L

L'espace et ses représentations en Afrique

-

Livres
256 pages

Description

" Hic sunt leones " - " ici sont les lions " - écrivait-on, sur les atlas anciens de l'Afrique, comme si cet espace-là était, plus qu'un autre, voué à l'investissement de l'imagination. Les Européens ont rêvé l'Afrique, les multiples sociétés africaines ont saturé d'imaginaire leur environnement. Les projections des uns et des autres se sont rencontrées en s'hybridant ou en se télescopant, parfois au prix du malentendu. Plus largement, il existe une vaste gamme d'appréhensions de l'espace. Elles ouvrent à des dimensions qui échappent aux modes de perception classiquement " cartésiens " : l'espace vécu n'est pas l'espace topographique. Qu'on ait affaire à des plans, à des croquis, à des toponymes, à des descriptions, à des récits romanesques ou mythiques, à des créations artistiques, nombreuses sont les difficultés que posent les représentations de l'espace en Afrique. Ces représentations se trouvent par ailleurs prises dans un mouvement constant de déconstruction et de reconstruction, d'où émergent de nouvelles significations et de nouvelles pratiques. Il serait vain de croire que l'époque contemporaine est celle des synthèses stables. Des représentations inédites ne cessent en fait de s'élaborer, en particulier à propos de l'espace urbain, tant les villes concentrent les contradictions actuelles du continent. C'est à partir de ces constats que des chercheurs de disciplines diverses ont tenté de confronter leurs points de vue. En recourant aux lumières de l'analyse littéraire et cinématographique, de l'histoire, de l'anthropologie, de la sociologie, de la géographie et de l'économie, cet ouvrage collectif souligne à quel point les représentations de l'espace africain relèvent de processus complexes et originaux. S'interroger sur l'espace en Afrique, c'est donc voyager au plus profond de l'imaginaire des peuples, débusquer les fausses certitudes, dénaturaliser les repères. Circulations et clivages, fonds symboliques et réinterprétations, cosmogonies anciennes et mutations sociales, bouleversement des perceptions et réorganisation des territoires : multiples sont les pistes où entraînent ces questionnements.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2004
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782845865433
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Présentation
" Hic sunt leones " - " ici sont les lions " - écri vait-on, sur les atlas anciens de l'Afrique, com m e si cet espace-là était, plus qu'un autre, voué à l'investissem ent de l'im agination. Les Européens on t rêvé l'Afrique, les m ultiples sociétés africaines ont saturé d'im aginai re leur environnem ent. Les projections des uns et des autres se sont rencontré es en s'hybridant ou en se télescopant, parfois au prix du m alentendu. Plus la rgem ent, il existe une vaste gam m e d'appréhensions de l'espace. Elles ouvrent à des dim ensions qui échappent aux m odes de perception classiquem ent " c artésiens " : l'espace vécu n'est pas l'espace topographique. Qu'on ait af faire à des plans, à des croquis, à des toponym es, à des descriptions, à des récits rom anesques ou m ythiques, à des créations artistiques, nom breuses sont les difficultés que posent les représentations de l'espace en Afrique. Ces représentations se trouvent par ailleurs prises dans un m ouvem ent cons tant de déconstruction et de reconstruction, d'où ém ergent de nouvelles signi fications et de nouvelles pratiques. Il serait vain de croire que l'époque co ntem poraine est celle des synthèses stables. Des représentations inédites ne cessent en fait de s'élaborer, en particulier à propos de l'espace urbain, tant le s villes concentrent les contradictions actuelles du continent. C'est à part ir de ces constats que des chercheurs de disciplines diverses ont tenté de con fronter leurs points de vue. En recourant aux lum ières de l'analyse littéraire e t ciném atographique, de l'histoire, de l'anthropologie, de la sociologie, d e la géographie et de l'économ ie, cet ouvrage collectif souligne à quel p oint les représentations de l'espace africain relèvent de processus com plexes e t originaux. S'interroger sur l'espace en Afrique, c'est donc voyager au plus profond de l'im aginaire des peuples, débusquer les fausses certitudes, dénatura liser les repères. Circulations et clivages, fonds sym boliques et réin terprétations, cosm ogonies anciennes et m utations sociales, bouleversem ent des perceptions et réorganisation des territoires : m ultiples sont les pistes où entraînent ces questionnem ents.
