Les 47 Rônins - Le trésor des loyaux samouraïs

Les 47 Rônins - Le trésor des loyaux samouraïs

-

Livres
128 pages

Description

Histoire fameuse des années glorieuses des samouraïs, adaptée dans notre langue et romancée par George Soulié de Morant, Les 47 rônins est sans doute l’un des récits les plus touchants et les plus riches de sens jamais publiés sur ces guerriers farouches. Les aventures des 47 rônins, en japonais «Chushingura» (Le Trésor des loyaux samouraïs), ne sont pas une légende, mais un «fait divers» qui défraya la chronique au début du XVIIIe siècle, et que l’imagination populaire s’est plu à embellir. Il était alors formellement interdit de dégainer son sabre dans l’enceinte du palais royal, mais Asano Takumi, jeune guerrier aussi brave qu’intransigeant, passa outre pour répondre aux provocations du chef des rites, Kira. Il fut condamné à mort; mais ses vassaux, 47 samouraïs désormais sans maître, jurèrent de venger sa mémoire. Pendant plus d’un an, la conjuration demeura secrète, endurant le mépris pour endormir la méfiance de Kira. Leur abnégation porta ses fruits: ils se vengèrent… mais furent, à leur tour, condamnés à mort.

Ce livre passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’esprit guerrier des samouraïs et à l’histoire de l’Extrême-Orient.

