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D'une génération à l'autre

De
148 pages
Que lèguent les parents, les grands-parents à leurs enfants ou leurs petits-enfants ? Comment les influencent-ils ? L'héritage psychologique, éducatif, psychosocial et culturel, constitue le bagage de la transmission. L'héritage peut être bénéfique ou destructeur. Ce qui est transmis dépend de ceux qui le transmettent, mais aussi de ceux qui le reçoivent. Voici un ensemble de contributions sur ce concept qui lie les générations entre elles.
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D’une génération à l’autre

© L'HARMATTAN, 2008
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-05247-5 EAN : 9782296052475

La revue internationale de l’éducation familiale n°22, 2007

D’une génération à l’autre

Coordonné par Willy Lahaye et Débora Poncelet

L’HARMATTAN

La revue internationale de l’éducation familiale, n°22, 2007

D’une génération à l’autre

Sommaire

Avant-propos Monique Robin ...........................................................................page 7 Éditorial Willy Lahaye et Débora Poncelet...............................................page 9 Transmissions et ricochets de la vie psychique entre les générations Serge Tisseron ..........................................................................page 13 Transmissions et secrets de famille : entre pathologie et créativité Marie Anaut..............................................................................page 27 L’héritage de la transmission Willy Lahaye, Huguette Desmet et Jean-Pierre Pourtois.........page 43 Rôles familiaux et professionnels : attitudes et stratégies de conciliation. Cláudia Andrade et Anne Marie Fontaine ...............................page 67 Les images de la transmission Jean Houssaye..........................................................................page 87

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Varia
Autorité, égalité, citoyenneté à l’école : la désorientation normative des familles populaires et immigrées Pierre Perier ...........................................................................page 99 Accueil conjoint des enfants d’une même fratrie dans le cas de placement : intérêts et limites Régine Scelles, Ingrid Picon et Clémence Dayan .................page 117

Abstracts (résumés en anglais).....................................................page 137 Liste des experts ...........................................................................page 141 Nouvelles internationales .............................................................page 142 Note aux auteurs...........................................................................page 143 Tarifs ............................................................................................page 144

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Avant-propos

Le présent numéro de la Revue internationale de l’éducation familiale porte sur les phénomènes de transmission « d’une génération à l’autre » et a été coordonné par Willy Lahaye et Débora Poncelet qui ont fait appel à des spécialistes d’origines disciplinaires diverses pour traiter de cette importante question pour les chercheurs et professionnels travaillant sur et auprès des familles. Faisant suite aux cinq articles thématiques sélectionnés et présentés par les coordinateurs du numéro, nous proposons deux articles « hors thèmes », l’un de Pierre Périer portant sur la perception qu’ont les parents de milieu populaire de l’école et le second de Régine Scelles et collaborateurs portant sur la façon dont les professionnels travaillant au sein d’un dispositif de placement en protection de l’enfance voient la question de l’accueil conjoint des enfants d’une même fratrie. Par ailleurs, nous souhaitons informer nos lecteurs des changements à venir pour l’année 2008 dans l’équipe de direction de la revue internationale de l’éducation familiale. Michel Corbillon, qui a piloté le comité éditorial de la revue depuis 2003, faisant suite à Paul Durning, et Daniel Gayet, qui en a assuré au jour le jour le travail de rédacteur en chef m’ont demandée d’assurer la relève. C’est avec fierté et grand plaisir que j’ai accepté cette responsabilité. Je les remercie de leur confiance, ainsi que celle des membres du comité éditorial et espère être à la mesure de leurs attentes et de celles de nos lecteurs. Je présenterai dans le premier numéro de 2008 mes projets pour la revue, mais souhaite aujourd’hui rendre particulièrement hommage à Michel Corbillon et à Daniel Gayet, dont le dynamisme et le dévouement ont grandement contribué à la diffusion des recherches dans le champ de l’éducation familiale.

Monique Robin

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Editorial

L’éducation familiale est au centre des liens qui se tissent entre les générations. Que lèguent les parents ou les grands-parents à leurs enfants ou leurs petits-enfants ? Comment les influencent-ils ? Quel avenir leur préparent-ils ? Autant de questions qui relèvent de ce que l’on nomme communément la transmission et qui traduisent la manière dont les aînés éduquent les plus jeunes dans un rapport qui se situe le plus souvent dans le registre de l’implicite voire de l’inconscient. En tant que premier lieu de l’éducation de l’enfant, la famille œuvre activement à l’entreprise de la transmission : elle donne un nom à l’enfant, organise son espace sensoriel, gère son temps d’apprentissage, lui livre les codes d’accès à la symbolisation à partir desquels l’expérience prend sens. En règle générale, l’héritage psychique, éducatif, psychosocial et culturel constitue le bagage de la transmission. Il n’est pas qu’une donation passive. L’impact sur la génération qui reçoit est indéniable. Selon les circonstances, l’effet de l’héritage peut être bénéfique ou destructeur pour la personne. Par ailleurs, ce qui est reçu sera tantôt assimilé sans presque aucune altération, tantôt relu et transformé avant d’être incorporé. En somme, le sens des objets transmis dépend non seulement de ceux qui les transmettent mais aussi et surtout de ceux qui les reçoivent. Entre le dit et le non-dit, les voies de la transmission sont multiples. Elles peuvent également modifier la signification de ce qui est reçu en héritage pour devenir salutaire ou toxique envers les générations à venir. Ainsi, du sens commun à l’usage scientifique, le concept de transmission prend une connotation plus problématique et les experts s’interrogent sur ce qui fait la nature de la transmission, ses objets et ses mécanismes. Plusieurs d’entre eux sont invités à préciser leurs positions, leurs expériences et les résultats de leurs recherches sur ce concept qui lie les générations entre elles. Serge Tisseron, le premier des experts invités, préfère parler d’influence ou de ricochet pour qualifier les faits repris sous le concept

