Platon, une manière de vivre

Platon, une manière de vivre

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Livres
176 pages

Description

Selon le philosophe Whitehead, l'ensemble de la philosophie n'est que quelques lignes au bas d'un Dialogue de Platon. Celui-ci est en effet le fondateur de la philosophie, d'un type de réflexion qui demeure.

Cet ouvrage, accessible à tous, constitue une excellente initiation à la pensée platonicienne, à ses fondements, à son actualité. Tout en faisant découvrir Platon, cet ouvrage aborde les grandes questions de la vie : l'amour, la mort, la recherche de ce qui est vrai, la place de la parole et de la communication, les fondements de l'existence, la relation à l'autre, la quête intérieur, celle d'un Etre premier.


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Date de parution 11 juillet 2018
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EAN13 9782366480603
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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PLATON. UNE MANIÈRE DE VIVRE
Emmanuel Boissieu
PLATON. UNE MANIÈRE DE VIVRE
Domuni-Press 2017
CET OUVRAGE EST PUBLIÉ PAR DOMUNI-PRESS DANS LA COLLECTION « PHILOSOPHIE »
ISBN : 978-2-36648-060-3
© DOMUNI-PRESS, août 2017
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www.domuni.eu
1. Platon (428 /348 av. J. C)
1 Selon Whitehead , l’ensemble de la philosophie n’est que quelques l ignes au bas d’un dialogue de Platon. Celui-ci est en effet le f ondateur de la philosophie, d’un type de réflexion qui demeure toujours.
La philosophie de Platon a su dépasser son temps. E lle s’énonce comme une philosophie pérenne, une philosophie éternelle. Dan sLa République, Platon lui-même définit la philosophie comme contemplation de la vé rité, or la vérité, justement, est éternelle.
Cependant, la philosophie de Platon est aussi inscr ite dans son temps, dans un contexte précis, et elle affronte des problèmes bie n définis. Dans la préface aux Principes de la philosophie du droit(1820), Hegel écrit :«La République de Platon elle-même, qui est l’image proverbiale d’un idéal vide, ne saisit essentiellement rien d’autre 2 que la nature de la moralité grecque ».
Quels sont les problèmes de l’époque de Platon, et quelles solutions celui-ci y apporte-t-il ? En quoi se démarque-t-il des solutio ns données à son époque ? La philosophie de Platon est-elle une philosophie atem porelle ou une philosophie engagée dans son temps ?
Le contexte politique
Platon est né à Athènes en – 428 av. J-C., d’une fa mille aristocratique. Athènes connaît alors les troubles politiques les plus grav es. En effet, en – 404, Athènes perd à jamais son empire maritime. Dans le même temps, à l ’intérieur de la Cité, la vie politique connaît un passage de la démocratie à une tyrannie oligarchique. La démocratie est en effet renversée en – 411 par l’ol igarchie des Quatre Cents qui ne dure que quelques mois.
En – 404, les Lacédémoniens forcent les Athéniens à adopter le gouvernement oligarchique des Trente Tyrans (dont le chef est Cr itias), hostiles à la marine et au commerce athénien.
Ceux-ci tombent en septembre de l’année – 403 pour être remplacés par un gouvernement démocratique. Athènes connaît alors un e instabilité politique. C’est dans ce contexte que Socrate est condamné à mort en – 39 9.
Socrate est devant les tribunaux. L’accusation port ée contre lui est non méritée, non justifiée. Sa mort est une injustice, car il n’ a pas participé au bannissement de l’un des leurs au moment où les sophistes étaient bannis .
L’interprétation cynique de la crise
3 L’école des cyniques propose de réveiller les hommes comme le font les chiens le matin. Selon eux, la crise de la Cité est le fai t de la faiblesse, de la lâcheté de l’homme. La Cité s’est corrompue à cause des conven tions sociales. Ainsi, Diogène cherche un homme en plein midi avec une lanterne su r la place du marché. Il méprise l’argent, il ne craint pas les puissants. Il demand e même à Alexandre le Grand de « se pousser de son soleil ». Il refuse la vanité, le lu xe. Selon lui, l’état de nature () est supérieur aux conventions de la civilisation (Diogène jette aussi son écuelle et son gobelet en voyant des enfants qui se passent de ses ustensiles. Car les artifices, les conventions et commodités de la civilisation am ollissent le corps et l’esprit.
