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Etudes Finno-ougriennes n° 39

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Revue pluridisciplinaire, les Etudes finno-ougriennes abordent tous les domaines des sciences humaines. Outre les études linguistiques, la revue publie des travaux relatifs à l'histoire des peuples parlant des langues finno-ougriennes, à leurs institutions, à leurs cultures, notamment à leurs littératures et à leurs arts, et les événements de la période actuelle suscitent des études sur ces peuples et leurs évolutions.

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Date de parution 01 mars 2008
Nombre de lectures 74
EAN13 9782296194212
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Johanna LAAKSO

Études finno-ougriennes, vol. 39

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES :
UNE INSTITUTION À LA CROISÉE DES CHEMINS ?

___________________________________________________

Le congrèsinternational desfinno-ougristes, principal
événementinternational dansle domaine desétudesfinno-ougriennes, a été organisé pourla
première foisilya prèsde cinquante ans, à l’époque de la guerre froide,
dans un monde oùla communication entre leschercheursde partetd’autre
du rideaude fern’étaitpossibleque dansle cadre d’une institution
prestigieuse etbénéficiantd’une protection officielle. C’étaitl’époque
desinstitutions scientifiquesnationales: larecherche ensciencesdulangage n’était
pasencore dominée parla linguistique générale de langue anglaise, etle
fossé entre la linguistique etlesétudeslittéraires(ouculturelles) n’étaitpas
aussi largequ’aujourd’hui. Aucoursdesdernièresdécennies, lasituation a
radicalementchangé. De nouveauxdéfis sontapparusdufaitde la chute de
l’Unionsoviétique, de la mondialisation etdesproblèmesethnopolitiquesde
la nouvelle Russie. Laquestion la plusimportante est toutefoisdesavoir
commentlescongrèsparviendrontàrépondre auxdéfis scientifiques.
___________________________________________________

LES ORIGINES DANS LE MONDE DE LA GUERRE FROIDE

Lorsque, en 1960, les chercheurs en finno-ougristique de part et
d’autre du rideau de fer se réunirent à Budapest pour la première
grande rencontre internationale de la discipline, rares étaient ceux qui
auraient pu prédire que les congrès deviendraient une pratique
régulière. De ce premier congrès des finno-ougristes on garde plutôt le
souvenir(peut-êtreparceque ceux quise leremémorentaujourd’hui
étaientencore jeunesà l’époque)d’une expérience extraordinairement
vivifiante,unique enson genre.Lesfinno-ougristesoccidentaux
avaientdû pendantdesdécennies se contenterde livres pourétudier
leslanguesfinno-ougriennesde Russie, etle faitderencontrerdes

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locuteursde ceslangues,surtoutdesfigureslégendairesde la
discipline comme V.I.Lytkin ouE.E.Rombandeeva, étaitcomparable à
larencontre d’un Cicéron en chaireten os pour un latiniste.L’Estonie
setrouvaitdepuis seize ans, mêmepour sescousinsfinlandais,
derrièreunrideaude fer presque infranchissable, et surtoutla
finnoougristique estonienne incarnéeparPaul Ariste était toutjuste entrain
deseremettre lentementde la guerre, de laterreuretde la fuite
massive desélites.LesHongroisétaientégalementderrière lerideaude
fer:sipeudetempsaprès 1956,unsimplevoyagesubventionnévers
la Finlandeparaissaitaux yeuxdesjeunesfinno-ougristesde Hongrie
unrêvetoutà faitirréaliste.
Si l’on garde de cepremiercongrèsdesfinno-ougristes unsouvenir
nostalgique, c’estaussiparceque larelative modestie de l’événement
lui donnait un côté chaleureuxetévidemmentintime.L’accentétait
mislà oùil devraitl’être dans toutcongrès,surlarencontre et
l’échange.Dèsle départ se faisaitcependantégalement sentir, derrière
l’organisation,une fonctionsymboliquesurleplan des
politiquesculturelle etétrangère.Lepetitgroupe international desorganisateursne
représentait pas seulementl’élitescientifique de la discipline, il avait
probablementaussi des rapportsétroitsavec lescerclesdesdécideurs
politiques.C’estainsique l’académicien Kustaa Vilkuna,qui avait
pris partà l’organisation entant quereprésentantde la Finlande,
faisaitnotoirement partie du proche entourage du présidentKekkonen.
Parmi lesorganisateurs, beaucoupcomprenaient sansdouteque l’un
desobjectifsducongrèsétaitbel etbienpolitique :
ils’agissaitdepercerdes trousdanslerideaude fer.
« L’idéal finno-ougrien »(heimoaate)de l’entre-deux-guerres,
l’aspiration àune étroite collaboration culturelle etàunsentimentde
solidarité notammententre la Finlande, l’Estonie etla Hongrie, était,
pourdes raisons politiques, misà l’indexcomme «antisoviétique ».
Le but premierde l’idéal finno-ougrien n’était pasdes’opposerà
l’URSS, mais ses partisansn’en avaient pasmoinsmisen lumière la
façon dont, derrière «l’internationalisme marxistde cee »pays,se
dissimulaientenréalité le nationalismepro-russe etl’oppression des
minorités.Même lepouvoir soviétique avaitindirectement reconnu
cesfrictions politiqueslorsque, dansdes procès pourl’exemple
organisésdansle contexte de laterreur stalinienne desannées trente, des
intellectuelsfinno-ougriensfurentaccusésd’intrigues politiquesavec

