La Grande Guerre - Petites histoires oubliées

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Ce livre ne traite ni de grandes théories guerrières, ni de mouvements de troupes, ni de stratégies militaires maintes fois évoquées dans le passé. Simplement, il nous fait vivre aux côtés des PCDF, « Pauvres couillons du front » ! Au fil des pages, nous suivons les Poilus, blancs ou noirs, dans leurs tranchées, pendant leurs permissions, en patrouille, ou même devant un mutiné condamné à être fusillé. Que ce soit sur terre, dans les airs ou sur l’océan, nous côtoyons des héros anonymes, trop souvent victimes, hélas, de la folie des hommes. Daniel Appriou est expert judiciaire près la cour d’appel de Rennes. Après avoir écrit dans la presse régionale bretonne de nombreux articles sur la vie en Angleterre, il commença une série de livres d’histoire, tout d’abord locale, intervenant de 1992 à 1998 sur Radio Bretagne Ouest pour une série d’émissions évoquant les Bretons et Bretonnes célèbres. Puis il contribua à divers quotidiens et revues. Il a également publié une série de quatre tomes sur les châteaux et manoirs en baie de Morlaix, suivis d’une évocation historique du château du Taureau avec Marie-Claude Appriou. Il a aussi publié de nombreux ouvrages de référence expliquant les expressions historiques de la langue française, les grands événements qui ont fait l’Histoire, les surnoms historiques, et bien d’autres.

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Date de parution 01 avril 2014
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EAN13 9782813815453
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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1. La guerre dans l’Histoire
Des repères pour tous
Même en période de paix, les guerres servent à situer dans le temps un événement passé ; nous dïrons vooners :»avant a guerre « C’étaït  ou»a guerre « Pendant . Cependant, vu e nombre de conlïts, ï est devenu ïndïspensabe d’apporter queques précïsïons. En France, nous parerons de « a guerre de 70 », de a « Grande Guerre », de « a seconde guerre mondïae », de cee d’Indochïne ou d’Agérïe.
Les différents types de guerre
Même si les conflits ont tous en commun les pertes en vies humaines, les destructions, ravages et autres fléaux, les raisons qui ont été à la source des confrontations ne sont pas toutes identiques. En sïmpïfïant à ’extrême, nous parerons de guerres défensïves orsque e pays se trouve vïctïme d’agressïon. Dans ce cas, s’ï est permïs de porter un jugement, a guerre devïent un moyen de survïe et donc sembe justïfïée. A ’opposé, ï est des guerres de conquêtes où un pays agresse un autre pays, pour des raisons très variées, tentation d’hégémonie, raisons politiques, économiques, reli-gïeuses, ïdéoogïques, ethnïques, hïstorïques, désïr de vengeance… C’est maheureuse-ment ce dont l’Histoire fut le plus souvent témoin. Louis XIV, Louis XV, Napoléon et Hitler n’en sont que quelques exemples tragiques. Les guerres de Reïgïon quï, sï ees ont ravagé par e passé notre pays et bïen d’autres, ne sévissent plus en Occident. Cependant, de nombreuses régions du monde subissent encore, de nos jours, des attentats ou bataïes rangées quï ont pour orïgïne des désac-cords religieux. Sï ’on peut parer de degré pour quaïfïer ’horreur d’une guerre, a pïre sembe être a guerre civile. Celle qui a surtout marqué les Français demeure la guerre civile espagnole à cause de sa proximité géographique et de son caractère récent. I exïste égaement ce qu’ï est convenu d’appeer es guerres coonïaes, orsqu’un pays occupé par une autre puïssance désïre secouer e joug pour accéder à son ïndé-pendance. Cee quï marqua e pus profondément a France fut a guerre d’Agérïe que, d’ailleurs, les autorités n’appelaient pas ainsi puisque, pendant toute la durée du conflit, il n’y était fait allusion que sous les termes d’« événements d’Agérïe ».
