Retour à l’Ouest

Retour à l’Ouest

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400 pages

Description

En un quart de siècle, l’Européen d’aujourd’hui a vu la guerre mondiale, des révolutions victorieuses, des révolutions vaincues, une révolution dégénérée, les fascismes, la crise économique, le réveil de l’Asie, de nouvelles guerres coloniales... On comprend qu’il soit las et inquiet. On se souvient qu’il a beaucoup écopé dans tout ceci. Et pourtant, on voudrait lui crier que ce crépuscule d’un monde a besoin de lui, besoin de chacun de nous ; que plus les heures sont noires et plus il faut de fermeté à considérer les choses en face, à les nommer par leurs noms, à accomplir malgré tout le simple devoir humain.
Le nouveau Moyen Âge, où nous plongent les soubresauts du capitalisme finissant, nous impose la plus grande lucidité, le plus grand courage, la solidarité la plus agissante. Aucun péril, aucune amertume ne justifient le désespoir – car la vie continue et elle aura le dernier mot. Aucune évasion véritable n’est possible, sauf celle de la vaillance.

Né à Bruxelles dans une famille d’exilés anti-tsaristes, rédacteur à l’anarchie, Victor Serge (1890-1947) rejoint la Russie à l’annonce de la révolution. Membre de l’opposition de gauche du parti bolchevique, il connaît la prison puis la relégation en Oural.
Expulsé d’URSS après des années d’interventions de militants et d’écrivains, il arrive à Bruxelles en avril 1936. Boycotté en France par la presse du Front populaire, il est invité par La Wallonie, un journal socialiste de Liège, à publier une chronique hebdomadaire.
Ce recueil en retient une centaine. Écrivain sensible et témoin lucide, Victor Serge se fait ici, sans renoncer à ses idéaux d’émancipation, le chroniqueur des contre-révolutions à l’œuvre dans une Europe qui se dirige vers un second conflit mondial.


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Date de parution 21 mai 2010
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EAN13 9782748911268
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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VICTORSERGE
RETOURÀL’OUEST Chroniques (juin 1936-mai 1940)
Préface de Richard Greeman
Textes choisis et annotés par Anthony Glinoer
Remerciements
Archives Victor Serge de Yale University, Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, Bibliothèque royale de Belgique.
Jean-Charles Ambroise, Jane Bao, Celine Bonnotte, Anna Kleinschmidt, Renée Pang, Denis Saint-Amand.
L’éditeur remercie Claudio Albertani pour ses précieuses remarques.
En un quart de siècle, l’Européen d’aujourd’hui a v u la g uerre m ondiale, des révolutions victorieuses, des révolutions vaincues, une révolution dég énérée, les fascism es, la crise économ ique, le réveil de l’Asie, de nouvelles g uerres coloniales… On com prend qu’il soit las et inquiet. On se souvient qu’il a beaucoup écopé dans tout ceci. Et pourtant, on voudrait lui crier que ce crépuscule d’un m onde a besoin de lui, besoin de chacun de nous ; que plus les heures sont noires et plus il faut de ferm eté à con sidérer les choses en face, à les nom m er par leurs nom s, à accom plir m alg ré tout le sim ple devoir hum ain. Le nouveau Moyen Âg e, où nous plong ent les soubresa uts du capitalism e finissant, nous im pose la plus g rande lucidité, le plus g rand courag e, la solidarité la plus ag issante. Aucun péril, aucune am ertum e ne justifient le désespoir – car la vie continue et elle aura le dernier m ot. Aucune évasion véritable n’est possible, sauf celle de la vaillance.