Sous la direction de
Sophie Dulucq et Pierre Soubias
L'espace et ses représentations en Afrique
Approches pluridisciplinaires
Copyright
© Editions Karthala, 2018 Première édition papier, 2004
ISBN numérique : 9782811122096
http://www.karthala.com
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est st rictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve l e droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle d evant les juridictions civiles ou pénales.
Introduction
Sophie Dulucq
Pierre Soubias
Hic sunt leones – « ici sont les lions » – écrivait-on, sur les at las anciens représentant l’Afrique, com m e si cet espace-là étai t, plus qu’un autre, voué à l’investissem ent de l’im agination. Les Européens on t rêvé l’Afrique, les Africains ont saturé d’im aginaire leur environnem en t : à chacun ses lions… Il serait illusoire de prétendre évacuer la dim ension fantasm atique de tous les espaces que nous habitons.
S’il a été longtem ps considéré, dans le sillage deLa critique de la raison pure, que l’espace était une catégoriea prioriaisl’aperception, il est désorm  de convenu que cette notion relève au contraire, fonda m entalem ent, d’un construit social et culturel. En Afrique subsaharie nne com m e ailleurs, le rapport à l’espace, sa perception, ses m ultiples re présentations procèdent de processus historiques et anthropologiques déployés selon des logiques singulières. Avec des m odalités propres, les sociét és africaines ont dom estiqué leur espace, se le sont approprié. Elles ont ainsi ressenti, rêvé, im aginé, décrit, représenté un espace qui, dans un tourbillon consta nt de constructions, déconstructions et reconstructions, s’avère tout au tant extérieur qu’intérieur, à la fois « espace du dehors » des géographes et « espace du dedans » cher à Henri Michaux.
Le chercheur, quelle que soit sa discipline, prend vite conscience des difficultés que posent certaines form es de représen tation de l’espace en Afrique, qu’il ait affaire à des toponym es, à des r écits ou des descriptions, à des plans ou des croquis. Souvent les m odes de percepti on « cartésiens », eux-m êm es soum is à une construction historico-culturell e, ne recoupent pas ceux que m anipulent les cultures autochtones qui opèrent à leur façon une stylisation, un m orcellem ent et une évaluation de l ’espace. De leur côté, au fil du tem ps, les Occidentaux ont fantasm é sur l’Afriqu e, projeté leurs propres visions spatialisées, im posé leurs découpages, cons truit leur perception. Ces projections se sont inévitablem ent télescopées avec l’espace vécu des populations, conduisant bien souvent à des incom pré hensions et à des contresens.
Ainsi, com m e l’explique Yveline Dévérin, les coloni sateurs français s’appuyèrent-ils sur les chefs m ossi qui se trouvai ent à la tête des plus vastes
teles plus puissants régnaientrritoires, sans percevoir qu’en réalité, les chefs sur de petites entités territoriales : « Ils n’avai ent pas com pris qu’un territoire, en pays m ossi, est hum ain et non spatial. Le pouvoi r est un pouvoir sur les hom m es, le territoire est en quelque sorte détaché de l’espace. Le lieu, c’est l’hom m e. »
Aujourd’hui encore, de sourdes incom préhensions jai llissent de la rencontre entre des conceptions « m odernes » de l’espace et d es représentations « traditionnelles » : il est difficile de faire lab ourer son cham p d’ouest en est à un paysan burkinabé – quand bien m êm e, en suivant l es courbes de niveau, il lim iterait l’érosion – dans la m esure où son espace social, culturel, religieux et m ental organise la « bonne » progression de l’est vers l’ouest.
On le voit, s’interroger sur l’espace en Afrique am ène à voyager au plus profond de l’im aginaire des peuples, à débusquer le s fausses certitudes, à dépayser les préjugés et à dénaturaliser les repère s. Axes, circuits, circulations, flux, réseaux, im ages, im aginaire, m ythologie, cosm ogonie, création artistique, interventions concrètes de planification et d’am éna gem ent : m ultiples sont les pistes où nous entraînent l’espace et ses représent ations.