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

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deslocuteursoccidentauxde languesapparentées .Bienque les
victimesde cetteterreur— à l’instarde
Lytkin,précédemmentmentionné,qui,parchance etgrâce àsasantérobuste,survécutà des peines
d’emprisonnementetd’exil — eussentétéréhabilitéesetles«
outrances» du stalinismereconnuesavec embarras, il n’était plus
possible deretrouverl’idéal finno-ougriensousla formequi,pendant
l’entre-deux-guerres, avaitdonné l’inspiration nécessaire à
l’organisation de congrèsculturelsetéducatifsfinno-ougriens.Fonder un
congrès surl’identité finno-ougrienne n’était possibleque dans un
cadre étroitement scientifique,sanslien avec lapolitique linguistique
etculturelle.
Tousceux qui connaissaientla logique à double fond du régime
socialiste comprenaientcependantcequereprésentaitla chance
offertepar un congrès scientifique.Letrououvertdanslerideaude fer
pourrait servirà chacun à mettre en avant ses propres traitsculturels
nationaux.Les participants seraientdonc là nonseulemententant que
spécialistesde la discipline etde leur thème derecherche, maisaussi
entant que membresde « délégations» de leur paysoude leurnation,
ils représenteraientnonseulementlatraditionuniversitaire de leur
pays, maisaussi leur peuple etleurculture, etcela futen grandepartie
reconnu parlesÉtatsorganisateurs«socialistes»,quipouvaient
utiliserlescongrès pouroffrir unevitrine à leur politique desnationalités.
Larecherche en finno-ougristique étaitlaplusflorissante dansles
paysoùelles’étaitdéveloppée en liaison avec les
philologiesnationales, c’est-à-dire en Finlande, en Estonie eten Hongrie, notamment
e
parceque le fosséquis’étaitcreusé aucoursduXXsiècle entre les
étudesde langue etde culture, entre la linguistique etlaphilologie,
n’avait pas, dansces pays, euletempsde devenir trop profond.Ainsi
s’établitcomme fondementorganisationnel descongrès unprincipe de
quotas quise basait surletriangle Hongrie-Finlande-URSS et sur un
groupe connexe etfluctuantd’« autres
pays»,représentépardeschercheurs peunombreuxmais prestigieux,parmi lesquels, dansla
géné

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Voirnotammentl’article d’Eva Toulouze, « Le“danger”finno-ougrien
en Russie(1928-1932): les signesavant-coureursdes répressions
staliniennes»,parudansletome38 desÉtudesfinno-ougriennes. (N.D.L.R.)

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ration des premiersorganisateurs, figuraient parexemple Aurélien
Sauvageot, Björn CollinderetWolfgang Steinitz.
Comme laphilologie finno-ougrienne étaitencore, en Finlande, en
Estonie eten Hongrie, considérée dans une certaine mesure comme
relevantd’un ensemble baptisé «sciencesnationales», et qu’ailleurs
l’étude de languesexotiquesnepouvait pas, neserait-cequepourdes
raisonsfinancières, être dissociée d’autresformesderecherchesurles
peuplesenquestion, lesfondements scientifiquesdescongrèsdes
finno-ougristesontcouvert un largespectre.Dèsle départ, lescongrès
ontcomporté, enplusde la linguistique, des
sectionsdistinctesconsacréesà l’archéologie, à larecherche historique, à l’anthropologie, à
l’ethnologie etmême à l’étude deslittératurescontemporaines.Cette
hétérogénéité a commencé aufil desdécenniesà constituer
unproblème ou toutaumoins un défi.De la même façon, l’institution a été
confrontée égalementàplusieursautresdéfis.

