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Parménide

De
352 pages
De tous les dialogues de Platon, le Parménide demeure le plus controversé. Œuvre fascinante dont les néoplatoniciens ont fait leur laboratoire ; œuvre déroutante dans laquelle on a pu voir un simple exercice logique… La nouvelle traduction proposée ici ne pouvait faire l’économie d’une lecture neuve. Où l’on verra que Platon, afin d’éprouver l’hypothèse de l’existence d’un monde intelligible dont participerait le monde sensible où nous évoluons, ne néglige pas l’histoire de la philosophie : à Parménide comme à Zénon, interlocuteurs méthodiques, il emprunte des éléments qui, parce qu’ils organisent chez eux une cosmologie, nourriront chez lui le terreau d’une métaphysique.
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Platon
Parménide
GF Flammarion
3e édition, revue, 2011. © 1994, Flammarion, Paris.
ISBN Epub : 9782081411142
ISBN PDF Web : 9782081411159
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081261334
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentationdel'éditeur DetouslesdialoguesdePlaton, leParménidedemeurelepluscontroversé.Œuvrefascinantedont lesoplatoniciensont fait leurlaboratoire;œuvredéroutantedanslaquelleonapuvoirunsimple exercice logique… La nouvelle traduction proposéen ici e pouvait faire l’économiedune lecture neuve. Où l’on verraquePlaton,afind’éprouverl’hypothèsedel’existencedun mondeintelligible dont participerait lemondesensibleoù nousévoluons, nenégligepasl’histoiredelaphilosophie: à Parménidecommeà Zénon, interlocuteursméthodiques, ilempruntedesélémentsqui, parcequ’ils organisent chezeuxunecosmologie, nourriront chez lui leterreaudunemétaphysique.
Parménide
À Vianney Décarie.
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier Bernard Besnier qui a lu l'Int roduction et m'a fait de très utiles remarques critiques. Je remercie ma fille, Anne Bri sson, qui a lu et corrigé l'ensemble du manuscrit. Je dédie ce livre à Vianney Décarie qui a signé ave c moi un article sur le Parménide, et qui, depuis plus de vingt ans, m'encourage à men er à bien ce projet de traduction et de commentaire d'un dialogue platonicien particuliè rement énigmatique. Je remercie Michel Christiansen qui m'a aidé à corriger la première édition.
INTRODUCTION
1 Parmi tous lesdialoguesde Platon, leParménideresteleplusfascinantet lepluscontroversé . Cettedouble caractéristiqueremonte très loindans le passé,etserattache à l'éclosiondu Néo-2 Platonisme qui, commedialoguederéférence,remplaça leTimée par leParménide, lequeldevint decefait lelaboratoireoùs'élaboraunenouvelleinterprétationdePlaton. La lectureduParménide ici proposéeromptavec cette interprétation grandiose qui voitdans la seconde partieduParménideunedescriptiondesdegrésde l'être qui,assimilés àdesdivinités, prodentdel'Un. Paradoxalement, cerefusrésulted'uneétudeprolongéeetassiduedeProclusetde Damascius, étude quiasuscité monadmiration ; lasubtilitéet l'ampleurde leursspéculations justifient l'importancedurôlequecespenseursont pujouerdansl'histoiredelapenséeoccidentaleà traversunauteur commeMarsile Ficin notamment. Cette lecturerécuseaussiune interprétation formellequi nevoitdansleParménidequ'unexercicelogiquevisant àréfuterZénonsurson propre terrainouproposantunexemplededialectiqueplatonicienne. J'aiadoptéuneattitudeplusneutreet foncièrement historiquequi cherche, à traversletémoignage de Platon, à comprendre quelle fut ladémarche philosophiquede Parménideetde Zénonet quelle stratégieadoptaPlaton pourseréapproprierlesrésultatsauxquelsétaient parvenussesprédécesseurs. Ce qu'elle perden profondeur, cette interprétationduParménidelegagneen lucidité. Parménideet Zénon yapparaissent non plus commedes prodiges quidissertentavecdes instruments logiques élaboréssurl'Êtreetsurl'Un,unsiècleaumoinsavant Platonet Aristoteetsurtout plusd'undemi-millénaireavant Plotin, mais commedes penseursduVesiècleav. J.-C., qui, à l'instarde leurs 3 contemporains,sesont interrossur l'universetont proposédesexplications,dont les contradictionsontamené Platon à faire l'hypothèsede Formesséparéesdusensibledont cependant ellesrendent compteen vertud'unrapportdeparticipation.
1) Lecontextehistorique
D'où l'importancedes'interrogersurlecontextehistoriquedanslequel Platonsituelascènequ'il prétenddécriredansleParménide.
