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DE L'ÉCOLE EN GÉNÉRAL ET DU LYCÉE EN PARTICULIER

De
137 pages
Ces réflexions d'un proviseur, émaillées de faits concrets et d'anecdotes vécues, décrivent le système scolaire et ses modes de fonctionnement que le grand public ignore presque totalement et dont la découverte étonne et stupéfie ! Cette description sans concession est un acte d'accusation, et un témoignage devant l'opinion publique, qui doit savoir ce qui se passe et ce qu'on a fait depuis trente ans de son Ecole. Ce livre est une contribution au débat plus que jamais nécessaire sur l'enseignement en France, par l'évocation d'une réalité très concrète, vivante, parfois burlesque.
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Jean Pierre TOSSER

DE L'ÉCOLE EN GÉNÉRAL ET DU LYCÉE EN PAR TICULIER
Réflexions d'un proviseur

L'Harmattan
5~7,rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(QL'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2607-0

AVANT-PROPOS

J'ai posé mon sac et je me suis assis. J'étais proviseur, proviseur je suis resté, proviseur je ne suis plus. J'ai rejoint notre maison dans la ravine. Pour la première fois depuis je ne sais combien d'années, je n'habite plus un logement de fonction. Comme je suis né dans une école, étant fils d'instituteurs, j'y ai toujours vécu, à l'exception de sept années d'études et de neuf années de professorat, soit quarante cinq ans. La rentrée scolaire a eu lieu, pour la première fois sans moi. J'en ai eu les échos dans la presse, on a vu à la télévision les élèves nouveaux se presser à la porte de leur lycée. J'étais très content, mais je n'ai pas pu m'empêcher de vivre leur rentrée de loin, comme si j'y étais. Cela a duré quelques mois: je n'étais pas un proviseur en retraite, j'étais un proviseur en vacances. Mon état d'esprit était celui de quelqu'un qui prend un repos bien mérité, comme on dit, et qui va bientôt reprendre son travail. Je n'avais pas de nostalgie, pas du tout, ni surtout le moindre regret. Je me levais toujours à la même heure, et j'observais le jour dans ma ravine heureuse, où au-dessus des palmes plane à ses heures le paille-en-queue. Content. N'empêche que j'étais toujours dedans. Il fallait vider la besace. Raconter mon histoire? Non, c'est affaire privée qui intéresse peu de gens. Écrire un traité bien pensé et solidement étayé sur l'École? Aucun intérêt, tout le monde en fait et personne ne leslit. 7

Quand à nouveau s'est faite la rentrée scolaire, j'ai tout à coup réalisé que je la faisais pour la première fois comme retraité: je n'étais plus dedans, je la regardais d'un peu plus loin, avec moins d'attention. Je me suis ébroué dans ma piscine avec un vrai bonheur. Mais il fallait quand même vider la besace, je sentais que c'était nécessaire. Pierre Sansot écrit, dans un merveilleux petit ouvrage qui s'appelle" Du bon usage de la lenteur" qui m'a beaucoup apporté, surtout ces temps derniers, ff qu'il faut avancer en âge pour conquérir la jeunesse, et plus tard, grâce à un imaginaire inventif: nous aurons l'enfance que nous

méritons

ff.

Ma carrière, c'est un peu mon enfance, en

somme... Ce n'est pas tout: l'École se porte mal, l'École est malade, et je sens bien que je ne peux pas demeurer là, dans ma ravine, sans rien faire ni rien dire. A bien des égards j'ai été floué par l'évolution d'une institution que j'aimais, il m'en reste un poids. Je pourrais vivre avec, mais je ne saurais l'oublier. Tout se passe comme si j'avais une dernière chose à faire, avant de vivre mon heureux présent. Ce n'est pas vider mon sac, c'est le plus simplement du monde dire: regardez ce que j'ai accumulé, est-ce que cela ne pourrait pas servir à quelqu'un?

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1 . QUI EST AUX COMMANDES?

