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L'Église dans la tourmente de 1968

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Livres
276 pages

Description

Le grand mouvement de contestation qui a secoué la France en Mai-Juin 1968 n'a pas épargné l'Église. Certains clercs (prêtres séculiers, dominicains, jésuites) ont soutenu la contestation étudiante et sociale. Puis la contestation a visé l'Église elle-même comme institution, remettant en cause le rôle et l'image du prêtre.
Longtemps le sujet a été tabou. Yves Chiron raconte cette année 1968 dans l'Église, sans se limiter à la France. Car cette année est marquée aussi par de grands événements ecclésiaux : face à une crise de la foi grandissante, Paul VI proclame un Credo solennel ; le pape publie aussi une encyclique sur la contraception, Humanae Vitae, qui sera très contestée, y compris par certains épiscopats ; la théologie de la libération émerge lors de la Conférence de Medellin.
Le dépouillement systématique de la presse de l'époque et les témoignages des acteurs de cette année ont été complétés par l'exploration de diverses archives, notamment les très riches Archives diocésaines de Paris, faisant de cet ouvrage un document exceptionnel.

Yves Chiron, historien, directeur du Dictionnaire de biographie française, est notamment l'auteur de biographies des papes contemporains (Pie IX, Pie X, Benoît XV, Pie XI, Jean XXIII, Paul VI) qui ont été traduites en diverses langues.

