La Méditerranée

La Méditerranée

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Livres
372 pages

Description

Depuis trois mille ans, la Méditerranée a fasciné les conquérants et tous ceux qui rêvent d'en faire un lac intérieur de paix et de prospérité.
Ulysse, les Romains, Justinien, les chevaliers francs, Saladin, les Vénitiens, Soliman le Magnifique, Barberousse le pirate, Bonaparte et sa folle expédition d'Égypte, l'Europe colonisatrice, Hitler et son plan B, Nasser, les défenseurs de l'Union pour la Méditerranée, tous ont rêvé de s'emparer de la Méditerranée et de la dominer. Sans oublier les migrants qui rêvent de la traverser, les islamistes qui veulent voir triompher leur idéologie, les amoureux de ses rivages, de ses ports et de ses îles.
Aucun n'a pu définitivement la soumettre.

Dans cet essai qui se lit comme un roman, l'auteur nous convie à un périple autour d'une mer éternelle qui, dans un monde de menaces, réveille les désirs et incarne l'espoir.


Jean-Paul Gourévitch, docteur en sciences de l'information et de la communication est consultant international sur l'Afrique, les migrations et l'islamisme radical. Il est l'auteur (inclassable) de nombreux ouvrages très divers : essais, romans, biographies, beaux livres, ouvrages pour la jeunesse et sur la littérature de jeunesse.

