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Voyage de François Le Vaillant aux pays des grands et des petits namaquois

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197 pages

Vers l’époque où le goût des collections d’histoire naturelle et surtout les premiers volumes de Buffon réveillaient la passion des excursions lointaines, naissait à Paramaribo (Guyane hollandaise) un enfant qui devait un peu plus tard prendre une part active au développement de « cette science des oiseaux et des mammifères jusque-là si négligée. »

Son père, négociant originaire de Metz, homme instruit et amateur passionné de collections, n’épargnait aucune peine pour se procurer par lui-même les objets remarquables et curieux répandus dans la partie si intéressante de l’Amérique méridionale où il s’était fixé, et aucun soin pour les préparer et les conserver.

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Antoinette-Joséphine-Françoise-Anne Drohojowska
Voyage de François Le Vaillant aux pays des grands et des petits namaquois
L'Afrique australe à notre époque
PREMIÈRE PARTIE
I
Le Vaillant. — Sa famille. — Sa jeunesse. — Ses tra vaux. — Sa mort
Vers l’époque où le goût des collections d’histoire naturelle et surtout les premiers volumes de Buffon réveillaient la passion des excur sions lointaines, naissait à Paramaribo (Guyane hollandaise) un enfant qui devai t un peu plus tard prendre une part active au développement de « cette science des oiseaux et des mammifères jusque-là si négligée. » Son père, négociant originaire de Metz, homme instr uit et amateur passionné de collections, n’épargnait aucune peine pour se procu rer par lui-même les objets remarquables et curieux répandus dans la partie si intéressante de l’Amérique méridionale où il s’était fixé, et aucun soin pour les préparer et les conserver. En outre, il récompensait libéralement tous ceux qui lui proc uraient quelque objet nouveau. me M Le Vaillant, soit par affection et dévouement pour son mari, soit par goût pour les études et les recherches auxquelles il se livra it, l’accompagnait dans toutes ses excursions scientifiques et parcourait ainsi avec l ui tantôt une partie, tantôt une autre de la vaste colonie où ils avaient fondé une riche et magnifique plantation. Et, non seulement le jeune François avait ainsi con stamment sous les yeux les produits de leurs travaux et de leurs acquisitions ; non seulement il jouissait avec eux et à son aise de leur cabinet varié, mais, dès ses plus jeunes années, il devint le compagnon de leurs courses scientifiques. Il exerça ainsi ses premiers pas dans le désert et, comme il le remarque lui-même, naquit presque sauvage. « La nature, ajoute-t-il, fut ma première institutr ice, parce que c’est sur elle que tombèrent mes premiers regards.... Bientôt, travail lant pour mon propre compte, je me formai un cabinet de papillons, de scarabées et d’u ne infinité d’autres insectes.... Sur ces entrefaites, on me fit cadeau d’un singe auquel je m’attachai beaucoup, et que j’ai perdu d’une façon doublement malheureuse. Il croqua mes chenilles et mes papillons, et avec les insectes, il avala les épingles dont il s étaient traversés. Cet exploit lui fut fatal ; il ne survécut pas aux tourments affreux qu ’il en ressentit.... Je reçus ainsi une double leçon : j’appris à me défier de la gourmandi se et à apprécier les avantages de l’ordre. » La famille Le Vaillant, désirant rentrer en Europe, prit passage, le 4 avril 1763, à bord d’un bâtiment frété pour la Hollande. Le 12 ju illet suivant, le navire jetait l’ancre au Texel. me Après quelques mois passés sur la terre Batave, M., M Le Vaillant et leur fils revinrent s’installer définitivement à Metz, où le jeune naturaliste put donner carrière à ses goûts. Il s’appliqua à empailler toute espèce d’animaux, e t y réussit fort bien. Quand il eut achevé d’explorer la belle campagne messine, il éte ndit ses courses scientifiques à une partie de la Lorraine et des Vosges ; il passa en Allemagne, où il séjourna deux ans, toujours à peu près exclusivement occupé de sc iences naturelles. Toutefois, ces courses multipliées, ces chasses fat igantes développaient à la fois les forces physiques du jeune homme et cet esprit d ’observation, cette énergie morale, cette persévérance d’atteindre le but propo sé, qui sont nécessaires au voyageur et au savant, et dont il devait faire part iculièrement preuve dans sa double exploration de l’Afrique.