Latriplenarration Prodant àrebours,on peutreconstituerainsi le processusde transmissionde la conversation que,sionen croit Platon,eurentun jourà Athènes, Parménide, Zénonet Socrate. 4 5 Témoindel'entrevue,un certain Pythodore, filsd'Isoloque, quiendehorsduParménide n'est 6 évoqué quedans lepremier Alcibiade (Alcib. I 119a1),où ilestdit que, tout comme Callias, il 7 auraitoffert cent minesZén à on pour prixdesonenseignement,a été le témoinde cetentretien, 8 qu'ilauraitraconté à Antiphon, ledemi-frèredeGlauconetd'Adimante, lesfrèresdePlaton . 9 10 Antiphon , qu'il ne faut pas confondreavecson homonyme l'orateur,esteneffet le filsde Pyrilampe, l'onclematernelet lesecondmariderictionè, laredePlaton quiavaitdonnédeux autres fils, Glauconet Adimante, àson premier mari, Ariston. Pythodoreraconta cetentretien à 11 Antiphon,alors que cedernier n'étaitencore qu'unenfaAntiphnt ; onapprit par cœur lerécitde 12 Pythodore,au coursdesonadolescence. Parvenul'âg à ed'homme, Antiphon, qui nes'intéresse plusqu'aux chevaux,reçoit lavisited'un certain Céphale, queluiamènentsesdemi-frères, Glaucon et Adimante. Avecun certain nombrede concitoyens, ce Céphale, qu'il ne faut pas confondreavecson
13 14 homonymeleredeLysias, était venudeClazomènesprécisément pourprendreconnaissance du contenude cetteentrevue. Antiphon leurl fit a narrationdemandéeen leurrapportant lerécitde Pythodore. C'est cerapport, faitdevant lui parAntiphon,durécitdePythodore, queCéphaleraconte dansleParménide. On trouve pardeux fois,en 127a6-7eten 136e5-6, la formule complètede cediscours doublement indirect. Sous ce couvert, la narrationest faiteensimplediscours indirect, commesi c'était Antiphon qui parlait : « Pythodoreracontait… » (127d1-2, 130a3). Cette formuleestsous-entenduequandon lit : « Oui,dit Zénon… », « Oui,dit-il ». CommedansleBanquet,setrouveainsi simplifiée la forme narrative complexe que paraissaitannoncer ledébutdudialogue. Lediscours indirectdisparaît totalement à certainsendroits,devant lanarration immédiate:en 134a, 131b, 135e, 136a-b. Enfin,sous le couvertd'unphánai (« ilracontainiti ») al, l'argumentationde laseconde partieneseraplusqu'undialoguedirectentreParménideet lejeuneAristote. L'interlocuteurde Parménidedans laseconde partieduParménideestun certain Aristote quien 15 404deviendra, écrit Platon (Parm. 127dl'2-3) , undes Trente. Parménide lui-même présente Aristote comme le plus jeunede ceux qui l'entourent (Parm.cf. 136c). A 137b6, ristotese trouve donc êtrelecadetdeSocrate, qui, nousleverrons,devaitavoirà l'époqueauxalentoursdevingtans.
Lelieudel'entretien
16 17 Suivant lerécitd'Antiphon qui, lui, habite ledèmedeM, nélitè (126c6) on loinde l'agora (126a1),où Céphaleetsesamisontrencontré Adimanteet Glaucon, Parménideet Zénon, étaient 18 venus à Athènesl' à occasiondes grandes Panathénées. Et ils étaientdescendus chez Pythodore, 19 horslesmursauramique. Ilss'y trouvaientdepuisquelquesjoursdéjà (135c-d).
Ladatedramatique
Si, à l'époque, Socrateétaitun tout jeunehomme(127c4-5, 130e1), celasignifiequ'ildevaitavoir auxalentoursde vingtans. Or, comme ilest morten 399 âgédesoixante-dixansenviron, il faut placersa naissance vers 470/469. Celasignifiedonc que lascènesesitueen 450/449ouuneou 20 deuxannéesavant,audébutdu moisde juin . Et, commel'ép à oque Parménideest âgéde soixante-cinqanset queZénonadanslaquarantaine,on peutendéduirequeParménideest né vers 515/514,et Zénon versIl 490/489. estdifficiled'endire beaucoup plus. Dans toute la première partiedudialogue,on noteun contrasteétonnantentrelarudessedesinterventionsdeSocrateet la politessedesréponsesetdesmisesaupointdeZénonetdeParménide(130a2-6). Tout porteà croire 21 qu'ils'agit làd'un prodé littérairepermettantdemettreen évidencelajeunessedeSocrate, faceà l'âgerdeZénonet à lavieillessedeParménide. Parailleurs, Antiphondoit êtreun peu plus jeune que Platon, néen 428/7 ; ce qui placeraitsa naissanceentre425et 420. Si telest lecas, Céphalevint pourlapremièrefoisà Athènesversentre 418et 413 ; à l'époqueeneffet, Antiphon n'était qu'unenfant (126b2)et n'avaitdonc pasplusdesept ans. Pythodoreracontal'entretienentreZénon, Parménideet Socrateà Antiphon qui l'apprit parcœur au coursdesonadolescence (126c3-4),soitentre 411et 406. Aussi peut-on penser qu'Antiphon reprendsonrécit pourCéphaleetsesconcitoyensvers400ouun peuaprès; c'estalorsunadultequi est établi àMélitè (126c4-6).
