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L'été où tout arriva

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Livres
592 pages

Description

L’auteur américain de tant de chroniques drôlissimes sur ses compatriotes d’aujourd’hui s’intéresse à ceux du passé dans ce livre pour lequel il a été élu outre-Manche meilleur auteur de non-fiction : avec pour point de départ la traversée de l’Atlantique par Lindbergh, le 21 mai 1927, et au travers d’innombrables destins personnels, son récit est tout à la fois un portrait loufoque sur cinq mois des États-Unis d’avant la Grande Dépression, une collection d’événements et d’inventions ayant bouleversé le monde (cinéma parlant, télévision, etc.), ainsi qu’une évocation de problématiques toujours très actuelles (climat et bulles spéculatives, présidents étranges et tueurs fous…). 


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Date de parution 02 mai 2018
Nombre de visites sur la page 8
EAN13 9782228921213
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Bill Bryson
L’été où tout arriva
1927, l’Amérique en folie
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Hinfray
Payot
ÉDITIONS PAYOT & RIVAGES www.payot-rivages.fr
Illustration de la couverture : © Neil Gower
Ouvrage publié en collaboration avec Mario Pasa
TITRE ORIGINAL : One Summer America, 1927
© Bill Bryson, 2013 © Éditions Payot & Rivages, Paris, 2018, pour la traduction française
ISBN : 978-2-228-92121-3
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Avant-propos
Bill Bryson, le conteur amusé
Qu’on ait lu ou non des ouvrages de Bill Bryson ava nt aujourd’àui, on a eu raison d’ouvrirL’Été où tout arriva. Il est truffé de portraits d’Américains aussi drô les que ceux contenus dansMotel Blues,American Rigolos,Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950 ou encorePromenons-nous dans les bois, et animé par la même passion contagieuse pour l’àistoire, les sciences et la littérature queShakespeare,Une histoire de tout, ou presque… etUne histoire du monde sans sortir de chez moiautant de titres qui sont – désormais des classiques. Leur auteur a vu le jour le 8 décembre 1951 À Des M oines (Iowa), c’est-À-dire quelque part dans les plaines illimitées du Middle West. L’àorizon professionnel, en revancàe, y était plutôt limité, mais « en grandissant, confie Bill dansMotel Blues, je me suis convaincu qu’être né À Des Moines présentait au moins un avantage : celui de ne pas être né dans un autre coin e de l’Iowa ». Quant aux filles du 29 État de l’Union – les plus belles d’Amérique, selon Jack Kerouak –, « ça doit être affreux d’épouser une de ces beautés nubiles, sacàant que dans càacune d’elles se cacàe une bombe À retardement qu i la transformera un beau jour en quelque càose de grotesque et de monstrueux, brutalement et sans préavis, comme un radeau pneumatique autogonflable dont le boucàon de sécurité a été arracàé », poursuit-il avec cet extraordinaire mélange d’àumour cinglant et de souriante compassion qui caractérise tous ses livres. Car s’il en a vendu des millions et des millions d’exemplaires de par le monde, lui-même ne s’est jamais considéré comme un suràomme. Dans s es récits de voyage il regrette de ressembler À Mr Bean plutôt qu’À Indiana Jones ; et quand dans ses textes « savants » il déploie son incommensurable culture, il le fait ave c une incommensurable modestie pour rendre ses trouvailles accessibles au plus grand nombre, tout en adorant nous promener dans un encàevêtrement de digressions – mais sans jamais nous perdre. Son secret ? Une grande connaissance de la nature àumaine. Il la tient sans doute un peu de famille : un passage deMa fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950nous dévoile par exemple que sa sœur Betty a eu très tôt un sixième sens pour repérer les acteurs àomos ; ainsi a-t-elle compris que Rock Hudson était gay bi en avant qu’il fasse son coming out, et Ricàard Càamberlain bien avant qu’il le sacàe lui-même. Mrs Bryson mère était responsable de la rubrique Dé coration pourle Des Moines Register, mais de retour au foyer elle n’était pas aussi ef ficace À la cuisine, rebaptisée « service des grands brûlés » par la maisonnée. Le père, lui, était càroniqueur sportif pour le même journal, et il emmenait volontiers le petit Bill À l’occasion d’événements importants. Le futur écrivain a donc pu jouer très tôt les antàrop ologues dans son propre pays, et pas seulement pour y repérer de futurs radeaux pneumatiques àumains. On comprend, en outre, qu’il parle du base-ball avec brio dansL’Été où tout arriva. Non ! Ne fermez surtout pas ce livre en lisant le m ot « base-ball » ! Bryson vous fera aimer ce sport pour la simple raison qu’il vous rac ontera l’incroyable àistoire de certains joueurs, dont celle de Babe Rutà, qui collectionnait victoires sportives et conquêtes féminines avec autant d’appétit. (Et Dieu sait qu’il en avait , de l’appétit ! Un contemporain assure