Monsieur Taupinel n'était probablement pas un mauvais bougre, d'après ce qu'on a pu m'en dire mais en tout cas il n'était assurément pas un bon professeur. Pourtant il était" certifié" titulaire. Il enseignait l'histoire et la géographie dans le lycée qu'à l'époque je dirigeais, établissement public de l'Éducation nationale, préparant donc aux baccalauréats généraux, sections littéraire, économique et scientifique, avec la plupart des options assurées ordinairement, mais aussi à des baccalauréats d'enseignement technique, et quelques B.T.S., (brevets de techniciens supérieurs) avec internat pour filles et garçons. On avait même ajouté à cette structure deux B.E.P., (brevets d'enseignement professionnel) qui ne sont pas à proprement parler des types d'enseignement de lycée, mais de lycée professionnel. Je dirai plus loin le jugement que je porte sur cette structure additionnelle, qui à mon sens ne s'imposait pas. Monsieur Taupinel n'était pas vraiment chahuté, mais le niveau sonore de sa classe était relativement élevé. Il y régnait une atmosphère de franche camaraderie, tout le monde avait de bonnes notes, sans travailler beaucoup: on était copain-copains. Il avait été inspecté trois fois en deux ans. Tout d'abord par un inspecteur général de passage dans l'Académie, qui souhaitait s'assurer de la bonne application des nouveaux programmes d'histoire et de géographie dans 9

les classes de seconde. Celui-ci était reparti très mécontent, estimant que ce cours était mauvais, et demandant expressément à l'I.P.R.(inspecteur pédagogique régional) qui l'accompagnait, de l'inspecter à nouveau: il lui donnait une seconde chance en ne rédigeant pas de rapport d'inspection. Lors de cette nouvelle inspection, le cours fut tout aussi mauvais, aux dires de l'inspecteur (seul un inspecteur peut porter un avis officiel sur la qualité pédagogique d'un cours, et donc un jugement tout aussi officiel sur le professeur, le proviseur portant quant à lui un regard et un jugement au plan administratif: ce dont je parlerai plus loin). Il convient de préciser que monsieur Taupinel n'avait pas été inspecté inopinément: il avait été prévenu par mes soins, sur demande de l'inspecteur, de la date et de l'heure de l'inspection, et évidemment de la classe dans laquelle celle-ci se tiendrait. Ceci constitue une victoire syndicale. Quand j'étais professeur au début de ma carrière, (j'ai enseigné neuf années scolaires avant d'être nommé chef d'établissement, et j'ai exercé ensuite en cette qualité jusqu'à mon départ à la retraite, il y a seulement quelques mois, après vingt-neuf ans de direction, dans sept différents postes en France et à l'étranger) l'inspection était toujours inopinée; si votre cours n'était pas préparé, vous étiez tout simplement sanctionné par un mauvais rapport, et votre note pédagogique s'en ressentait. Mais ce qui cette fois là me surprit au plus haut point et, je dois le dire, me remplit d'indignation, c'est que l'inspecteur renonça lui aussi à rédiger un rapport, car celui-ci serait tellement mauvais que la note pédagogique devrait être baissée, ce qui amènerait obligatoirement une consultation de la commission paritaire académique, organisme de concertation avec les syndicats, où de toute évidence la baisse de note serait réfutée, avec demande d'une nouvelle inspection; il préférait donc la programmer lui-même... J'étais absent quand il revint, c'est mon adjoint qui le reçut, 10

l'inspection était cette fois" correcte". Mon adjoint, qui était en même temps mon ami, me dit en rigolant que monsieur Taupinel s'était fait aider par un de ses collègues pour préparer son cours. L'inspecteur le savait, et était par conséquent édifié, mais il n'y pouvait rien... Le rapport d'inspection fut donc" correct" (sans plus cependant, il ne faut tout de même pas exagérer), et l'inspecteur ne proposant qu'un quart de point d'augmentation de la note pédagogique: s'il ne l'avait pas fait, il y aurait eu une protestation syndicale en commission paritaire! Et en fin de compte sa note pédagogique fut automatiquement relevée dans le cadre de la péréquation, lors de la campagne annuelle de notation des professeurs! La péréquation, c'est un alignement, une fourchette à l'intérieur de laquelle sont notés les professeurs en fonction de leur ancienneté. De cette manière, tous les professeurs ont des notes assez voisines, selon leur âge et leur nombre d'années d'enseignement: la sacro-sainte ancienneté. Les professeurs sont notés sur cent, c'est là une note globale qui en contient deux: la note pédagogique, sur soixante, attribuée par l'inspecteur au vu de la qualité strictement pédagogique de l'enseignant, sa technique professionnelle en somme, et la note administrative, donnée par le recteur d'Académie sur proposition du proviseur, (en réalité par le proviseur), sur quarante. Je parlerai plus loin dans ce propos de cette dernière. L'exemple ci-dessus montre les limites de l'inspection pédagogique, du pouvoir de l'inspecteur. Or, celui-ci est le représentant de l'État, employeur, qui a pourtant, et qui avait jusqu'à ces dernières années, le droit de contrôler la qualité de ses employés. Dans le premier établissement que j'ai dirigé, dans les années soixante-dix, (c'était un collège), avait été nommé un professeur de mathématiques et sciences qui m'avait dit en arrivant qu'il ne savait enseigner que le code de la route; c'était vrai, il venait d'une école militaire où pendant vingt ans Il