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de transmission. En effet, transmettre laisse supposer que les événements passent à l’identique d’une génération à l’autre ou respectent une chronologie généalogique, ce qui est loin d’être une règle générale dans les cas rencontrés de la pratique clinicienne et thérapeutique. En convoquant des exemples illustres ou des héros du cinéma, Serge Tisseron montre comment les vécus d’un passé douloureux ricochent sur les générations à venir lorsque les événements manquent de symbolisation ou restent secrets. Selon Marie Anaut, la transmission des traumatismes et des secrets n’exerce pas que des effets pathogènes. Au-delà de la construction de l’identité du groupe familial les mécanismes de la transmission peuvent également encourager certaines formes de créativité. Les domaines artistique et littéraire recèlent de nombreux exemples célèbres qui, entre autres, confrontés à des secrets de filiations, se sont engagés dans l’expérience d’une créativité protectrice. Certes, les effets psychotoxiques de la transmission ne sont pas ignorés mais ils peuvent pousser l’individu à se reconstruire dans une posture de résilience qui donne une incidence protectrice à des événements pathogènes. La transmission inter- et transgénérationnelle ne concerne pas que le domaine psychique. Ce concept se trouve au croisement de nombreux courants de pensée et de recherche dont la liberté ou le déterminisme sont les philosophies. À partir d’une étude longitudinale qui traverse l’histoire familiale sur trois générations et trente-cinq ans, Willy Lahaye, Huguette Desmet et Jean-Pierre Pourtois montrent dans quelle mesure les familles transmettent leur capital pédagogique, psychosocial et culturel en explorant tantôt les chemins de la rupture et tantôt ceux de la continuité. Ainsi, d’une génération à l’autre, les changements conjoncturels imprègnent la vie familiale mais la reproduction socioculturelle reste néanmoins très active. Claudia Andrade et Anne-Marie Fontaine examinent la question de la transmission des attitudes et des stratégies de conciliation en ce qui concerne les rôles familiaux et professionnels des jeunes adultes dans la société portugaise. Les conclusions auxquels les chercheurs aboutissent montrent que les positions adoptées par les jeunes sont sous l’emprise de l’influence de leurs parents. Par ailleurs, les choix des jeunes sont guidés par des stéréotypes de genre qui restent bien ancrés dans la vie sociale et familiale du Portugal. Enfin, ce processus de transmission intergénérationnelle des rôles stéréotypés se confirme même lorsque les enfants défendent des attitudes plus égalitaires que leurs parents. Des résultats qui montrent que, au-delà des divergences de représentations, 10
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les rôles de genre se transmettent effectivement d’une génération à l’autre. L’article de Jean Houssaye propose de revisiter le concept de transmission sous le regard de la pédagogie. Dans sa relation au maître, l’élève peut être conduit vers trois postures intergénérationnelles différentes. La première est celle de la passerelle. Dans ce cas, la transmission est conçue comme un passage, une invitation au dépassement de ses propres limites. La deuxième postule que l’apprentissage constitue une distance absolue dont l’élève doit prendre conscience pour éprouver sa propre différence au maître. La troisième posture intergénérationnelle part du principe que la transmission implique nécessairement de la transgression car le risque de l’apprentissage est de réduire l’autre à la soumission. Ainsi, pour transmettre, faut-il apprendre à l’autre à se libérer par la transgression. Tel est l’œuvre du pédagogue. D’une génération à l’autre, l’éducation laisse des traces. Ce travail de la transmission ne suit pas des sentiers convergents. Tel est le sens des différentes contributions rassemblées. Transmettre signifie reproduire, répéter mais dans d’autres contextes, ce concept renvoie à l’influence, au ricochet. Lorsqu’elle engendre un traumatisme, la transmission peut se révéler tantôt néfaste, tantôt porteuse d’un processus de résilience. Elle peut même être à la fois à l’origine de ruptures et de continuités. Enfin, sa vertu pédagogique réside dans la transgression. Ainsi transmettre se décline sous différentes modalités depuis la reproduction jusqu’à la transgression. Autant de ressources que l’éducation familiale met en chantier sur les chemins de la socialisation de l’enfant. Willy Lahaye, Université de Mons-Hainaut, Belgique Débora Poncelet, Université du Luxembourg, Gand-Duché de Luxembourg