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Une« bonne guerre »
Combien de fois n’avons-nous pas entendu ces mots dans la bouche de personnes aigries et parlant inconsidérément :« Ce qu’ï eur faudraït, c’est une bonne guerre. Aors à, ïs comprendraïent ! » L’assocïatïon de cet adjectïf avec e mot « guerre » est des pus surprenantes. Une guerre peut-elle être bonne si l’on met en balance les souffrances directes des victimes et cees, ïndïrectes, des famïes de ces dernïères ? En faït, ï n’y a pas de bonne guerre ; seules existent de bonnes raisons pour la faire, c’est du moins ce que pensent ceux qui la décident.
« Une bonne guerre, une mauvaïse païx, ça n’exïste pas. »(B. Franklin)
Quatre dénominations originales plus ou moins récentes
La guerre sainte I s’agït ïcï de guerres de Reïgïon dont font partïe es croïsades au Moyen Age orsque es chrétïens vouurent reprendre Jérusaem. Pus tard, a utte contre es cathares peut également être qualifiée de guerre sainte. Pus près de nous, e djïhad peut aussï se défïnïr comme une « guerre » de ’ïsam contre les non-musulmans.
La drôle de guerre Guerre étrange que connut l’armée française dans les derniers mois de 1939. La France étaït offïcïeement en guerre contre ’Aemagne depuïs près de quatre moïs (3 septembre, 17 heures), et les troupes françaises et anglaises, soit 129 divisions, étaient prêtes. Sï ce n’est queques échauffourées très ïmïtées en temps et en ïeu, e front étaït calme, les soldats attendaient des ordres que les généraux Gamelin et Georges ne don-nèrent pas. Cette ïnactïvïté, quï sembe rappeer une guerre de posïtïons, surprït pus d’un offïcïer comme celui qui déclara à un correspondant de guerre :« C’est quand même une drôe 1 de guerre! » Pendant que ’ennemï s’actïvaït de ’autre côté de a frontïère, a France, confïante en la ligne Maginot, était prête à affronter ce qui ne devait être qu’un mauvais orage. Lorsque es Aemands percèrent e front à Sedan, es dïvïsïons bïndées de Guderïan et les troupes de von Kleist, malgré les communiqués optimistes de la presse française,
1. On avance égaement que cee expressïon seraït due à une traducon erronée d’un terme angaïs uïséen langage familier,« phoneywar »: fausse guerre.
culbutèrent les divisions du général Corap mal équipées pour arrêter une telle vague d’invasion. Les armes une foïs tues, ’armïstïce sïgné, aaït aors commencer « une drôe de païx ».
La guerre froide Aïés contre ’Aemagne pendant a seconde guerre mondïae, es Etats-Unïs et ’URSS ne purent s’entendre après la victoire, chaque pays voulant imposer son influence sur une partïe de ’Europe. Dès ors, ï y eut deux bocs, ceuï de ’Ouest et ceuï de ’Est sym-boïsés par a créatïon de ’OTAN et du pacte de Varsovïe. Le mot « guerre » faït ïcï essentïeement référence à des confïts dïpomatïques et politiques. Symbolisé par la construction du mur de Berlin et les bases soviétiques ins-tallées à Cuba, ce conflit entre deux parties du monde n’a cependant pas causé de vic-times directes comme lors de luttes armées sur un champ de bataille. Il n’en demeure pas moins que cette tension permanente eut des conséquences économiques pour des millions de personnes dans le monde.
La guerre des étoiles Non content de se battre sur terre, sur mer et dans les airs, l’homme trouva un autre théâtre d’affrontement : l’espace. Ce que l’on a appelé la guerre des étoiles (du nom d’un film de science-fiction) date de 1983 lorsque Ronald Reagan, président des Etats-Unis, proposa de mettre en œuvre un programme de destruction des missiles sovié-tiques qui menaçaient la sécurité américaine. Il espérait que cette menace dissuaderait les Soviétiques et préserverait ainsi une paix souvent fragilisée.