Ce livre est issu de la rencontre de chercheurs aux horizons disciplinaires variés, réunis lors de trois journées d’étude tenue s à l’université de Toulouse-le-Mirail en 2000 et 2001. Il propose une approche plurielle, recourant aux lum ières de la géographie, de l’analyse littéraire et ciném atographique, de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie et de l’économ ie. Lors de la préparation des journées et au cours des échanges p roprem ent dits, sont apparues un certain nom bre de réflexions et d’inter rogations com m unes, que l’on peut regrouper autour de trois axes : l’espace des logiques sociales, l’espace du politique et l’espace en représentation .
L’espace des logiques sociales
En Afrique subsaharienne, l’espace du social – celu i des groupes com m e celui des individus – est construit et polarisé selon des processus spécifiques. Territoire et terroir en constituent une dim ension im portante, m ais non exclusive. Les trajectoires et les itinéraires indi viduels s’y inscrivent, les réseaux, les langues, les identités s’y déploient. Pour une bonne part, la structuration de l’espace, qu’il soit rural ou urba in, procède de cetespace socialiséréseaux, leurs pôles,. Les logiques économ iques, avec leurs flux, leurs leurs m igrations à toutes les échelles, en constitu ent un aspect bien visible. Quant au cyberespace des com m unications électroniqu es, m algré le retard
africain, il est en devenir.
Dans ces espaces structurés et polarisés se m euvent nom ades, hom m es et fem m es, fam illes, parentèles, clans ou lignages, ci tadins et paysans, jeunes et vieux, initiés et non initiés… C’est selon l’appart enance à telle ou telle catégorie que change le rapport à l’espace et que p rennent toute leur force les clivages public/privé, ville/cam pagne, fam ilier/loi ntain, connu/inconnu, m asculin/fém inin, etc. Le déplacem ent sous ses form es diverses (voyage, pèlerinage, initiation, errance, exil, conquête, re tour, m igration de travail, etc.) intervient non seulem ent dans la form ation personne lle de l’individu, dans son initiation, m ais aussi dans sa légitim ité, dans son statut au sein du groupe social et dans son rapport avec ce groupe.
L’espace du politique
Recoupant dans une large m esure l’espace du social, le cham p du politique recèle lui aussi une dim ension fortem ent spatialisé e. Pour preuve littéraire, le genre épique, en exaltant la conquête et le héros c onquérant, procède systém atiquem ent, dans la narration elle-m êm e, à un ancrage du récit dans l’espace : la toponym ie y fait sens. Qu’il s’agisse de conquérir un territoire, de le contrôler, de l’organiser, d’en délim iter fronti ères et m arches, d’em pêcher la sécession de l’une ou l’autre de ses franges, de dé lim iter des espaces interdits (ségrégation, sacralisation de lieux particuliers, etc.), le pouvoir a affaire avec l’espace, celui de l’État, de la nation, de l’ethni e, de la région, du village, etc. Les politiques d’am énagem ent, décidées d’en haut, contr ibuent elles aussi à façonner l’espace – celui des villes, surtout – au nom de conceptions planificatrices, gestionnaires, juridiques dont la nature est profondém ent politique. Marches de protestation, m anifestations de rue, occupation de lieux clés, déguerpissem ents autoritaires, appropriation du sol : la politique se construit ainsi dans l’espace et l’espace construit le politique.
Dans les cas extrêm es, la guerre, qui brouille les repères traditionnels, fait aussi éclater les repères spatiaux et,ipso factoise les repères sociaux et, atom psychologiques. Il en va de m êm e pour l’arbitraire absolu de l’apartheid qui, im posant la ségrégation spatiale, parvient à cliver les individus eux-m êm es.
