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Lettres, maximes et autres textes

De
210 pages
Épicure est le philosophe du plaisir : il proclame, contre les parangons de vertu, que le plaisir est à la fois le but de toutes nos activités et le critère auquel nous reconnaissons qu’elles sont bonnes. Pour nous en convaincre, il fallait qu’il soit un théoricien du juste calcul des plaisirs et des peines, et un penseur de l’amitié, condition de la félicité. Mais aussi un philosophe de la nature – parce qu’il n’y a pas de sérénité possible pour qui vit dans l’ignorance des causes, dans l’angoisse de la mort et dans la crainte superstitieuse des châtiments divins. Il nous enseigne ainsi que la philosophie est un tout, que l’éthique se fonde sur une véritable science du bonheur, et que le savoir lui-même, s’il ne nous rendait pas plus heureux, ne servirait à rien…
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Épicure
Lettres, maximes et autres textes
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© Flammarion, Paris, 2011 ISBN Epub : 9782081405301
ISBN PDF Web : 9782081405318
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081232082
Ouvrage numérisé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentationde l'éditeur Épicure est le philosophedu plaisir: il proclame, contre les parangonsde vertu, que le plaisirest à la fois le butde toutes nos activités et le critère auquel nousreconnaissons quelles sont bonnes. Pournous en convaincre, il fallait quil soit un théoriciendu juste calculdes plaisirs etdes peines, et un penseurde lamitié, conditionde la félicité.Mais aussi un philosophede la nature parce quil ny a pasde sérénité possible pour qui vitdans lignorancedes causes,dans langoissede la mort etdans la crainte superstitieusedes châtimentsdivins. Il nous enseigne ainsi que la philosophie est un tout, que léthique se fonde surune véritable sciencedu bonheur, et que le savoirlui-même, sil ne nousrendait pas plus heureux, ne servirait àrien. Ce volume contient : Lettre à Hérodote, Lettre à Pythoclès, Lettre àMénécée,Maximes capitales, Sentences vaticanes, Fragmentsdivers
Lettres, maximes et autres textes
CErc DK
DRN
Fin.
LISTE DES ABRÉVIATIONS
Cronache Ercolanesi.
H. Diels, W. Kranz,Die Fragmente der Vorsokratiker, rééd. Berlin, 1956.
Lucrèce,De rerum natura(De la nature, trad. José Kany-Turpin, GF-Flammarion, 1998).
Cicéron,De finibus bonorum et malorum(Des termes extrêmes des biens et des maux).
Hrdt. Épicure,Lettre à Hérodote. Long- A. Long, D. Sedley,The Hellenistic Philosophers, Cambridge, 1987 (Les Philosophes Sedleyhellénistiques, trad. Jacques Brunschwig et Pierre Pellegrin, GF-Flammarion, 2001). MCÉpicure,Maximes capitales.
Mén. Épicure,Lettre à Ménécée. Pyth. Épicure,Lettre à Pythoclès. PHerc.Papyrus d'Herculanum. SVÉpicure,Sentences vaticanes. Us. H. Usener,Epicurea, Leipzig, 1887. ViesDiogène Laërce,Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.
INTRODUCTION Une philosophiede l'esquisse
Concernant Épicure, comme pourbeaucoupde philosophesde l'Antiquité,on pourraitdésespérer de l'histoire : il est l'auteurd'uneœuvre considérable, mais elle tient aujourd'hui en quelques pages. Qu'elle ait été monumentale, nous le savons grâce à notre principale source antique, Diogène Laërce. Celui-ci mentionne quarante et un titresd'Épicure et précise qu'il ne signale que ses meilleurs 1 ouvrages . Parmi ceux-ci, le traitéSurla nature(Peri phuseôs) comptait trente-sept livres etdevait être, à tous égards, le plus important. Or,de cetouvrage, il nereste que quelquesrares fragments, et la plupartdes autres traités ne nous sont connus que par les brèves citations qu'endonnent les témoins antiques. Les textes qui sont aujourd'hui les plus consistants sont précisément ceux que transmet Diogène, au IIIe sièclede notre ère, soit prèsde six cents ans après Épicure (341-270 av. J.