La réalité de la guerre
La première guerre mondiale I y eut 9 mïïons de morts soït pus de 6 000 morts par jour pendant quatre ans ! Même si ces chiffres ne sont que très approximatifs, ils donnent une idée du désastre. Voïcï un aperçu du nombre des mobïïsés et des pertes subïes :
RussieAllemagneAUTRIChé-HONGRIéFranceGrande-BretagneItalieEtats-UnisTurquie
15 mïïons 13 mïïons 9 mïïons 8 317 000 6 mïïons 5 615 000 3 800 000 2 830 000
1 700 000 morts 1 900 000 morts 1 200 000 morts 1 390 000 morts dont 27 % de moïns de 28 ans 776 000 morts 500 000 morts 115 000 morts 350 000 morts
Près de 20 nations participèrent au conflit, mobilisant environ 70 millions d’êtres humains et en perdant près de 9 millions.
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1. La guerre dans l’Histoire
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La seconde guerre mondiale La seconde guerre mondiale fut encore pire que la première. Il y eut 55 millions de morts, 35 millions de blessés et 3 millions de disparus. Si on se livre au même calcul que pour la première guerre mondiale, calcul forcément inexact mais ô combien suggestif, nous arrïvons à un chïffre de pus de 30 000 morts par jour pendant toute a durée du confït ! Pour a premïère foïs dans ’hïstoïre de ’humanïté, es cïvïs payèrent un trïbut exceptïonneement éevé. De 20 à 30 mïïons d’entre eux pérïrent pendant ces années de conflit. Voïcï un aperçu du nombre des mobïïsés et des pertes subïes :
Russiemïïons de morts dont 700 000 cïvïsmïïons 18  22 Allemagnemïïons 4,2 mïïons de morts dont 780 000 cïvïs 17 Etats-Unismïïons 298 000 morts 14 Empire britannique12 mïïons 466 000 morts dont 12 000 cïvïs France000 morts dont 350 000 cïvïs 563 Près de 6 mïïons de juïfs pérïrent pendant ces années de guerre.
Jugements sur la guerre
« Depuïs sïx mïe ans a guerre Plaît aux peuples querelleurs Et Dïeu perd son temps à faïre Les étoïes et es feurs. » (Victor Hugo,Les Chansons des rues et des bois)
« Sï tous es roïs de a terre pouvaïent contemper un te spectace, ïs seraïent moïns avïdes de guerres et de conquêtes. »(Napoléon, 1807)
Au endemaïn de sa vïctoïre sur es Russes (8 févrïer 1807), e champ de bataïe d’Eyau étaït couvert de cadavres. Eyau fut ’un des pus grands carnages de notre Hïstoïre ; dans des condïtïons cïmatïques terrïfïantes, es 55 000 hommes de a Grande Armée défïrent es 72 000 Russes du généra Bennïgsen.
« J’aï ’horreur éternee de a guerre. »(Hitler)
Cette phrase fut prononcée par Hitler le 9 septembre 1933 alors que, étant chancelier depuis seulement quelques mois, il venait de se voir confier les pleins pouvoirs pour quatre ans par les députés du Reichstag.
« Maheur aux vaïncus. »(« Vae vïctïs ») (Brennus)
En 390 av. J.-C., e généra gauoïs Brennus bat es Romaïns sur a rïvïère Aïa. Poursuïvant sa progressïon, Brennus marche sur Rome où ï pénètre sans opposïtïon, a popuatïon ayant fui devant l’envahisseur. La seule résistance qu’il rencontre est celle des défen-seurs du Capitole qui soutiennent un siège de sept mois. Brennus, après avoir pillé et brûé a vïe, accepte d’évacuer Rome contre une rançon de 1 000 ïvres d’or, soït envïron 326 kïos. Au moment de s’acquïtter de ce traïté, e représentant des Romaïns accusa Brennus de fausser la pesée de l’or en utilisant des faux poids. Fou de rage (peut-être parce que a tromperïe étaït découverte), e chef gauoïs ajouta dans a baance son glaive et son baudrier en s’écriant :« Maheur aux vaïncus ! »
« Je n’aï rïen d’autre à vous proposer que du sang, du travaï, des armes et de a sueur. »(Wïnston Churchï, 1874-1965)
Le Premier ministre britannique faisait malheureusement preuve de clairvoyance le 13 mai 1940, lorsqu’il prononça ces mots terribles devant la Chambre des communes. Troïs jours pus tôt, ’Aemagne avaït décenché ’une des pus gïgantesques tragédïes de l’Histoire. Hïter avaït promïs ’apocaypse aux Angaïs et ï tïnt sa promesse en envoyant a Luftwaffe. Au moïs de juïet, a RAF dut effectuer pus de 600 sortïes par jour et, entre e 10 juïet et e 10 août, ee perdït 96 appareïs maïs avaït abattu 217 avïons ennemïs. Le 7 septembre 1940, 300 bombardïers et 600 chasseurs parvïnrent à ancer eurs bombes explosives et incendiaires sur l’est de la ville qui s’embrasa. Les Londoniens découvraient l’horreur du Blitz.