on ne lui avait rien demandé d'autre. Il n'y avait pas grand chose à faire en ce cas, et je devais, c'est là ce qui est grave, lui donner un service d'enseignement dans les disciplines où il était censé être compétent: je mis deux ans à m'en défaire! Si un professeur peut presque impunément être mauvais, et même très mauvais, paresseux, ne préparant pas ses cours, ne donnant pas de travail sérieux et adapté à ses élèves, n'allant pas jusqu'au bout du programme, et par conséquent faisant incontestablement beaucoup de tort aux élèves qui lui sont confiés, on voit difficilement où est l'intérêt pour un professeur d'être sérieux et de faire très bien son travail, audelà de la satisfaction du travail bien fait, ce qui heureusement est souvent le cas. Comme il n'y aura pas entre l'excellent professeur et le plus médiocre d'entre eux une très grande différence de note, l'avancement d'échelon, qui détermine un salaire plus élevé, et constitue en principe l'aiguillon pour une saine émulation (meilleur on est, mieux on est payé, et plus vite on accède aux échelons supérieurs, à d'éventuelles promotions en hors-classe ou au grade supérieur) se fait d'une manière régulière, banale... et à trois ou quatre ans près tous les professeurs accèderont au onzième et dernier échelon, avec promesse de la retraite à 80 % du dernier salaire, à l'issue des trente-sept ans et demi de carrière. J'ai connu beaucoup de cas où cet état de fait créait des situations difficiles à admettre. C'est ainsi que j'ai vu un professeur passer au grade supérieur contre l'avis de l'inspecteur et contre le mien, avis officiels et rédigés bien entendu, parce qu'au barème le professeur en question pouvait obtenir cette promotion: le barème, autre grande victoire des syndicats, c'est la promotion automatique au nombre de points. En somme, on peut aujourd'hui, dans l'Éducation nationale, être mauvais impunément et on ne gagne pas tellement à être bon. Le nombre de professeurs de ce genre est évidemment la 12

question que l'on se pose. On dit en général qu'il y a dans toute profession un pourcentage minime de canards boiteux, et que cela sera toujours ainsi. Le pourcentage de mauvais professeurs n'est pas minime, et il est en augmentation, à cause de procédures de recrutement en détérioration, point sur lequel je ne m'étendrai pas, parce que des études sérieuses ont été publiées sur le sujet, que le lecteur peut consulter. Ce qui est à mon avis plus grave que le nombre Ge montrerai plus loin comment on s'arrange pour limiter un peu les dégâts), c'est qu'il n'y a aucun encouragement à bien faire; à la limite celui qui se dévoue profondément dans sa mission de professeur, qui est conscient de la très grande importance pour les jeunes gens qui lui sont confiés de la qualité de son enseignement, est un individu suspect et gênant pour la masse de ceux qui se contentent d'en faire le moins possible. Une comparaison avec l'entreprise privée pourrait se faire: il est probable qu'aucune ne resterait longtemps à flot, réalisant des bénéfices, au cas où un pourcentage non négligeable que j'évaluerai à un bon tiers, se désintéresserait du succès de l'entreprise. Il faut dire qu'en matière d'enseignement il est difficile d'évaluer les bénéfices, qui ne sont pas perçus en espèces sonnantes et trébuchantes, mais d'une manière qualitative. Les techniques de dynamique de groupe, ou même plus simplement la recherche empirique d'un climat, d'un esprit d'entreprise qui serait suscité par une adhésion de tous à certains objectifs, rien de tout cela ne marche dans l'Éducation nationale, malgré les tentatives diverses, en particulier dans ce qu'on appelle le " projet d'établissement". L'échec de celui-ci est essentiellement imputable à une forte résistance des syndicats, pour lesquels une coopération avec l'administration s'apparente à une trahison de la cause enseignante. Je donnerai plus loin quelques exemples éloquents de tout ceci. Il est incontestable que le pouvoir considérable des syndicats depuis une douzaine d'années s'apparente fort à une 13