-C.). Ce sont trois lettres et une collectionde quarante maximes :Lettre à Hérodote, Lettre à Pythoclès,Lettre àMénécée,Maximes capitales. On y ajoute traditionnellement un autrerecueilde maximes, lesSentences vaticanes, qui ne figurent pasdans le traitéde Diogène et quiont été éditées pourla première fois au XIXe siècle. Le tourdes maximes est généralement celuide l'aphorisme et lesLettressontdes abrégés,desrésumés limités auxdonnées élémentaires, qui ne font qu'esquisser 2 ladoctrine. Le testamentd'Épicure, que Diogènerestitue également , n'apporte guère à la connaissancede sa philosophie. Ainsi, nous n'en possédons plus quedes « miettes » et celles-ci ne contiennent querarement ledétailde ladoctrine. Diogène Laërce, cependant, proded'une manière très instructive.En premier lieu, ilréserve à Épicure un traitement particulier: il lui consacre ledixième etdernierlivredesVieset présente les maximes épicuriennes qu'il cite pour finir comme la couronnede tout l'ensemble. Surtout, il fait pour lui ce qu'il n'a pas faitdans les livres précédents, enreproduisant les écrits qu'il choisitde mettre en exergue.Est-ce le signed'uneodiencediscrète à l'épicurismeou une simple marque d'admiration intellectuelle ? C'est en tout cas une mesure singulière : alors que pour exposer les doctrinesdes autres philosophes, Diogènedoit lui-mêmerésumer, paraphraser, extraire, compiler, il ne se contente plus icide ces prodés. Il trouvedans lecorpusdesœuvresd'Épicuredes abrégés en quelque sorte « tout faits » et, qui plus est, complets : « trois lettresde lui,dans lesquellesprécise-3 t-iltoute sa philosophie est présentée sous forme abrégée ». Sansdoute Diogène a-t-il tendance, parendroits, à lisser, voire àdéformerla philosophied'Épicure. Il applique parexemple auMaîtredu 4 Jardin une tripartitionde la philosophie quidoit probablement plus à l'ambiance généralede la 5 riode hellénistique , et notamment à la conception stoïciennedes partiesde la philosophie, qu'aux intentionsd'Épicure lui-même. Il n'endemeure pas moins que Diogènerestitue ce qu'il est ritablement fondamentalde savoir. Les textes qu'il produit ne se contentent pasdedire en bref ce qu'il serait fastidieuxde présenterdans ledétail : la formede l'abrégé, le choixd'une exposition résolument schématiquede ladoctrine traduisent un aspect essentielde la penséed'Épicure. Les Lettresrévèlent en fait une authentique philosophiede l'esquisse. 6 Ledébutde laLettre à Hérodoteest à ce sujet particulièrement significatif . Il annonce un abrégé (epito) qui conviendra tout aussi bien auxdébutants en matièrede physique atomiste qu'à ceux qui nedisposent pasdu temps nécessaire pour en étudier ledétail,ou qui, à l'inverse, sontdéjà familiersde cette science. On suppose,de fait, que les lettresd'Épicure ne s'adressent pas seulement audestinataire individuel quidonne son titre à chacune, mais aussi à un groupe, notamment une communautéd'amis, acquis à la philosophiedu Jardin,ou en passede l'être. Il s'agitdans tous les cas 7 de présenterthèses essentielles, les « les données élémentaires »de la théorie, sesrudimentsou élémentsde base par exemple que les composants ultimesde toutes choses sontdes corps indivisibles, les atomes. Cette présentation forme un corpsdoctrinal susceptibled'être immédiatementreconstitué grâce à unrapide effortde mémorisation. L'objet proprede laLettre à rodoteestde construire un condenséde physique,de figurerune imagedensifiéede l'élémentaire. C'estdonc un abrégé, mais celui-ci n'est pas livré pardéfaut, comme le substitut imparfaitd'un
propos plusdéveloppé. Il estdestiné à exprimerpa l'ensemble remp une reinteou schéma (tupos) intellectuellement efficace. Seule en effet l'appréhensiond'un tel schéma permettra au lecteurde parcourirrapidement et continûment l'essentielde laphusiologia, la philosophie naturelle, passant aisémentdes principes les plus généraux audétailde la physique et inversement. Il estremarquable qu'Épicure parle icid'untupos : à la fois schéma, empreinte et esquisse, c'est unereprésentation matérielle qui porte les traits essentielsde l'ensemble. Cela signifie principalementdeux choses.En premierlieu, l'usagede ce terme suggère que la présentation même de ladoctrine est analogue aux empreintes qui émanentdesobjets visibles par l'interdiaire 8 d'effluvesoude simulacres , et analogue également aux images mentales,dérivéesde la sensation, 9 qui forment spontanément les notionsou préconceptions générales que nous avonsdes choses . Dans tous ces cas, en effet, Épicuredésigne la structure en question parte le rmetupos.En second lieu, et parvoiede conséquence, parce qu'ildésigne un état