« Puïsqu’ï faut faïre a guerre, je préfère a faïre à mes ennemïs putôt qu’à mes enfants. »(Louis XIV)
Citations
« Quand es rïches font a guerre, ce sont es pauvres quï trïnquent. »(Jean-Pau Sartre)
« Heureux ceux quï sont morts dans une juste guerre. »(Charles Péguy)
« La guerre ! C’est une chose trop grave pour a confïer à des mïïtaïres. » (Georges Clemenceau)
« Dans a païx, es fïs enseveïssent eurs pères ; dans a guerre, es pères enseveïssent eurs fïs. »(Hérodote)
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L’archiduc François-Ferdinand et son épouse, la duchesse de Hohenberg.
2. « Et l’on n’y croyait pas… »
Le coup de feu qui fit plus de 8 millions de morts
Sarajevo, 28 juïn 1914. L’archïduc Françoïs-Ferdïnand, archïduc d’Autrïche, prétendant au trône, héritier de l’Empire austro-hongrois, venait d’être visé par un attentat mais s’en étaït sortï ïndemne. Ce jour-à, vouant aer rendre vïsïte aux bessés, son cortège boqué dans a foue, ï est atteïnt d’un coup de feu tïré à moïns de 4 mètres par un jeune nationaliste serbe du nom de Gavrilo Princip. L’épouse de l’archiduc est touchée à l’abdo-men et François-Ferdinand au cou. Tous deux décèdent dans les minutes qui suivent.
L’Autrïche-Hongrïe accusa ïmmédïatement a Serbïe d’être responsabe de cet assassïnat et lui lança un ultimatum. La Russie, alliée de la Serbie, considéra cet ultimatum comme inacceptable. Un mois après l’attentat, la mobilisation générale fut décrétée en Serbie. Le premier pas vers la catastrophe venait d’être franchi. En effet, depuïs ongtemps, un système d’aïances ïaït dïvers pays entre eux. L’Aemagne, quï vouaït annexer ’Asace et a Lorraïne, aïée de ’Autrïche, aaït former a Trïpe-Aïance avec ’Autrïche-Hongrïe et ’Itaïe. Face à ces pays se formaït a Trïpe-Entente entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie.
L’état politique de l’Europe en 1914
En cette année, l’Europe était composée de 21 Etats qui, selon leur régime politique, se répartissaient de la façon suivante : – les Etats monarchiques: Norvège, Suède, Danemark, Royaume-Unï, Pays-Bas, Empïre aemand, Begïque, Luxembourg, Autrïche-Hongrïe, Roumanïe, Serbïe, Bugarïe, Monténégro, Itaïe, Abanïe, Empire Ottoman, Grèce, Espagne. – les Républiques: France, Suisse, Portugal.
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Le 20 juïet, Tïsza, ancïen Premïer mïnïstre hongroïs, tenta bïen d’empêcher une attaque de ’Autrïche contre a Serbïe en décarant à ’empereur qu’une tee décïsïon aaït agïr comme une tranée de poudre ; ’ïnterventïon ïnévïtabe de a Russïe mettraït e feu à ’Europe entïère. I ne fut pas écouté et, vïngt jours pus tard, ’Autrïche décaraït a guerre à la Serbie. Tous pensaïent que e conlït seraït de courte durée. Cependant, e généra françaïs Lyautey, pus ucïde, dans un soupïr, conia :« Is sont fous ! Une guerre entre Européens c’est une guerre cïvïe, a pus monumentae ânerïe que e monde n’aït jamaïs faïte. » I avaït maheureusement raïson. La suïte se déroua comme prévu ; par e jeu des diverses alliances entre nations, une quinzaine de pays allaient participer à celle que ’on n’appeaït pas encore a « premïère guerre mondïae ». Ee aaït faïre 8 mïïons de victimes et porterait en son sein la graine qui, quelques années plus tard, allait germer et décencher a « seconde guerre mondïae ». Cette dernïère feraït pus de 50 mïïons de morts.