Ladatedecompositiondudialogue
Ona voulu voirsous le nomd'Aristoteun masque.Mais Platon pouvait fort bien,dans le Parménide,sansdouteécrit peud'annéesaprès370av. J.-C., mettreenscèneun Aristotesansfaire allusion à l'Aristote(384/3-322/1) quidevientsondiscipleauxalentoursde367/6et qui, plustard, reprend certainsargumentsde ladeuxième partieduParménide(Physique IVet VI). Quoi qu'ilen soit, lerôledujeuneAristotedanslasecondepartieduParménideest tellementeffacé –et celade
22 façon intentionnelleq – u'ilest impossibled'en brosserun portrait intellectuel . Parsuite, toute tentatived'identificationde cet Aristoteau Stagiritedans laseconde partieduParménidese trouve dépourvuedetout fondement,et celad'entréedejeu.
Problèmesd'interprétation UneinterprétationduParménidedoit tenterderépondreà cestroisquestions. Peut-on croire,sur un plan historiqueetsurun plan théorique, à lamiseenscèneplatonicienneconcernant Parménideet 23 Zénon ? En quelsens interpréter la critiquedes Formesdans la première partie ? Et quelles relationsentretiennent lesdeux partiesdudialogue?
2) Parménideet Zenon
AudébutduParménidede Platon,onapprend que Zénonavait luun écritde luienuneseule séance. Ce livre, misen circulation contreson gré, Zénon l'avait écrit quand il étaitencore jeune (128d6), vingtansplustôt (cf. 127b3), c'est-à-direvers479. Ilsemblequecesoit là leseulouvrage 24 écrit par ZénoEt Pn . roclus prétendsavoir que l'ouvrage comprenaitau total quarante 25 26 arguments. Gregory Vlastos, quiaccepte cette hypothèse, évalue la longueurdu texteaux 27 alentoursdecinq millemots. À partirdecenombre,onobtient cent vingt-cinq motsparargument 28 en moyenne. Etune lecturede l'ouvragedansson intégralitéaurait pudurerdeux heuresouun peuplus. Pythodoreet Parméniden'arrivent qu'à lafindelaséancedelecture; maisPythodoreconnaissait déjà cet écrit (127d3-5), cequidevait être le casde Parménide,s'ilest vrai que Zénonavaitrédigé l'ouvragevingtansplustôt pourdéfendreParménidecontrelescritiquesqui étaientadresséesàson hypothèse. Voici cequePlaton nousditducontenudecetouvrage: 29 30 31 (A) Le premierargumentdu livre étaitdirigé contre l'hypothèsede la pluralité . 32 L'argument présentait logiquement la formed'unereductioadabsurdum : ils'attaquait à cette hypothèseen tentantdedémontrerqu'elleimpliquaitunecontradiction pureetsimple. (B) Touslesargumentsdéveloppésdanscet écrits'attaquaient à l'hypothèsedelapluralité (127e8-128a1). (C) Zénon, qui était l'amantdeParménide(127b4-5),semontrait,danssesécrits,son partisansur leplandelaphilosophie(128a4-b6). (D) Parménideet Zénon,dansleursarguments,disaient pratiquement lamêmechose(128a6-b6). (E) Levrai butdulivredeZénon étaitdedémontrerl'absurditédelapositiondeceux qui tenaient pourabsurdel'hypothèsedeParménide(128c5-d5). (F) Tout leproblèmeétantdesavoirqui étaient cesopposants: lesPythagoriciensoulesgensdu commun. Prendrepositionsurlepoint (C) constitueun préalableessentiel à qui veut comprendrelesthèses développéesparParménideet parZénon.Mais,avant tout, il fautaffrontercesdeux questions: (1) Zénon était-ilun penseur qui, à l'instarde Parménide,deMélissus, cherchaitsérieusement la rité ? Oun'était-il qu'un polémisterusé n'hésitant pasà faireusaged'argumentsdont ilsavait,ou dont ilsouonnait qu'ilsétaient fallacieux ? (2) Défendait-ilunedoctrine positiveetsystématique, cellede ParménideO ? u n'était-il qu'un fabricantdethèsesetd'argumentationsqui,sebornant à construiredesénigmesetdesparadoxessans aucunevolontédedéfendreunethèse, présentait lesdeux partiesd'uneargumentationet laissaitson publicdanslaperplexité concernantuneéventuellesolution ? Onserait ford'apporteruneréponsenégativeà cesdeux questionsdanslesdeux cassuivants: Si letémoignagedePlaton concernant (B)ruinait lacrédibilitédeson témoignagesur(C),et cela si (B) contredisait cequenoussavonspard'autressourcesdelateneurdesargumentsdeZénon.