L’espace en représentation
Il est évident que bien des oppositions sym boliques structurent les pratiques africaines de l’espace : entre village et « brousse », entre sacré et profane, entre m onde visible et m onde invisible, entre espace conn u et inconnu, entre espace du quotidien et espace de l’initiation, etc. Com m en t séparer, en effet, la dim ension im aginaire des représentations – souvent m ythologiques – des faits « objectifs », tant il est vrai que les représentat ions de l’espace ont un effet de retour sur les pratiques quotidiennes ? L’im aginair e occidental achem iné dans les bagages des voyageurs et des colonisateurs a, q uant à lui, conduit les Européens à voir l’Afrique à travers des grilles de lecture im portées et à faire prévaloir une certaine conception de l’organisation spatiale, à stigm atiser certaines pratiques, à en im poser d’autres.
Le caractère m ouvant des représentations et des pra tiques, souvent source de m alaise tangible, a d’ailleurs été m is à contributi on heuristique par les artistes africains contem porains. Les repères spatiaux sont dès lors soum is à des lectures com plexes ouvrant un univers où lieux, par cours, inscriptions dans l’espace sont investis de sens. De m êm e que la Sain te-Victoire ne peut plus être vue de la m êm e façon depuis Cézanne, de m êm e l’Afri que contem poraine ne peut plus être perçue indépendam m ent du travail sur les représentations accom pli par les artistes du continent. C’est pourq uoi il a paru im portant d’interroger diverses œuvres littéraires et ciném at ographiques. Cet ouvrage m et donc à contribution plusieurs spécialistes de l a littérature africaine anglophone, généralem ent non traduite en français – et notam m ent des écrivains contem porains souvent m al connus.
Pour respecter l’esprit interdisciplinaire du proje t, il a été nécessaire d’adopter un plan thém atique qui souligne la com plém entarité des approches, au-delà des appartenances des chercheurs à telle ou telle d iscipline. Il nous a paru fécond de faire dialoguer, autour de plusieurs pist es de réflexion, des spécialistes d’horizons variés et de m ettre en lum i ère les convergences de leurs constats. Des rem arques isolées dans tel chap itre ont ainsi pris de la densité en entrant en résonance avec d’autres notat ions faites ailleurs, dans une tout autre perspective : c’est dans ce jeu d’éc hos que l’approche interdisciplinaire prend tout son sens et nous invi te à une lecture ouverte aux rencontres et aux découvertes.
Nous avons choisi de m ettre en évidence, dans une p rem ière partie, l’hétérogénéité, la com plexité et les contradiction s des systèm es sym boliques de l’espace, qu’ils soient endogènes ou exogènes. L a seconde partie traitera de l’articulation entre les im aginaires de l’espace et les enjeux sociopolitiques concrets. Enfin, dans une dernière partie, nous avo ns choisi de regrouper les interventions qui portaient plus spécifiquem ent sur les villes, ces lieux de m utation et de contradiction de l’Afrique contem por aine.
T a b l e
d e s
m a t i è r e s
Introduction(Sophie Dulucq et Pierre Soubias)
L’espace des logiques sociales
L’espace du politique
L’espace en représentation
Première partie. Les visions de l’espace africain : un héritage hétérogène
Présentation(Sophie Dulucq et Pierre Soubias)
1. Facteurs culturels et représentations de l’espace en pays mossi(Yveline Dévérin)
Une construction par l’espace : société, environnem ent et représentation binaire de l’espace
2. Espaces physiques et symboliques dans la culture et la littérature yoruba (Christiane Fioupou)
3. Éléments pour une approche de l’espace dans le roman africain(Béatrice Nguessan-Larroux)
Quelques modèles de lecture de l’espace romanesque
Les apports de la poétique
Le chronotope revisité
4. Explorer et décrire l’espace(Guy Larroux)
Voir, savoir
Narration d’espace
La carte et le terrain
5. La perception d’un espace en voie de conquête(Martine Cuttier)
Le « territoire ami »
Le « territoire ennemi » Du « territoire ami » au « territoire ennemi » Le front
La ligne d’approvisionnement
Deuxième partie. Imaginaire de l’espace et enjeux de société
Présentation(Sophie Dulucq et Pierre Soubias)
6. De la « ville marché » à la « ville hybride »(Catherine Baron)
La « ville-marché » : fondements théoriques et pratiques