« Ils ont tué Jaurès »
I faït chaud à Parïs ce 31 juïet 1914. Rue Montmartre, es Parïsïens déambuent avec cannes et chapeaux de païe ; dans es cafés, es hommes boïvent de a bïère et de’absïnthe maïs e cœur n’y est pas ; es nouvees ne sont pas bonnes ; a presse françaïse a des tïtres aarmïstes : « Aons-nous vers a guerre ? », « Encore ces Aemands ! », « On pare de mobïïsatïon chez es Russes », « L’Autrïche s’apprête à mobïïser » et, queques jours pus tard, « L’Autrïche décare a guerre à a Serbïe », « L’Aemagne sou-tïent ’Autrïche », « Une tranée de poudre des Bakans jusqu’à Parïs »… Au café du Croïssant, es serveurs n’ont nï e temps de réféchïr à a menace nï d’écou-ter les commentaires des clients, ils se faufilent entre les tables avec leurs plateaux en équïïbre. Pour eux, es affaïres marchent bïen, e Croïssant, comme tous es jours vers 21 heures, est plein. – Bonsoïr, monsïeur Jaurès. Le petït homme moustachu et barbu répond à peïne au saut. I est soucïeux et se dirige vers le fond de la salle. Trois tables sont mises bout à bout, et il s’assied lourde-ment sur la banquette dos au rideau que l’on a tiré devant la fenêtre entrouverte pour séparer es consommateurs des gens de a rue. Avec Jaurès, ï y a messïeurs Renaude et Longuet, députés, Weï, député protestataïre au Reïchstag, Landrïeux, Dubreuï, Dumoïs, monsïeur et madame Poïsson. – I faut manger vïte et retourner au journa, on ne peut pas attendre. Longuet ït eDaïy Cïtïzen ouvert sur la table et traduit les dernières nouvelles d’Angeterre. – Que va faïre Asquïth ? – Il fera une déclaration lundi, traduit Longuet.
Jean Jaurès utte contre a venue de a guerre et se bat contre la loi des trois ans de service militaire. La loi est votée en 1913 malgré le rassemblement du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913, où Jaurès faït un dïscours devant 150 000 personnes.
– Lundi seulement, le temps presse pourtant, sou-pïre Jaurès en sortant de ses poches des coupures de journaux et des notes qu’ï étae devant uï, entre les couverts. Déjà, ï n’écoute pus es conversaons de ses amïs. Son arce de demaïn dansL’Humanité, il faut vïte ’écrïre et e transmere au journa. Jaurès saït mieux que quiconque, en ce lieu, sur quelle pou-drière le pays va s’endormir, pourtant il ne peut pas y croïre. A a Chambre, ï vïent d’apprendre que’Aemagne a déjà boucé certaïnes de ses fron-ères. Demaïn, a Hoande et a Suïsse feront de même. Les hommes sont devenus fous. L’Europe est prïse de verges.
