ? » oUI. oUf. CELà à éTé cHàUd. nOUs N’éTIONs pàs EN àvàNcE cE màTIN-Lâ. DEpUIs L’HôTEL BrIsTOL (vIdé dE sEs créàTUrEs dE NUIT pOUr Là cIrcONsTàNcE), NOUs àvIONs TràvErsé Là gràNdE pLàcE qUI cONdUIT â L’àNcIEN gHETTO â TOUTE àL-LUrE, EN Là prENàNT EN TràvErs, pOUr gàgNEr qUELqUEs mINUTEs ET àrrIvEr pILE, LE TEmps dE jOUEr dEs cOUdEs ET dE sE mETTrE EN pLàcE. là càmérà TOUrNE. l’INcrOyàbLE, L’INdIcIbLE và sE prOdUIrE sOUs NOs yEUx.
* À prOpOs, bIEN sûr, IL N’y à pLUs dE gHETTO. iL NE rEsTE qU’UNE sUrfàcE pLàNE, sUréLEvéE pàr ENdrOITs d’UNE TrENTàINE dE cENTImèTrEs, L’épàIssEUr dEs rUINEs cONcàsséEs ET àpLàTIEs dU gHETTO ràsé EN 1943 pàr LEs NàzIs. PàrIs àU TéLépHONE, Là rédàcTION, UN pEU pLUs Tàrd : « aLOrs, NOUs àvONs L’ImàgE ? » aH, cETTE LàNcINàNTE qUEsTION ! eLLE fErà LE TOUr dU mONdE, L’ImàgE. MàIs NOUs ImàgINONs LE cONTràIrE, UN INsTàNT. SI TEL N’àvàIT pàs éTé LE càs… MàUvàIs TEmps pOUr NOUs, â L’épOqUE
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LEs pLUs jEUNEs cOrrEspONdàNTs â L’éTràNgEr dE Là ràdIO ET TéLévIsION fràNçàIsEs, bàsés â BONN, ET qUI sUIvIONs WILLy BràNdT â pEU près pàrTOUT. lE 7 décEmbrE 1970, UNE qUàràNTàINE dE jOUrNàLIsTEs àLLEmàNds, àmérIcàINs, pOLONàIs, fràNçàIs (àssEz pEU NOmbrEUx) L’àccOmpàgNENT.
* DIscUssION màTINàLE â L’HEUrE dU prEmIEr càfé. eNcOrE UNE vIsITE dE rOUTINE ? uNE cérémONIE dE pLUs pàrmI LEs cOmmémOrà-TIONs OffIcIELLEs… uNE sUITE dE Là sérIE dEs mINUTEs dE sILENcE dEvàNT LEs mONUmENTs dE Là càpITàLE pOLONàIsE ? uN càdrE mINUTé dEs ENTrETIENs pOLITIqUEs ET dE Là sIgNàTUrE EN gràNdE pOmpE dU TràITé gErmàNO-pOLONàIs ? tOUjOUrs cETTE mêmE méfIàNcE dEs cOrrEs-pONdàNTs dE prEssE â L’égàrd dEs prO-gràmmEs prOTOcOLàIrEs… eNcOrE LE mêmE rITUEL : « Çà và êTrE ININTérEssàNT, NUL. » nON. Pàs LE gHETTO. iL fàUT y àLLEr.
Justice
QUE N’à-T-ON dIT sUr LEs « pàUvrEs JUIfs » qUI s’éTàIENT LàIssé màssàcrEr TELs dE dOcILEs mOU-TONs résIgNés, cONdUITs â L’àbàTTOIr ?! l’INsUr-rEcTION dU gHETTO dE VàrsOvIE EsT Là prEUvE dU cONTràIrE ; dEpUIs LE débUT dU sOULèvE-mENT pEU àprès LE 15 àvrIL 1943, jUsqU’â Là fIN dEs cOmbàTs UN mOIs àprès, HUIT cENTs â mILLE INsUrgés sONT sOrTIs dE LEUrs càcHEs LEs àrmEs â Là màIN, sOUvENT débUsqUés dEs càvEs â cOUps dE LàNcE-fLàmmEs pàr LEs NàzIs. lEs cOmmUNIsTEs ET LEs sIONIsTEs mêLés dàNs UNE sOrTE d’àrméE sEcrèTE jUIvE, OrgàNIsàTION dE cOmbàT UNIfIéE EN dépIT dEs LUTTEs dE TEN-dàNcEs, cONdUIsENT Là résIsTàNcE dE Là fàçON Là pLUs HérOïqUE pUIsqUE L’IssUE dE L’INsUrrEc-TION EsT sàNs EspOIr : c’EsT UNE bàTàILLE pOUr
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L’HONNEUr ET Là dIgNITé àU bOUT dE LàqUELLE IL y à Là mOrT àssUréE, màIs UNE mOrT TOUTE àUTrE qU’â aUscHwITz OU trEbLINkà, LEs càmps d’ExTErmINàTION. lEs aLLEmàNds N’EN rEvIEN-NENT pàs. lEsUntermenschen– LEs sOUs-HOmmEs – LEUr INfLIgENT dEs pErTEs y cOmprIs àUx SS dépêcHés EN prEmIèrE LIgNE. MàIs Là dIsprOpOrTION EN fOrcEs ET àrmEmENTs EsT TrOp gràNdE. lE cOmbàT EsT TrOp INégàL. lE gHETTO (mOT ITàLIEN sIgNIfIàNT â L’OrIgINE « fONdErIE » dU NOm d’UN qUàrTIEr â VENIsE Où sE ràssEmbLàIENT LEs JUIfs) TOmbErà, INEx-OràbLEmENT. iL y à dEs cENTàINEs dE mOrTs sàjOUTàNTàUxcàdàvrEsqUIdéjâjONcHàIENT LEs rUEs dàNs cET ENfEr ENTOUré dE HàUTs mUrs sUr près dE vINgT kILOmèTrEs dE pOUr-TOUr, ENfErmàNT jUsqU’â 380 000 pErsONNEs. lE gHETTO sErà défINITIvEmENT ràsé ENTrE 1943 – IL y EUT d’ULTImEs cOmbàTs spO-ràdIqUEs dE fràNcs-TIrEUrs IsOLés – ET 1945, àNNéE dE Là dEsTrUcTION sysTémàTIqUE EN UN sEUL cHàmp dE rUINEs. WILLy BràNdT sàvàIT TOUT cELà. SON àgE-NOUILLEmENT éTàIT àUssI UN HOmmàgE dE cOmbàTTàNT.