UN ÉVÉNEMENT MÉDIATIQUE D’IMPORTANCE

Lepremiercongrèsdesfinno-ougristesinauguraunetradition de
congrès sesuccédant touslescinqans.Les villesd’accueil étaient
choisies parmi lescapitalesetles villes universitairesdu triangle des
«paysfinno-ougriens» : en1965 ce futHelsinki, en1970Tallinn,qui
appartenaitalorsà l’URSS(il nepouvaitêtrequestion de
lavilleuniversitaire de Tartu, fermée auxétrangers), en1975 à
nouveauBudapest, en1980Turku, en1985 Syktyvkardansla République des
Komis, en1990Debrecen eten1995 Jyväskylä.À cette date l’URSS
avaitdéjà disparuetl’on décida de faire du triangleune organisation
comprenant quatrepayshôtes,si bienque le congrèsde l’an2000fut
accueilliparTartudans une Estoniequi avait retrouvéson
indépendance, après quoivintà nouveau, en2005, letourdesFinno-Ougriens
de Russie, avec en l’occurrence Yoshkar-Ola dansla République des
Maris.
Les principesetl’image de marque descongrès s’étaient très tôt
cristallisésde manière claire.À cette
imageprécocementfixéeressortissaitentre autres un joyeuxmultilinguismese dissimulantderrière
desintituléslatins (CongressusInternationalisFenno-Ugristarum).
L’allemand,qui de manière indéniable étaitencore à l’époque la

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

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langue laplusimportante de la finno-ougristique internationale, n’était
pas sudetousounerecueillait pas tousles suffrages, etl’anglais
n’était pasencore la langue étrangère dominante chezdesFinlandais
oudesHongrois qui avaientétéscolarisésdanslesannées trente et
quarante.Une infranchissable barrière linguistique excluaitlerusse et
le français pourlaplupartdeschercheursd’autres pays, etl’usage des
grandeslanguesfinno-ougriennes qu’étaientle hongroisetle finnois
jouissaitd’unetradition bien ancrée.Laprofusion deslangues,
quelque inévitablequ’ellesoit, aparlasuite favorisé la dispersion des
congrèsensectionsofficieuses, danslesquelleslesinterventionsen
russe deschercheurs venusde Russie etlesinterventionsen finnois
deschercheursfinlandaisnesontécoutées que d’unpetitgroupe
constitué de compatriotes.
L’institutionsestabilisant, lesdimensionsdescongrès s’accrurent
de façonvertigineuse, mouvementfavoriséparlapluridisciplinarité
—tout travail derecherche enscienceshumainesayant traitaux
peuplesfinno-ougriensavaitenprincipe droitde cité — et parle fait
qu’en marge desactivités scientifiqueslescongrèsfaisaient plusou
moinsoffice d’agencesdevoyagesfinno-ougriennes.Pour un
chercheur venantde Russie,serendre àun congrèsen Finlande ouen
Hongriepouvait toutà faitconstituer unpremier séjourhorsde
l’URSS, etil est très probableque, lorsducongrèsde Syktyvkaren
1985, beaucoupontfaitlevoyage dansleseul butdevoirla
République desKomis, oùil n’était pas possible deserendre depuis
l’Europe occidentale dansle cadre d’unséjourindividuel.Cetourisme
scientifique étaitd’autant plusaiséquepresque n’importequelle
communicationpouvaitfigurerau programme
ducongrès,tantceluici étaithétéroclite du pointdevue des sujetsabordés, et qu’enraison
justementducaractère hétéroclite des sujetsetdes traditions
universitairesil n’yavait pasnonplusla moindresélectionqualitative.De
fait, ontrouve habituellement parmi lescommunicationsautantde
véritablesjoyaux que deproductionsdéconcertantes, auxfrontièresde
lascience etdubonsens.
Danslesannées quatre-vingt, lescongrèsdesfinno-ougristes
comptaientdéjàplusde milleparticipantsetétaientdevenusde grands
événementsmédiatiquesnationaux: on enparlaitdanslesjournauxet
les principauxbulletinsd’information audiovisuels, lescérémonies
d’ouverture etlesgrandsdiscours voyaientintervenirde hauts
repré

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sentantsdugouvernementetdesambassadeursd’autres
paysfinnoougriens.À côté descommunications scientifiquesonproposait un
programme culturelvarié, dontla fête de l’ourskhantye organisée à
Debrecen en1990offrepeut-être l’exemple leplusimpérissable.
Le comble desmanifestationsmettantenscène lapolitique des
nationalitésetlapolitique culturelle à l’époquesoviétique futatteintà
Syktyvkaren1985.Lescerclesinfluentsen matière depolitique
scientifique etculturelle avaientemployé les ressourcesdetoutle
gouvernement soviétiquepour que laville fûtimpeccable,propre comme
unsouneuf.Onvendaitaucoin des ruesdesbananes, fruits que le
citoyensoviétique ordinaire n’avaitjamais vusenvrai, commesi cela
faisait partie du quotidien dunord de la Russie.Lesinscriptionsen
komi étaient vraisemblablementbeaucoup plusnombreuses que
d’habitude(je merappelle m’être demandé, avec ma camarade de
chambrée,si nousdevionsallerajouter secrètementletréma manquantduö
qui apparaissait surl’affichette de bienvenue, écrite en komi, dont
s’ornaitla façade de l’hôtel), et pendantla cérémonie d’ouverture, où
lesmusiciensetdanseurslocauxfaisaientmontre de leurs talents, des
choristeschantaient superbement:Vid’avoömön,=oj davok!
« Bienvenue, frère et sœur! »Du pointdevuesoviétique, le congrès
étaitlàpour permettre d’étoufferen douceurl’idéal finno-ougrien.