sorte de pouvoir dictatorial, tout particulièrement celui du SNES (Syndicat National de l'Enseignement Secondaire) . Celui-ci, comme on l'a vu il y a deux ans, s'est affirmé au point de faire renvoyer le ministre Claude Allègre, l'un des meilleurs depuis longtemps qui ait occupé le fauteuil de la rue de Grenelle, mais qui avait osé affionter leur puissance. Tout cela a fini par appauvrir le système dans son ensemble, rendre impossible toute; réelle évolution, tout subordonner aux revendications corporatistes et faire de l'Éducation nationale un cytoplasme mou et flasque, mû par un noyau virulent très puissant qui se moque de l'intérêt général.

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Sans m'éloigner de ce sujet, j'évoquerai à nouveau monsieur Taupinel qui est décidément un cas intéressant. L'été venant il décida tout à coup de venir au lycée en short, avec savates de plage. Depuis longtemps bien sûr le port de la cravate chez les messieurs a disparu au lycée (en fait dès après les événements de 1968, car auparavant elle était pratiquement obligatoire, on ne concevait pas en tout ,cas qu'on y vînt sans -la porter) et la tenue vestimentaire des enseignants est beaucoup plus détendue. Mais on n'en est tout de même pas encore arrivé au short! Je dois dire cependant que j'ai eu un vrai conflit avec les enseignants de l'un de mes lycées à l'étranger, conflit qui avait commencé parce que je m'étais fâché rouge en voyant arriver au lycée pour faire son cours un professeur de mathématiques en short de footballeur, bien court, un débardeur à fleurs très échancré, et des savates deux doigts... Instruit par l'expérience, je n'attaquai pas de front, mais je m'arrangeai pour croi'Ser comme par hasard monsieur Taupinel à la sortie des classes. Je lui dis en des termes 14

mesurés mon regret de le voir venir au lycée en short, exprimant le vœu que comme tous ses collègues, à l'exception des professeurs d'éducation physique bien évidemment, il porte un pantalon. La motion syndicale que je reçus à la suite de cet incident a quelque chose de burlesque: je fus tout simplement accusé d'attenter aux droits les plus élémentaires des enseignants, et mon autoritarisme fut cloué au pilori, d'autant que quelque temps auparavant j'avais dû affronter un professeur qui cachait sa grosse moto dans les douches des élèves de l'enseignement professionnel, et fermait évidemment celles-ci avec un passe-partout. Un autre professeur qui n'avait donné en quatre mois qu'un seul et unique devoir de mathématiques dans une classe de première scientifique, ce qui était scandaleux, et un autre qui avait quitté ses élèves pour aller faire ses courses, muni de son panier... un exemple de la loi des séries. Pour moi ce fut plutôt de la malchance que cette accumulation d'incidents sur une période courte. Le texte syndical fut expédié au cabinet du recteur, et je dus répondre aux questions de l'inspecteur de la Vie Scolaire, car un recteur, surtout depuis que le ministre Allègre a été renvoyé pour avoir affronté le SNES, ne veut pas que l'on fasse des vagues. .. Comme en plus de sa tenue, monsieur Taupinel avait plusieurs fois oublié de venir au conseil de classe, qu'il n'avait pas rempli à deux reprises les bulletins trimestriels de plusieurs de ses classes, et qu'enfin son cahier de textes n'était pas très bien rempli, je ne le ratai pas et je bloquai sa note administrative, c'est-à-dire que je ne l'augmentai pas. J'avais en réalité de solides arguments pour la lui baisser, si tant est que la note administrative que j'ai évoquée plus haut et sur laquelle je vais m'étendre un peu, a encore de nos jours une importance plus grande que la notation pédagogique. Je ne la baissai pas parce que je savais que je ne serais pas soutenu par mon chef lOfS de la commission administrative paritaire 15