matériel, ce terme indique très clairement que la pensée elle-même est matérielle, que les états mentaux parn lesquels ous appréhendons les objetsde pensée ne sont pasd'une naturedifférentede celle qui compose les corps en général.Tout comme l'onditdans le françaisd'aujourd'hui que l'on « s'imprègne »d'une penséeoud'unedoctrine, ondoit entendre en son sens le plus littéral et le plus concret l'exhortation initiale às'imprégnerdes élémentsde la philosophie épicurienne. Ainsi, pourdéfinirjustifie et rp sa ratiquede l'abrégé, Épicure emploie une expression qui s'applique à la physiologiedesorations mentales. Il nous apprend parmême que le gen là rede l'abrégé permetde produire une véritable image mentalede ladoctrine, un schème intérioriséde ce que nousdevons avoircesse p sans résent à l'esprit à proposde la nature etdes conditionsdu bonheur. Ondoitdonc concevoirch ce oixd'écriture, non pas simplement comme une commodité, mais comme une véritabledécision méthodologique et philosophique en accordavec la nature même de la pensée. Cettedécision a trois aspects : une fonctiondidactique, qui se justifiede la manière la plus claire par l'apprentissagedes principesde la physique exposée par laLettre à Hérodote ; une fonction épistémique et critique,dans la mesureoù elle permetderapporter nosdifférents jugements à une connaissance sûredes principes élémentaires ; enfin une fonction éthique et par conséquent thérapeutique notre tâche la plus urgente est le « soin »de notre âme, qui est à l'œuvrede manière exemplairedans laLettre àMénécée. À chaque fois, c'est au plus simple, à l'élémentaire qu'il s'agitderevenir: aux élémentsrespectifsde la nature,du savoiretdu bonheur.
Les élémentsde la nature
LaLettre à Hérodotea pourobjet principal les principes les plus générauxde la physique. Après le préambule que l'on vientd'évoquer, ces principes sontdéfinisdans les paragraphes 38 à 45, puis sont appliqués à l'explicationde la formationdes sensations (§§ 46-53), à ladéfinitiondes propriétésdes atomes, composants élémentaires et ultimesde toutes choses (§§ 54-62), à l'âme (§§ 63-68), aux propriétésdes composés et à la conceptiondu temps (§§ 68-73), à l'organisation généraledes mondes et aux phénomènes célestes (§§ 73-77). LaLettres'achève par uneréflexion générale sur l'utilitéde la sciencede la nature (§§ 78-83),d'où ilressort que la connaissancedensifiéede l'élémentaire, concernant la nature,œuvredirectement à notre ataraxieou absencede trouble. LaLettre à Pythoclès(§§ 84-116), bien qu'elle examine plus précisément les phénomènes célestes et atmosphériques,relève elle ausside la méthodede l'abrégé, se présentant comme un expo10 ramassé et une vued'ensembledes questions concernées . Après un exposé général surla genèse et l'organisationdes mondes (§§ 84-90), elle étudie la constitution et les mouvementsdes astres (§§ 91-98), les phénomènes atmosphériques et géologiques (§§ 98-111), certains phénomènes astraux particuliers (§§ 111-115).Elle s'achève parune mise en garde contre ladivination et parun appel aux explicationsrationnellesdes phénomènes en question, paropposition aux fausses croyances héritéesdes mythes (§§ 115-116). La méthode employéedans laLettre à Pythoclès selondesrègles que son auteurrappelle à plusieursreprisesune a double caractéristique. D'une part, elle consiste àrecueillir toutes les hypothèses envisageables à proposd'un même phénomène et àrefuser l'explication unique lorsque
aucune explication ne s'impose absolument. C'est la méthodeditedes « explications multiples »ou de la « pluralitédes causes ». D'autre part, elle exigede toute hypothèse concernant les phénomènes éloignésoudifficilement perceptibles qu'elle soit en accord avec les phénomènes évidents qui leur sont semblables en quelque point, et qu'elle soit toujours compatible avec les choses apparentes qui sont prochesde nous. C'est une application typiquede la méthode épicurienned'inférence, sur laquelle nousreviendrons. La sectionde laLettre à Hérodoteconsacrée à la formulationdes principes généraux (§§ 38-45) est sansdoute celle quirévèle le mieux la fonctiondidactiqueou pédagogiquede l'abrégé.Elle permetdedégagerun schémad'ensemble qui peut sedécomposeren six propositions fondamentales : 1. Rien ne vientdu non-être