VICTOR SERGE
Né à Bruxelles dans une fam ille d’exilés anti-tsaristes, rédacteur àl’anarchie, Victor Serg e (1890–1947) rejoint la Russie à l’annonce de la révolution. Mem bre de l’opposition de g auche du parti bolchevique, il connaît la prison puis la relég ation en Oural. Expulsé d’URSS après des années d’interventions de m ilitants et d’écrivains, il arrive à Bruxelles en avril 1936. Boycotté en France par la presse du Front populaire, il est invité parLa Wallonie, un journal socialiste de Lièg e, à publier une chronique hebdom adaire. Cette version les reproduit intég ralem ent. Écrivain sensible et tém oin lucide, Victor Serg e se fait ici, sans renoncer à ses idéaux d’ém ancipation, le chroniqueur des contre-révolutions à l’œuvre dans une Europe qui se dirig e vers un second conflit m ondial.
NOTE DE L’ÉDITEUR
Version intég rale des 202 chroniques deLa Walloniedont 93 avaient été publiées dans le livre Retour à l'Ouestai 2010.en m
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NOTE DE L’ÉDITEUR
Sauf m ention contraire, les notes fig urant dans les chroniques déjà parues sont d'Anthony Glinoer. Les principaux nom s cités (indiqués par un astérisque à la prem ière occurrence) font l'objet d'une notice dans le g lossaire.
Retour à l’Occident
12-13 juin 1936 Nos lecteurs connaissent, de réputation du moins, le grand écrivain Victor Serge. Rentré d’exil depuis un mois à peine, après dix années d’une vie mouvementée et souvent pénible, il a bien voulu nous accorder sa collaboration régulière. On trouvera ci-dessous son premier article. Les hasards d’une destinée d’écrivain m ilitant m ’ont am ené à séjourner assez long tem ps en URSS, aux portes de l’Asie, avant de retrouver l’Oc cident. Rien ne m ontre m ieux quelles profondes différences existent dans la m esure de l’hom m e, du tem ps, de la vie m êm e entre ces deux m ondes qu’un brusque passag e de l’un à l’autre. Et pourtant, il suffit de cinq ou six jours de chem in de fer, d’un ou deux jours d’avion pour franchir la distance du Turkestan à Paris ; des relations d’interdépendance ou, m ieux, d’interpénétrations, se sont ainsi instituées et qui prêtent d’autant plus à la m édita tion que le cœur de l’Asie centrale est aujourd’hui terre soviétique.
L’hom m e vit dans le tem ps et l’espace qui le dom inent m ais qu’il apprend à m aîtriser par la technique. Mais ni le tem ps ni l’espace ne sont les m êm es pour l’hom m e là-bas et ici. Prem ière observation : les distances entre les centres, villes et parfois villag es, sont telles qu’un voyag e d’un jour ou de ving t-quatre heures est considéré com m e très court ; quand il y a des déserts à traverser une distance m oindre pe ut offrir de plus g randes difficultés. À ving t-quatre heures de chem in de fer ou de route, d es villes sont considérées com m e voisines. Elles constellent sur la carte de vastes étendues de steppes ou de sables. Contraste saisissant avec le m onde occidental où les foyers d e civilisation, cités industrielles, ports, cités universitaires sont, de règ le, à m oins d’une heure de voyag e l’un de l’autre. Les heures du charretier kirg hiz chem inant par les steppes de l’Oural ont une sig nification tout autre que celles du chauffeur conduisant entre Anvers et Bruxelles : à ces deux m esures im m ensém ent différentes du tem ps correspondent deux natures psycholog iques, deux deg rés de civilisation.  Le vide des heures déprécie la vie com m e le vide d e l’étendue déprécie la terre ; l’un et l’autre exprim ent une production indig ente, dem euré e aux stades prim itifs. Si l’on song e, en outre, que les plaines infinies n’offrent à l’ho m m e ni refug e naturel ni sim ples m oyens de défense, on découvre un des secrets de l’histoir e de ces pays, toujours ouverts à