LE MONDE CHANGE,MAIS QU’EN EST-IL DE L’ORGANISATION?

Le comitéqui avaitorganisé le congrèsdepuisle départ,un cénacle
professoral international auto-constitué, devintaufil desans un
groupe nombreuxmais vieillissant,que l’on a comparé auComité
olympique.À Jyväskylä en1995, on constataque le momentétait
venu pour unerénovation de l’organisation, incluant une cure de
jouvon élence :utaucomité beaucoupde nouveauxmembres, dont
certainsâgésde moinsdequarante anset quelquesfemmes, etl’on
décidaque lesmembresdeplusdesoixante-dixansdeviendraientdes
membreshonoraires,qui auraientle droitdeparole mais plusle droit
devote.Dansle cadre desnouvelles règles, on convintégalement
d’une nouvellestructurepourle comité,réduità l’incapacitépar son
élargissement: laresponsabilité de l’organisation
ducongrèsincomberaitàun comité exécutif international,qui comprendrait
unrepré

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

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sentantde chacun des paysdu triangle(ou plus tard ducarré)ainsi
qu’unreprésentantdes« autres pays».Parlasuite, les règlesontété
peaufinéeslorsdescongrès, etl’on a notammentclarifié laprocédure
de désignation desnouveauxmembres. (Les règlesetla discussionqui
a eulieuà leur sujetontétéprincipalement publiéesdanslarevue
Linguistica Uralica.)On nes’est pas pourautantentièrementdélivré
des problèmesetdes pommesde discorde, et peut-être nes’en
délivrera-t-on d’ailleursjamais.
Latradition des philologiesnationales, grâce à laquelle lescongrès
desfinno-ougristesont pucroître et se développer, estd’un autre côté
un fardeau politique ethistorique.Il n’existepasd’organisme
international de collaboration entretouslesfinno-ougristes, d’« Union
mondiale desfinno-ougristes», etle comité n’est pascapable dese muer
enquoique cesoitdetel.Les possibilitésde création d’une
organisation ontété étudiées, maisenpratique les problèmesde
droitinternationalsont un obstacle infranchissable.Le comité n’existe doncqu’en
vue descongrès, et sa légitimitépolitico-juridique esthéritée du
comité d’organisation originel.
Enpratique, la base ducomité estformée des sectionsnationales,
celle de chacun des paysorganisateurs (Finlande, Estonie, Hongrie,
Russie)et,toutdumoinsenthéorie, celle des« autres pays».Leur
capacité à fonctionnera largementfluctué cesderniers temps—
certaines sectionsonteudesdifficultésà organiserdes
réunionsatteignantlequorum ouà aboutirà desdécisionsclaires.Au-delà
desdissensionsinternes, la mobilité internationalepeut poserdes problèmes:
un chercheurfinlandais, hongroisou russerattaché àuneuniversité
étrangèrepeut-il être membre desasection nationale oudoit-il figurer
danslasection « autres pays»?

LE CONGRÈS DEYOSHKAR-OLA ET SES DÉLICATES QUESTIONS
DE SCIENCE ET DE POLITIQUE

Quand on décida, auxcongrèsde Jyväskylä en1995puisdeTartu
en2000,que le congrèsde2005qui devaitéchoirauxFinno-Ougriens
de Russiesetiendraità Yoshkar-Ola, cetteville, capitale de la
République desMaris,semblait unesorte de figure deproue d’un nouveau
réveil national.La République desMarisavaitdéjà été le cadre de