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Informations

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Date de parution 04 avril 2018
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EAN13 9782220095257
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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La Méditerranée conquête, puissance, déclin
Une première version de cet ouvrage était parue aux éditions de l’Oeuvre en 2009 sous le titre Le rêve méditerranéen d’Ulysse à Nicolas Sarkozy.
Cette édition est revue et augmentée
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
© 2018, Groupe Elidia Éditions Desclée de Brouwer 10, rue Mercœur - 75011 Paris 9, espace Méditerranée - 66000 Perpignan
www.editionsddb.fr
ISBN : 978-2-220-09194-5 EAN Epub : 9782220095257
Jean-Paul Gourévitch
La Méditerranée conquête, puissance, déclin
AVANT-PROPOS
Itinéraires
Cet ouvrage vous propose un parcours, une croisière dans l’espace et le temps méditerranéen avec des escales auprès de tous ceux qui ont rêvé de faire de la Méditerranée un lac intérieur sur lequel ils exerceraient leur domination. Leurs réussites et leurs échecs permettent de mesurer les obstacles d’une telle entreprise. Nous convions le lecteur à partir à la découverte de ces périodes où ce rêve est devenu ou a failli devenir réalité, dévisage ceux et celles qui l’ont porté, suit les étapes de leurs conquêtes, mesure sur les cartes proposées en tête de chacun des chapitres, l’avancée ultime de leur action. C’est ici un travail d’information qui, en s’appuyant sur les publications et les recherches en cours, souhaite éclairer en les vulgarisant, les motivations des protagonistes à partir des textes qu’ils ont laissés ou des actions qu’ils ont entreprises. Il ne s’agit donc pas de reformuler une histoire de la Méditerranée à la manière des ouvrages de 1 2 Braudel ou de Carpentier-Lebrun , en établissant la chronologie des affrontements qui en ont cadencé les péripéties. Ni de reconstituer une cartographie du monde méditerranéen de l’Antiquité à nos jours 3 comme Chaliand et Rageau . Nous devons beaucoup aux uns et aux autres. Mais au-delà des chroniques et des monographies sur un pays, un peuple, une thématique ou une période, il semble que personne n’ait tenté l’aventure de reconstituer le fil rouge du rêve méditerranéen, celui d’une Méditerranée unie au cœur de la diversité des pays qui la bordent et des peuples qui se pressent autour. Rêver la Méditerranée, c’est faire acte plénipotentiaire, quitter la tutelle des mouillages et des cabotages, défier un horizon de tumultes et de ténèbres, investir un espace de citadelles et de prérogatives. « Immense est le district, plénière la juridiction », écrivait Saint-John Perse. Qu’on veuille aussi voir dans cet ouvrage un devoir de mémoire à l’égard de tous ceux qui ont cru pouvoir soumettre à leurs lois toutes les provinces de cet Empire.
1. Fernand BRAUDEL,Le de Philippe IIa Méditerranée et le monde méditerranéen à l’ époqu , Armand Colin, 9
éditions entre 1940 et 1990. Voir aussi Fernand Bra udel (dir.),La Méditerranée. L’espace et l’ histoire, Flammarion, coll Champs, 1985 etLa Méditerranée. Les hommes et l’ héritage, Flammarion, coll Champs, 1986. 2. Jean CARPENTIER, François Lebrun (dir.),Histoire de la Méditerranée, Seuil, 1998. 3. Gérard CHALIAND, Jean-Pierre RAGEAU,Atlas historique du monde méditerranéen, Payot, 1995.
Coordonnées
CHAPITRE 1
Rêver la Méditerranée
La Méditerranéeeu des terres., comme l’indique l’étymologie, est une mer au mili Mare internum, disaient les Latins. Prolongée par la mer Noire q ui elle-même communique avec la mer d’Azov par le détroit de Ker tch, elle constitue un carrefour où se rencontrent l’Europe, l’Afrique et l’Asie et couvre un espace de trois millions de kilomètres carrés qui s’étend de Gibraltar à Beyrou th sur une longueur de 3 500 kilomètres et même 4 000 kilomètres si l’on prolong e l’axe au bout du Pont-Euxin. Dans sa plus grande largeur, de Venise aux côtes li byennes, elle dépasse les 800 1 kilomètres. Elle abrite aujourd’hui sur ses côtes 2 8 pays différents représentant une population estimée en 2018 à environ 725 millions d ’habitants avec 5 pays qui en abritent à eux seuls plus de 60 % : la Russie, l’Ég ypte, la Turquie, la France et l’Italie.
Plaines, plateaux, montagnes
La Méditerranée est un espace essentiellement bordé de montagnes sur la côte nord et de plaines sur la majorité de la côte sud. Ces deux modes de reliefs expliquent une partie des déplacements et des affro ntements de population dont le littoral a été le témoin : Les plaines côtièresxexposées aux inondations venues de la mer, au  sont eaux de ruissellement qui dévalent des montagnes et créent des marécages. Elles peuvent devenir des foyers de maladie comme la mala ria qui a sévi de très longs siècles avant la découverte de la quinine. Les habi tants ont transformé ces plaines côtières en greniers à céréales, en vergers ou en e aux vives. Ce fut le cas des marais Pontins, de la Camargue, de la plaine de Sal onique, de la Mitidja, de la lagune de Venise ou du delta du Nil. Ces opérations ne sont pas toutes achevées et le delta du Danube apparaît encore comme un monde a mphibie sauvage et inextricable. Dans ces plaines, l’expansion des villes et des por ts s’est accompagnée d’une extension des terres fertilisées alentour, concentr ées entre les mains de grands propriétaires. L’écart entre le niveau de vie des c itadins et celui des ruraux n’a cessé de progresser au cours des siècles jusqu’à ce que l ’urbanisation forcenée ait paupérisé en périphérie urbaine des implantations d ésordonnées d’habitations construites de bric et de broc comme on peut le con stater à Istanbul, Casablanca ou Alexandrie. – Pour échapper aux dangers de la mer, des populati ons se sont implantées à distance sur desplateaux ou des collines d’où elles peuvent observer les mouvements des transports maritimes, se défendre co ntre les pirates et les