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l’invasion, où la résistance du plus faible au plus fort sem née par avance. Onble condam com prend que le despotism e y fut de tout tem ps la loi : on aperçoit la source du fatalism e et de l’infinie patience des peuples. Peu à peu, en approchant de Moscou, puis entre Moscou et la Vistule, les villes deviennent de plus en plus fréquentes sur le parcours de l’exp ress. Depuis long tem ps le désert s’est chang é en steppe, la steppe défrichée est devenue l a plaine fertile. On voit de ses yeux la Russie faire la transition entre la vieille Asie aux espaces inclém ents et l’Europe occidentale, de civilisation ancienne et dense, hautem ent indust rialisée depuis cent ans. La vraie frontière de cet Occident passe un peu à l’est de V arsovie. Elle apparaît en toutes choses, en tout visag e, dans la qualité des vêtem ents, dans les toits de tuile qui succèdent aux toits de chaum e, dans la propreté m éticuleuse des bourg s ; o n la devine dans les inflexions plus douces et plus nuancées des voix. On saisit d’em blée la nécessité d’une industrialisation en quelque sorte héroïque pour am oindrir en URSS l’écart entre l’Orient et l’Occident ; m ais on est en m êm e tem ps frappé de l’am pleur de la tâche com m encée et de l’am pleur, autrem ent vaste, de celle qui reste à accom plir, surtout du p oint de vue de la transform ation de l’hom m e et de sa condition. Lénine dut y penser souvent qui répéta avec tant d’insistance que « l’honneur difficile de com m encer la transform ation socialiste de la société échoit au peuple le plus arriéré, le m oins préparé… » – et que si, ailleurs, cette transform ation serait sans doute beaucoup plus difficile à com m encer, elle serait d’autant plus facile à continuer…
France, Belg ique, cœur de l’Occident. Revenant de si loin com m ent n’être pas frappé de la m aturité de ces pays pour le socialism e ? Une sorte de socialism e diffus y pénètre l’atm osphère m êm e, qu’il s’ag isse des rapports entre les hom m es, fondés sur des notions de droit, très nettes, du systèm e si ram ifié, si riche , de la répartition des produits, du perfectionnem ent des services publics, des bases m atérielles, en un m ot de la vie hum aine. L’observateur sortant de la révolution russe – c’es t-à-dire d’une transform ation sociale poursuivie dans les conditions les plus défavorables au sein d’une Europe très proche, par ses antécédents historiques et sa condition g éog rap hique, de l’Asie –, cet observateur, m êm e tenant com pte de la puissance arrog ante du capitalism e et des dang ers de réaction qu’elle couve, se sent disposé à l’optim ism e.  Une très g rande partie de l’œuvre qu’on a dû faire là-bas après la révolution est faite, ici, dans tous les dom aines et il m e sem ble m êm e que des prog rès appréciables aient été réalisés depuis la g uerre. J’avais connu les quartiers ouvriers de Lièg e et de Bruxelles avant la g uerre, je les retrouve assainis. Telles im passe s où g îtaient des m isères séculaires ont disparu. Ce n’est peut-être pas énorm e, m ais ce n’est pas insig nifiant.  À ces raisons d’optim ism e, fondées sur des im press ions d’ensem ble tout extérieures, la réflexion en ajoute d’autres, confirm ées par des év énem ents récents. La classe ouvrière d’Occident sort m anifestem ent de la long ue période de dépression qui s’ouvrit pour elle, au lendem ain de la g uerre et des troubles de l’après-g uerre. N’était-elle pas la classe la plus saig née, la plus atteinte dans sa chair m êm e ? Pour qu’elle redevînt forte et prît une nette conscience de sa force, il lui fallait, de toute évidence, une long ue récupération des forces physiolog iques. Il fallait que le tem ps com blât les vides, cicatrisât les plaies, rafferm ît les esprits et les caractères touchés par une terrible usure. Dix-huit années se sont écoulées depuis l’arm istice, peu s’en faut. La classe ouvrière d’Occident arrive à l’orée d’une époque de lutte et de travaux dans laquelle elle se m ontre ra sans doute autrem ent puissante et capable qu’elle ne l’était nag uère encore, avant d’entrer en convalescence.
