L’ombre du mil

L’ombre du mil

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Livres
321 pages

Description

Aribinda : petite région burkinabé, dans le sud du Sahel. Chaque année, tous les groupes sociaux accomplissent un important rituel avant les pluies. Les hifuba, spécialistes des sacrifices et de la magie, entament une procession autour des massifs qui encadrent le bourg d’Aribinda, coeur historique et politique de la région ; leur circuit est ponctué de plusieurs haltes en des lieux déterminés où sont accomplis les sacrifices requis en bétail ou en biens. Par ce périple, les hifuba engagent un combat contre les puissances néfastes qui cherchent à s’emparer de « l’ombre » du mil et à menacer les récoltes. Dans ce rituel, les pratiques magiques rendent compte de l’enjeu crucial que représente l’agriculture. Or, depuis plus de deux décennies, la région, comme le reste du Sahel, connaît des difficultés dues à l’altération climatique et à la pression accrue de l’homme sur son environnement. Les paysans s’adaptent tant bien que mal à ces changements en opérant de nouveaux choix techniques et en adoptant de nouvelles stratégies de production. L’ouvrage, qui présente les résultats d’une recherche conduite sur le terrain entre 1982 et 1984, reconstitue la mise en place et le fonctionnement d’un système de production sahélien. La lente prise de possession d’un espace par des groupes humains de diverses origines, les mutations techniques, agricoles et pastorales sont évoquées dans une démarche qui montre l’interdépendance des phénomènes. Ce cheminement dans l’histoire et les différents domaines de la production permet de rassembler les éléments d’un diagnostic nuancé: sur le devenir de la région.


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Date de parution 19 novembre 2018
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EAN13 9782709924931
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’ombre du mil Un système agropastoral en Aribinda (Burkina Faso)
Dominique Guillaud
DOI : 10.4000/books.irdeditions.14921 Éditeur : IRD Éditions Année d'édition : 1993 Date de mise en ligne : 19 novembre 2018 Collection : À travers champs ISBN électronique : 9782709924931
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782709911535 Nombre de pages : 321
Référence électronique GUILLAUD, Dominique.L’ombre du mil : Un système agropastoral en Aribinda (Burkina Faso).Nouvelle édition [en ligne]. Marseille : IRD Éditions, 1993 (généré le 28 novembre 2018). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782709924931. DOI : 10.4000/books.irdeditions.14921.
Ce document a été généré automatiquement le 28 novembre 2018. Il est issu d'une numérisation par reconnaissance optique de caractères.
© IRD Éditions, 1993 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Aribinda : petite rég ion burkinabé, dans le sud du Sahel. Chaque année, tous les g roupes sociaux accom plissent un im portant rituel avant les pluies. Leshifuba, spécialistes des sacrifices et de la m ag ie, entam ent une procession autour des m assifs qui encadrent le bourg d’Aribinda, coeur historique et politique de la rég ion ; leur circuit est ponctué de plusieurs haltes en des lieux déterm inés où sont accom plis les sacrifices requis en bétail ou en biens. Par ce périple, leshifuba eng ag ent un com bat contre les puissances néfastes qui cherchent à s’em parer de « l’om bre » du m il et à m enacer les récoltes. Dans ce rituel, les pratiques m ag iques rendent com p te de l’enjeu crucial que représente l’ag riculture. Or, depuis plus de deux décennies, la rég ion, com m e le reste du Sahel, connaît des difficultés dues à l’altération clim atique et à la pression accrue de l’hom m e sur son environnem ent. Les paysans s’adaptent tant bien que m al à ces chang em ents en opérant de nouveaux choix techniques et en adoptant de nouvelles stratég ies de production. L’ouvrag e, qui présente les résultats d’une recherche conduite sur le terrain entre 1982 et 1984, reconstitue la m ise en place et le fonctionne m ent d’un systèm e de production sahélien. La lente prise de possession d’un espace par des g roupes hum ains de diverses orig ines, les m utations techniques, ag ricoles et pa storales sont évoquées dans une dém arche qui m ontre l’interdépendance des phénom ène s. Ce chem inem ent dans l’histoire et les différents dom aines de la production perm et de rassem bler les élém ents d’un diag nostic nuancé: sur le devenir de la rég ion.