« Ça n’est pas possïbe », dit-il pour lui-même. Soudaïn, Bertre, secrétaïre de rédacon deL’Humanitévïent de es rejoïndre, quï remarque une personne debout derrïère e rïdeau, quï a été ré. L’homme est ïmmobïe et regarde vers leurs tables. – Maïs ï n’y a vraïment pas d’autre pace où s’ïnstaer ? s’étonne-t-ï. – Non, répond Renaudel, lorsque nous sommes arrivés, toutes les autres tables étaient déjà occupées. Pendant ce temps, Jaurès contïnue à trïer ses papïers et à prendre des notes. – Voilà Marius, dit-il en levant les yeux. Marïus Vïpe vïent d’entrer dans e restaurant et s’approche de eurs tabes. I apporte les dernières nouvelles. – Ecoutez ce qu’Asquïth a décaré aux Communes :venons d’apprendre, non« Nous de Saïnt-Pétersbourg maïs d’Aemagne que a Russïe a procamé a mobïïsatïon géné-rale de son armée et de sa flotte et, qu’en conséquence, la loi martiale a été procla-mée en Aemagne. Nous croyons savoïr que cecï sïgnïfïe que a mobïïsatïon suïvra en Aemagne sï a mobïïsatïon russe est générae… » – Décïdément, ça ne s’arrange pas. Autour de Jaurès, tout e monde se taït ; ce qu’ïs craïgnent est sur e poïnt de se produire. – Cette foïs, a guerre est ïnévïtabe ! Sauf… peut-être Wïson, s’ï ïntervenaït… es Amérïcaïns pourraïent encore empêcher cea…
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2. « Et l’on n’y croyait pas… »
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– I faut y aer. On se retrouve au journa. Près de eurs tabes, des amïs, journaïstes auBonnet rouge, commentent, eux aussi, es événements. Un peu à part, René Doïe, un amï de Landrïeux, regarde une photo. – Tiens, dit-il, tu as vu ma petite fille. – Montre-a-moï, dït Jaurès en tendant e bras et en se penchant en avant. A ce moment précïs, e rïdeau quï se trouve derrïère uï s’écarte ; un bras armé d’un revover jaïït, ï y a une ueur jaune et un bruït terrïfïant quï écate dans e restau-rant. Un homme agenouillé sur le rebord de la fenêtre demeurée entrouverte fait feu à bout portant par troïs foïs. Dans ’ïnstant quï suït, une sorte de panïque s’empare des témoïns quï se jettent au so dans un fracas de verre brïsé et de tabes renversées.Des crïs couvrent bïentôt e bruït de a bouscuade : – Is ont tué Jaurès ! Le corps atteïnt de deux baes s’affaïsse entement. Renaude, quï a aperçu une sï-houette s’enfuir dans la rue, bondit par-dessus une table, prend une lourde bouteille siphon, rattrape le fuyard et l’assomme. Déjà, a rue se rempït de curïeux, des dïzaïnes d’hommes en canoers répètent a terrible phrase :« Is ont tué Jaurès ! » « Is »? La poïce se saïsït bïentôt du meurtrïer! Quï donc a pu rer sur e député assommé par Renaude tandïs que e corps de a vïcme est aongé sur des tabes. – I faut appeer un médecïn… – C’est faït, ï arrïve ! Pendant tout ce temps, Renaude tente, avec une servïette, d’arrêter e sang quï s’écoule au bas du crâne. – Voïà e médecïn ! Après avoïr ouvert a chemïse de Jaurès, ce dernïer pose son oreïe sur a poïtrïne du malheureux pendant une longue minute. Tous, dans la salle, retiennent leur souffle lorsqu’il se relève : – Monsïeur Jaurès est mort.
L’homme que la police vient d’arrêter s’appelle Raoul Villain. L’enquête révèle bien vite qu’ï est né en 1885 à Reïms où son père est greîer. I étudïaït ’égyptoogïe au Louvre et, après son service militaire en 1910, il s’était installé à Rethel comme régisseur agri-coe. Inluencé par ses amïs de ’assocïaon Asace-Lorraïne, ï racontaït à quï vouaït l’entendre :« I faut une guerre pour reprendre auKaiser les territoires qu’il nous a voés. A mortHerrJaurès ! Ce âche, ce tratre à son pays… A nous, a revanche… »
Le endemaïn de ’assassïnat, Vïvïanï, présïdent du Conseï depuïs juïn, faït apposer sur es murs de a capïtae ’aîche suïvante :« Cïtoyens, un abomïnabe attentat vïent d’être commïs. Monsïeur Jaurès, e grand orateur quï ïustraït a trïbune françaïse, a été âche-ment assassïné. Je me découvre personneement et au nom de mes coègues devant la tombe si tôt ouverte du républicain socialiste qui a lutté pour de si nobles causes et quï, en ces jours dïffïcïes, a, dans ’ïntérêt de a païx, soutenu de son autorïté ’actïon