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Retour à la puissance
20-21 juin 1936 Les économ istes savent que la production m ondiale o béit à un rythm e qui fait alterner les périodes d’essor et les périodes de crise : de là l a théorie des crises cycliques. Les physiolog istes savent que la vie hum aine parcourt a ussi des cycles de développem ent, d’ailleurs beaucoup plus com plexes. Il sem ble tout à fait raisonnable d’adm ettre que la vie sociale dans son ensem ble obéisse à des lois sur le squelles des facteurs aussi prim ordiaux que ceux de la biolog ie exercent une influence parf ois dom inante. N’est-il pas évident que des peuples épuisés par une long ue g uerre ont besoi n de repos, de paix, en un m ot d’une assez long ue période de récupération des forces pou r redevenir entreprenants ? On voit après toutes les g uerres se produire des détentes, des dépressions, des convulsions sociales qui dénotent bien un affaissem ent de ce que nous ap pellerons le tonus vital. Jusqu’ici d’ailleurs la plupart des m ouvem ents révolutionnaires tentés par la classe ouvrière à l’issue de g randes g uerres ont abouti à des réactions. La r évolution russe sem ble faire exception à cette règ le, m ais il convient de tenir com pte des particularités de développem ent propres à la Russie, vaste pays paysan encore soum is en 1917 à un absolutism e antérieur à l’évolution capitaliste.
9sont là de g rands sujets et il peut paraître si ng ulier que les g rèves m ag nifiquem ent Ce victorieuses qui viennent de se term iner en France y fassent song er1. C’est pourtant devant elles que je m e suis m is à considérer des da tes lointaines, si claires dans leur sig nification historique que les raisons de confiance que nous y trouvons ne sem blent g uère prêter à contestation. Réfléchissons un m om ent à l’histoire de la France de 1789, c’est-à-dire depuis le début de la Révolution française, à nos jours. Nous y voyons, com m e sur une feuille de tem pérature, croître et décroître successivem ent l’activité des m asses populaires, les g rands événem ents sociaux survenant à des intervalles d’une ving taine d’années. Ving t ans pourquoi ? Mais parce qu’il faut, quand une g énération a fourni son effort, qu’une autre m onte. Un effort, dans l’histoire, cela représente toujours des sacrifices, du sang versé, des illusions perdues, des conquêtes chèrem ent payées ; les peuples après l’avoir fourni ont besoin de repos com m e quiconque a travaillé, sa journée faite. 10ens de latiers état, pour lequel peine obscurém  Le isère, – g état de la m atrièm e ent le qu g lèbe et petits artisans –, m onte en 1789 à l’assaut du pouvoir. La lutte dure environ dix ans, jusqu’à l’aube du siècle nouveau. Therm idor, le Con sulat, le Directoire, l’Em pire assurent le triom phe de la révolution bourg eoise par ving t anné es de stabilité intérieure, de 1795 à 1815. Les g uerres de l’Em pire saig nent les classes laborieuses et enrichissent les nouveaux parvenus ; quand ceux-ci, las du rég im e napoléonien, se sentent assez forts pour intervenir, l’Em pire tom be. Nous som m es en 1815. La Restauratio n dure paisiblem ent quinze ans, le tem ps pour une nouvelle g énération d’entrer en scèn e, le tem ps pour le peuple de panser ses plaies après « l’épopée ». Charles X s’aperçoit tout à coup, en juillet 1830, qu’il y a quelque chose de chang é. Il m onte précipitam m ent en voiture et les banquiers doivent déjà se donner quelque m al pour escam oter la république. De la révolution de juillet 1830 et du soulèvem ent des canuts lyonnais en 18312 à la révolution de 1848, dix-huit années s’écoulent pendant lesquelles une classe nouvelle a pris conscience d’elle-m êm e. Les prolétaires renversent la m onarchie de Juillet, la revendication socialiste est pour la prem ière fois affirm ée dans l’histoire ; m ais le qu atrièm e état est encore trop