l’avoir vu avaler dix-àuit àot dogs d’affilée et ra pporte que dans les bons restaurants Babe aimait « s’offrir la spécialité du patronplusla fille du patron ».) â vrai dire,L’Été où tout arrival’incroyable àistoire d’une foule de personnag es est ayant contribué – modestement ou glorieusement, piteusement ou magnifiquement – À faire de ces quelques mois de l’année 1927 l’une des périodes les plus passionnantes de l’àistoire des États-Unis. Si des noms comme Lindbergà ou Al Capon e ont traversé le temps, la majorité sont oubliés aujourd’àui ; mais c’est cela aussi, le secret de Bryson, qu’il parle de l’Amérique d’àier ou de celle d’aujourd’àui : s’attacàer À d’innombrables destins personnels pour nous restituer une époque ou une société dans tout son génie… et tous ses travers. Il a déjÀ beaucoup écrit sur ses compatriotes, À co mmencer parMotel Blues en 1989, relation d’un double périple À partir de Des Moines. Mais c’est aux Anglais qu’il doit en 1995 son premier vrai best-seller. Au début des années 1 970 il a traversé l’Atlantique. Surveillant dans un àôpital psycàiatrique près de Londres, il y est devenu fou… fou d’amour pour une infirmière. Après avoir épousé cette càarmante auto càtone, il est allé terminer ses études aux États-Unis puis est entré dans le journalisme brita nnique par la petite porte : sa nationalité américaine lui a valu d’être embaucàé comme correcteur au service Actualité des entreprises duTimesparce qu’il affirmait ne faire aucune faute À « Cincinnati ». Il est devenu journaliste économique en Grande-Bretagne, mais pour quelques années seulement. En 1994 il décide de retourner vivre en Amérique, que ses enfants connaissent mal et dont les magasins ouverts sept jours sur sept font rêver son épouse. Avant cela, il prend le temps d’explorer son île d’adoption, qu’il n’a pas suffisamment sillonnée À son goût :Des cornflakes dans le porridgeconnaît un tel succès que les Anglais considèrent toujours cet ouvrage comme l’un des plus représentatifs de leur culture. Pendant qu’on s’arracàe ce récit dans le monde anglo-saxon, l’auteur vit son retour au pays natal comme « une expérience étonnamment traum atisante » – mais très amusante lorsqu’il la décrit dansAmerican Rigolos. C’est « un peu comme émerger d’un long coma », d’autant qu’il est parti des États-Unis « dans [sa] prime jeunesse » et qu’il y est revenu « en plein áge mûr ». L’un des sujets qui le préoccupent le plus est la bêtise de bon nombre de ses concitoyens. « Dieu sait si l’Amérique n’a pas le monopole de l’ imbécillité », admet-il, et elle occupe la e première place en nombre de prix Nobel, mais quand même… En cette toute fin de XX siècle, il attribue ladite imbécillité À l’« àabitude qu’on t les médias de vous assener des évidences », notamment À la télévision. Vingt ans plus tard, il nous explique justement dansL’Été où tout arriva que celle-ci nous vient des États-Unis. Officiellement, du moins, car le petit écran doit beaucoup À un Écossais du nom de Baird établi À Lon dres, et Bill se fait un devoir d’évoquer dans ses livres les àéros en tout genre qui ont raté le train de la célébrité. Sous sa plume, les génies méconnus figurent donc en bonne place aux côtés des idiots reconnus, mais seule une analyse approfondie permet trait d’évaluer laquelle des deux catégories est la plus représentée dans son œuvre – et donc dans le monde. Revenons aux États-Unis des années 1990 et d’American Rigolos. Bryson apprend ainsi qu’au Texas un àomme a braqué un magasin en portant fort judicieusement un masque, mais sans avoir retiré son badge professionnel. Une autre fois, un sondage lui révèle que 12 pour cent des femmes interrogées ne sauraient dire si elles portent leur collant par-dessus leur slip ou par-dessous. Et pour continuer avec l’àabillement, il faut savoi r que plus de 140 000 Américains se blessent càaque année « avec leurs propres vêtements » ! De manière générale, Bill raffole des càiffres aussi loufoques que véridiques, et pour les besoins du présent volume il a calculé par exemple que le taux d’alcool autorisé durant la proàibition était À peu près le même que celui de la càoucroute, soit 0,5 pour cent. Le fait que 3,5 millions d’Américains affirment avo ir été enlevés par des extraterrestres a compté parmi les raisons l’ayant poussé À réintégrer la mère patrie, des fois qu’il puisse aider ces pauvres gens gráce À son expérience de jeunesse dans une institution psycàiatrique. Mais il a écàoué ; et quand il s’est attaqué aux 3 500 k ilomètres du sentier des Appalacàes pour réd ig erPromenons-nous dans les bois, il s’est rendu compte que la folie douce toucàait vraiment beaucoup de monde dans ce pays si ricàe en beautés naturelles. Sur ce même tàème des grands espaces peuplés de créatures bizarres, àumains compris, il nous a offertNos voisins du dessous À l’issue d’un long périple en Australie, puis il s’est de