DOMINIQUE GUILLAUD
Géog raphe de l’Orstom , s’est consacrée à l’étude des sociétés rurales et de la form ation de leurs territoires. Elle a travaillé au Burkina Faso, puis en Indonésie.
SOMMAIRE
Avant-propos
Glossaire
Le pays d'Aribinda Leses paysag Les fondements du pays
1. Les données climatiques et la saison agricole LES PLUIES LA SAISON AGRICOLE PERTURBATIONS DU CYCLE AGRICOLE
2. Relief, terres et paysages végétaux LES RELIEFS LE SOL ET LES TERRES PAYSAGES VÉGÉTAUX
3. Les marques des peuplements anciens ARIBINDA, SITE REMARQUABLE LES VESTIGES : LA TRACE DESPOTÉ SAMBA L'INTERPRÉTATION DES VESTIGES LESPOTÉ SAMBAD'APRÈS LA TRADITION ORALE LES ANCIENS TERRITOIRES LA FIN DESPOTÉ SAMBA
4. Le creuset de l'Aribinda LA PÉRÉGRINATION VERS LE COEUR LE PARTAGE DES FONCTIONS LA FORMATION DU BOURG LA GENÈSE DES DROITS SUR LA TERRE LES DERNIERS FLUX DE PEUPLEMENTS INTÉGRÉS À LA SOCIÉTÉ LA SOCIÉTÉ SYNCRÉTIQUE UNE CHEFFERIE ISOLÉE ET MENACÉE
5. L'investissement du pays et la structuration foncière L'ÉPANOUISSEMENT D'ARIBINDA LES FACTEURS DE L'EXPANSION L'ARRIVÉE DES ÉTRANGERS : UNE PERTURBATION EXTÉRIEURE LE PARTAGE TERRITORIAL LES RÉSEAUX VILLAGEOIS LA TRANSMISSION FONCIÈRE
6. Approche démographique
DONNÉES DE POPULATION, 1904-1983 L'ÉVOLUTION DE LA POPULATION DE 1904 À 1983
7. Surfaces agricoles et population RECONNAISSANCE ET MESURE DES AIRES AGRICOLES LA DENSITÉ DES OCCUPATIONS SELON LES ZONES L'ÉVOLUTION DE LA POPULATION ET DES SURFACES AGRICOLES ENTRE 1954-1955 ET1981-1983 LES SURFACES CULTIVÉES EN 1983-1984
8. L’exploitation agricole L'HABITAT ET LA RÉSIDENCE LE DOMAINE FONCIER DE LA COUR : LES CHAMPS LES CULTURES LES INSTRUMENTS ARATOIRES TRADITIONNELS LES ACTIVITÉS LA PRODUCTION
9. Les stratégies agricoles DÉSÉQUILIBRES VIVRIERS LES INSTRUMENTS DE CULTURE : CHOIX TECHNIQUE, CHOIX SOCIAL ? LA STRATÉGIE FONCIÈRE LA STRATÉGIE ÉCONOMIQUE LA RÉGÉNÉRATION DES SOLS LA DIVERSIFICATION ET L'OPTIMISATION DES RESSOURCES ALIMENTAIRES
10. Les pasteurs dans la trame villageoise LE PASTORALISME EN ARIBINDA LES RELATIONS ENTRE PASTEURS ET VILLAGEOIS L'INSERTION DES PASTEURS DANS LA TRAME FONCIÈRE VILLAGEOISE LA LOCALISATION DES AIRES D'ÉLEVAGE L'ALTERNANCE PASTORALE ET AGRAIRE
Quel devenir pour l'Aribinda ? VERS LA SATURATION DE L'ESPACE AGRICOLE LE DEVENIR DES ACTIVITÉS DE COMPLÉMENT ET DE SUBSTITUTION « DIEU NOUS A OUBLIÉS »
Bibliographie
Annexe
Summary
Index
Table des illustrations
Cartes
Avant-propos
Cet ouvrag e est le résultat d'une recherche com m enc ée en 1982 en Aribinda et m enée durant plusieurs années. Elle relève du prog ram m e i ntitulé « g enèse et dynam ique d'un espace sahélien voltaïque » conduit en collaboratio n avec Georg es Dupré, sociolog ue de l’Orstom . Dès m a prem ière m ission dans le nord du Burkina Faso, j'ai découvert le site spectaculaire des m assifs g ranitiques d’Aribinda. La rég ion étant pratiquem ent inconnue, j’ai décidé d'y centrer m es investig ations Le pays d’Aribinda s’est révélé un terrain de reche rche privilég ié à plusieurs titres. En prem ier lieu, les divisions de la société orig inale qui s’y était constituée se traduisaient de façon lisible dans le partag e territorial. Cette relation entre la structure sociale et la terre a rendu fructueuse la collaboration entre sociolog ie et g éog raphie. En second lieu, l’Aribinda est une rég ion encore pr éservée parce que m arg inale, ce qu’indique l’étym olog ie du nom qu’elle porte aujour d’hui. Il proviendrait de l’expression e d’orig ine song hayharé banda,nifie « au-delà de l’eau »qui sig 1siècle, l’AribindaAu xviii se trouvait placé entre les m arches nord de l’em pir e m ossi et la frontière sud de l’em pire song