L’opposition de Platon
Platon s’oppose à Diogène. Selon lui, « c’est Socra te devenu fou ». Si Platon reconnaît le lien entre les cyniques et Socrate, il s’oppose à eux au nom de la raison. Il s’oppose également à eux au nom de la société. Il n ’a pas la même attitude de refus de la société, même s’il critique celle-ci. Il s’agit pour lui de fonder une société, et non pas uniquement de refuser celle-ci.
Platon s’oppose également à eux au nom de la philos ophie. Selon lui, les cyniques sont indignes de faire de la philosophie, car leur philosophie n’est qu’un ensemble de sophismes.
L’origine de la crise selon Platon
Platon considère que la Cité se corrompt à cause de la corruption individuelle de l’homme, de la loi, des mœurs. En fait, la société se corrompt à cause de la corruption du naturel philosophique. La philosophie est devenu e une activité secondaire de loisir, elle n’est plus une activité sérieuse. Elle est dev enue une activité futile, et non une activité qui aurait un rôle central dans la société . Elle est sans intérêt, et non plus directement utile.
Selon Platon, la corruption du naturel des philosop hes est le fait des sophistes. Ceux-ci sont des rhéteurs, des avocats qui ne reche rchent pas la vérité. Ils usent de la séduction, du vacarme. En essayant d’intimider leur s concitoyens, ils dégradent la vie civique. Ils confisquent le bien commun et ce sont eux qui sont à l’origine de la mort de Socrate. Nous sommes ici face au débat entre le phi losophe et le sophiste.
La solution de Platon
Platon commence à écarter une solution (voir laLettre VIIen annexe). Il ne décide pas d’administrer directement l’Etat à cause de l’i njustice. Il n’a pas d’amis, ni parmi les hommes actuels ni parmi les hommes futurs. Il ne se fera pas de nouveaux amis. La loi est trop corrompue et les mœurs sont déréglées. Mai s il a changé d’avis au cours de sa vie. Platon a eu ainsi un rôle à Syracuse auprès de Dion. A sa demande, il réalise un second voyage en Sicile. Dion espérait pouvoir gagn er Denys le Jeune à ses idées mais à l’arrivée de Platon, Dion est disgracié, exi lé. Platon est alors plutôt le prisonnier que l’hôte du tyran.
Platon envisage donc une autre solution, à trouver dans la philosophie et la connaissance de la justice, dans la politique et la Cité, et dans la morale.
Il s’agit avant tout de former des individus. Le sa lut est dans l’éduction, la.
Grâce à elle, le philosophe et le politique peuvent correspondre. Les philosophes peuvent accéder au pouvoir ou les rois se mettre à philosopher.
Platon désire former des hommes nouveaux dans une c ommunauté intellectuelle, l’Académie. Ils devront apprendre à gouverner une C ité (c’est la dimension politique) en même temps qu’apprendre à gouverner leur moi (c’est la dimension morale).
L’influence du pythagorisme
Platon reçoit ici l’influence du pythagorisme qu’il aurait connu lors de son premier voyage en Sicile. Il rencontre l’idéal d’une commun auté de vie entre philosophes : il s’agit de proposer une voie qui distingue ceux qui la pratiquent des autres hommes. Rappelons que les communautés pythagoriciennes ont joué un rôle politique important dans les cités de l’Italie du sud, et notamment en Sicile.
Platon propose le même idéal. Le pythagorisme expri me son influence par l’adage de son école, l’Académie : « Que nul n’entre ici s’ il n’est géomètre ». Les mathématiques ont ainsi un rôle central dans la formation
En conclusion, nous pouvons dire que Platon s’engag e face à des problèmes, des injustices précises, notamment face à la mort de So crate. Il propose alors une solution précise : créer une école, un type d’homme, un mode d’existence.
Ce faisant, il s’oppose à des courants précis, ceux des cyniques et des sophistes, même si sa philosophie conserve une dimension atemp orelle, transhistorique.
ANNEXE LETTREVII 4 LAMORTDESOCRATE