invasions à l’abri de leurs forteresses et de leurs pentes escarpées, mettre en sûreté leurs biens et alerter leurs voisins. C’est le cas par exemple au Maroc, en Asie Mineure, en Grèce, en Toscane, en Provence ou en Ca stille. Leurs cultures en terrasses et leurs paysages en espaliers leur ont c onféré une prospérité qu’avive aujourd’hui la redécouverte par les touristes de vi llages pittoresques fortifiés environnés par un espace rural protégé. – Au-dessus c’estla montagne, le royaume des hommes rudes et farouches à la vie libre, mais cadenassée et besogneuse. C’est par excellence le domaine des forêts et des pâturages, de la viande et des fromag es, et parfois aussi de la vigne, des céréales et des châtaigniers. Les maisons y ont longtemps été construites pour abriter côte à côte les habitants et le bétail. La tentation est permanente de retrouver les bienfaits d’une civilisation dont ils se senten t exclus. D’où l’émigration des montagnes vers les plaines. Ainsi, au cours des siè cles, les Albanais se sont répandus sur tout le pourtour de la Méditerranée, v endant leur force guerrière au plus offrant. On les trouvait en Sicile, en Afrique du Nord, dans les îles et surtout e dans l’Empire ottoman dont ils étaient devenus de f idèles serviteurs. Au XXI siècle, la modernité chasse la jeunesse vers les métro-pole s où les opportunités de rencontres, de travail et de plaisirs sont légion. Les stratifications des milieux paysagers ne renden t pas vraiment compte de la diversité méditerranéenne. Les géographes ont longt emps voulu enfermer la richesse des productions dans un bornage végétal : du premier olivier au nord au premier palmier au sud. Cette « réduction climatiqu e » néglige les déplacements saisonniers de population et de bétail qui ont long temps constitué le quotidien des riverains.
Nomades et sédentaires
Les troupeaux montent l’été vers les pâturages d’où ils redescendent l’hiver, en Calabre, en Dalmatie, en Provence… Ces mouvements p rovoquent des frictions entre bergers et paysans, les premiers réclamant le passage, les seconds déplorant les dégradations commises. Quand des déplacements s ont institutionnalisés et encadrés par des États de droit, les litiges se règ lent par la médiation des autorités 2 ou l’acquittement d’une taxe. Dans le cas contraire , les querelles entre nomades et sédentaires dégénèrent en conflits comme en Anatoli e ou dans l’Afrique du Nord, quand la transhumance se conjugue au nomadisme. Cette dernière pratique, en voie de disparition dan s un univers de plus en plus sédentarisé, a façonné pendant des siècles le mode de vie et l’habitat des peuples de l’Est et du Sud de la Méditerranée. Les États on t essayé de la contrecarrer par des concessions de propriétés que les nomades récus ent pour garder leur liberté, trouver de nouvelles terres et ne pas payer d’impôt s. Ils se regroupent en tribus, forcent les barrages que les sédentaires ont instal lés, les chassent de leurs territoires et finissent parfois par se sédentarise r à leur place.
Une mer fermée et parcellisée
Cette Méditerranée est séparée et protégée des océa ns voisins. Le détroit de Gibraltar la ferme du côté de l’océan Atlantique, l e canal de Suez la boucle vers l’océan Indien, le détroit des Dardanelles et le Bo sphore l’étrécissent vers la mer Noire.
La mer n’est pas l’océan. Les Grecs y avaient trans porté jusqu’à ses confins leurs héros, Atlas et Hercule, via Tanger et les co lonnes d’Hercule qui la bornent vers l’Atlantique. En 1922 l’allemand Soergel propo sa d’enfermer la Méditerranée entre deux barrages, l’un à hauteur de Gibraltar, l ’autre qui relierait la Sicile et la Tunisie. Ainsi on transformerait la Méditerranée oc cidentale en réservoir d’énergie électrique, on développerait l’agriculture, on fert iliserait le Sahara, et on relierait le Jutland au cap de Bonne Espérance sans descendre de voiture. Projet sans suites. Faut-il le déplorer ? Le pourtour de la Méditerrané e est une invitation aux échanges internes, aux relations de voisinage, et explique l a multiplicité des ports sur ses côtes. Cette mer n’est pas un espace géographiquement ni g éologiquement homogène. Celui qui la survole éprouve la sensation d’un bleu continu qui reflète la couleur du ciel, ponctué çà et là de taches blanches qui frang ent d’écume ses côtes et ses îlots. Image spécieuse. La profondeur de la Méditerranée e st variable avec des failles qui descendent jusqu’à 5 000 mètres, et propose au rega rd un camaïeu de bleus : bleu cendré, bleu de Prusse, bleu horizon, bleu pastel, bleu cobalt, azur, outremer, turquoise, pervenche, pétrole… Celui qui s’en approche sera fasciné par la diversi té des paysages qui l’entourent : reliefs montagneux des Alpes et des A pennins, collines violettes des Maures et de l’Estérel, déserts gris et ocre de Lib ye et d’Égypte, paysages en découpe d’anses et de criques de la Tunisie et de l a Côte d’Azur, reliefs de la sierra espagnole, du Tell ou de l’Atlas d’Afrique du Nord, plateaux de la Toscane et du Roussillon descendant doucement vers la mer.
1. En comptant Gibraltar et Monaco, mais non la république autonome d’Abkhazie ni la république turque de Chypre peu reconnues par la Communauté internationale. 2. Les nomades sont à différencier des caravaniers qui, pour des raisons commerciales ou religieuses, organisent des voyages épisodiques vers des pays lointains avec une logistique d’escorte et de ravitaillement sans entrer en conflits réguliers avec les résidents des pays traversés.