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Date de parution 06 avril 2018
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EAN13 9791033607380
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’Église dans la tourmente de 1968
Du même auteur en histoire religieuse
Padre Pio, le stigmatisé, Perrin, 1988 (rééditions augmentées en 1999 et 20 02), édition de poche « Tempus » en 2004, traduit en ita lien et en espagnol. Paul VI, le pape écartelé, Perrin, 1993 ; édition révisée et augmentée, Via Romana, 2008, traduit en italien. Pie IX, pape moderne, Clovis, 1995 ; traduit en italien, aux États-Unis et en espagnol. Saint Pie X, réformateur de l’Église, Publications du Courrier de Rome, 1999, traduit aux États-Unis. Enquête sur les apparitions de la Vierge, Perrin, 2002 ; Tempus (édition de poche, mise à jour et complétée), 2007 ; traduit en roumai n. Enquête sur les miracles de Lourdes, Perrin, 2000 ; traduit en italien et au Brésil.Pie IX et la franc-maçonnerie, Éditions BCM, 2000. Le Vatican et la question juive en 1941. Publicatio n du rapport Bérard, Éditions Nivoit, 2000. La véritable histoire de sainte Rita, Perrin, 2001 ; traduit en espagnol et en italien. e Pie XI, Perrin, 2004 ; 2 édition révisée et augmentée, Via Romana, 2013 ; traduit en italien.« Diviniser l’ humanité ». Anthologie sur la commun ion fréquente, préface du cardinal Medina Estévez, Éditions La Nef, 2005. Frère Roger. Le Fondateur de Taizé, Perrin, 2008 ; traduit en allemand et en italien. Pascal, le savant, le croyantagnol., Tempora/Éditions du Jubilé, 2009 ; traduit en esp Pourquoi Pie XI a-t-il condamné à l’Action français e ?, en collaboration avec Émile Poulat, Éditions BCM, 2009. Medjugorje démasqué, nouvelle édition augmentée, Éditions Via Romana, 2010.La e e Papauté contemporaine (XIX -XX siècle), ouvrage collectif, Bibliothèque de la R.H.E./Archivio Segreto Vaticano, 2010. Urbain V, le bienheureuxana,, préface de Mgr François Jacolin, Éditions Via Rom 2010. Entretien sur Paul VIitions, avec Jean Guitton et François-Georges Dreyfus, Éd Nivoit, 2011. Le P. Fillère ou la passion de l’Unité, préface d’Émile Poulat, Éditions de L’Homme Nouveau, 2011. Histoire des conciles, Perrin, 2011. Histoire des conclaves, Perrin, 2013. Benoît XV, le pape de la paix, Perrin, 2014. Pierre Lemaire. Précurseur dans le combat pour la famille, Téqui, 2015. Annibale Bugnini, DDB, 2016, traduit aux États-Unis. Une décennie mariophanique. 1870-1879, Éditions Nivoit, 2016. Fatima. Vérités et Légendes, Artège, 2017. Jean XXIII. Un pape inattendu, Tallandier, 2017. Dom Gérard, Éditions Sainte-Madeleine, 2018.
Yves Chiron
L’Église dans la tourmente de 1968
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
© 2018, Groupe Elidia Éditions Artège 10, rue Mercœur - 75011 Paris 9, espace Méditerranée - 66000 Perpignan
www.editionsartege.fr
ISBN : 979-10-336-0692-5 Epub : 9791033607380
Introduction
Les événements qui ont marqué la France en mai 1968 (manifestations violentes, grèves, occupations de bâtiments publics et d’usine s) n’ont pas été une révolution proprement dite puisqu’ils n’ont pas abouti à un ch angement de régime politique. Dans l’immédiat, il n’y eut même pas de changement de gouvernement, mais une dissolution de l’Assemblée suivie de nouvelles élec tions qui semblèrent, d’abord, conforter le gouvernement en place. Pourtant le mot « révolution » fut beaucoup employé à l’époque. Le pouvoir en place ne l’employa jamais, mais le mot était dans l a rue, dans les slogans, chez nombre de commentateurs. Quelques mois après les év énements, Raymond Aron parlera de « révolution introuvable ». La contestation sociale, morale et politique qui s’ est fait jour, d’abord dans le milieu étudiant, puis dans différents secteurs de l a société, marquait une transformation des esprits et des mentalités qui se prolongera bien après les « événements » et qui aura des conséquences sur l’e nsemble de la société jusqu’à nos jours. Vingt ans après les « événements », René Rémond soulignait : « 68 a modifié en profondeur l’état des esprits, les menta lités, les mœurs, les 1 comportements et rien depuis n’est tout à fait comm e avant 68. » L’Église catholique elle-même ne sortit pas indemne de cette crise. À cette époque, moins de trois ans après la fin du concile Vatican II, 82 % des Français se disaient encore catholiques, mais si l’ on se réfère aux sondages publiés à l’époque, 21 % seulement assistaient à la messe d ominicale chaque semaine. Le nombre de ceux que les sociologues de la religion a ppellent les « messalisants » ne cessait de baisser alors que l’appartenance déclaré e au catholicisme restait quasiment stable. Cette identité catholique, sans p ratique régulière, se manifestait donc concrètement pour la plupart des Français en c ertaines occasions : le baptême, le mariage et l’enterrement. Par exemple, 78 % des sondés déclaraient s’être mariés ou vouloir se marier à l’église. Cette baisse de la pratique religieuse avait comme conséquence naturelle la baisse continue des ordinations sacerdotales. Si un certain nombre d’évêques français ont joué un rôle important au concile Vati can II [1962-1965] et si, encore davantage, plusieurs théologiens français ont eu un e influence majeure sur certains textes promulgués par le concile, le catholicisme f rançais n’était plus, depuis plusieurs décennies, dans une phase ascendante. Pou r ne prendre qu’un critère, le nombre des ordinations sacerdotales était en baisse régulière depuis l’aprèsguerre :
1948 : 1 800 ordinations 1956 : 825 ordinations 1965 : 646 ordinations 1968 : 461 ordinations
Le phénomène est bien antérieur à Mai 68, et même a ntérieur au concile. À partir
2 de 1965 – date sur laquelle s’accordent nombre d’hi storiens – l’Église catholique en France a traversé une crise qui trouvera son acmé d ans les années 1970. La date, qui est aussi celle de la fin du concile Vatican II , ne doit pas faire conclure que le concile ou son application serait la cause de cette crise. En réalité, on voit bien que le catholicisme français est traversé de déchirures , d’interrogations, de contestations – trois phénomènes à distinguer –, bien avant Vatic an II. L’enthousiasme et l’espoir suscités par le concile sont apparus au contraire c omme une occasion et un moyen de raviver la foi, la pratique religieuse et la vie de l’Église.