hay. Les prem iers arrivants fuyaient les boulev ersem ents politiques qui m arquèrent e cette période (extension de l’hég ém onie m ossi, chut e du Song hay...). Au xix siècle, la constitution des ém irats peul traça de part et d’autre de l’Aribinda des frontières nouvelles, repérées, à l’est pour le Macina, par le « m arig ot » de Béléhédé, à l’ouest pour le Sokoto, par la m are de Boukoum a. Dans l’intervalle s’étendait le « vide » politique de l’Aribinda. Cette situation a trouvé un prolong em ent sur le pla n adm inistratif au cours des dernières décennies. L’Aribinda fut balloté d’une circonscription à une autre sous le pouvoir colonial français : dépendant du Cercle de Dori à l’est jusqu’en 1932, il est ensuite rattaché au Cercle de Ouahig ouya à l’ouest. Ce n’est qu’en 1979 qu’il est érig é en départem ent du Sahel, ce qui l’enclave entre Djibo et Dori et le fait à nouveau dépendre de cette dernière ville. Plus récem m ent (1983), l’Aribinda fut rattaché à Djibo, chef-lieu de la province de Soum . La prem ière conséquence en est la sous-adm inistration de l’Aribinda. Il faut attendre 1958 pour qu’un prem ier poste adm inistratif soit créé dans le canton. Dans la prem ière m oitié du e xx siècle, les adm inistrateurs, basés à Dori ou Djibo , qui se hasardent jusqu’à Aribinda, ne m entionnent la rég ion que pour déplorer l’état de ses routes et justifier ainsi leur m anque d’inform ations. Le chef d’Aribinda, portant le titr e de chef de canton, a sur son territoire toute latitude pour g érer com m e il l’entend les affaires de son pays. Le vide adm inistratif et les difficultés de recensem ent perm ettent l’établissem ent de nom breux im m ig rants, fuyant les contraintes coloniales telles que l’im position et le recrutem ent : le chef de canton ne les déclare g uère aux autorités françaises. Marg inal aujourd’hui encore, le pays d’Aribinda sub it les inconvénients de cette situation : les structures sanitaires com m e les com m unications y sont plus que m édiocres et la bourg ade n’est dotée d’une école que depuis les années cinquante. À l’écart du pôle ethnique
m ossi, la participation des habitants à la vie poli tique est réduite et la scolarisation très faible ne conduit que peu d’individus aux postes valorisants de l’État. Terre de refug e, l’Aribinda est jusqu’à présent res té plus ou m oins à l’écart du développem ent. Toutefois, du fait de la m ixité du p euplem ent, la rég ion est un lieu de confrontation et d’expérim entation de techniques ag ricoles variées. Dans la m esure où les prom oteurs du développem ent s’intéressent de plus e n plus, dans le dom aine de l’ag riculture, aux stratég ies paysannes, celles de l’Aribinda peuvent servir de références, voire de m odèles pour d’autres rég ions du Sahel. À cette fin, l’Aribinda présente plusieurs avantag e s. Sa taille assez réduite, son histoire récente, qu’on peut retracer dans son intég ralité, perm ettent aux phénom ènes d’être appréhendés dans leur g lobalité. Les techniques et les stratég ies ag ro-pastorales, auxquelles les org anism es de développem ent ont long tem ps borné leur attention, ne représentent en effet qu’un aspect du systèm e de production : pour analyser ce dernier, il est aussi nécessaire de prendre en com pte la sig nification so ciale des activités et la façon dont elles s’inscrivent dans l’espace, à savoir le systèm e fon cier. Cela im plique que soient considérés de façon systém atique les phénom ènes qui, relevant de la « tradition », de l’histoire et de la conjoncture actuelle, conditionnent l’occupation et l’exploitation de l’espace par une com m unauté. C’est aussi dans cette optique qu’il faut considére