inexpérim enté pour vaincre, il faut le g énie d’un Marx pour discerner dès alors sa puissance et son avenir (encore, ce g énie de Marx les contem p orains le m éconnaissent-ils). Un Bonaparte s’installe pour dix-huit ans (1852-1870). La g uerre qu’il a voulue, car pas un bouton de g uêtre ne lui m anquait pour la prom enade m ilitaire de Berlin, le m ène à Sedan et révèle, par la Com m une, que le prolétariat, saig né en 1848 au faubourg Saint-Antoine, est redevenu quelqu’un. Sans doute, la défaite de la Co m m une lui coûte-t-elle cher, m ais on a beau le m assacrer dans les casernes, au Père-Lachaise, à Satory3, on a beau déporter les rescapés des fusillades, il dem eure la classe la pl us nom breuse, essentielle dans la production, et le tem ps fait son œuvre. Une ving tai ne d’années plus tard, c’est lui qui, pendant l’hystérie du boulang ism e et les orag es de l’affaire Dreyfus, em pêche la conquête e de la III République par les classes réactionnaires. Encore ving t années, relativem ent paisibles cette fois, car le capitalism e est en plein essor dans le m onde, et l’org anisation de la classe ouvrière française qui m arque presque sim ultaném ent deux g randes dates : la constitution du parti socialiste unifié (1905) et l’apparition de la puissance syndicaliste, avec une cg t soudainem ent redoutable. 11 Ainsi, t en ving de ving , les m t années, pendant un siècle asses populaires et le prolétariat français avancent, tom bant pour se relever, transfo rm ant à la long ue, pour plus tard, les défaites les plus douloureuses en g ag es de victoire … Non, l’histoire, pour qui la considère sous cet ang le, n’est pas un stérile rom an où les g énéraux g ag nent des batailles. La sim ple lecture de ces dates nous éclaire sur notre tem ps. Je lis dans une publication syndicaliste française qu’« il faut rem onter à l’action du 1er m ai 1906 pour les huit heures pour trouver presque l’équivalent » des g randes g rèves spontanées qui viennent de conférer en France, à la victoire électorale du Front populaire, un caractère tellem ent sig nificatif4… C’est que les vides causés dans les rang s du prolétariat par la g uerre vont être com blés : le tem ps a fait son œuvre en dix-huit années, le g éant sort de sa torpeur. Tenons com pte des années creuses, c’est-à-dire des années où les jeunes g ens nés entre 1914 et 1918 atteig nent l’âg e du service m ilitaire ; ces classes, m oins nom breuses que celles de l’après-g uerre, ne sauraient avoir la pleine vig ueur de celles qui les précèdent et les suivent. Mais les années creuses seront term inées en 1937-1938. 12pe bellig érante de nag  Les considérations sont valables pour toute l’Euro uère. Une confirm ation latérale leur vient du fait que dans t oute l’Europe non bellig érante – pays scandinaves, Espag ne – la classe ouvrière occupe dé jà des positions avancées. Les beaux * jours de la réaction finissent. M. de La Rocque ne sera pas dictateur. Et les dictateurs en place vont devoir jeter du lest – tout au m oins. Le s années qui viennent seront pleines de luttes, sans doute, m ais à travers ces luttes la puissance ouvrière ne pourra que se déployer de plus en plus larg em ent. Nous verrons de g randes choses.
L’Amer
27-28 juin 1936
13J’entre, à Uccle, dans une m ie et j’apprend aison am s que Gorki n’est plus5. Il fait très calm e, deux fillettes jouent dans le jardin. Une g r ande vie pleine d’élans et de chutes vient de finir. Il y a deux m ois, à Moscou, on m e le disa it à bout de forces, usant un dernier lam beau de poum on, déprim é par l’approche de la fin . Il aim ait avidem ent la vie, il a dû la voir s’écarter de lui avec une tristesse dure, pleine de révolte et d’am ertum e. Gorki, l’Am er