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congrèslittérairesetculturelsfinno-ougriens.Parle nombre deses
locuteurs, le marisemblaitfairepartie deslanguesouraliennesde
Russie lesmoinsmenacées, etil flottaitdansl’aircommeunparfum de
renouveau.Maisaudébutdunouveaumillénaire, lasituationpolitique
de larépubliquese dégradarapidement.Le nouveau présidentLeonid
Markelov se mità étoufferles voixd’opposition, notammentcelles
des personnesàquison attitude arrogante etintolérante enversla
langue etla culture maries (lui neparlait que lerusse)n’avait pas
l’heurdeplaire.
À l’approche ducongrèsde Yoshkar-Ola, on entenditdeplusen
plus souventd’alarmantesnouvellesde la République desMaris.Les
organisationsmaries subissaientdes pressions.Le domaine d’activité
desinstitutionsculturellesétait restreint.Les personnescritiquantla
politique économique du président, le culte de lapersonnalité oula
politique desnationalitésétaientmenacéesoumolestées,voire
envoyéesà l’hôpital.Aumême moment, l’organisation ducongrès
semblaitfaire du sur-place ou se heurterà des problèmesde mise en
place auniveaulocal.Lesautres sectionsnationalesducomité
international firent partde leurinquiétude et se désolèrentde la mauvaise
circulation de l’information etdesdifficultésde communication
:parfoislescourrielsn’arrivaient pasà destination etl’on nerépondait pas
au téléphone; rassemblerles représentantsnonrussesà Yoshkar-Ola
dansle cadre deréunionsdepréparationreprésentait, enraison de la
durée du voyage etdesformalitésde demande devisa,une difficulté
presque insurmontable.De nombreuxfinno-ougristesnonrussesen
vinrentà douter sérieusement que le congrèsde Yoshkar-Olapuisse
avoirlieuet songèrentà l’organisation dequelque
événementdesubstitution.
Danscertainsmilieux, on imagina aussi de boycotterle congrès
pour protestercontre l’évolutionpolitiquepréoccupante de la
République desMaris.Quand enfin le congrèscommença, de nombreux
chercheurs, enparticuliernonrusses, n’avaient pas prislapeine de
s’inscrire ouavaientannulé leurinscription.Biensouventlaraison
n’en était pasmême l’oppositionpolitique oula crainte de nepasêtre
ensécurité, mais plutôtla mauvaise circulation desinformations— il
étaitbien malaisé d’apprendrequoique ce fûtau sujetdes progrèsde
l’organisation etdu programme —, la difficulté d’obtention des visas

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

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etlevoyage, long et pénible,qu’on étaitenpratique
contraintd’effectuerviaMoscou.
Leprogramme ducongrès présentaitdonc des trous, maismalgré
cela il n’étaitjamaismisà
jour:surleslistesd’intervenantsetdeparticipantsfiguraientencore des« âmesmortes»,ycomprisles
personnes qui avaientannulé leur participation etmême celles qui ne
s’étaientjamaisinscrites.L’activité normale descongressistesen
devenaitimpossaible :près s’être misenquête d’une communication
intéressanteparmi lesnombreuses sessions superposées, on découvrait
seulementà l’entrée de lasalleque la communication n’aurait pas
lieu, ou qu’elle avaitdéjà eulieu parceque cellequi devaitlaprécéder
n’avait paseulieu.Deplus, la barrière linguistique entre la Russie et
lereste dumonde gênaitlesaspects pratiquesde l’organisation, caril
n’yavait pasassezdepersonnel maîtrisantleslanguesd’Europe
occidentale.
En lieuet place de l’activitéscientifique, c’estlerôle ducongrès
commevitrine de lapolitique desnationalités qui fut privilégié.On ne
voulait visiblement pas voirau premierchef leschercheursétrangers
comme des représentantsde leurdiscipline,parexemple de la
linguistique oude l’aron lechéologie :savaitgroupésdélégaen «tions»
nationales que l’on menait voirdiverses représentationsillustrantla
politique culturelle, etécouterdesdiscoursfrénétiques
visantàpersuaderàquelpoint toutallaitbienpourla culture etla langue des
Maris.Bienqu’ilyeûteuégalementbeaucoupd’excellentescommu-
nicationset que descontactsfructueuxeussentété noués, laprincipale
réaction fut, aumoins pourles publicsestonien
etfinlandais,uneviolenteprise de conscience de lasituationpolitique dansla République
desMaris.Lesorganisateurs réussirent,peut-être contre leurgré, à
politisercequi était supposérester un congrès scientifique.Après
cela, il estdevenu plusimportantet plusdélicat que jamaisdeveiller
auniveauetà la lignescientifiquesdescongrèsdesfinno-ougristes.

L’AVENIR DES CONGRÈS…ET DE LA FINNO-OUGRISTIQUE?

