Science et technique au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)

Science et technique au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)

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444 pages

Description

L’intersection entre science et technique est-elle, pour le Moyen Âge, scientifiquement pertinente ? Quels rapports établir entre pensée technique et pensée scientifique, qui sont souvent étudiées indépendamment l’une de l’autre ou, au mieux, selon un modèle historiographique hérité du XIXe siècle faisant de la technique une simple application de la science ?



Ce volume, réunissant les recherches d’historiens des techniques et d'historiens des sciences, d'archéologues et de philosophes, propose un examen attentif des modalités de ce croisement à travers des contextes et des démarches spécifiques. L'ouvrage embrasse le domaine de la médecine et celui de la construction, la production des draps, des métaux, des alliages métalliques et l'alchimie, la mesure des champs et celle du monde, l'élaboration des instruments scientifiques et celle des machines hydrauliques.



- Catherine Verna est professeur en histoire médiévale à l’Université Paris 8.

- Joël Chandelier est maître de conférences d'histoire médiévale à l’Université Paris 8.

- Nicolas Weill-Parot est professeur à l’École Pratique des Hautes Études.

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Date de parution 30 mars 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9782842925888
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Introduction
Joë Candeer,Caterne Verna,Ncoas We-Parot
Ceu qu osent artcuer a scence et a tecnque au Moyen Âge rsquent ort de se trouer accusés de succomber au pécé d’anacronsme. La portée tecnque de a scence n’est-ee pas une préoccupaton récente, pusqu’ee ne remonte même pas à adte e « Réouton scentîque » du xvII sèce, mas troue putôt son e orgne dans a très dscutée « Réouton ndustree » du xIx ? La scence médéae n’est-ee pas pure spécuaton ? Qu’ee se pose comme értère des arts bérau ou qu’ee se coue, à partr e du xIII sèce, dans a posope naturee arstotécenne, son regard n’est- pas tout enter tourné ers a connassance pure et désntéressée ? Et socaement, que rapport magner entre es lîtteratîde ’unersté qu jongent aec des concepts et esîllîtteratîqu usent de eurs mans pour transormer a matère ? S e en entre ’store des scences et cee des tecnques est aicé dans nombre de socétés et d’nsttutons,  aut reconnatre que ben souent es crosements entre es deu domanes sont ensagés seuement pour es pérodes moderne et, pus encore, 1 contemporane . Les storens médéstes des scences et des
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En France, e Comté natona ranças d’store et de posope des scences et des tecnques, a Socété rançase d’store des scences et des tecnques ou encore a secton 72 du Conse natona des unerstés nttuée « Épstémooge, store des scences et des tecnques ».
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e e Scîence et tecnîque au Moyen Âge (XII-XVsîècle)
tecnques ont peu d’occasons de traaer conjontement : es premers peuent tendre ers a posope, es seconds ers ’arcéooge, et ’store socae ne eur ofre guère d’objets communs. S a démarce d’un Guy Beaujouan a beaucoup at progresser a compréenson de a queston à traers e prsme des reatons entre téore et pratque au Moyen Âge étudées du pont de ue de ’store des scences (même s’ déporat de ne pouor trer des sources écrtes un pus grand nombre de témognages), ee demeure cependant reatement soée, et peu d’storens se sont atteés après u à ce sujet décat. La reaton de a scence et de a tecnque n’est pas prégée par es storens des scences en rason des dférentes perspectes qu’s ont adoptées dans eur domane propre de recerces. N’étant pas au cœur de a préoccupaton de a scence médéae, a tecnque n’est guère abordée dans es études tournées ers ’eamen nterne des conceptons scentîques et de eur contete nteectue. Ans, es études cassques d’Edward Grant sur a pysque médéae, qu ne perdent pourtant pas de ue ’orzon 2 de a scence moderne, ne prégent pas cette queston . De pus, orsque a scence est ensagée dans son rapport aec une autre dscpne, c’est généraement a téooge qu est prse comme 3 pont de réérence, et ce, au mons depus Perre Duem . Quant au approces socoogques ou « eternastes » de a scence, ees ne sont pas meu pacées pour cerner es rapports entre scence et tecnque, car une tee queston ege de pénétrer en proondeur
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Vor par eempe son ntroducton rédgée pour des étudants : Edward e Grant [Pysîcal Scîence în te Mîddle Ages, New York, Wey, 1971 ; 2 éd. Cambrdge/New York, Cambrdge Unersty Press, 1977],La Pysîque au Moyen Âge, Pars, Presses Unerstares de France (PUF), 1995. Outre Perre Duem,Le Système du monde : îstoîre des doctrînes cosmologîques de Platon à Copernîc, 10 o., Pars, Hermann, 1913-1959, on peut penser à Amos Funkensten [heology and te Scîentîic Imagînatîon from te Late Mîddle ages to teXVIIt Century, Prnceton, Prnceton Unersty Press, e 1986],héologîe et îmagînatîon scîentîique du Moyen Âge auXVIIsîècle, trad. Jean-Perre Rotscd,Pars, Presses Unerstares de France (PUF), 1995, ou encore à Edward Grant,God and Reason în te Mîddle Ages, Cambrdge, Cambrdge Unersty Press, 2001.