Par un hasard heureux et rare, l’indépendance, que lui assuraient la position et la fortune de sa famille, se joignit, pour lui prépare r les voies, aux encouragements de ses parents. Et ainsi lui furent épargnés ces luttes, ces viciss itudes, ces obstacles et préoccupations de toutes sortes, qui d’ordinaire en travent les desseins du genre de celui qu’il conçut dès sa jeunesse, et qu’il eut le mérite d’exécuter avec autant de courage que de succès : l’exploration d’une des par ties de l’Afrique les plus intéressantes et, jusqu’ici, les moins connues. Il lui manquait encore une étude préparatoire, la p lus nécessaire et la plus importante sans contredit ; il ne connaissait point Paris : les merveilles de son enseignement, de ses collections étaient pour lui l ettres closes ; les causeries, les conseils, la direction des savants éminents qui en faisaient le centre du grand mouvement scientifique en voie de s’accomplir, n’av aient point encore achevé de porter la lumière dans son esprit et d’y développer « ce feu sacré » qui n’est pas moins nécessaire au savant qu’à l’artiste et à l’éc rivain. Son père l’y conduisit en 1777, et pendant trois an s il put voir chaque jour les 1 oiseaux, les insectes et autres animaux duJardin du roi, et les comparer à ceux des cabinets de Hollande, alors si riches par suite de l’immense extension coloniale de ce pays, et qu’il avait presque tous visités. Ainsi préparé pour l’entreprise qu’il méditait, il quitta Paris et alla s’embarquer au Texel, le 19 décembre 1780. Le 20 mars suivant, il arrivait au Cap de Bonne-Esp érance, encore occupé à cette époque par les Hollandais. Nous laisserons bientôt parler le célèbre voyageur lui-même. Disons seulement par anticipation, avec un de ses biographes, qu’il épro uva bien des vicissitudes et qu’après deux voyages dans l’intérieur de l’Afrique , l’un vers l’est, que nous nous bornerons à analyser rapidement, et l’autre vers l’ ouest, que nous lui demanderons de nous raconter en détail, il revint à Paris en 1786, possesseur d’une peau de girafe 2 mâle, la première qui eût été vue en France et même en Europe , et qui est aujourd’hui au Muséum du Jardin des plantes ; d’une collection d’insectes rares, et de mille quatre-vingts espèces d’oiseaux, dont plus de trois cents espèces étaient encore inconnues en Europe. « Le Vaillant était un habile observateur et un orn ithologiste distingué ; mais, peu versé dans l’étude des sciences et des lettres, il dut, à l’exemple de Chardin et de l’amiral Anson, recourir à une plume étrangère pour la rédaction de ses voyages. Il s’adressa, à cet effet, à un jeune homme appelé Varon, qui, imbu des doctrines de Jean-Jacques Rousseau, employa son imagination à lu i prêter cet amour immodéré de l’indépendance, cette critique partiale de la vi e civilisée et cette admiration irréfléchie pour la vie sauvage que les écrits du p hilosophe de Genève avaient mis à la mode. Il se plut aussi à peindre Le Vaillant, qui n ’avait eu de son propre aveu qu’à se louer de tous ceux avec qui ses préparatifs de voya ges l’avaient mis en relations tant en Europe qu’en Afrique, comme méconnu et persécuté . Ce système de dénigrement avait fait des ennemis au voyageur, et pendant la Terreur, il faillit payer de sa tête la manifestati on de certaines opinions peut-être imprudentes. Il ne dut la vie qu’à la chute de Robe spierre. Cette circonstance et quelques démêlés avec des lib raires empêchèrent la publication immédiate de tous les voyages de Le Vai llant. D’autre part, le jeune Varon, étant parti pour l’Italie sans avoir achevé la réda ction de son second voyage, celui-ci fut terminé par Legrand d’Aussy. »