À l’occasion ducongrèsde Yoshkar-Ola, on décida également,
comme d’habitude, dulieudu prochain congrès.En2010, cesera au
tourdesHongroisd’organiserle congrès, etle comité national
hon

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JOHANNA LAAKSO

groisaprisla décision(quis’estfaitattendre jusqu’auderniermoment
etn’a manifestement pasété arrêtéesansdifficultés) que le congrès
seraitorganiséparl’université catholique de Piliscsaba,prèsde
Budapest, et par son départementde finno-ougristique
dirigéparleprofesseurSándorCsúcs,quis’estillustrésurtout par ses recherches surles
langues permiennes.À ce jour, les préparatifsducongrèsn’ontabouti
qu’à la mise à disposition du public international d’unepremière
invitation officielle au symposium, maisil estclair que lesorganisateurs
ontdevanteux touteunesérie de défisàrelever.
Les questionsfondamentalesaucœurde la finno-ougristiquesont
toujoursd’actualité :les principesde l’histoire
deslanguesouraliennesfontencore l’objetd’une discussionscientifique de haut
niveau, etde jeuneschercheurs prometteurs travaillentégalement sur
ces questions.Dansle mêmetemps, larecherche en
languesfinnoougriennes, comme larecherche enscienceshumainesen général,
s’estélargie de façon fulgurante.On n’étudieplusles petiteslangues
finno-ougriennes seulemententant qu’élémentsde comparaison en
linguistique diachronique finno-ougrienne, maiscomme deslangues
actuellesbienvivantes.Leurdescriptionsynchronique,
leurenseignement, leurconservation etleur revitalisationsesont,toutaulong du
e
XXsiècle et surtout pendantlesdeuxdernièresdécennies, développés
au pointde former une nouvelle branche àpartentière de la
linguistique.Cetype derecherche netrouvepasforcément saplace dans
le cadre de la finno-ougristiquetraditionnelle — maisd’un autre côté
l’étude de ces petiteslangues, disposantderessources
souventlimitées, a cruellementbesoin detouteslesformesdesubvention etde
touslescontactsinternationaux quipeuvent seprésenter.
À la différence des petiteslanguesfinno-ougriennes, lesgrandes
languesnationalesde la famille — le finnois, l’estonien etle
hongrois— bénéficientd’unephilologie fortementinstitutionnalisée,qui
n’a biensouvent pasgrand-chose àvoiravec lesinstancesetles
traditionsde larecherche en finno-ougristique ni avec lesautresgrandes
languesfinno-ougriennes.Le finnologuetypique ne connaîtmême
plusl’estonien,sans parlerduhongrois (etle hungarologuetypique ne
connaît plusle finnois).De congrèsen congrès, on a abondamment
réfléchi à l’idée de laisserde côté les sujetsde finnologie etde
hungarologie.Cela enlèverait toutefoisà larecherchesurles petiteslangues
finno-ougriennes une chance de nouerdescontactsimportants: ces

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

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petiteslangues sontenquelquesorte danslaposition où setrouvaient
e
le finnoisetl’estonien auXIXsiècle, etdesinteractionsbénéfiques
pourraientnaître,parexemple dansle domaine de laplanification
linguistique.
Leproblème central,qui nécessiteraità mon avis uneréflexion
bienplus pousséequ’elle ne l’a été jusqu’ici, estlarelation entre les
diversesdisciplines scientifiques traditionnellementinclusesdansla
finno-ougristique.Le fosséquis’estcreusé entre linguistique et
philoe
logie durantle XXsiècle a également séparé larecherchesurles
languesfinno-ougriennesetlarecherchesurles peuplesetlescultures
finno-ougriens.Alors que laquête dufoyerd’origine commun n’est
plusl’unique objectif — en fait, ce n’estmêmepas,saufpeut-être en
linguistique,un objectifpertinent—,un chercheuren littérature
estonienne, en archéologie des territoires samesouen folklore hongrois
peutavoirdumal àse considérercommeun
finno-ougriste.Cesdernièresdécennies, les sectionsnon
linguistiquesdescongrèsontcommencé àsouffrird’une certaine anémie, etdansle comité international
d’organisation, lesnon-linguistes sont unepetite minorité.L’avenir
descongrèsdesfinno-ougristesdépendra largementde la façon dont
onparviendra à jeterdes ponts par-dessusle fosséquis’estcreusé
entre la linguistique etlesautresdisciplines.
Lesecondproblème central estlerapportde la finno-ougristique
avec le «reste dumonde ».Il estétrangementdifficilepourles
connaissancesacquises surleslanguesfinno-ougriennesdes’intégrer
à la linguistique générale — notamment parcequ’elles
sontdisponiblesen grandepartie en d’autreslangues que l’anglais.Il arriveque
même le finnois soitmentionné dansla littérature internationaleparmi
les«less wellstudied languages», eton litàproposdes petites
languesfinno-ougriennesdesassertionsdépassées,voire
complètementerronées,quandparextraordinaire elles sontmentionnéesdans
lesforumsinternationaux.
Si elle envientàperdre le contactavec les philologiesnationaleset
avec lesautresdisciplines voisines, et si elle ne maintient pas un
contact vivantavec la linguistique générale, la finno-ougristiquesera
menacée d’isolementetde dépérissement.Pourévitercela,untravail
actifs’impose.Il nes’agit pasde couriraprèslesorientations
scientifiquesà la mode etde dénigrerles respectables traditionsde
recherche de la finno-ougristique, bien aucontraire.Dans
unepers

