La fuite de Varennes

La fuite de Varennes

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Livres
22 pages

Description

Survivante pour toute une famille, pour toute une époque même : celle des vestiges de l’Ancien Régime, Marie-Thérèse-Charlotte de France est la seule enfant vivante de Marie-Antoinette et Louis XVI au sortir de la Révolution française et de l’Empire. Orpheline, enfant-prisonnier, exilée pendant presque vingt ans, l’Histoire fut tout sauf douce pour cette femme qui revint en France au début de la Restauration. Adulée par le camp royaliste, qui l’instrumentalisa quelque peu, spectre rappelant un régicide, comme un vestige malencontreux du passé, pour les libéraux ; Marie-Thérèse restera toute sa vie fidèle à la mémoire de ses morts et de sa famille. C’est avec exception qu’elle parla de ses parents. C’est ce qui fait toute la richesse de ce document : Marie-Thérèse, tout juste âgée de 13 ans en 1791, parle de ce dont elle se souvient de la fuite de Varennes. Froide, sensible au plus petit détail, à toutes ces choses qui font revivre le passé et ses fantômes, Marie-Thérèse raconte ici, de l’intérieur, l’un des évènements les plus importants de l’histoire de France.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782369460817
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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I
Pendant toute la journée du 20 juin 1791, mou père et ma mère me parurent très-agités et occupés, sans que j’en susse les raisons. Après le dîner, ils nous renvoyèrent, mon frère et moi, dans une chambre, et s’enfermèrent seuls avec ma tante. J’ai su, depuis, que c’est dans ce moment-là qu’ils informèrent ma tante du projet qu’ils avaient de s’enfuir. À cinq heures, ma mère alla 1 se promener avec mon frère et moi, madame de Maillé , sa dame 2 du palais, et madame de Soucy , sous-gouvernante de mon frère, à Tivoli, chez M.Boutin, au bout de la Chaussée d’Antin.
Dans la promenade, ma mère me prit à part, me dit que je ne devais pas m’inquiéter de tout ce que je verrais, et que nous ne serions jamais séparées longtemps; que nous nous retrouverions bien vite. Mon esprit était bouché, et je ne compris rien du tout à tout cela: elle m’embrassa, et me dit que si les dames me demandaient pourquoi j’étais si agitée, je devais dire qu’elle m’avait grondée, et que je m’étais raccommodée avec elle. Nous rentrâmes à sept heures; je retournai chez moi bien triste, ne
1Référence à la Duchesse Madeleine de Maillé (1750 - 1819). Elle était entrée au service de Marie-Antoinette en qualité de dame du palais en juillet 1788, et ce après la démission de ce même poste de la vicomtesse de Choiseul-Praslin.2 Renée-Suzanne de Soucy (1758 - 1841). Elle fut gouvernante des enfants royaux entre 1781 et 1792.
comprenant rien du tout à ce que ma mère m’avait dit.
J’étais toute seule; ma mère avait engagé madame de 3 Mackau d’aller à la Visitation, où elle allait souvent; et elle avait envoyé à la campagne la jeune personne qui était d’ordinaire avec moi. J’étais à peine couchée, que ma mère vint; elle m’avait ordonné de renvoyer tous mes gens, et de ne garder qu’une femme près de moi, sous prétexte que j’étais incommodée. Ma mère vint, et nous trouva seules; elle dit à cette femme et à moi qu’il fallait partir sur-le-champ, et ordonna comment il fallait s’arranger. Elle 4 dit à madame Brunyer , qui était cette femme qui était avec moi, qu’elle désirait qu’elle nous suivît; mais que cependant, comme elle avait son mari, elle pouvait rester. Cette femme dit tout de suite, sans balancer, que ma mère faisait très bien de partir; qu’il y avait trop longtemps qu’elle était malheureuse, et que, pour elle, elle quitterait tout de suite son mari pour la suivre où elle voudrait.
Ma mère fut très touchée de cette marque d’attachement; elle redescendit chez elle, et souhaita le bonsoir à Monsieur et à Madame, qui étaient venus, comme à l’ordinaire, souper avec mon père. Monsieur était instruit du voyage. En rentrant il se coucha, mais se releva sur-le-champ, et partit avec M. d’Avaray, jeune homme qui le fit sortir de tous les périls de sa route, et qui est encore avec lui. Pour Madame, elle ne savait rien du voyage; 5 ce ne fut que quand elle fut couchée qu’une madame Gourbillon , 3 Il s’agit là du nom de jeune fille de Mme de Soucy, gouvernante des enfants royaux lors de cette fuite.4 Madame Brunyer fut lapremière femme de chambre de Madame Royale de 1788 à 1791. SonJournal des Dépenses d’une dame de la Cour, 1783-1792, reste un document précieux pour la compréhension du règne de LouisXVI et Marie-Antoinette.5 Marguerite de Gourbillon (1737 - 1817). Proche du comte de Provence (futur LouisXVIII) par sa femme, Marie-Joséphine de Savoie, dont elle fut la
qui était sa lectrice, vint lui dire qu’elle était chargée, de la part de la Reine et de Monsieur, de remmener hors de France.
Monsieur et Madame se rencontrèrent à une poste, où ils ne firent pas semblant de se connaître, et arrivèrent heureusement à Bruxelles. Mon frère avait été aussi réveillé par ma mère, et 6 madame de Tourzel le conduisit à l’entresol de ma mère.
favorite; elle suivit le futur couple royal en exil durant toute la période révolutionnaire.6Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel, marquise puis duchesse de Tourzel (1749 - 1832). Elle fut la dernière gouvernante des enfants de LouisXVI et Marie-Antoinette.