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La Fraîcheur de l'herbe

De
244 pages
Le vert aurait une vertu apaisante. Et à voir les balcons et les toits de nos immeubles, les trottoirs de nos villes, les citadins d’aujourd’hui tentent d’en tirer leçon. La verdure reprend ses droits, comme pour répondre à un désir, comme pour retrouver des émotions perdues.
Nombreux sont ceux qui célébrèrent ce pouvoir sensible de l’herbe. De Lucrèce à Pétrarque, de Ronsard à George Sand, de Lamartine à René Char, Alain Corbin dresse un portrait de ces hommages rendus à l’herbe dans tous ses états, en brin ou en touffe, mauvaise ou folle. Et l’on renoue alors avec des sensations familières  : la joie de l’enfant se roulant dans l’herbe, l’invitation au repos après un déjeuner sur l’herbe, les odeurs de foin coupé, le bourdonnement du petit monde des prés, mais aussi l’érotisme d’un lit d’herbe, jusqu’à la paix provoquée par l’herbe disciplinée des cimetières.
Au gré des citations qu’il éclaire de son regard d’historien, Alain Corbin nous convie à une promenade sensible et verdoyante.
 
Historien spécialiste du xixe  siècle en France, Alain Corbin est reconnu internationalement pour son approche novatrice sur l'historicité des sens et du sensible, auxquels il a consacré de très nombreux ouvrages. Auteur des Filles de rêve (Fayard, 2014) et de La Douceur de l’ombre (Fayard, 2016), il a récemment dirigé l’Histoire des émotions (Seuil, 2016, 2 vol.).
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En couverture : D’après Une Grande Touffe d’herbes (Das große Rasenstück)par Albrecht Dürer, 1503. Aquarelle et gouache, 41 x 31,5 cm. © Musée A lbertina, Vienne. Création graphique : Antoine du Payrat © Librairie Arthème Fayard, 2018. ISBN : 978-2-213-68933-3
DUMÊMEAUTEUR
e Archaïsme et modernité en Limousin auXIX siècle,Paris, éd. Marcel Rivière, 1975. e Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution auXIX siècle,Paris, Aubier, 1978 ; édition abrégée, Paris, Flammarion, « Champs », 1982. e Alexandre Parent-Duchatelet,La prostitution à Paris auXIX siècle : présenté, annoté par A. Corbin, Paris, Le Seuil, « Univers hi storique », 1981 ; « Points », 2008. e e Le Miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social (XVIII-XIX siècles), Paris, Aubier, 1982 ; Paris, Flammarion, « Champs », 1986. Le Territoire du vide. L’Occident et le désir du ri vage (1750-1840), Paris, Aubier, 1988 ; Paris, Flammarion, « Champs », 1990. Le village des cannibales,Paris, Aubier, 1991 ; Paris, Flammarion, « Champs » , 1995. Le Temps, le désir et l’horreur,Paris, Aubier, 1991. Les Cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes e auXIXsiècle, Paris, Albin Michel, 1994. L’Avènement des loisirs (1850-1960),Paris, Aubier, 1995. (Suite en fin d’ouvrage)
« L’herbe nous ressemble : elle pousse partout. Ent re les pavés des capitales aussi bien que le long des talus. Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l’herbe doucement se relève sur nos sen tiers. Ainsi l’herbe nous ressemble parce qu’elle se renouvelle, tout en restant l’herbe de toujours. El le a l’opiniâtreté de l’espérance et la profondeur de l’ oubli. Le vent l’aime, il la fait courir, comme courent le s mots dans nos têtes puis sur une page, quand on se laiss e emporter au souffle variable des jours. »
« Prière d’insérer » de Jacques Réda, L’Herbe des talus, 1984.
« On peut mettre un immense amour dans l’histoire d’un brin d’herbe. »
Gustave Flaubert, à Louise Colet, 22 avril 1854,Correspondance, Gallimard, La Pléiade, t. II, 1980, p. 557.
Fig. I : Gilbert Bazard, année après année, traque la végétation de son Cotentin, notamment l’herbe sous toutes ses formes. CesOmbellifèresillustrent parfaitement la magie des hautes herbes.
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Table des matières
Du même auteur Prélude Chapitre premier - L’herbe et la scène originelle Notes
Prélude
Il est bien une histoire de l’herbe, de cette « sœu r verte des nuages » que 1 Rimbaud, pour sa part, qualifiait de « clavecin des prés ». En Occident, dès l’Antiquité, l’herbe a été magnifiée dans les ouvra ges consacrés aux travaux des champs avant d’être célébrée dans les textes de l’i dylle et de la pastorale. Par la suite, les émotions qu’elle a suscitées n’ont cessé d’être détaillées. Le désir d’herbe, le plaisir d’arpenter la prairie, de se pe rdre dans les hautes herbes, de se reposer et de rêver dans les prés ont été finement modulés : Pline, Plutarque, Ronsard, les romantiques, surtout, ainsi que les pl us grands poètes contemporains se sont attachés aux « lieux d’herbe », se sont ide ntifiés au pré, ont dit le choc mémoriel produit par la simple vue de l’herbe, en t ous ses états, sans parler de l’élan qui a poussé certains d’entre eux à s’en rep aître. Or il est des territoires de l’herbe privilégiés. I l en est ainsi du bocage du Cotentin où j’ai eu la chance de grandir. L’herbe y était la principale compagne, dès que j’avais quitté la maison : l’herbe des prés émaillés comme au temps de Charles d’Orléans. Pâquerettes, jacinthes, primevèr es y fleurissaient ; herbe objet de tous les soins des éleveurs de vaches normandes et de chevaux de trait qui animaient le paysage. Une fois passés l’enfance et le plaisir de se rouler dans l’herbe ou d’y circuler les pieds nus, l’herbe étai t associée aux apprentissages amicaux et sensuels : recherche du trèfle à quatre feuilles, douceur du flirt, violence des ébats amoureux. L’herbe était alors in dissociable du foin, de ses odeurs, de ses bruissements. Retracer cette histoire importe d’autant plus aujou rd’hui que l’herbe se métamorphose dans notre culture et qu’elle tend à n ’être plus que vague spectacle de verdure. Les gestes du faucheur, l’art de façonn er les meules, de manœuvrer les anciennes machines, aujourd’hui abandonnées, l’ omniprésence des fleurs des champs, la sociabilité, les fêtes associées à la fe naison, tout cela a disparu ; ainsi que les modes traditionnels de transport du foin. D ès lors s’est estompée la gamme d’émotions, souvent intenses, suscitées par l ’amour des prés. Le nombre d’enfants familiers de l’herbe et de ses plaisirs s e raréfie année après année. Une page de cette histoire s’est tournée, sans que, pour autant, soit aboli le désir d’herbe, lequel, aujourd’hui, hante nombre de citadins et que des spécialistes s’emploient à satisfaire. Il s’agit, pour eux, de m agnifier l’herbe selon de nouvelles formes ; en bref, d’ajouter un chapitre à l’histoir e des émotions qu’elle a provoquées au fil des siècles.