Le mérite de style des voyages de Le Vaillant leur avait valu un grand succès, bien que l’on suspectât non seulement la véracité, mais même la réalité des voyages. Ceux qui, n’allant pas si loin, admettaient que le coura geux explorateur eût réellement parcouru les contrées décrites, faisaient de lui un e sorte d’aventurier plus avide de renommée que réellement poussé par le désir d’étend re les limites des sciences naturelles et de faire avancer la connaissance géog raphique de l’Afrique. Ces soupçons, ou plutôt ces calomnies étaient évide mment injustes. Le Vaillant a réellement visité les pays qu’il décrit, et non seu lement il les a vus, mais il les a très exactement observés. Il n’y a plus aucun doute à ce t égard, non plus que sur la véracité de ses faits et gestes. Le témoignage des missionnaires anglais qui ont vis ité plus tard les mêmes contrées, celui des voyageurs contemporains qui y o nt pénétré, sont d’accord pour corroborer tout ce qu’il rapporte. Enfin, à mesure que la colonisation empiète sur le désert, à mesure que s’ouvre devant les Européens cette mystérieuse Afrique méri dionale dont Le Vaillant fut un des premiers explorateurs, on acquiert la preuve qu e la description du pays et de ses usages, les appréciations de mœurs et de tendances sont aussi fidèles qu’intéressantes. Il n’est douteux maintenant pour personne que Le Va illant était à la fois un voyageur expérimenté et un homme sincère, et que, s’il eût p u rédiger lui-même entièrement ses voyages comme il avait écrit ses observations ornit hologiques, il y aurait apporté la 3 même simplicité que dans les relations de sa vie ha bituelle . D’ailleurs, et en dépit de toute critique, les voya ges de Le Vaillant seront toujours lus avec autant de fruit que de plaisir : ils amusent e t intéressent, i s attachent fortement par des descriptions et des observations à la fois exactes et saisissantes, et par une connaissance approfondie de l’homme et de la nature . Certes, ce sont là des qualités réelles, et il nous semble superflu d’ajouter que l’homme, qui, de l’aveu de ses critiques les plus a rdents, les a possédées, ne saurait mériter le titred’aventurierque ces mêmes critiques lui ont décerné. S’il ne fut pas un savant dans toute l’étendue que l’on donne à ce mot, pris dans son sens abstrait, Le Vaillant fut incontestablement un très habile entomologiste, unsavant ornithologiste et un observateur expérimenté des ph énomènes de la nature. Il possédait des connaissances générales assez étendue s dans toutes les branches de la zoologie pour pouvoir classer et décrire les ani maux de tout genre qu’il rencontrait, assez de connaissances en minéralogie pour étudier utilement les territoires qu’il traversait. En un mot, il serait à désirer que des explorateurs de sa valeur pussent parcourir tous les points du mystérieux continent a fricain, et, non seulement nous les faire connaître avec la même exactitude et en nous inspirant autant d’intérêt, mais en y laissant, sur leur passage, autant d’estime pour la supériorité des races blanches et autant d’éléments de civilisation qu’il en a laissé dans le sud de ce pays. « Une petite propriété qu’il possédait à Lanoue, pr ès de Sézanne (Marne), fut, dans les dernières années de sa vie, le séjour ordinaire de Le Vaillant. Son goût le portait encore à courir sans cesse les champs ; et, armé d’ un fusil, il aimait à chasser comme il l’avait fait durant son active jeunesse au milie u des sauvages africains. Il reparaissait seulement par intervalles à Paris, pour surveiller la publication ou la réimpression de ses ouvrages. Il vécut ainsi près de trente années dans une solit ude aussi douce que tranquille, et ce fut au fond de cette retraite, libre de graves s oucis, qu’il rendit le dernier soupir, le 20 novembre 1824. Il était âgé de soixante-dix ans et ne laissait pas de postérité. »