ïntroducton
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es processus nteectues à ’œure dans ’un et ’autre camps, ce que par déînton de tees démarces ne aorsent guère. Est-ce à dre que a questonn’est jamas abordéepar aucun storen des scences ? Ce n’est édemment pas e cas ; cependant, a tecnque est souent ensagéendrectement à traers des probèmes connees, comme ceu de a « scence epérmentae ». Depus es traau de Lynn horndke sur es reatons entre cette dernère et a mage, depus es réleons de Aster C. Crombe autour de Robert Grosseteste ou es études s’attacant à cerner cette scîentîa experîmentalîspar Roger Bacon, a queston de téorsée ’epérmentaton a donné eu, de at, à des anayses précses qu mettent en jeu a reaton de a téore pure aec a matrse du 4 monde sensbe . Les nterrogatons des storens des scences dans e domane de a tecnque proprement dt ont donc souent été orentées par deu questons symétrques : ’appcaton du saor scentîque dans e monde tecnque et nersement ’éentuee ntégraton de noueau saors tecnques dans a réleon scentîque. S a premère de ces deu questons a abté un storen des scences comme Guy Beaujouan, c’est a seconde qu a été e pus acement eporée. Mas qu’ s’agsse de ’éentuee ntégraton de nouees tecnques dans es cassîcatons des saors, ou des écos possbes e de a nouee poypone du xIv sèce dans a téore muscae pour ne cter que queques eempes, ’storen dot se montrer prudent : are a part du saor resque érté d’une tradton et 5 des réees ntégratons de données nouees reste toujours décat . Du côté des tecnques, on peut s’nterroger sur es co des storens des tecnques médéaes, ou du mons de ceu qu ont
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Lynn horndke,A Hîstory of Magîc and Experîmental Scîence, 8 o., New York, Coumba Unersty Press, 1923-1958 ; Astar Cameron Crombe, Robert Grosseteste and te Orîgîns of Experîmental Scîence 1100-1700, Oord, Carendon Press, 1953 ; Jerema Hackett (dr.),Roger Bacon and te Scîences, Leyde, Br, 1997. Vor par eempe Franco Aesso, « La îosoîa e e artes mecancæ ne e secoo xII »,Studî medîevalîsére, o. Vï, 1965, p. 71-161 ; Matteu, 3 Husson, « L’éco des ats. Queques remarques sur a prse en compte de a réaté sensbe dans des tetes optques, astronomques et muscau du début e du xIv sèce »,Médîévales, n° 58, 2010, p. 113-128.