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pective critique onpourraitdirequ’il est temps pourl’institution,qui
futjadiscrééepourdes raisonsdepolitique culturelle etethnique,
d’aiguiser sonprofilscientifique.Les questionsdepolitique
desnationalitésetdepolitique culturelle ontleurs propresespacesde
discussion, etilya aujourd’hui d’autresinstances quise
chargentd’organiserdes voyagesculturelsetdesévénementsartistiques.
Lerôle ducongrèsinternational desfinno-ougristesestle même
que celui detouslescongrès scientifiques: donneraccèsàunsavoir
conforme auxexigences
qualitativesinternationalesetaidernotammentlesjeuneschercheursà nouerdescontactsetà construire leur
propreprofil.Cettetâche,qu’une écrasante majorité
desfinno-ougristesestcertainementd’accordpour placerau premier plan, n’est
pasimpossible ensoi, bienqu’il nesoit peut-êtrepas simple
deretourneràuntravailscientifique normal aprèsle congrèsde Yoshkar-Ola.
La finno-ougristique, avecses traditionsclassiquesderecherche, a
encore beaucoupà offrirau publicscientifique international, ainsi
qu’auxdisciplines voisines.

RÉSUMÉS

The congresses of Finno-Ugric studies:
an institution at the crossroads?

CongressusInternationalisFenno-Ugristarum,the
mostimportantinternational eventin Finno-Ugricstudies,wasfirstorganised almost50 yearsago
intheworld ofthe Cold War;aworldwhere communication between
researchersin Eastand West wasonly possible by wayof an esteemed
institutionprotected by the authorities.It wasan age of nationalscientific
institutions:theworld of languageresearchwasnot yetgoverned
byEnglish-language general linguistics, nor was the gapbetween linguisticsandphilology
(orotherculturalstudies) verybroadyet.Inthe
lastfewdecades,thesituation hascompletelychanged.Newchallengesareposed by the collapse ofthe
SovietUnion, globalisation andthe ethnopoliticalproblemsof newRussia.
However,the mostimportant question ishow the congressinstitution can
respondtoscientific challenges.

LES CONGRÈS DES FINNO-OUGRISTES

Fennougristikongressi-instituutio tienhaarassa?

19

CongressusInternationalisFenno-Ugristarum,fennougristiikantärkein
kansainvälinentapahtuma,syntyi lähes50 vuottasitten kylmänsodan
maailmassa, jossayhteydenpitoon idän ja lännentutkijoiden keskentarvittiin
virallistasuojelua nauttivavaikutusvaltainen instituutio.Tuon
ajantiedemaailma oli myöskansallistentiedeinstituutioiden maailma, jossa
englanninkielinenyleinen lingvistiikka eivielä hallinnut tutkimuksen kenttää eikä
lingvistiikan ja filologian(tai muiden kulttuuritieteiden) välinen kuiluollut vielä
revennytkovin leveäksi.Viimevuosikymmeninätilanne ontäysin muuttunut.
Uusia haasteita ovat tuoneetNeuvostoliiton hajoaminen, globalisaatio ja
uuden Venäjän kansallisuuspoliittisetongelmat– muttatärkeintä on, miten
kongressi-instituutio kykeneevastaamaantieteellisiin haasteisiin.

Florian SIEGL

Étudesfinno-ougriennes,vol.39

CONTEMPORARY FOREST ENETS :
1
A REPORT FROM RECENT FIELDWORK

___________________________________________________

Thispapercommunicates severalsocio-linguistic findingsfromthe
author’sfieldwork on ForestEnetsonthe TaimyrPeninsula
(22.11.0619.4.07). The firstpartofthe paper sketches the overall linguisticsituation of
the ForestEnets. Itisfollowed byatentativereconstruction of decisive
factors which have brought thislanguagetotheverge of extinction. Thethird
partdiscusses the attitudesofthe ForestEnets’intelligentsiatowardsearlier
research andresearchstrategies. The paperconcluds with a commentonthe
immediate linguistic future and onthestatistical data on ForestEnets
published byKrivonogov(1998,2001).
___________________________________________________

1. ASHORT SOCIO-LINGUISTIC AND ANTHROPOLOGICAL
SURVEY ONENETS AND THEENETSES

ForestEnetsand Tundra Enetsare languagesnativetothe Taimyr
2
Peninsula(Taimyrskij Dolgano-Nenetskij munitsipal’nijrajon),which
in earlier research have been classified asdialectsof one language.

