Sous l’empire du cacao

Sous l’empire du cacao

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192 pages

Description

Le Cameroun méridional est l'une des principales régions productrices de cacao du pays. Depuis le début du siècle, cette culture a peu à peu envahi les terroirs villageois, évinçant même le café. Vingt-cinq ans après l'Indépendance, sa progression continue. L'économie agricole régionale, extravertie, dépend des cours mondiaux du cacao qui ne cessent de se dégrader. La détérioration de la situation économique des planteurs va de pair avec le rapide essor de la capitale, Yaoundé, qui polarise de forts mouvements migratoires. Le problème crucial que pose actuellement l'avenir de la culture du cacao est analysé du point de vue des paysans, à travers deux cas concrets, deux villages très différents par leur environnement, leur population, leur degré d'enclavement. L'originalité de l'approche est double. D'une part, elle privilégie l'étude des terroirs, moyen d'investigation le mieux adapté pour saisir les rapports complexes unissant les paysans et l'espace qu'ils exploitent. D'autre part, en présentant les villages à deux époques différentes, l'étude acquiert une dimension temporelle permettant de discerner les tendances longues. Les multiples conséquences de la culture du cacao sur les systèmes de production, la concurrence entre les plantations et les cultures vivrières, la dépendance des paysans vis-à-vis des cultures de rente, sont autant de questions d'actualité, au moment où l'effondrement des cours laisse présager la chute de l'« empire » du cacao. Ce problème dépasse largement les frontières du Cameroun. C'est celui de tous les pays exportateurs de produits tropicaux.


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Date de parution 19 novembre 2018
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EAN13 9782709925051
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Sous l’empire du cacao Étude diachronique de deux terroirs camerounais
Christian Santoir
DOI : 10.4000/books.irdeditions.15402 Éditeur : IRD Éditions Année d'édition : 1992 Date de mise en ligne : 19 novembre 2018 Collection : À travers champs ISBN électronique : 9782709925051
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782709911153 Nombre de pages : 192
Référence électronique SANTOIR, Christian.Sous l’empire du cacao : Étude diachronique de deux terroirs camerounais.Nouvelle édition [en ligne]. Marseille : IRD Éditions, 1992 (généré le 28 novembre 2018). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782709925051. DOI : 10.4000/books.irdeditions.15402.
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© IRD Éditions, 1992 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Le Cam eroun m éridional est l'une des principales ré g ions productrices de cacao du pays. Depuis le début du siècle, cette culture a peu à pe u envahi les terroirs villag eois, évinçant m êm e le café. Ving t-cinq ans après l'Indépendance, sa prog ression continue. L'économ ie ag ricole rég ionale, extravertie, dépend des cours m ondiaux du cacao qui ne cessent de se dég rader. La détérioration de la situation économ iq ue des planteurs va de pair avec le rapide essor de la capitale, Yaoundé, qui polarise de forts m ouvem ents m ig ratoires. Le problèm e crucial que pose actuellem ent l'avenir de la culture du cacao est analysé du point de vue des paysans, à travers deux cas concrets, deux villag es très différents par leur environnem ent, leur population, leur deg ré d'enclavem ent. L'orig inalité de l'approche est double. D'une part, elle privilég ie l'étude des ter roirs, m oyen d'investig ation le m ieux adapté pour saisir les rapports com plexes unissant les paysans et l'espace qu'ils exploitent. D'autre part, en présentant les villag es à deux épo ques différentes, l'étude acquiert une dim ension tem porelle perm ettant de discerner les tendances long ues. Les m ultiples conséquences de la culture du cacao s ur les systèm es de production, la concurrence entre les plantations et les cultures vivrières, la dépendance des paysans vis-à-vis des cultures de rente, sont autant de questions d'actualité, au m om ent où l'effondrem ent des cours laisse présag er la chute de l'« em pire » du cacao. Ce problèm e dépasse larg em ent les frontières du Cam eroun. C'est celui de tous les pays exportateurs de produits tropicaux.
CHRISTIAN SANTOIR
Géog raphe de l'Orstom , a travaillé en Afrique, plus particulièrem ent au Cam eroun, au Sénég al et en Mauritanie. Ses études portent sur les sociétés rurales. De 1982 à 1986, il s'est consacré à l'élaboration de l'« atlas rég ional du Sud Cam eroun ».
SOMMAIRE
Introduction
1. Le contexte géographique : le Cameroun du sud LE MILIEU NATUREL LE PEUPLEMENT « PAYS »BULUET « PAYS »ÉTON
2. Le système de production ancien LA CELLULE FAMILIALE : UN GROUPE IMPORTANT, AUTONOME ET MOBILE UN SYSTÈME AGRICOLE MIXTE ADAPTANT LES CULTURES DE SAVANE À LA FORÊT UN TRAVAIL AGRICOLE FÉMININ SOUS CONTRÔLE MASCULIN DES RAPPORTS LÂCHES AVEC LE SOL UTILISÉ TEMPORAIREMENT LES TRANSFORMATIONS DE L'ÉPOQUE COLONIALE CONCLUSION
3. La situation des terroirs d'Alen-Zalengañ et Yemesoa en 1972 LE CADRE PHYSIQUE : DES CONDITIONS PEU CONTRAIGNANTES LA POPULATION : DE PETITES EXPLOITATIONS AGRICOLES MANQUANT D'HOMMES JEUNES L'ORGANISATION SOCIALE : UN ENSEMBLE COMPLEXE LA TERRE : UN BIEN DIFFICILEMENT ACCESSIBLE LES CULTURES : UNE CONCURRENCE ENTRE PLANTES VIVRIÈRES ET PLANTATIONS CONCLUSION
4. Treize ans après : la situation des deux villages en 1985 LA POPULATION : PARTOUT EN DIMINUTION LA TERRE : VERS UNE SUCESSION UNILATÉRALE LES CULTURES : EXTENSION DES CACAOYÈRES ET GENERALISATION DE L'AFUP OWONDO LES ACTIVITÉS EXTRA-AGRICOLES : DES OCCUPATIONS SECONDAIRES MAIS SOUVENT LUCRATIVES CONCLUSION
5. Le bilan : inertie et évolution LES RÉSULTATS DES SYSTÈMES AGRICOLES : UNE PRODUCTION VIVRIÈRE INVERSEMENT PORTIONNELLE AUX RENDEMENTS DES PLANTATIONS LES CONTRAINTES LES FACTEURS POSITIFS LES STRATÉGIES PAYSANNES CONCLUSION
Conclusion générale
Bibliographie
Summary
Table des illustrations
Cartes
Introduction
La rég ion forestière du Cam eroun m éridional présent e une g rande hom og énéité de paysag es. La disposition de l’habitat, des cham ps, leur situation par rapport aux élém ents du relief ne varient g uère et se répètent sur un vaste territoire. Cette uniform ité est due en g rande partie, à la constance et au caractère contr aig nant du m ilieu physique, m ais ég alem ent à la g rande unité culturelle du m ondebéti.Ici, pas de différenciation ethnique à proprem ent parler, m ais plutôt des nuances, se m anifestant dans le dom aine ag raire par la préférence apportée à tel type de culture, par l’im portance relative des plantations, ou par la place des activités extra-ag ricoles : chasse, pê che... Le systèm e de culture n’est pas un élém ent de différenciation. Il est partout basé sur une culture itinérante associant sur un m êm e cham p, lors de deux saisons, les m êm es culture s principales : plantain, m anioc, arachide, m acabo, ig nam e..., aux m êm es cultures sec ondaires : m aïs, lég um es, cucurbitacées, condim ents... Les paysanneries dans le sud du Cam eroun sont g énér alem ent peu enracinées dans leurs terroirs, peu nom breuses, à l’exception rem arquable du pays éton,sans techniques et d’org anisation suffisam m ent fortes pour im poser leur em preinte sur l’environnem ent. Ces sociétés sont à l’heure actuelle en pleine évolution. Elles chang ent, à des deg rés divers, à des rythm es différents, sous le coup de facteurs nouvea ux apparus au cours des soixante dernières années : introduction des cultures de ren te et de l’économ ie m onétaire, m obilité accrue des individus, ouverture de g rands axes de com m unication, ém erg ence des centres urbains, accroissem ent dém og raphique... Les transform ations et les problèm es des com m unautés rurales sont particulièrem ent bien appréhendés par les études de