Le premier des voyages de Le Vaillant, commencé en 1781, du Cap de Bonne-Espérance aux limites de la Cafrerie, au delà du 28 ° de longitude orientale et par le 29° de latitude australe, se termina en 1783. Le second, qu’il poussa jusque chez lesHouswanaschez les et Boschimen 4 (hommes des bois), au nord du Capricorne et à l’ouest du 14° de long itude orientale, embrasse une période d’environ treize mois, du 15 j uin 1783 au 15 juillet 1784, époque où il repartit pour l’Europe. C’est la relation de ce second voyage que nous nous proposons de reproduire, en respectant strictement le texte, sauf les suppressi ons de passages peu intéressants, de longueurs ou de redites inutiles. Mais nous croyons devoir donner auparavant une rapi de analyse entremêlée de quelques citations du voyage qui avait précédé.
II
Premier voyage. — Le cap de Bonne-Espérance. — La b aie de Saldanha. — Retour au Cap. — La terre de Natal et la Cafrerie
Grâce à ses relations de famille et d’amitié en Hol lande, Le Vaillant obtint la permission de passer au Cap sur un navire de la Com pagnie des Indes. « Nous levâmes l’ancre, dit-il, le 19 décembre 1780, veill e de la déclaration de guerre de la part des Anglais à la Hollande. Vingt-quatre heures plus tard, et la Compagnie ne nous aurait plus permis de partir. » Cette chance heureuse devait être d’un bon augure p our notre voyageur. Après trois mois et dix jours de traversée, le bâti ment mouillait dans la baie de la Table. « J’étais impatient de connaître ce pays nouveau où je me voyais transporté comme en songe. Tout se présentait à mes regards sous un aspect imposant, et déjà je mesurais de l’œil les déserts immenses où j’allais m’enfoncer. La ville du Cap est située sur le penchant des mont agnes de laTabledu et Lion. Elle forme un amphithéâtre qui s’allonge jusque sur les bords de la mer ; les rues, quoique larges, ne sont point commodes, parce qu’el les sont mal pavées. Les maisons, presque toutes d’une construction uniforme , sont belles et spacieuses ; on les couvre de roseaux pour prévenir les accidents q ue pourraient occasionner des toitures plus lourdes lorsque les gros vents se fon t sentir. .... L’entrée de la ville par la place du château o ffre un superbe coup d’œil ; c’est là que sont assemblés en partie les plus beaux édifice s. On y découvre, d’un côté, le jardin de la Compagnie dans toute sa longueur ; de l’autre, les fontaines dont les eaux descendent de la Table par une crevasse qu’on aperç oit de la ville et de toute la rade. Ces eaux sont excellentes et fournissent avec abond ance à la consommation des habitants, ainsi qu’à l’approvisionnement des navires qui relâchent dans la baie. La vie est au Cap facile et agréable ; la fertilité des environs est incomparable et tous les vivres y abondent ; toutefois, et quoi que puissent dire les admirateurs enthousiastes de cette ville, il me semble que nos fruits y ont bien dégénéré. Le raisin seul m’y paraît délicieux ; les cerises sont rares et mauvaises ; les poires et les pommes ne valent pas beaucoup mieux et ne se conservent pas. En revanche, les oranges et les citrons sont excell ents, les figues délicates et saines ; mais la petite banane, autrement ditepisan, est de mauvais goût. N’y a-t-il pas lieu de s’étonner que dans un aussi beau pays, sous un ciel aussi pur, si l’on excepte quelques baies assez fades, il ne se trouve aucun fruit indigène.