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e e Scîence et tecnîque au Moyen Âge (XII-XVsîècle)
traaé sur e Moyen Âge car ’store des tecnques ne sut pas orcément a pérodsaton tradtonnee du at du décosonnement dscpnare dont ee procède. Magré ’écoson de ’store des tecnques et son airmaton dans e camp storque au cours 6 des années 1930 , aucun storen des tecnques n’a réeement approond a queston des reatons entre scence et tecnque, sans doute parce qu’ y aat à rassember et consoder des connassances dans e domane des tecnques ancennes aant de s’aenturer ers a scence et ses rapports au arts. Pourtant, ’ntérêt d’un te sujet, tout comme sa competé, aaent été carement pontés par Lucen Febre dans son édtora du numéro spéca desAnnalesde 1935 consacré à ’store des tecnques, édtora nttué « Réleons sur ’store des tecnques ». Le rapport entre scence et tecnque au Moyen Âge peut être résumé en deu cares nterrogatons ormuées par Lucen Febre, qu sont comme deu propostons de recerce dans e contete de cette ntroducton programmatque : « Voà deu aspects dstncts, égaement consdérabes, du probème des rapports de a scence et de a tecnque. Part de a scence dans ’nenton tecnque. ïnserton de a tecnque dans a sére des 7 ats scentîques . » Ces nterrogatons – qu entrent en résonance aec a doube queston déjà éoquée pour ’store des scences ee-même – n’ont édemment pas troué mmédatement de réponse, tant ees supposaent un consdérabe traa de recerce ; et en parcourant ’storogrape de ’store des tecnques à partr des années 1930, on peut rassember des tentates, des curostés 8 partagées mas peu de démarces ermement consodées .
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En 1935, esAnnalesconsacraent un numéro spéca à ’store des tecnques (t. 7, n° 35) qu s’ourat par es prases deenues céèbres de Lucen Febre : « Tecnques : un de ces nombreu mots dont ’store n’est pas ate. Hstore des tecnques : une de ces nombreuses dscpnes qu sont tout entère à créer - ou presque. » Lucen Febre, « Réleons sur ’store des tecnques »,Annales d’îstoîre économîque et socîale, 1935, p. 532. Cette dicuté à artcuer es probématques de ’store des tecnques et de ’store des scences transparat encore récemment dans e second oume consacré à a scence médéae de a récenteHîstory Cambrîdge of Scîencee derner captre nttué « Tecnoogy and Scence », a dont été rédgé par ’storen des tecnques George Ott, « Tecnoogy and
ïntroducton
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C’est sans doute e cas de ’œure de Bertrand Ge. Guy Beaujouan et Bertrand Ge se connassaent. Tous es deu cartstes et proesseurs à ’Écoe pratque des autes études, s s’apprécaent. S’s rélécssaent ’un et ’autre au rapports entre scence et tecnque, eurs traau eprment carement a dersté de eur démarce née,  nous sembe, de a constructon de ’store des tecnques sur un soce purdscpnare (arcéooge, ben sûr, mas égaement etnooge et antropooge) au contrare de ’store des scences médéaes. Pourtant,  suit de rappeer es ourages de Bertrand Ge consacrés auIngénîeurs de la Renaîssanceou auMécanîcîens grecs(son derner re) pour sasr en quo sa recerce se pat à aborder es tecncens qu, par eurs réasatons et eurs saors, étabssent un en entre scence et 9 tecnque . Pour sa contrbuton dans ce domane à ’store du Moyen Âge,  conent de se tourner ers d’autres de ses traau. Les années 1970 étaent propces au syntèses. Leur rédacton résutat autant d’une oonté de reendcaton académque, adressée en partcuer au storens des scences, qu’à ’accès à un paer de connassances dsponbes. Cependant, Bertrand Ge, dans a grande resque d’store des tecnques qu’ a portée en sotare, dépasse e modèe courant en organsant es acqus de a recerce autour du concept qu’ aat u-même éaboré : ceu de « système tecnque ». Ce derner permet d’approcer es ens entre a tecnque et a scence assocées dans un même « système », ens qu ont égaement ’objet d’un captre partcuer dans e oume. Touteos, a spécîcté du Moyen Âge ne retent pas Bertrand 10 Ge . Sa réleon sur ’nnoaton tecnque au Moyen Âge, un tème qu u tenat à cœur, ofre égaement peu de pace au saors téorques et codîés, à a crcuaton et à ’ybrdaton des saors dont ’nnoaton aurat pu procéder.
Scence », dans Dad C. Lndberg et Mcae H. Sank (dr.),Cambrîdge Hîstory of Scîence,vol. 2,Medîeval Scîence, New York, Cambrdge Unersty Press, 2013, p. 630-644. 9. Bertrand Ge,Les Ingénîeurs de la Renaîssance, Pars, Hermann, 1964 et ïd., Les Mécanîcîens grecs. La naîssance de la tecnologîe, Pars, Seu, 1980. 10. ïd.,Hîstoîre des tecnîques. Tecnîque et cîvîlîsatîons, tecnîque et scîences, Pars, Gamard, « Bbotèque de La Péade », 1978.