etrien nedisparaîtdans le non-être (§§ 38-39) ; 2. Le tout est compode corps etde vide, qui sont les seules natures complètesou les seuls êtres existant parsoi (§§ 39-40) ; 3. Parmi les corps, les uns sontdes composés ; les autresles atomes, ceuxdont les composés sont faits (§§ 40-41) ; 4. Le tout est illimité,ou infini, en quantité pourc les orps, et en grandeur pourvi le de (§§ 41-42) ; 5. La quantitédesdifférentes formesd'atomes est inconcevable (§§ 42-43) ; 6. Les atomes se meuvent continûment et éternellement,du faitde l'existencedu vide (§§ 43-44). Les autres propositions sontdesdéveloppements complémentairesdestinés à expliciterces thèses fondamentales. Cesdernières sont en quelque sorte les « têtesde chapitre »de ladoctrine physique, comme le montre, prise à la lettre, la formule conclusivede la finde laLettre : « Voilà pour toi, 11 rodote, les énopncés capitaux ortant surnatu la redans sa totalité, présentés sous une forme 12 abrégée pourque cediscours puisse êtreretenu avec la précision voulue . » Rappelons l'essentielde la théorie. Héritierde l'atomismede Démocrited'Abdère, qui vécut entre 460 et 360, Épicure soutient que la totalitéde ce qui existe est composéede corps etde vide et que les corps sont soitdes corpuscules insécables, soitdes composésde corpuscules insécables. L'adjectif grecatomossignifie en effet « insécable », ce qui ne peut pas être coupé. On parleradonc 13 14 de « corps » (sômata) insécablesoude « natures » (phuseis) insécables . Lorsqu'il est substantivé,ou lorsque le substantif est sous-entendu, il estd'usagederendre le mot par« l'atome », « les atomes ». Cette thèse est le véritable cœurde ladoctrine, qui se caractérisedonc, sur le plan physique, comme un « atomisme ». Ces atomes sont en nombre infini et les formesd'atomes sont en nombre non pas strictement infini, mais indéfini.End'autres termes, pourchaque forme atomiqueparexemple une sphère, un côneou une pyramidedéterminés, il y a un nombre infinid'atomes, tandis que le nombredes formes est non pas infini, mais seulement inconcevable. De même, il y a une très grande variétéde grandeurs parmi les atomes, mais pas une stricte infinité, puisque les atomes sont imperceptibles. Or supposerune stricte infinitéde grandeurs nousobligerait à admettre l'existenced'atomes perceptibles 15 et mêmed'un volume considérable. Leurva taille riedoncdans les limitesde l'infra-perceptible . Ils sont sans cesse en mouvementdans le vide, lui-même illimité, et qui ne leuroppose, par définition, aucunerésistance. Ils se meuventdonc en tous sens et à vitesse égale, n'étantralentisdans leur progression que par les chocs avec les autres atomesou par leur insertiondansdes agrégats 16 corporels . Ils engendrent spontanément une infinitéde mondes,dont chacun est voué à destruction. Les atomes sont physiquement indivisibles, mais comportent ce que l'on pourrait compareràdes « parties », maisdes parties non séparables les unesdes autres et qui équivalent àdes 17 unitésde mesurChaque ate . ome est en effet compod'unités égales,des parties minimesou, plus exactement,des « limites » ultimesde grandeur, sans existence indépendante. Les atomes sont 18 par ailleursdépourvusde qualités perNceptibles . ous n'en avons pasde perceptiondirecte ; ils fontdonc partiedesréalités cachéesou non manifestes (ta adêla), à proposdesquelles nous faisons des inférences en nousréférant aux phénomènes apparents. Lorsque l'on parled'« atomisme », concernant la physique épicurienne, il convient cependantde ne
pas perdrede vuedeux points cruciaux :d'une part, il n'y a pasquedes atomesdans la nature et, d'autre part, la thèse atomiste n'est pas seulement une théoriede la composition matérielle, mais encore une théoriede la générationdes corps, qu'il s'agissedes corps composés, comme les êtres vivants,oudes mondes. Le premierpoint transparaîtdès le paragraphe 40de laLettre à Hérodote: « parmi les corps, les uns sontdes composés (sunkriseis) et les autres ceuxdont les composés sont faits. Orsec ces onds corps sont insécables (atoma) et immuables ». Le fondateurdu Jardin parled'abordde « corps », et il inclutdans ce même ensemble non seulement les atomes, mais aussi les composés : les atomes ne sont pas les seuls corps naturels, même si tous les