L’asperge et l’artichaut ne croissent point au Cap, mais tous les autres légumes d’Europe y sont naturalisés, et on en jouirait tout e l’année, si le vent du sud-est qui règne pendant trois mois ne desséchait la terre au point de la rendre incapable de toute espèce de culture. Il souffle avec tant de fo rce que, pour préserver les plantes, on est obligé de faire à tous les carrés de jardin un entourage de fer ou de charpente. Les mêmes précautions doivent être prises à l’égard des jeunes arbres, qui, malgré ce soin, ne poussent jamais les branches du côté du ve nt et se courbent toujours du côté opposé, ce qui leur donne une triste figure et les rend très difficiles à s’élever. .... Les maladies épidémiques ne sont malheureuseme nt pas rares dans les régions qui nous occupent, et parmi elles, la plus dangereu se, la plus cruelle est le mal de gorge. Les personnes les plus robustes y succombent en trois ou quatre jours ; c’est un coup violent qui ne donne pas à ceux qu’il frapp e le temps de se reconnaître. La petite vérole n’est pas un fléau moins funeste p our la colonie. Cette partie du 5 globe ne la connaissait pas avant l’arrivée des Européens . » Nous n’insistons ni sur le climat, ni sur ces ourag ans qui ont valu à ce promontoire avancé de l’Afrique méridionale sa première appella tion, ni sur les bizarres montagnes de la Table et du Lion dont parle ici Le Vaillant, parce que nous aurons occasion de revenir avec lui, dans la suite, sur ces sujets. La première excursion de notre voyageur le conduisi t dans la baie de Saldanha, « où lescachalots,de baleine que les Hollandais appellent espèce noord-kaaper, abondent et jouent continuellement. Je leur ai. sou vent envoyé des balles lorsqu’ils se levaient droit au-dessus de la mer, et je ne me sui s jamais aperçu que cela leur fit le moindre effet. Nous trouvâmes une grande quantité de lapins dans l a petite île duSchaapen-Eyland ;elle devint notre garenne, et c’était une bonne re ssource pour nos équipages. Le gibier de toute espèce fourmille dans les enviro ns ; on y trouve principalement de petites gazelles ; on y voit aussi des perdrix et d es lièvres. L’embarras de monter et de descendre continuellement dans les sables qui borde nt toute cette plage en rend la chasse très pénible et très fatigante. Les panthère s y sont communes, mais moins féroces que dans d’autres parties de l’Afrique, par ce que, le gibier leur procurant une nourriture facile, elles ne sont jamais tourmentées par la faim. .... Dans une de nos promenades à l’île Schaapen po ur y tuer des lapins, nous vîmes s’élever tout à coup, à côté de notre chaloup e, un cachalot qui nous fit une peur effroyable. Il était si près que, dans la crainte q u’en retombant il nous fît chavirer et nous engloutît à jamais sous son énorme poids, nos matelots sautèrent à l’eau ; mais celui qui était au gouvernail revira si lestement q ue nous évitâmes le monstre. Cet animal s’était élevé de douze pieds au moins au-des sus de l’eau ; il nous arrosa tous en replongeant, et notre chaloupe reçut une si viol ente commotion qu’elle faillît être submergée. Il est certain que, sans la présence d’esprit de no tre pilote, aucun de nous n’aurait échappé à la mort. Le cachalot mesure ordinairement soixante à quatre- vingts pieds de long, quelquefois davantage ; souvent il se dresse perpen diculairement au-dessus des flots de la moitié de sa longueur ; et lorsque cette lour de masse retombe, le bruit d’un coup de canon et le bruit de sa chute n’ont point de différence.... Nous séjournions depuis à peine trois mois dans la baie, et j’en connaissais déjà tous les environs ; j’avais, dans ce court espace d e temps, rassemblé une collection considérable et précieuse d’oiseaux, de coquilles, d’insectes, de madrépores, etc. ; mais un événement funeste — le contre-coup de la gu erre européenne — vint tout à