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e e Scîence et tecnîque au Moyen Âge (XII-XVsîècle)
De même, es rapports entre scence et tecnque ont modérément suscté ’ntérêt de Lynn Wte Jr. dans ses écrts es pus connus consacrés à ’nnoaton tecnque et au transormatons socaes : tout au pus étabt- au cours de ces pages une reaton entre « ’apparton de a boussoe » et ’mpuson donnée au « recerces 11 sur e magnétsme » . Dans un artce à orte audence, où ’storen amércan réléct au orgnes de a crse écoogque contemporane qu’ pense nscrtes dans a crossance de ’Occdent créten,  nsste, certes, sur e déeoppement goureu des tecnques et de a scence occdentaes dès e Moyen Âge, mas son propos ne a pas jusqu’à eamner es rapports entre scence et tecnque ; ’storen des tecnques a înaement prééré eporer es ens entre regon et tecnques médéaes, et are ponctueement nterenr a scence 12 dans cette conrontaton . On peut ajouter à ces constatatons que, magré son ttre éocateur (On Pre-Modern Tecnology and Scîence), e oume que ses éèes et coègues u ont ofert éoque pus qu’ ne trate es rapports entre scence et tecnque, tands que es dossers eposés reprennent des cas eporés par Guy Beaujouan (Gudo da Vgeano et es « médecns ngéneurs », par eempe) ou correspondent à une cronooge basse, de a seconde moté du e xvI sèce à a Réouton scentîque, sans ofrr de dosser nédt 13 pour e Moyen Âge . ï est touteos possbe de trouer une réleon pus proce de cee de Guy Beaujouan cez es tecnoogues. Cette constataton est étonnante et mérte d’être epctée. Au-deà, en efet, d’une nterrogaton sur es ens entre tecnque et scence « nsttutonnee », a réleon engagée pus argement sur es reatons entre scence et tecnque médéaes permet de aorser e saor des tecnques, c’est-à-dre a pensée ratonnee en œure dans e geste tecnque. ï conent c de rappeer e sens premer
11. Lynn Wte Jr.,Tecnologîe médîévale et transformatîons socîales, Pars/ La Haye, Mouton, 1969 (traducton de son ourage paru en 1962). 12. ïd., « he Hstorca Roots o Our Ecoogc Crss »,Scîence, New Serîes, o. 155, 1967, p. 1203-1207 ; ïd.,Medîeval Relîgîon and Tecnology : collected essays, Berkeey, Unersty o Caorna Press, 1978. 13. Bert S. Ha et Seno C. West (dr.),On Pre-Modern Tecnology and Scîence. A volume of Studîes în onor of Lynn Wîte Jr., Los Angees, Center or Medea and Renassance Studes/Unersty o Caorna, 1976.
ïntroducton
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de « tecnooge », terme argement gaaudé aujourd’u du at de ’usage du néoogsme « tecnooge » caqué sur e terme angas « tecnoogy ». La noton de tecnooge, tee qu’éaborée e par Joann Beckmann à a în du xvIII sèce à Göttngen, est une téore de ’acton ntentonnee, toute tecnque étant déîne comme une acton înasée et eicace qu suppose une réleon 14 rapportée à un object, un projet . Cette ecture de a tecnque a été reprse par André-Georges Haudrcourt dans son ourage 15 nttuéTecnologîe, scîence umaîne. La tecnooge est un out contre ’nterprétaton routnère de a tecnque : même pour es tecnques éémentares, e geste tecnque e pus smpe repose sur une pensée anaogque et systémque – ce qu reent, en at, à une 16 autentque pensée du concret . Les ondements et es objects scentîques des tecnoogues sont, certes, dférents de ceu de Guy Beaujouan ; mas es deu ont en commun a oonté de rétabr a part du saor dans es tecnques médéaes. L’ensembe de ces perspectes permet au présent ourage de s’appuyer sur des tradtons derses, mas compémentares, pour tenter d’eporer es cemns que ’œure de Guy Beaujouan a ouerts, ou ben se rsquer sur d’autres senters encore en rce et assocant étrotement es storens des scences et es storens des tecnques. Cette rencontre est efectement au ondement de notre démarce et s’artcue autour de tros tèmes qu nous parassent essentes. 1.Le geste tecnîque. L’store des tecnques propose un ange d’approce de a tecnque comme procédant du saor médéa. En suant a réleon éconde des tecnoogues,  est possbe,
14. Joann Beckmann,Anleîtung zur Tecnologîe, Göttngen, Verag der Vandenoeckscen Bucandung, 1787 ; Jan Sebestk et Jacques Guerme, « Les commencements de a tecnooge »,halès, t. Xïï, 1966 (1968). Artce réédté dansDocuments pour l’îstoîre des tecnîques, nouvelle sérîe, n° 14, 2007. 15. André-Georges Haudrcourt, « La tecnooge scence umane »,La Pensée, 1964 ; réédté dans André-Georges Haudrcourt,La Tecnologîe scîences umaîne. Recerces d’îstoîre et d’etnologîe des tecnîques, Pars, Mason des scences de ’omme, 1987, p. 37-46. 16. Noë Barbe et Jean-Franços Bert,Penser le concert : André Leroî-Gouran, André-Georges Haudrîcourt, Carles Paraîn, Pars, Créaps, 2011.