corps sont composésd'atomes. Ainsi, pour Épicure, les atomes sont les principes (archai), au sensoù ilsont pourla natu effet re mêmedes 19 autres corps : « les principes sont nécessairementdes natures insécablesdes corC'estps ». donc enrelation avec les composés que les atomes sont qualifiésde « principes ». De même, lorsque Lucrèce, au Iersiècle avant notre ère,reprendcette thèse, au chant Idu traitéDe la naturedes choses (Dererum natura), ildésigne les atomes pardiverses expressions, comme « les principes » 20 (principia), mais aussi « les éléments premiersdes choses » (primordiarerum) , les « corps premiers » (corpora prima), les « semencesdes choses » (seminarerum)ou leurs « principes géniteurs » (genitaliarerum). Leur somme constitue une « matière génératrice » (genitalis materies).Toutes ces expressionsdésignent les atomes, mais elles font aussiréférence, et celade manière immédiate, aux composés engendrés à partirdes atomes : ces principes que sont les atomes sont toujoursprincipesde. La progression argumentativede laLettre à Hérodoteest à cet égardtout à fait significative : Épicure parledes « corps » avantde parlerdes « atomes », et, commeon l'a vu, il englobe les seconds sous les premiers. Il n'y adonc pasde solutionde continuité entre le mouvement et les propriétésdes atomesd'une part et la constitutiondes composésd'autre part. Épicure institue plutôt unedistinction fonctionnelle entre composants et composés à l'intérieur d'un ensemble commun, l'ensemble « corps ». De ce pointde vue, la catégorie fondamentalede la physique épicurienne est cellede corps, plutôt que celled'atome. L'atomisme épicurien estdonc certes un « atomisme », mais plus largement un « corporalisme » : tout est corporeldans la nature y compris, parexemple, l'âme, à l'exceptiondu vide. Le secondpoint que l'on veut ici soulignerest naturellement lié au premier: parce que la physique est une théorie généraledes corps etde leurs mouvements, elle inclut l'explicationde lagénération des agrégats, qu'il s'agissedes composésde notre mondeou biendes mondesdans leurentier. Cette idée trouve une application naturelle, au paragraphe 45de laLettre à Hérodote, avec l'explicationde la formationdes mondes. Ce texte, particulièrement instructif, mérited'être cité : les mondes sont illimités en nombre, les uns semblables au nôtre, les autresdissemblables. Les atomes, en effet, étant illimités en nombre, comme cela vientd'êtredémontré, ils sont transportés même jusqu'aux lieux les plus éloignés. Carde tels atomes, à partirdesquels peut naître un mondeou sous l'effetdesquels un monde peut être produit, n'ont été épuisés ni par un seul monde, ni par un nombre limitéde mondes, ni parceux qui sont semblables au nôtre, ni non plus parceux quidiffèrent de cesderniers. Parconséquent, il n'y arien qui fasseobstacle à l'infinitédes mondes. On constate qu'une foisde plus, Épicure commence par énoncer la thèse,de la façon la plus concise, telle qu'elledevra êtreretenue : « les mondes sont illimités en nombre, les uns semblables au nôtre, les autresdissemblables ». La suitedonne l'argument, c'est-à-dire undegré supplémentaire dans l'approfondissementde ladoctrine physique. On peut ne pas s'y arrêter et passer à la thèse suivante, l'essentiel étantd'avoirretenu les propositions élémentaires. Si l'on s'arrête à l'argument,on constate qu'ildécoulede ce qui vientd'être énoncé, à savoirque les atomes sont en nombre illimité. Il n'y adonc pasderaison consistante pourn'y ait qu'un n qu'il ombre limitéoudéfinide mondes. L'atomisme épicurien montre ainsi sa fécondité et son économie : une fois posée l'infinitédes atomes le n et ombre inconcevablement grandde leursdifférencesde formes,onobtient, endroit, la raisond'êtredes mondes, en nombre indéfini. On pourraitobjectercependant qu'un tel argument est purement abstrait, qu'ilrelèved'une logique assez grossièrede l'infinité numérique, et qu'il ne nécessite pas une physique à proprement parler, c'est-à-dire une théoriedes propriétésdes corps etdes changements qui les concernent. Le texte cité contient cependant une indication supplémentaire. Il parledes atomes « à partirdesquels (ex hôn) peut naître un mondeou sous l'effetdesquels (huph'hôn) un monde peut être produit ». Ainsi, la