Mais, je ne sais comment cela se fit, voici que des gens puissants traînent devant les tribunaux ce même Socrate, notre ami, et portent contre lui une accusation des plus graves qu’il ne méritait certes point : c’est pour impiété que les uns l’assignèrent devant le tribunal et que les autres le condamnèrent, et ils firent mourir l’homme qui n’avait pas voulu participer à la criminelle arrestation d’un de leurs amis alors banni, lorsque, bannis eux-mêmes, ils étaient dans le malheur. Voyant cela et voyant les hommes qui menaient la politique, plus je considérais les lois et les mœurs, plus aussi j’avançais en âge, plus il me parut difficile de bien administrer les affaires de l’Etat. D’une part, sans amis et sans collaborateurs fidèles, cela ne me semblait pas possible. (Or, parmi les citoyens actuels, il n’était pas commode d’en trouver, car ce n’était plus selon les us et coutumes de nos ancêtres que notre ville était régie. Quant à en acquérir de nouveaux, on ne pouvait compter le faire sans trop de peine.) De plus, la législation et la moralité étaient corrompues à un tel point que moi, d’abord plein d’ardeur pour travailler au bien public, considérant cette situation et voyant comment tout marchait à la dérive, je finis par en être étourdi. Je ne cessais pourtant d’épier les signes possibles d’une amélioration dans ces événements et spécialement dans le régime politique, mais j’attendais toujours, pour agir, le bon moment. Finalement, je compris que tous les Etats actuels sont mal gouvernés (car leur législation est à peu près incurable sans d’énergiques préparatifs joints à d’heureuses circonstances).
Je fus alors irrésistiblement amené à louer la vraie philosophie et à proclamer que, à sa lumière seule, on peut reconnaître où est la justice dans la vie publique et dans la vie privée. Donc, les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n’arrive au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à 5 philosopher véritablement .
2. Le débat entre le philosophe et le sophiste
Il existe un débat entre Socrate et le sophiste, vo ire une opposition entre les deux, tout comme il y a une opposition entre la philosoph ie et la violence selon Eric Weil dans 6 La L.ogique de la philosophie e Les sophistes (étymologiquementsophizestais.) font profession de savoir. Au V av. J-C., ce sont des maîtres de rhétorique qui von t de ville en ville pour enseigner l’art de parler en public, les moyens de l’emporter dans une discussion. Les plus grands sophistes sont Protagoras, Gorgias. Ce sont eux qui sont à l’origine de la mort de Socrate. 7 En même temps, selon Nietzsche dansLa Naissance de la tragédie, il est possible de dire de Socrate qu’il « est le premier et le plus grand des sophistes, le miroir et le type même des tendances sophistiques » . Socrate identifie le philosophe et le sophiste. Platon le reconnaît d’ailleurs dansLe Banquetquand il dit à propos du philosophe que c’est un sophiste « passant toute sa vie à philosopher ; habile comme 8 un sorcier, comme inventeur de philtres magiques, c omme sophiste ». Le philosophe est-il comparable au sophiste ou s’oppose-t-il à lu i ?
L’enjeu est ici considérable. Il en va de la défini tion de la philosophie et de son lien à la sophistique.
Une opposition à propos de l’éducation
Comme nous l’avons dit, les sophistes sont essentie llement des pédagogues, des enseignants. Ils inventent l’éducation en milieu ar tificiel. C’est là le fait de la démocratie. En effet, il est nécessaire de maîtrise r parfaitement la langue pour s’exprimer sur l’agora. Les sophistes enseignent do nc à leurs élèves des recettes qui permettent de persuader leurs auditeurs, de défendre le pour et le contre.
Protagoras l’affirme ainsi de lui-même. Il donne un enseignement qui permet d’améliorer les hommes. Cet enseignement sert aussi bien dans l’administration des affaires de la maison que de l’Etat. Il confère « p lus de puissance par l’action et la parole », et se donne moyennant rétribution. Au déb ut du livreProtagoras, le jeune Hippias essaie de convaincre Socrate de se rendre c hez Protagoras afin que celui-ci l’accepte comme disciple, quitte à lui donner une g rosse somme d’argent. Hippias est prêt à donner toute sa fortune et celle de ses amis . Protagoras accepte cette rémunération. Cependant, il n’est pas particulièrem ent intéressé par l’argent. A la fin des leçons, on le paie si on le veut bien, sinon « on entre dans un temple et, après 9 avoir pris la divinité à témoin, on paie [ses] instructions selon l’estime qu’on en fait ».
Le développement de l’approche sophiste est lié à l a démocratie : il faut savoir se défendre sur la place publique, dans les tribunaux. Il est ainsi nécessaire de recevoir une éducation même si, apparemment, chacun dans une démocratie peut se prononcer