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en efet, de rendre au geste tecnque son statut ratonne et de e penser comme un éément essente de a scence – ce que es storens des scences à sée pratque, par eempe a médecne, ont eu auss depus ongtemps ntégré à a compréenson de eur domane de recerces. Le geste de ’omme de ’art comme ceu de ’omme de scence entre dans a consttuton d’une pensée ratonnee. L’étude des contacts entre scence et tecnque suppose donc a prse en consdératon de ces mutpes cemnements : de a pensée au geste, du geste à a pensée, mas auss de a pensée qu’mpque e geste jusqu’à a pensée qu entend appréender ce geste. Le probème résde, ben édemment, dans a açon de reconsttuer des saors tecnques e pus couramment tactes c’est-à-dre, comme es aat déîns Mcae Poany, des saors non écrts qu se transmettent par a paroe mas surtout par e geste, 17 par a personne pysque qu es a comme ncorporés . La prse en compte des saors tactes est donc ondamentae pour qu souate étuder es tecnques médéaes et es gnorer aboutrat à une grae cécté scentîque, en rejetant arbtrarement a tecnque sans écrts ors du domane du saor et donc sans reaton possbe aec a scence. Cependant, comment opérer pour retrouer ces saors tactes, es reconsttuer quand s n’ont pas été codîés, même tardement, en partcuer au cours de a Renassance ? S ’écrt at déaut,  aut ourr d’autres cemns et epérmenter d’autres procédures scentîques. Questonner a matère comme s’appque à e are aujourd’u ’arcéométre est une oe enrcssante quand ee est sue en commun par es storens des tetes, es arcéoogues et es arcéométres. Ee permet de re dans a matère éaborée es opératons et es gestes tecnques qu correspondent à des co rétérés et ratonnes – en un mot, à des 18 saors tecnques . Une autre oe part de tetes souent peu
17. Mcae Poany,he Tacît Dîmensîon, New York, Doubeday - Ancor Books, 1967 ; sur a crcuaton des tecnques ancennes et eurs modatés, Lane Hare Pérez et Caterne Verna, « Dssemnaton o Tecnca Knowedge n te Mdde Ages and te Eary Modern Era. New Approaces and Metodoogca ïssues »,Tecnology and Culture (Jon Hopkîns Unîversîty Press, EU), 2006, o. 47, p. 537-563. 18. Pppe Dmann, Lane Pérez et Caterne Verna, « Les acers aant Bessemer », dans Pppe Dmann, Lane Pérez et Caterne Verna (dr.),
ïntroducton
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dserts qu sont us à a umère d’autres dscpnes. C’est ans qu’a été comprse a producton d’acer par ragmentaton ; e tete (une ordonnance des méters des rasorers de Tououse) répétt et peu précs a rééé tout son sens tecnque à partr d’une reconsttuton des pratques tradtonnees des métaurgstes japonas, pratques 19 toujours antes et enregstrées par es etnoogues . 2. La scolastîque, ses lîmîtes et ses contraîntes.Du côté de a scence, a scoastque n’a pas bonne presse dans ’opnon commune : on ’accuse d’aor égaré es saants dans de purs rasonnements sopstques et stéres, sans ancrage dans a pratque. Pourtant, a rcesse des apports de a ogque médéae, de ses rasonnements « seon ’magnaton », sa capacté à éaborer des soutons ratonnees pour es questons es pus compees sont des acqus des recerces pus ou mons récentes des storens de a posope et des scences. L’apport de a scoastque téoogque, posopque et scentîque à a rason est aujourd’u argement démontré, et  n’est pus guère possbe non pus de mettre en aant un carcan qu aurat emprsonné es penseurs en es prant de toute marge de manœure