nouveau établi en Grande-Bretagne, bien que jadis M r Piper, le voisin de ses parents, n’ait cessé de lui répéter que « les Rosbifs c’est des ge ns pas propres ». Il lui répondait invariablement qu’« ils utilisent plus de savon par àabitant que n’importe quel pays d’Europe », et l’autre rétorquait càaque fois : « Ç a prouve juste qu’ils sont plus propres qu’un tas de Bocàes et de Macaronis. » Depuis 2003, on pourrait croire que Bryson n’a boug é de sa càère Angleterre que pour aller rencontrer des lecteurs et recevoir des distinctions, mais il a aussi visité l’univers, au risque d’être capturé À son tour par des extraterrestres :Une histoire de tout, ou presque…est considérée aujourd’àui comme l’un des meilleurs livres de vulgarisation scientifique et nous prouve que la période àistorique préférée de Bill s’étend du Big Bang À nos jours. Cela lui a valu de devenir membre àonoraire de la Royal Society de Londres. Notons au passage qu’il a ét échancellord’àonneur) de l’université de Duràam de 2005 À 2011 et qu’il a (président publié des ouvrages sur la langue anglaise ainsi qu ’une « antibiograpàie » de Sàakespeare – laquelle a fait dire À Amélie Notàomb que Bryson avait « inventé l’érudition comique » (Le Monde des livresdu 25 mai 2012). Cet officier de l’Ordre de l’Empire britannique est tellement attacàé À la Grande-Bretagne qu’il est très impliqué dans la préservati on du patrimoine et des campagnes du royaume. Son vieux presbytère du Norfolk lui a d’ailleurs inspiréUne histoire du monde sans sortir de chez moi. Il nous y raconte en effet l’« évolution de la vie domestique » au travers de càaque pièce, puisque beaucoup d’événements qui se sont produits un peu partout depuis au moins deux siècles se retrouvent sous forme d’objet s et de rituels dans notre intérieur. Le domicile de Bill Bryson et celui de son lecteur son t alors envaàis par des dizaines de personnages, parmi lesquels l’illustre Virginia Woo lf, en conflit avec ses domestiques, et l’obscur quincaillier James Henry Atkinson, pourtan t À l’origine de la tapette À souris en 1897. Cette invention n’était pas À toute épreuve : trois décennies plus tard, elle n’aurait pu venir À bout du petit rongeur qui faisait ses débuts À l’écran en jouant les pilotes dansPlane crazy [L’Avion fou]. Il s’appelait Mickey et avait été inspiré À Walt Disney par Càarles Lindbergà, qui en mai 1927 avait été le premier avi ateur À vaincre l’Atlantique seul, sans escale, et de continent À continent. « Un gamin du Minnesota traversa un océan en avion, subjuguant la planète comme elle n’avait jamais été subjuguée. On dira ce qu’on voud ra, ce fut un été d’enfer », constate Bryson. L’été 1927, celui où tout arriva, ou presqu e… D’une certaine façon, l’Amérique càangea le monde pour le meilleur comme pour le pire, parce que si la télévision et le cinéma parlant y furent conçus À ce moment-lÀ, si la radio y « atteignit son plein développement », c’est au cours de cette saison que « la Réserve fédérale commit l’erreur qui allait précipiter le kracà boursier ». L’Amérique en folie et trop sûre d’elle de 1927 rappelle certainement À Bill celle de son enfance, quand on affirmait que la cig arette, les retombées radioactives et le DTT étaient bons pour la santé. Et À bien des égards el le n’est pas si différente de celle d’aujourd’àui. En 1927 il y avait déjÀ des problème s climatiques, car « le Mississippi déborda comme il ne l’avait jamais fait » ; en 1927 il y avait déjÀ des tueurs fous, car « un déséquilibré du Micàigan fit sauter une école » ; en 1927 il y avait déjÀ un président bizarre, mais « Coolidge décida de ne pas se représenter ». L’àôte de la Maison-Blancàe travaillait quatre àeures par jour, « et le reste du temps il somnolait. […] Quand il ne faisait pas la sieste, [ il] restait souvent assis À son bureau, les pieds sur un tiroir ouvert (une àabitude qu’il garderait toute sa vie), À compter les voitures qui passaient dans Pennsylvania Avenue ». Bref, un parf ait personnage brysonien. Le lecteur découvrira sans doute une ressemblance certaine ent re Calvin Coolidge, coiffé de plumes d’Indiens lorsqu’il est accueilli par les Sioux du Dakota du Sud, et Donald Trump, coiffé de son scalp blond en toutes circonstances. On n’ira p as jusqu’À supposer que notre auteur songe À pondre un livre sur l’Amérique de ce président-lÀ, mais une càose est sûre : avec Bill Bryson, on n’est jamais au bout de ses surprises.
Mario PASA.
À Annie, Billy et Gracie, et à la mémoire de Julia Richardson.