George SOULIÉ DE MORANT, né le 2 décembre 1878, apprit tout petit le chinois. Cette chance particulière devait orienter tout le cours de sa vie et faire de lui un auteur prolifique (son œuvre ne se limita pas seulement à l’acupuncture, qui le rendit célèbre). Toute sa bibliographie tourne autour de la Chine et de l’Extrême-Orient: art, histoire, romans, traductions… mais l’acuponcture (c’est ainsi qu’il l’orthographiait) constitue sans nul doute le plus gros de son œuvre. La première édition de ce livre, sortie sous le titre Le Trésor des loyaux samouraïs, date de 1927.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 11
EAN13 9782846175241
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
A V A N T-P R O P O S
Les aventures des 47 rønins ne sont pas une légende, mais un fait historique que l’imagination populaire s’est plue à embellir. L’Histoire du Japon rapporte les épisodes essentiels de ces tragiques événements et la mort des héros. Les familles montrent les reliques de leurs glorieux ancêtres. Des pèlerins innombrables visitent sans cesse les tombes sacrées, rangées autour du monument funéraire dudaimyø. Ces tombes m’avaient spécialement frappé par le culte exceptionnel qu’elles reçoivent. Elles sont situées près du centre de Tøkyø, à six kilomètres à peine au sud du palais impérial, le long de la grande route du Tøkaidø, « la voie de la mer Orientale », dans le district suburbain de Takainawa. Une fois dépassé le haut portail de l’enceinte, les pierres verdies d’un large escalier montent sous les portiques écarlates destoriijusqu’au temple de Sengakuji auquel est confiée la garde des lieux sacrés. Dans le silence du parc entourant le monastère, la lumière tamisée de la haute futaie jette une dentelle mouvante sur les stèles basses qui se dressent sans ordre, déjà rongées d’un lichen d’or. Et l’ombre douce, depuis deux siècles, est toujours piquetée par les petites flammes dansantes des cierges votifs que les pèlerins renouvellent sans interruption sur les tombes. Là, chaque jour, les pieux promeneurs en kimonos fleuris, accompagnés de leurs familles vêtues d’étoffes aux vives couleurs, vont d’un monument à l’autre, évoquant entre eux ou racontant à leurs enfants les exploits et la vertu de chacun des rønins et se grisant d’héroïsme, cet héroïsme japonais, «yamato damashi», plus enthousiasmant que la liqueur la plus forte.
11
L E S4 7R O N I N S L O Y A U X D E S T R É S O R L E S A M O U R A I S
Ainsi les morts héroïques, pareils sur leur colline à quelque volcan toujours en flammes, entretiennent parmi la nation, le feu étincelant de l’honneur, lebushidø, « la Voie du samouraï », qui brûle au cœur de tout Japonais et grâce auquel l’Empire du Soleil levant, seul en ceci dans l’histoire, doit de n’avoir jamais été envahi ni vaincu et de triompher aussi bien dans les arts de la paix que dans ceux de la guerre, dans la vie familiale que dans les relations internationales. Pour qu’un peuple forgé de tels sentiments adresse un culte spécial aux 47 samouraïs, il faut que ces héros, dans leur loyauté, se soient montrés d’une bravoure exceptionnelle. Il convient de signaler ici que l’héroïsme japonais n’existe pas beaucoup plus dans la vie militaire par les combats et la victoire par violence sur autrui, que dans la vie civile par l’accomplissement de son devoir et par la victoire sur soi-même. Lebushidøest une règle de hauteur morale qui s’adresse aux femmes et aux enfants autant qu’aux hommes. En sorte que si l’aventure des rønins est célèbre, c’est bien parce que chacun d’eux s’est conduit noblement mais c’est aussi parce que tous ceux qui les secondèrent ont déployé les vertus les plus nobles et les plus hautes dont l’humanité puisse s’honorer. Le maréchal Nogi, le grand vainqueur de la Russie, s’est suicidé en 1912 à la mort de l’empereur Meiji Tennø, en évoquant dans son testament la loyauté des rønins et en répétant leur dicton :Un samouraï ne sert pas deux maîtres. L’histoire des 47 forme un bouquet choisi de toutes les fleurs d’héroïsme que porte avec tant de fécondité cette terre de braves. Chaque épisode est une illustration d’une règle du bushidø. Mères, épouses, enfants, époux et parents y montrent comment, en face du devoir essentiel de l’heure, les devoirs secondaires et les sentiments les plus profonds doivent courageusement céder afin que l’œuvre s’accomplisse et que l’injustice soit chassée de la terre. L’âme japonaise s’épanouit là dans son idéal le plus élevé. Les grands traits de l’histoire des rønins se trouvent mentionnés dans tous les livres d’histoire. Mais la vie particulière de chacun des braves, depuis l’année où la dispersion de leur clan fit d’eux desrønin(prononciation japonaise des deux caractères chinois «, Lang »etJen »« , , qui signifient « hommes sur les vagues »), est connue surtout par des mémoires, des récits de
12
L E S4 7R O N I N S L E
T R É S O R D E S L O Y A U X S A M O U R A I S
contemporains, des traditions familiales où la vérité stricte n’est cependant pas toujours sauvegardée. Les motifs des actions donnent lieu à bien des suppositions. Les événements secondaires, ceux que l’histoire n’a pas fixés, ne sont pas toujours racontés de la même manière. Dans «Chºshingura, », recueil important, l’on donne jusqu’à treize versions des mêmes scènes. Les noms mêmes sont parfois intervertis. Dans les innombrables romans ou pièces de théâtre sur ce sujet, tantôt c’est l’un, tantôt c’est l’autre des héros qui occupe le premier plan. C’est que chacun de ces récits est basé sur des documents différents. Les traditions de chaque famille n’étaient pas les mêmes. La légende et l’imagination populaire embellissaient et changeaient bien des détails. Dès lors, l’intérêt de cette légende historique consiste surtout, en dehors des faits certains qu’elle contient, en l’image même que l’enthousiasme japonais s’est créé de chaque personnage. Composant pour ainsi dire un bouquet d’héroïsme, j’ai choisi, dans les publications les plus célèbres, les épisodes le plus souvent répétés, ceux qui, par conséquent, étaient les plus chers aux cœurs nippons. Quelques-uns sont traduits presque littéralement, sans aucune suppression, en particulier le suicide de la mère de Hara Mototochi, tiré du «Iroha Bunko» (chapitres 81 et 82). D’autres épisodes sont au contraire adaptés, ces différents textes originaux étant trop diffus ou trop concis et demandant une refonte de plusieurs versions. Nous avons été aidés dans cette tâche difficile par M. Bourgois, consul de France, auteur de nombreux travaux sur la langue japonaise, et par M. R. Martinie, ancien attaché naval à Tøkyø, qui nous a prêté obligeamment les ouvrages dont nous nous sommes servis.