coup me priver pour toujours du fruit de mon travail , de mes recherches et de tant de longues et dangereuses courses.... Avant mon retour au Cap, une chasse au tigre que je fis en compagnie d’un seul Hottentot, m’apporta des émotions d’un autre genre. Je tuai la bête, et dans la satisfaction que j’en éprouvai, je retrempai toute mon énergie. En rentrant au Cap, je fus reçu par M. Boers, qui e n était le gouverneur, avec une bienveillance et une sollicitude toute particulière . Il m’installa dans sa propre maison, et sa famille devint la mienne. Pendant ce temps, on travaillait à mes équipages, e t quelque empressement qu’on y mît, j’eus grandement le temps d’explorer les env irons et d’y remplacer dans une assez large mesure la perte de mes premières collec tions. Les différents préparatifs de mon voyage touchant e nfin à leur terme, je fis rassembler toutes les provisions éparses, et elles étaient considérables. J’avais fait construire deux grands chariots à quat re roues, couverts d’une double toile à voiles : cinq grandes caisses remplissaient exactement le fond de l’une de ces voitures et pouvaient s’ouvrir sans déplacement. El les étaient surmontées d’un large matelas, sur lequel je me proposais de coucher dura nt la marche. Cette première voiture, qui portait presque en enti er mon arsenal, fut appelé le chariot-maître.nts, de grands Une des cinq caisses était remplie, par compartime flacons carrés qui contenaient chacun cinq à six li vres de poudre. Ce n’était là que pour les besoins du moment ; le magasin général éta it composé de plusieurs petits barils que j’avais fait rouler séparément dans des peaux de moutons fraîchement écorchés.... Tout calculé, je pouvais compter sur q uatre à cinq cents livres de poudre et deux mille au moins de plomb et d’étain, tant en saumon que façonné. J’avais seize fusils, dont l’un, destiné pour la grande bête, com me rhinocéros, éléphants, hippopotames, portait un quart de livre. Je m’étais muni ensuite de plusieurs paires de pistolets à deux coups, d’un grand cimeterre et d’u n poignard. Le second chariot était chargé du plus plaisant att irail qui se puisse imaginer. C’était ma cuisine ; et que de repas exquis et paisibles ne portait-il pas ainsi en perspective ! Un gril, une poêle à frire, deux grandes marmites, une chaudière, quelques plats et assiettes de porcelaine, des cafetières, tasses, th éières, jattes, bouilloires, etc.... En passant tout cela en revue pendant qu’on l’emballai t, je me demandais si Sardanapale, voire même Lucullus, ne s’en fussent p as contentés pour la préparation de leurs légendaires festins ? En plus, et pour mon service personnel, je m’étais muni de linge de toute espèce, d’une bonne provision de sucre, de thé, de café, et de quelques livres de chocolat. Je devais fournir du tabac et de l’eau-de-vie aux H ottentots qui m’accompagnaient ; aussi avais-je une forte provision du premier et de ux tonneaux du second. Je voiturai encore une abondante pacotille de verro teries, quincailleries et autres menus objets, pour opérer, suivant l’occasion, des échanges et me faire, des amis. Joignez à ce détail de ma caravane une grande tente , une canonnière, les instruments nécessaires pour raccommoder mes voitur es, pour couler du plomb, un cric, des clous, du fer en barre et en morceaux, de s épingles, du fil, des aiguilles, quelques eaux spiritueuses, une boîte de pharmacie, etc., et vous aurez une idée parfaite de ce ménage ambulant que portaient mes de ux voitures, dont chacune pesait de quatre à cinq milliers de livres. Mon train était composé de trente bœufs, savoir vin gt pour les deux voitures et les dix autres pour relais ; de trois chevaux de chasse , de neuf chiens et de cinq Hottentots.