r la cérém onie qui, avant la venue de la saison des pluies, se déroule chaque année sur le t erroir du bourg d’Aribinda. Tous les g roupes sociaux de l’Aribinda sont au préalable m ob ilisés pour désig ner, fournir et rassem bler les bêtes et les biens destinés aux sacrifices. Ces préparatifs une fois achevés, les hifuba,dans la rég ag ie erion, se réunissent pour entam responsables des sacrifices et de la m une long ue procession autour des m assifs de g ranite qui encadrent le bourg ; leur circuit est ponctué de plusieurs haltes en des lieux déterm inés où sont accom plis les sacrifices requis. Par ce périple autour des m assifs, les hifuba eng ag ent bat contre les «le com lengam2 de l’Est » qui tentent de com prom ettre les récoltes en venant ravir « l’om bre » du m il de l’Aribinda. L’ag riculture sédentaire, et plus précisém ent la culture du m il, considéré com m e la céréale par excellence, prim ent toutes les autres activités dans la rég ion, et les résultats de la saison ag ricole revêtent, dans ce contexte, une im portance prim ordiale. C’est pourquoi « l’om bre du m il », l’enjeu crucial du com bat annuel deshifuba, a paru tout indiqué pour donner son titre à cet ouvrag e. Pour com pléter cet avant-propos, je tiens à rem erci er tous ceux qui, lors du recueil des inform ations ou de la phase de rédaction, ne m ’ont m esuré ni leur assistance, ni leurs conseils, ni leurs encourag em ents. Je com m encerai par Georg es Dupré qui m ’a apporté une aide considérable alors que je faisais m es prem iers pas sur le terrain ; il eut l’élég ance de m e considérer com m e une partenaire scientifique à p art entière. Ma reconnaissance va ég alem ent à Nong um a Maeg a, qui fit office d’interpr ète, à Robert Ouedraog o et à tous m es interlocuteurs de l’Aribinda pour leur accueil et p our la bonne volonté am usée dont ils firent toujours preuve en acceptant de participer p atiem m ent à des entretiens interm inables. Je n’oublierai pas non plus le Préfe t d’Aribinda, ni ceux de Djibo et Dori, ainsi que l’ORD d’Aribinda et le service de l’éleva g e, qui m irent à m a disposition une docum entation précieuse. Pour son appui, je rem ercie de tout coeur Jacques Gilbank, alors à l'université de Ouag adoug ou.
Ma g ratitude va ég alem ent à plusieurs de m es collèg ues de l’Orstom , tels Michel Grouzis, qui eut la g rande g entillesse d’identifier les écha ntillons de plantes collectées dans l’Aribinda, Edm ond Bernus, Jean-Yves Marchai, Joël Bonnem aison, qui portèrent sur m es textes des critiques et des com m entaires bienvenus. Georg es Savonnet et Jean Boutrais se charg èrent aim ablem ent des nom breuses relectures de m es m anuscrits et je leur en sais particulièrem ent g ré, com m e je sais g ré à André Que snel, responsable de l’unité de recherche qui supportait le prog ram m e, de m ’avoir a pporté son soutien pendant cette recherche. Cette recherche dans l’Aribinda a fait l’objet d’un e thèse de doctorat soutenue devant l’Université de Paris X-Nanterre. À Paul Pélissier, qui l’a dirig ée, je voudrais ici tém oig ner m a plus vive reconnaissance. Enfin, je n’oublierai pas ceux entre-tem ps disparus : Karyo Souleym ane, chef d’Aribinda, auquel je rends hom m ag e ; et enfin Jean Sauret, enq uêteur de l’Orstom et auxiliaire précieux de toute cette recherche, dont je salue avec tristesse la m ém oire.
NOTES
1.er ou la « m are » de Boukoum a qui faitCette eau, selon les versions, serait le fleuve Nig frontière à l’est avec la rég ion du Liptako. 2. Le term e bre » est la traduction littérale d d’« om ot kurum u m  lengam.peut le On préférer à celui d’« âm e » qu’em ploient la plupart des auteurs.