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L'Église et l'État - 2000 ans de laïcité

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Livres
300 pages

Description

Le Christ inaugure la laïcité en disant : " Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" ;
la Constitution européenne crie l'omission des racines chrétiennes du vieux continent,
entre les deux, l'histoire de la laïcité, spécificité française,
tisse un roman laissé au libre arbitre de l'homme sous la boussole de l'Église.
Persécutée, assujettie ou autonome selon des milliers de variantes, toute l'histoire de l'Église
pourrait se raconter sous le rapport qu'elle entretient avec le politique.
Le livre de l'histoire de L'Église incarnée et inculturée en France et dans le monde. Passionnant.

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 41
EAN13 9782364520080
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préface
«Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (Mt 22, 21). C’est le verset de l’Évangilequi vient spontanément à l’esprit quand il est question des rela-tions entre l’Église et l’État, si variées dans leurs expressions, selon les pays et les époques.
Dans le présent ouvrage, Jean Étèvenaux brosse un pa-norama de cette histoire bimillénaire tour à tour tourmentée, harmonieuse, apaisée… L’auteur ne se contente pas de l’ex-poser à travers le récit des accords et des conflits entre Église et État. Il nous retrace 2 000 ans de la vie du monde, analysant et donnant à comprendre les différentes manières dont la so-ciété civile s’est située par rapport à la religion et à ses res-ponsables et pasteurs. Il traite cette question à propos de l’Église catholique, mais ne s’arrête pas à elle. Au fil des siè-cles, il décrit le rapport du pouvoir aux ariens, aux byzantins, aux protestants… Les persécutions, malheureusement, sont venues de tous côtés : des souverains catholiques ont pour-chassé ceux qui ne partageaient pas leur foi, des gouverne-ments totalitaires ont emprisonné et massacré les chrétiens… longue et triste liste !
Doté d’une vaste érudition, l’auteur maîtrise son sujet et nous livre un travail accessible, tout à la fois synthétique et riche d’innombrables détails qui en agrémentent la lecture. Bien que très au fait des questions liées au catholicisme, et jamais injuste envers l’Église, l’auteur se situe en historien et non en avocat de sa famille spirituelle. Il dénonce les faux do-cuments provenant aussi bien de catholiques — comme la Donation de Constantin—, que de leurs adversaires, sur l’In-quisition par exemple, et il ne cache pas le relâchement moral e de certains ecclésiastiques, comme celui du clergé des X et e XI siècles ou des papes de la Renaissance.
Jean Étèvenaux s’attache à faire comprendre les grandes évolutions dans la conception que l’on s’est faite, en Europe,
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de la relation entre la société civile et la religion. Il traverse et compare l’époque romaine, le Moyen Âge, la Renaissance, puis les deux derniers siècles. Curieusement, il saute la pé-riode révolutionnaire et passe des monarchies européennes à Napoléon. Il ne traite pratiquement pas, non plus, des relations Église-État dans les pays communistes. Peut-être considère-t-il ces deux sujets aujourd’hui caducs ou trop particuliers pour être décrits dans la vaste synthèse qu’il offre à ses lec-teurs.
On comprend, puisque c’est ce qui marque la situation actuelle et peut aider à l’éclairer, qu’il développe davantage la relation de l’État français à la religion, de 1880 à nos jours. Cette longue partie, la troisième, sur notre pays, permet de mesurer d’abord le poids des traditions gallicanes, puis l’hé-e ritage de l’anticléricalisme du XIX siècle. Elle présente un tableau nuancé de notre fameuse et« changeante »laïcité, la-quelle ne constitue pas le seul modèle pour vivre les relations entre l’État et les religions aujourd’hui. L’auteur montre, en effet, que la« laïcité à la française »est plutôt une exception. Dans bien des pays, la pleine participation des croyants et des institutions religieuses à la réflexion sur le bien commun est perçue comme évidente et essentielle.
Le chapitre sur les violences antichrétiennes dans le e monde, au XX siècle, est particulièrement instructif, car ces faits sont parfois occultés dans la conscience collective ou l’enseignement de l’Histoire. Les chrétiens ont été persécutés au siècle dernier comme jamais auparavant. Cela a donné lieu à des témoignages bouleversants de courage, de fidélité et de pardon. Qu’on me permette d’évoquer dans ces lignes deux figures rayonnantes de paix, malgré les souffrances qu’elles eurent à vivre.
À Rome, lors du Jubilé de l’an 2000, j’ai écouté avec émotion le cardinal François-Xavier N’Guyen Van Thuan, ar-chevêque de Saïgon, devenue Hô-Chi-Minh-Ville en 1975. Il m’expliqua qu’après un ministère particulièrement heureux il avait passé neuf années enfermé dans un cachot où il ne pouvait se tenir ni debout ni couché. Plus récemment, j’ai dé-couvert la figure peu connue du cardinal Korec, qui vient de fêter ses soixante ans d’épiscopat, en Slovaquie. DansLa Nuit des barbares, il raconte la terrible rafle qui eut lieu dans les séminaires, noviciats et maisons religieuses durant la nuit du
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13 au 14 avril 1950. Emprisonnements, jugements som-maires, violences multiples…, combien de prêtres, de reli-gieux et d’évêques ont souffert dans ce pays, pendant plusieurs décennies, dans l’indifférence générale ! Jeune jé-suite,JánKorec fut ordonné prêtre dans les mois qui suivirent, et, à la demande du pape Pie XII, accepta d’être consacré évêque en secret dès l’année suivante — il avait 27 ans —, avec la possibilité de choisir d’autres évêques si la persécution devait se prolonger.
L’Église, pourtant, s’est toujours montrée accommo-dante, fidèle à sa mission autant qu’on lui permettait de l’ac-complir, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a pas souffert de tant de blessures et d’injustices. Dans les périodes troublées de la vie d’une nation, elle a même suppléé à des carences po-litiques, bien que ce ne soit pas sa vocation première. Elle vit depuis l’origine la tension entre l’affirmation de son Sei-gneur :« Mon royaume n’est pas de ce monde »(Jn 18, 36) et sa prière quotidienne, dans leNotre Père:« Que ton règne vienne »(Mt 6, 10). Par tous ses engagements humains, fa-miliaux et sociaux, elle travaille à l’avènement de ce règne, en sachant que sa lumière vient d’ailleurs. Sa vocation est de se présenter comme une servante de« l’homme tout entier ». Chacun sait que les hommes désirent et méritent plus d’amour que le monde ne peut leur en donner, en particulier ceux qui souffrent ou sont humiliés. C’est pourquoi, avant de mourir, Jésus laissa cette consigne à ses disciples :« Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous »(Jn 12, 8).
Les personnes qui cherchent à comprendre la société ac-tuelle auront intérêt à lire cet ouvrage, en particulier les étu-diants en sciences politiques. Pour tous, ce panorama de la vie et de la présence de l’Église au sein des sociétés succes-sives sera riche d’enseignements. C’est à la fois une synthèse historique et un outil de réflexion sur l’implication du spirituel dans l’organisation des réalités temporelles.
Que Jean Étèvenaux soit remercié d’éclairer ainsi la si-tuation contemporaine avec le précieux recul de vingt siècles.
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Noël 2011 cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon