Voyage à la Sainte-Baume

Voyage à la Sainte-Baume

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Livres
78 pages

Description

Un heureux hasard m’a mis en rapport avec un de ces intrépides chercheurs que rien n’arrête ni ne décourage et qui, après un séjour de deux ans dans notre ville, en connaît les environs de manière à pouvoir en citer tous les endroits agréables, curieux ou intéressants par leurs beautés naturelles ou par les souvenirs qui s’y rattachent. Portraitiste distingué et paysagiste habile, M. B * * * est de plus savant archéologue et géologue passionné.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 04 avril 2016
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EAN13 9782346057627
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Niderlinder
Voyage à la Sainte-Baume
Extrait des Promenades aux environs de Toulon
INTRODUCTION
Une grande : une immense désillusion attend le voya geur du nord de la France qui a entendu les méridionaux parler avec amour et enthou siasme de leurbelle et poétique Provence, et qui se borne à visiter Marseille et To ulon. Le chemin de fer qui conduit à la première de ces deux villes traverse presque con stamment de vastes plaines dépouillées de toute espèce de végétation, où l’œil n’aperçoit que des cailloux et de loin en loin quelques monticules de sable couronnés parfois par de maigres tamaris, dont l’isolement fait encore mieux ressortir l’affr euse stérilité de cet immense désert. La route qui mène de Marseille à Toulon est aussi d ’une désolante monotonie. Les arbres et les champs qui la bordent, sont comme ens evelis sous un linceul de poussière que les l’affales du mistral soulèvent en nuages compactes sous les pieds des chevaux. Cette poussière non seulement dérobe à la vue les objets environnants, mais pénétrant dans l’intérieur des voitures, elle détériore les vêtements et s’introduit dans les yeux, la bouche et les narines ; de sorte qu’on arrive à Toulon les yeux rougis, la gorge en feu, à moitié asphyxié, et maug réant contre de pareilles routes et la nécessité ou la fantaisie qui en a fait affronter l es inconvénients. Si l’étranger s’aventure hors de Marseille dans une promenade champêtre, son désenchantement est plus complet encore. Obligé de marcher presque constamment dans des chemins étouffants et poudreux s’il en fût , qui s’allongent indéfiniment entre des murs calcinés par le soleil, n’apercevant de to us côtés que des montagnes grisâtres qui seraient totalement dépourvues de vég étation n’était çà et là quelques bouquets de pins rabougris et de chênes-kermès Ou q uelques oliviers tout blancs de poussière, fatigué par la chaleur du sol et par l’a rdeur du soleil, il rentrera bientôt, et classera désormais labelleueau nombre de ces mmenses mystifications q  Provence les voyageurs sont quelquefois exposés à subir. Les mêmes impressions se reproduisent si l’on visit e les environs de Tonton ; car là comme à Marseille la campagne disparait presque en entier sous les bâtisses. Le propriétaire de quelques ares de terre ne se croira entièrement chez lui que lorsqu’il aura clos sapropriété de mètres etmurs blanchis à la chaux, hauts de deux à trois dont la crête garnie de débris de bouteilles augmen te encore les inconvénients par l’action des rayons solaires que ces verres réfléch issent et multiplient. Quand donc les habitants de Marseille et de Toulon comprendront-il s la supériorité des clôtures végétales qui rempliraient mieux leur but (celui d’ empêcher les incursions des voleurs), car quelques morceaux de verre arrachés d ’une muraille où ils ne peuvent jamais être scellés bien solidement livrent passage à un malfaiteur au bout de deux minutes, tandis qu’une haie vive haute de quatre à cinq pieds et large de trois est infranchissable ? D’ailleurs ces haies leur procure raient l’ombre qui leur fait totalement défaut aujourd’hui ; car j’ai vu des gens qui vont passer le dimanche à ce qu’ils appellent lacampagne,être obligés pour en avoir de tourner avec le sole il autour d’un méchant cabanon de quelques pieds carrés. D’un autr e côté ces clôtures sont beaucoup moins chères et possèdent le précieux avan tage de ne pas masquer entièrement la vue des environs, en même temps qu’e lles purifient l’air par leurs émanations suaves. Fasse le ciel que messieurs les propriétaires comprennent cela un jour ! Ils y gagneront ainsi que la reputation d e leur pays. Cette impression qui saisit tous les voyageurs à le ur arrivée à Marseille ou à Toulon, ne s’affaiblit même pas à la vue de la ravissante e t si pittoresque campagne d’Hyères. Ou la regarde comme une heureuse exception, comme u n eden créé par le caprice de
la nature au sein d’une contrée aride et calcinée p ar le soleil, et l’on en conserve le souvenir comme celui que ferait naître une fraîche oasis au milieu des sables brûlants de l’Afrique, voilà tout. Si l’on a bien compris quel dégoût suit inévitablem ent les premières promenades autour de Toulon, on concevra facilement que la plu s grande partie des voyageurs quittent cette ville sans connaître les beautés nat urelles et pourtant si nombreuses de son territoire. Mais ce qui paraîtra étrange et ce qui m’a toujours surpris, c’est que la plupart des habitants ne les connaissent pas ou ne les connaissent que par ouï-dire. Parlez-leur de la riante vallée des Moulières, de c elle du Revest. du curieux phénomène qu’offre celle de Dardenne : il semblera à leur air étonné que vous leur parlez des environs de Rome ou de Jérusalem. Ce serait bien autre chose si vous leur te parliez de Coudon que si peu ont gravi, de la Chart reuse de Montrieux, de la S -Baume, etc., etc. Tous ou presque tous répètent des plaisanteries traditionnelles sur les Six-Fourniens qui sont pour eux ce que sont les gens des Martigues pour les Phocéens de Marseille, et ce qu’étaient les habitan ts de la Béotie pour les Athéniens rieurs et légers ; mais combien peu parmi eux ont j amais essayé de gravir jusqu’au sommet de ces ruines gigantesques, combien peu conn aissent cette ravissante église de Six-Fours, véritable bijou que nous a légué le m oyen-âge et qui est un des monuments les mieux conservés de l’architecture rom ane ! D’où provient cette indifférence ? Je l’ignore. Toujours est-il qu’elle existe et que ce sont en général les étrangers résidant à Toulon, qui en connaissent le mieux les environs et y guident les autres étrangers et même les habitants. Quelques-unes des lignes qui précèdent feront peut- être conclure à ceux qui liront ceci qu’à mes yeux la réputation de la Provence usu rpée. Je proteste d’avance contre une pareille interprétation de mes paroles ; car je crois que la Provence est bien telle qu’on l’a surnommée, c’est-à-direbelle etpoétique. N’est-elle pas belle en effet cette terre qu’un soleil toujours radieux féconde, que de nombreux cours d’eau arrosent et fertilisent, cette terre où le myrte, le laurier-ro se, l’oranger, le grenadier, le dattier, le jujubier, croissent en pleine terre, où tous les fruits ont un parfum que l’on demanderait en vain aux fruits mûris sous les climats brumeux d u Nord, cette terre qui offre aux yeux de ceux qui la parcourent, ici des vallées tan tôt pittoresques et aboutissant à des prairies verdoyantes, tantôt majestueusement sauvag es et se terminant par des gorges sombres et étroites, plus loin de vastes pla ines couvertes de vignes et d’oliviers ou d’immenses et presque impénétrables f orêts, etc., etc. ? N’est-elle pas poétique cette terre où la langue elle-même est une poésie, où tout enfant naît poète, où tout dispose l’âme à la rêverie depuis ce ciel d ’un bleu splendide jusqu’à cette mélancolique Méditerranée ? Oui, la Provence est un e terre privilégiée, et la douceur du climat, la limpidité du ciel, la sérénité de l’a ir, la fécondité du sol, la variété des produits, la langue riche et sonore, la grandeur et l’importance des souvenirs historiques, n’y laissent rien à envier aux plages les plus fortunées de l’Italie. Aussi, bien que je ne sois qu’un de ses enfants d’adoption , j’éprouve pour elle une admiration enthousiaste et j’ai toujours regretté qu’il n’exis tât aucun livre qui pût servir de guide dans la partie que nous habitons ; car Toulon, est, sous ce rapport, bien moins favorisé que ne le sont Marseille, Arles, Avignon, où des ouvrages spéciaux dirigent les recherches des explorateurs. Nous possédons, il est vrai, sur la ville et le port un ouvrage dû à la plume élégante et facile de M. Henr y. Ce livre est rempli de détails intéressants, de remarques sagaces, d’aperçus lumin eux et de documents précieux qui prouvent la profonde érudition de son auteur ; mais il est regrettable que celui-ci se soit borné à une tâche aussi circonscrite, d’autant plus que mieux que tout autre peut-
être il était apte à étendre dans un vaste rayon se s savantes investigations. C’est pour essayer de combler cette lacune que j’ai écrit quelques pages sur des promenades aux alentours de Toulon, considérés surt out au point de vue botanique. Je n’ai pas la prétention d’être toujours resté à l a hauteurd’une tâche trop lourde, peut-être, pour mes faibles forces, et je réclame l’indu lgence des lecteurs pour un travail que je sais moi-même être très imparfait ; mais qua nd je n’aurais fait que donner l’idée à quelqu’un plus habile et plus expérimenté que moi de traiter les mêmes matières d’une façon plus complète, je me regarderais comme suffisamment récompensé de mes efforts ; car je n’ai d’autre but que celui d’ê tre utile.
PROMENADES
AUX ENVIRONS DE TOULON
PREMIÈRE PROMENADE
SIGNES ET LA SAINTE-BAUME
Un heureux hasard m’a mis en rapport avec un de ces intrépides chercheurs que rien n’arrête ni ne décourage et qui, après un séjo ur de deux ans dans notre ville, en connaît les environs de manière à pouvoir en citer tous les endroits agréables, curieux ou intéressants par leurs beautés naturelles ou par les souvenirs qui s’y rattachent. Portraitiste distingué et paysagiste habile, M. B * * * est de plus savant archéologue et géologue passionné. Sou grand savoir qu’il dissimul e par modestie avec ceux qu’il ne connait guère, son érudition, sa gaîté inépuisable qui lui permet de passer c ons tam m entdu grave au doux, du plaisant au sévère,qu’une exploration font entreprise avec lui devient une véritable partie de plaisir. Aussi ai-je accepté avec empressement la proposition qu’il me fit dans les p remiers jours de juin, de te l’accompagner à la S-is. SonBaume où il allait en excursion avec deux de ses am offre me fut d’ailleurs d’autant plus agréable, que c’était seulement le manque de guide qui m’avait jusqu’alors empêché de visiter ce lieu remarquable, dont les géologues et les botanistes surtout parlent avec un véritable enthousiasme.