13
George Soulié de Morant
A SENTENCEcondamnant les héroïques samouraïs à se queL les offrandes rituelles fussent régulièrement faites aux donner la mort, le 4 février 1702, ordonnait au plus jeune, Terasaka Kichiemon, de demeurer en vie afin esprits des nobles condamnés. Seul, l’un des braves était assez héroïque pour que ses offrandes fussent agréables à ses compagnons. Et le plus jeune avait été choisi, puisqu’il devait normalement vivre le plus longtemps. En fait, Terasaka Kichiemon, qui avait seize ans en 1702, mourut à l’âge de quatre-vingt-un ans, l’année 1767. La gloire quasi divine qui l’entoura jusqu’à son dernier jour lui attira les hommages de nombreux et fervents admirateurs dont les mémoires, ou simplement les souvenirs, ont été utilisés par la plupart des historiens. Mais, pour précieux que soient ces mémoires, ils parlent tous presque uniquement du héros survivant, car bien rares étaient les visiteurs auxquels Terasaka daignait parler de son passé. Le héros, pourtant, admit comme confident un jeune marchand de soieries du quartier de Chiba, à Edo, nommé Odagiri Kanesada. Et ce dernier, se rendant heureusement compte de la faveur insigne dont il était l’objet, notait avec soin tous les enseignements de celui qu’il considérait comme une divinité.
Comme il l’écrit lui-même : «Rien ne saurait égaler, pour convaincre, ce que les yeux voient et ce que les oreill es entendent. C’est pourquoi, chaque jour, je notais avec piété les récits que mes oreilles entendaient, afin que mon témoignage demeurât quand ma voix défaillante serait pour touj ours éteinte.»
Ce jeune marchand, de nature exaltée, achevait ses études vers le temps où Terasaka Kichiemon s’inclinait vers la tombe. L’univers retentissait encore de la gloire récente des 47 rønins.
15
L E S4 7D E S T R É S O R L E R O N I N S S A M O U R A I SL O Y A U X
Tous les jeunes gens rêvaient d’égaler les héros par quelque trait magnifique de dévouement et de courage. Mais les seuls sacrifices qu’ils pussent faire étaient ceux, d’ailleurs fort difficiles, qu’exigent la vie de famille et les relations sociales. En un cinquième jour de la première lune, date anniversaire de la mort des braves, il résolut d’assister à la cérémonie annuelle. Son manuscrit dépeint en quelques mots le mouvement du Tøkaidø à cette époque et les caravanes couvertes de poussière arrivant de villes lointaines ; les voyageurs quittant la capitale, chargés de bagages, chantant gaiement dans la fraîcheur ensoleillée de la claire matinée hivernale. Comme les pèlerins modernes, il quitta le Tøkaidø au village de Takainawa et suivit le sentier montant sous les grands pins parfumés jusqu’auxtoriiécarlates et à l’enceinte grise du monastère. Une foule respectueuse était rangée autour des tombes piquetées d’innombrables cierges allumés. Le jeune marchand décrit avec beaucoup de vérité le trouble dans lequel le jetèrent le silence attentif des spectateurs, l’ombre froide des pins, les lueurs oscillantes des cierges, l’âme peut-être attentive des morts. Quand il vit le héros lui-même revêtu de son armure bosselée, appuyé sur sa courte lance, suivi de tous les religieux en robes de cérémonie, il courut se prosterner devant lui, le suppliant de l’autoriser à offrir sa vie, ce jour-là, sur les tombes sacrées pour le plus grand honneur des morts et la plus grande gloire de sa famille. D’après le récit d’Odagiri, il semble bien que le vieux guerrier fut assez ému par cet enthousiasme sincère. Il répondit néanmoins qu’un tel sacrifice ne pouvait s’accomplir valablement dans l’enthousiasme d’un instant ; une sérieuse et longue préparation était nécessaire. La cérémonie terminée, le jeune homme, introduit dans la cellule de Terasaka, fut questionné longuement par le vieillard « aux yeux de flamme dans une face d’ivoire ». Odagiri plut sans doute, car il fit dès lors de nombreuses visites au monastère, écoutant avec ferveur les anecdotes que le héros lui racontait sur ses compagnons, afin d’illustrer son enseignement de l’inflexible honneur, leyamato damashi,qui forme l’armature de l’âme nipponne.
16
L E S4 7R O N I N S
L E T R É S O R D E S L O Y A U X S A M O U R A I S
Pour ne rien oublier de ces précieuses paroles, Odagiri notait donc chaque jour les récits qu’il entendait. C’est ainsi que, bientôt, il eut rempli un épais cahier jusqu’à la dernière page. Alors, il pria le héros d’apposer sa signature sur le livre afin qu’aucun doute ne pût s’élever sur l’authenticité des écrits. Il semble que la lecture de ce manuscrit troubla profondément Terasaka et hâta peut-être sa fin, car Odagiri rapporte que, dès les premières pages, des larmes roulèrent sur le visage du guerrier ; d’amers soupirs gonflèrent sa poitrine. Le jeune marchand, intimidé, se retira discrètement. Le lendemain, quand il se présenta au monastère, le héros était mort. Le chef des religieux rendit au jeune homme son manuscrit dont la première page portait l’inscription suivante : «Moi, Terasaka Kichiemon, samouraï d’Enya, ayant reçu du Haut Seigneur l’ordre de vivre après que tous les autr es vengeurs d’Enya se furent donné la mort, j’ai maintenant atteint au dernier déclin de la vieillesse. Tous les événements admirables qui étaient en ma mémoire allaient périr avec moi. Ils ont été transcrits par un homme loyal qui, dans son ardeur, a voulu les faire connaître à l’univers. Ce sont mes paroles mêmes que son pinceau a fixées pour jamais. Quand les yeux qui ont vu et les oreilles qui ont entendu ne seront plus, son œuvre demeurera pour honorer notredaimyø défunt et les braves qui l’ont vengé. Les cœurs nobles, célébrant nos actions de génération en génération, réchaufferont nos esprits glacés. La loyauté, l’énergie, la droiture fleuriront dans toutes les âmes du Japon ! Écrit le vingtième jour de la douzième lune pour le pieux et honorable Odagiri Kanesada. Terasaka Kichiemon» Odagiri ayant noté les récits de Terasaka tels qu’il les entendait, c’est la voix même du héros qui, de son propre témoignage, demeure ainsi éternellement vibrante par-delà le tombeau, en dépit des siècles. C’est sa bouche même qui redit «ce que ses yeux ont vu, ce que ses oreilles ont entendu». Écoutons avec respect son enseignement.
17