Un peu plus de deux ans séparent la fin de Vatican II (décembre 1965) et les événements de mai-juin 1968. Le concile était encor e en cours d’application et d’assimilation lorsque est survenu l’ébranlement de Mai 68. Les remises en cause et les espoirs suscités par Vatican II ont reçu le cho c d’une contestation – sociale et intellectuelle à la fois – venue de l’extérieur, de la société. Certains catholiques ont cherché à s’opposer à ce choc ou à s’en prémunir. D ’autres, surpris, ont été hésitants et ont d’abord cherché à comprendre. D’au tres encore ont vu dans les « événements » l’occasion d’accélérer le processus d’une transformation à laquelle ils aspiraient depuis plus ou moins longtemps. Ce livre ne racontera pas une énième fois les événe ments de Mai 68. C’est un événement historique qui a déjà suscité à chaud pui s – notamment à chaque anniversaire décennal – une très vaste littérature d’importance diverse : publication de documents, témoignages, analyses historiques. Ce livre sera centré sur Mai 68 et l’Église : la réaction des chrétiens (fidèles, théo logiens, évêques) face aux « événements », la participation de certains chréti ens au mouvement de contestation, puis la contestation atteignant l’Égl ise elle-même. Les études historiques qui ont traité de la part pr ise par des catholiques à Mai 1968 sont rares. Le dossier pouvait être repris en retournant aux sources. Outre un dépouillement exhaustif de certains journaux (notam mentla Croix, le Monde, Témoignage chrétien), il fallait recourir aux témoignages et aux analy ses publiés, à chaud ou plus tard, par certains clercs qui furent acteurs de cette contestation : 3 Robert Davezies, Bernard Lerivray, Françoise Vander meersch, Jacques Marny , Michel de Certeau, Paul Blanquart, Michel Clévenot, Henri Burin des Roziers, Jean Raguénès. D’autres témoins ou acteurs de cette contestation, à Paris ou en province, ont été interrogés pour ce livre. Les Archives historiques de l’archidiocèse de Paris (AHAP) conservent aussi sur cette période un fonds documen taire très riche qui méritait d’être exploré. Enfin, les dépêches adressées par l ’ambassadeur de France près le Saint-Siège permettent de mieux saisir les réaction s de Paul VI face aux « événements ». Mais, pour l’Église, les mois de mai-juin 1968 ne p euvent être isolés comme une séquence exceptionnelle qui serait sans antécédents et sans conséquences. C’est donc tout l’année 1968 dans l’Église qui est évoqué e ici. Même si le phénomène était marginal, il y a eu, dan s les années et les mois qui ont précédé Mai 68, l’engagement de plusieurs théol ogiens, de certains hommes d’Église et de chrétiens en faveur de la révolution , où qu’elle soit pourraiton dire. Puis, une fois l’ordre revenu en France – courant j uin 1968 –, la contestation qui s’était développée dans certains secteurs de l’Égli se s’est poursuivie sous des formes diverses. La crise dans l’Église – crise doc trinale, crise disciplinaire, crise d’identité sacerdotale –, et qui était antérieure à l’ébranlement de Mai 68, a perduré
et s’est trouvée renforcée. En cette année 1968, le Magistère, sans lien direct avec les « événements », intervient de manière solennelle pour réaffirmer la foi (leCredoPaul VI en juin de 1968) et pour condamner la contraception (encycliqu eHumanae vitae). Ces deux événements, et d’autres qui concernent l’Église uni verselle, n’ont pas été sans incidence sur l’Église de France d’après Mai 68. C’ est donc un panorama historique de l’Église pendant toute l’année 1968 que ce livre voudrait offrir. Mai 68 ne fut pas, pour l’Église, le commencement d ’une crise, mais un choc aggravant une crise qui avait déjà commencé et dont les conséquences furent durables et multiples.
1. René Rémond, « ”La révolution de mai 68”, l’évolution des mœurs, l’Église et les jeunes »,Revue de l’Institut catholique de Paris, avril-juin 1987, p. 196. 2. Voir notamment Denis Pelletier,La crise catholique. Religion, société, politique en France (1965-1978), Payot, 2002. 3. L’ouvrage que Jacques Marny signa,L’Église contestée (Le Centurion, 1968), est un recueil d’interviews, de documents et de “tables rondes”. L’ouvrage avait été réalisé par « une équipe de quatre journalistes parmi lesquels on reconnaît deux prêtres, membres de la rédaction du journalla Croixindiquera Henri Fesquet dans » le Mondedécembre (7 2017).
1.
Camilo Torres ou Dom Helder Camara ?
Ltains chrétiens seulement àa « révolution » n’a pas surgi dans l’esprit de cer partir de mai 68. Depuis plusieurs années un couran t favorable à la révolution s’exprimait à travers des théologiens, des prêtres, des revues. Dans la mythologie et l’iconologie de Mai 68, Che G uevara est une figure majeure, la seule qui aura traversé les décennies e t gardé sa capacité de séduction auprès de certains, alors que d’autres – Marx, Léni ne ou Mao, dont les portraits ornaient les rues de Mai 68 – ont quasiment disparu du panthéon des révolutionnaires et des contestataires. Pour les chrétiens d’avant Mai 68 qui étaient fasci nés par la révolution, Che Guevara ne venait qu’en second après Camilo Torres, mort les armes à la main lui aussi, mais qui était prêtre.
Le curé-guérillero
Camilo Torres Restrepo, né en 1929, était issu par sa mère d’une des grandes 1 familles de Bogota, en Colombie, les Restrepo . Son père était pédiatre et deviendra doyen de la faculté de médecine de Bogota. Ordonné prêtre en 1954, il avait été envoyé faire des études de sociologie à l’Universit é catholique de Louvain. Il y fut fortement marqué par l’enseignement de l’abbé Franç ois Houtart qui utilisait « les 2 outils du marxisme pour analyser les phénomènes soc iaux » . Après avoir obtenu une licence en sociologie, avec un mémoire, en fran çais, intituléApproche statistique de la réalité socio-économique de la vi lle de Bogota (Colombie), il fut nommé en 1958 aumônier de l’Université nationale de Bogota. L’année suivante il sera un des fondateurs de la faculté de sociologie où il devint enseignant. En 1962, il dut démissionner de ces deux fonctions suite à un c onflit qui l’avait opposé au recteur de l’université à propos d’étudiants membre s du parti communiste. Nommé vicaire d’une paroisse de Bogota, il continua ses é tudes en sciences sociales et prit une part active à diverses organisations qui œuvrai ent pour la réforme agraire et pour des réformes sociales. En mars 1965, il fut un des initiateurs duFrente unido del Pueblouni du peuple] qui regroupait à la fois des  [Front démocrates-chrétiens, des communistes, des maoïstes et d’autres mouvement s politiques et qui publiera un journal du même nom. L’archevêque de Bogota juge a que le programme politique que soutenait leFrente unido contenait « des points incompatibles avec la doctr ine de l’Église ». Cette condamnation et les divisions politiques duFrente unidoCamilo incitèrent Torres à rejoindre l’Ejército de liberación nacional[Armée de libération nationale], qui s’inspirait de la révolution menée à Cuba par Fidel Castro.