qui examine les contestations de notes, c'est-à-dire par mon recteur. Je précise que le recteur est le chef de tous les personnels de l'Éducation nationale dans son Académie, où il est le représentant direct du ministre. La notation administrative se fait, comme je l'ai dit plus haut, sur quarante. Elle porte globalement sur la manière de servir: la ponctualité, le sérieux dans tout ce qui relève de la vie de l'établissement, l'assistance aux conseils, la tenue des documents administratifs, et même le rayonnement dans l'établissement, en somme sur tout à l'exception de la qualité pédagogique stricte, qui relève de l'inspection, comme nous l'avons vu. Son importance, qui n'échappera à personne, surtout aux parents d'élèves qui s'intéressent d'assez près à la scolarité de leurs enfants, est malheureusement limitée par un certain nombre de dispositions. La proposition de note du chef d'établissement (le proviseur dans les lycées, le principal dans les collèges) est en général entérinée par le recteur d'Académie qui se borne à l'officialiser, mais ceci se fait dans un cadre strict, précisé tous les ans par circulaire. La note proposée doit se trouver à l'intérieur d'une fourchette différente selon l'échelon du professeur. Ainsi, si celui-ci se trouve au 9ème échelon, sa note devra être entre 38 et 39 sur 40 Ge cite des chiffres à peu près exacts, de mémoire, car je n'ai plus devant moi la grille de notation à laquelle, comme tous mes collègues, je devais me soumettre). Il y a à chacun des onze échelons une note minimale, une note maximale et une note moyenne; à la note proposée doit évidemment correspondre une appréciation sur la manière de servir de l'enseignant concerné, et on voit difficilement comment on peut exprimer des réserves sur la manière de servir d'une personne à laquelle par ailleurs on offre une très bonne note t Certes, le proviseur a le droit de sortir de cette grille à titre exceptionnel, mais il doit en ce cas justifier sa proposition par un rapport écrit joint à la 16

fiche de notation. Il m'est arrivé de vouloir sortir de cette fameuse grille, assez souvent d'ailleurs parce que je voulais rendre hommage à la manière de servir de professeurs particulièrement brillants et remarquablement dévoués à leur tâche; en général la note est ramenée à la note maximale de l'échelon, et quand il s'agit d'une baisse de note, comme il m'est arrivé de le faire G'y reviendrai), un recours est systématiquement posé par le professeur, qui est examiné en commission administrative paritaire, où s'exerce pleinement la puissance des syndicats. Ce n'est pas tout: un professeur doit avoir une progression de note régulière; aussi le proviseur ne peut-il pas la modifier à son gré: pour les professeurs dont la note est inférieure à 39 sur 40, la progression annuelle ne peut pas dépasser un quart de point, ceux dont la note se trouve entre 39 et 39,90, un dixième de point, au-delà de 39,90, un centième de point, pour arriver enfin à 40, le maximum, au plus tard l'année du départ à la retraite. Presque tous les professeurs, quand ils prennent leur retraite, sont par conséquent parfaits! Dans un tel cadre, connu de tous, car la grille est communiquée de la manière la plus officielle à l'ensemble des personnels Ge précise que celle-ci n'est pas la même pour tous, elle dépend du grade: il y a la grille des agrégés, des certifiés, des P.L.P., des A.E. etc...), chaque professeur s'attend, comme si elle lui était due, à une augmentation de note tous les ans. Quand je décidai de bloquer la note de monsieur Taupinel, avec une appréciation justifiant ma décision par des réserves quant à sa manière de servir, j'eus tout d'abord droit à une lettre de sa part dans laquelle il protestait et qualifiait mon comportement d'injuste et d'autoritaire: il faisait évidemment appel devant la commission paritaire. Le recteur en personne commençait à connaître monsieur Taupinel, et lors de la commission il tint bon: la note fut maintenue.
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