terroirs qui sont des « outils » d’investig ation adaptés pour évaluer le poids des contraintes et leur incidence locale. Ces m onog raphies g éog raphiques décrivent les activités des paysans ainsi que les r apports com plexes qui les unissent à un espace approprié, fournissant l’essentiel de leurs m oyens d’existence. Il s’ag it d’une recherche de base qui perm et une connaissance plus intim e du m ilieu rural ; elle s’appuie sur la cartog raphie des traits essentiels de l’espa ce rural : m ilieu physique, population, successions culturales, productions... Malg ré leur utilité, les études de terroirs sont rares dans la zone concernée1. Prendre pour exem ple de l’évolution d’ensem ble seul em ent deux villag es jug és « représentatifs », parm i des centaines, peut paraî tre com m e une g ag eure. Certes, l’hom og énéité culturelle du m ilieu forestier et l’unité des systèm es de cultures autorisent à lim iter le nom bre d’exem ples. Notre choix a surtout été g uidé par des études antérieures effectuées au début des années soixante-dix, par de s chercheurs de l’Orstom , MM. J. Tissandier et C. Weber, sur un villag eéton(Yem esoa) eet un villag bulu (Alen-Zaleng añ). En dehors du critère ethnique, ces deux terroirs ont é té choisis dans deux rég ions très différentes, voire opposées, par bien des caractère s ; l’une, le pays éton,ite de lala lim  à savane et à proxim ité de Yaoundé, avec des densités hum aines très fortes, supérieures à 100
2 hab./km ; l’autre, le pays bulu, dans une zone de g rande forêt peu habitée (dk = 13 2), hab./km éloig née de tout centre et à l’écart des g rands axes de circulation. À l’occasion d’un travail plus vaste2blé intéressant, sinon d’entreprendrenous a sem  il des études de terroir « en rég ie » qui auraient dem andé trop de tem ps, du m oins de reprendre certaines des données de l’époque (aim abl em ent com m uniquées par J. Tissandier) et de les actualiser pour 1983-86. Il e st rare en effet, d’avoir des inform ations suivies sur un terroir à une dizaine d’années d’int ervalle3. Notre propos, ici, est donc d’essayer de saisir l’évolution récente de deux terroirs, sur treize ans, en partant de l’exposé du contexte g éog raphique et des m utations des systèm es de production survenues lors de la période coloniale. Pour cela, nous privilég ierons certains thèm es com m e le systèm e foncier, les superficies cultivées, les types de cultures, l’ém ig ration. Le but est d’obtenir des indices sur l’évolution probable des systèm es de production, com pte tenu des nouvelles contraintes, des facteurs nég atifs et positifs. À travers l'étude de ces deux villag es, se pose le problèm e crucial de l'avenir de la culture cacaoyère dans le Cam eroun m éridional, et dans un cadre plus larg e, celui de l'économ ie de plantation en g énéral. Depuis plus de quatre-ving ts ans, le cacao a apporté une certaine prospérité aux paysans. C'est pour cette raison qu'il continue à envahir les terroirs dont il occupe de larg es superficies au détrim ent des cultures vivrières. Au m om ent où les cours du cacao s'effondrent, cette culture est devenue un lourd héritag e dont le passif a tendance à dépasser l'actif. Pour chaque producteur, le problèm e est de s'affranchir de la trop forte em prise du cacao, de se libérer de l'« em pire » d'une plante qui règ ne sans partag e sur les économ ies fam iliales com m e sur les espaces ruraux. Mais com m ent rem placer une culture devenue indispensable ? Relancer une cacaoyère vieillie, aux rendem ents inég aux, apparaît problém atique et n e peut être envisag é que dans des zones où l'espace est disponible et dans le cadre d e g randes plantations. Pour la petite exploition fam iliale, l'avenir se situe ailleurs, du côté des cultures vivrières dont la dem ande urbaine ne cesse de g randir. Mais la reconversion des terroirs n'est pas pour dem ain, m êm e si elle doit être préparée dès aujourd'hui. Com pte tenu de l'évolution des terroirs, telle qu'e lle apparaît dans l'étude ci-dessous, le cacao ne sem ble plus pouvoir assurer l'avenir des e xploitations paysannes. La m anne cacaoyère qui a profité aux paysans, com m e à l'État , n'a pas été un élém ent de m odernisation des cam pag nes qui se tournent de plus en plus vers les villes. C'est sans doute de ce côté qu'il convient de chercher des solutions , de nouvelles opportunités pour un véritable développem ent. La ville représente un éno rm e m arché qu'il reste à org aniser entièrem ent. La conquête de ce m arché est m aintenan t le véritable enjeu des paysanneries du Cam eroun m éridional. Nos études se sont déroulées en 1985 et 1986, dans le cadre du Centre g éog raphique national de Yaoundé qui nous a fourni les m oyens financiers et m atériels. Nous rem ercions tout particulièrem ent MM. A. Bopda, chercheur, H. Eling ui et N. Mebeng a, techniciens, qui nous ont apporté leur aide lors des relevés topog raphiques et des enquêtes chez les villag eois. N.B. : Il nous est apparu nécessaire d'hom og énéiser la transcription des term es béti. Celle des toponym es est conform e, dans l’ensem ble, à l’an cienne transcription française, bien im parfaite, m ais désorm ais consacrée par l’usag e. Les différences observées çà et là dans les cartes, sont d’ailleurs m inim es. Beaucoup plus déli cate est la transcription des nom s des g roupes hum ains et des nom s com m uns dont l’orthog ra phe s’avère très chang eante et pas
encore fixée. Aussi avons-nous adopté quelques principes phonétiques sim ples, utilisant des caractères standards pour plus de facilité :
e = eu é = é (il n’y a pas de è) u = ou j = dj (com m e dans John) g = g ue (com m e dans bag ue) n = ng (com m e dans l’ang lais king ) ny = g ne (com m e dans pag ne) s = sse (com m e dans poisson) w = wo (com m e dans l’ang lais what)
NOTES
1. Deux études aux lim ites occidentales et orientales du pays béti (J.Cham paud : Mom, J. Tissandier : Zengoaga), une dans la partie la m oins peuplée du pays éton ; (L. Wenezoui Nkong m esa). 2.eroun.ional Sud Cam L'élaboration de l'atlas rég 3.ssuré pendant plusieurs années, leent du cacao) a a Sodecao (Société de développem  La suivi d’un échantillon d’exploitations ag ricoles ré parties dans des villag es différents de la zone cacaoyère.