nteectuee. Pus qu’une prson nteectuee, e cadre consttué par es autortés est daantage un modèe de réérence, aec 20 eque es matres unerstares ont pu jouer presque à eur guse . Reste cependant ’accusaton portant sur ’absence d’eicence pratque et, ce asant, tecnque, de a scence scoastque. Ce gre, même Guy Beaujouan e ormuat pus ou mons epctement. Les nnoatons scentîques qu’ mettat en édence dans es années 1260 n’aaent-ees pas été efectuées snon en marge, du mons à côté 21 de ’nsttuton unerstare ? S’ se montrat prudent sur ce pont,
L’Acîer en Europe avant Bessemer, Tououse, CNRS/Unersté Tououse-e-Mra, « Mérdennes », 2011, p. 7-69. 19. Caterne Verna,Le Temps des moulînes. Fer, tecnîque et socîété dans les e e Pyrénées centrales (XIII-XVIsîècles), Pars, Pubcatons de a Sorbonne, 2001, p. 110-113. 20. Guseppe Sangrard et Ncoas We-Parot (dr.),Caîers de recerces médîévales et umanîstes, n° 27.1, « Le modèe dans a scence médéae », 2014, p. 11-137. 21. Guy Beaujouan, « La prse de conscence de ’apttude à nnoer (e tournant e du meu du xIII sèce) », dans Bernard Rbémont (dr.),Le Moyen Âge et la scîence, Pars, Knckseck, 1991, p. 5-14.
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 aat eprmé à puseurs reprses une certane dstance s-à-s de a scoastque perçue paros comme éognant ’omme du Moyen Âge de ’eicence pratque. S’ ne s’agt pas pour nous de are de a posope et de a scence scoastques des dscpnes orentées prortarement ers des réasatons tecnques, quatre obseratons amènent néanmons à nuancer e constat apparent d’une coupure totae entre scence scoastque et tecnque. En premer eu, a pensée scoastque a be et ben abordé a queston de a tecnque, sans manester nécessarement une orme de méprs à son égard – cet ntérêt n’étant pas mté au rêes tecnques d’un Roger Bacon, promoteur d’unescîentîa experîmentalîs entendant rompre aec e saor unerstare. En second eu, a scence scoastque est réquemment soctée par des déîs enant du monde de a pratque : que ’on pense, par eempe, à ’argumentaton autour de ’orreur du de née de dsposts comme a cantepeure (certes transms de manère resque). En trosème eu,  arre qu’un matre, aguerr à a pensée scoastque, sot auss un omme ersé dans des tecnques très concrètes, comme c’est e cas de certans spécastes de dscpnesa prîorîort abstrates mas asant preue d’un ntérêt très sensbe pour es pratques tecnques, comme un Abert e Grand. Enîn, certanes scences reèent d’un doube statut : entrearsetscîentîa. C’est e cas de a médecne, dscpne pour aquee ’ensembe des auteurs scoastques sont égaement des pratcens, passant sans souton de contnuté de dscussons téorques sur a pysooge à ’appcaton de sons efects à des patents – sons que nous donnent notamment à or eursconsîlîa, ces consutatons mses par écrt dont es premers eempes datent e e de ’ïtae du tournant des xIII et xIv sèces, aec es îgures de Taddeo Aderott (m. 1295) ou Gente da Fogno (m. 1348), par aeurs auteurs de ongs commentares scoastques. 3.La questîon des sources. Reste a queston des sources. ï n’este édemment guère de sources spécîques où se rat e en entre scence et tecnque médéaes. Poser a queston de a tecnque rsque d’eposer e cerceur en store des scences à préger des eempes céèbres mas soés, comme ceu de Perre de Marcourt et de ses boussoes. Or ces eempes, Guy Beaujouan en a sougné à a os ’mportance et a reate margnaté par rapport à a scence unerstare, c’est-à-dre par rapport à ce que homas Kun aurat