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Transmissions et ricochets de la vie psychique entre les générations

Serge Tisseron1

Un événement vécu par une génération est toujours transmis aux suivantes à travers les symbolisations qui en ont été réalisées. Lorsque l’événement a été correctement symbolisé, la transmission passe à la fois par des mots – c‘est à dire par des récits – des images partagées ou privilégiées, et des formes sensori-motrices de symbolisation comme des rites et des fêtes. Mais lorsque cette symbolisation est imparfaite, l’événement est symbolisé seulement à travers certaines catégories, notamment des mimiques et des gestes. Le problème est que ceux-ci restent énigmatiques car l’événement n’a pas reçu de traduction verbale explicite. Très souvent, ces commémorations mystérieuses sont en outre douloureuses. La transmission proprement dite est bloquée. En revanche, un autre mécanisme apparaît : la génération suivante peut s’emparer de ces miettes de symbolisation pour tenter de symboliser totalement ce qui ne l’a été qu’imparfaitement à la génération précédente. Cette tentative peut être consciente, mais elle est aussi souvent inconsciente. On peut dire alors que la symbolisation partielle fait « ricochet » sur les suivantes. Mots clés : transmission, symbolisation, intergénérationnel, transgénérationnel Il y a des choses qu’on transmet en le sachant, d’autres qu’on transmet sans le savoir et même certaines qu’on croit transmettre et qu’on ne transmet pas. C’est notamment le cas lorsque les propos tenus à un enfant sont trop rapides ou trop elliptiques pour qu’il les comprenne. Il existe même de fausses transmissions ! Ce sont de belles histoires
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Université Paris X Nanterre, 200, avenue de la République - 92001 Nanterre Cedex, France. Adresse personnelle : 11 rue Titon, 75011, Paris. La revue internationale de l’éducation familiale, n°22, 2007

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inventées pour en cacher d’autres moins avouables, comme lorsqu’on a déclaré qu’un père ou un grand-père était « parti en voyage d’affaires », selon la formule consacrée, alors qu’il était en prison. Pas forcément pour des raisons honteuses, d’ailleurs, comme on l’a vu en URSS sous Staline, où des gens disparaissaient parce qu’ils avaient le courage de tenter de s’opposer à un système inhumain. Toujours est-il que le mot de transmission fait problème pour plusieurs raisons. Les pièges du mot de transmission Le premier danger de ce mot est de nous laisser croire qu’il existerait des transmissions « à l’identique ». Cette ambiguïté est liée à ses autres emplois. En mécanique, il évoque les pignons étroitement assujettis l’un à l’autre. En information, il sous-entend l’identité absolue de ce qui est émis et de ce qui est transmis : qu’il s’agisse de la poste, du télégraphe, du téléphone ou de l’Internet, toutes les formes de communication visent une « transmission » à l’identique. Enfin, il renvoie en biologie aux fameuses lois de l’hérédité établies par Mendel au milieu du XIXè siècle. Bref, avec ce mot, nous sommes dans le domaine de la rigueur mathématique. Mais le mot de « transmission » nous induit également en erreur pour une autre raison. Il nous incite à penser les échanges entre les générations dans un seul sens, celui qui descend le cours des générations. Or les enfants transmettent eux aussi à leurs parents, et pas seulement dans le domaine de l’utilisation des nouvelles technologies ! Nombre de parents découvrent aujourd’hui dans la bouche de leurs enfants certains secrets familiaux qu’ils ignoraient parce que leurs propres parents ont choisi leurs petits-enfants pour confidents. En fait, les parents auraient appris ces choses directement s’ils n’avaient pas renoncé depuis leur enfance à questionner leurs parents. À ce moment-là leurs parents n’étaient en effet pas prêts à leur répondre et ils ont donc appris à se taire. Mais leurs enfants, eux, n’ont pas été soumis à la même contrainte. Et lorsque ces secrets concernent des événements historiques – comme la dernière guerre –, ils ont même eu accès à des informations qui les ont incités à la curiosité. Quant aux grands-parents, ils ont souvent bénéficié eux aussi de telles ouvertures historiques, notamment par des livres, des magazines ou des reportages. Ce qu’ils ont vu ou lu leur a ouvert la mémoire, et leur a souvent aussi donné des mots qui leur permettent d’en parler à leur tour. Quand les petits-enfants posent les questions que les enfants avaient appris à taire, ils reçoivent donc des réponses. La leçon est qu’il ne faut jamais renoncer aux questions qu’on a envie de poser à ses parents, quel que soit leur âge et le nombre de refus qu’on a essuyés ! 14
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