1
Fieldwork is supported bya DoBeS grantfrom Volkswagenstiftung
Documentation of Enetsand ForestNenets– DOBES Tartu-Göttingen,which
isgratefullyacknowledged.Iwant tothank cand.Oksana Dob@anskaja
(Dudinka)forherimmense help with burocratic obstaclesand Dr.Marc
Hight (Tartu)for several argumentationalsuggestionsandproof-reading.
2
The Romanization of Cyrillicsfollows
thescientifictransliterationprinciples withseveralsmall modifications (9= kh,;= ch,:=ts).Better-known
geographic locations will bewrittensimplified(TaimyrforTajmyr, Yenisei
forJenisej).

22

FLORIAN SIEGL

Against the background ofrecent sources (Labanauskas 2002)andthe
author’sfieldwork itishoweverjustifiedtospeak oftwo independent
though closely related languages, but thisisnot thetopic ofthis paper.
Both Enetslanguagesbelongtothe Samoyedic branch ofthe
Uralic language familyand although ForestEnetsand Tundra Enetsare
linguisticallyfairlyclose, both languagesarespoken intwo entirely
different regionsofthe TaimyrPeninsula.Tundra Enets,whichwill
notbe furtherconsidered inthisarticle, is spoken in and around
3
Vorontsovo about 300km north ofthe districtcapital Dudinka.The
otherEnetslanguage, ForestEnets, is spoken nowadaysentirelyin
Potapovo, avillage around100kmsouth of Dudinka and byasmall
diaspora in Dudinka.Besides these known enclavesof
nativespeakers,several Enetsesaresaidto live inthetundra around Tukhart (90
kmwestof Dudinka)butnothing concrete isknown about them.
Any recentcontactsbetweenspeakersof bothvarietiesof Enetsare
4
notknown.Currently, around20 speakersof ForestEnetsin
Potapovo and an additional6 speakersin Dudinkaremain, but the
language is practicallyno longer used in everydaycommunication.Many
speakershad initial difficulties producing longernarrativesin Forest
Enets.

3
Earlier the languagewas spoken also in and around Ust’-Avam and
perhapsaround Volochanka but there isnorecent reliable data available
whether the language inthetwo former villagesis still known asan L1atall.
During myfieldwork in Dudinka, nospeakerof Tundra Enets wasknownto
reside inthe districtcapital.
4
There ishoweverone exception.In Potapovo livesa Tundra Enets
speaker who came from Vorontsovo around 40 yearsago.Althoughthis speaker
hasacquired ForestEnets, other speakersof ForestEnetsinthevillage did
usuallynot speak in ForestEnets with her.I managedseveral meetings with
thisold ladyinthe beginning but quicklyitbecame obvious thatherForest
Enetshad manyTundra Enetselements.Thismadeworkwith heron either
ForestEnetsorTundra Enetsimpossible asheranswers were contradicting
th
themselvesalmostimmediately.Itisknownthatinthe early 20century
some ForestEnetsesleft the Southern TaimyrforVorontsovo butafterwards
no more contactsare known(Vasil’ev 1963: 46).

CONTEMPORARY FOREST ENETS

Theregion around Potapovo

23

Atleasthistorically,the livesof ForestEnetsesand Tundra Enetses
differedsignificantlyconcerning foraging.AsForestEnetses resided
inthetaiga,traditionalsubsistencewasmainlybased on fishing and
hunting.Reindeerherds weresmall andreindeer wereused for
transportation.Whereas this strategy was shared byTundra Enetses, after
having fallenunderculturalpressure from Tundra Nenets,the Tundra
Enetses specialized inreindeerbreedingsimilar totheirneighbors’,
relying on largerherds (Tikhonova2005: 494-495).Thismain
difference intraditionalsubsistence led Sovietethnologists to compare
ForestEnetses with ForestNenetsesand Tundra Enetses with Tundra
Nenetses (e.g.Vasil’ev 1963).Nowadays,subsistence hunting and

24

FLORIAN SIEGL

fishing is the mainsource of irregularincome for the inhabitantsof
Potapovo, asapparently 70-80 %oftheworkingpopulation in
Potapovo is unemployed and liveson governmentaid(FN).

1.1. Enetses on the Taimyr Peninsula – official data and their
reliability

Demographic data on Enetseshasbeen messy throughoutmostof
th
the20centuryand isactuallyof little help.Itisnotmyintentionto
commentonthese numbersin detail again and Irestrictmyselfto a
5
condensed overviewof official data formy purposeshere.
Official Russianstatistics treatEnetsesasaunifiedpeople.The
allRussian censusin2002counted237Enetsesandthisnumberdid not
differ too much fromthe data ofthe lastSovietcensusfrom1989,
which counted209.Enetses were counted only twice duringthe
Soviet period, aside from1989, firstinthe1926/27census.They were
notcounted in either the1959 or the1979 censuses.Inthe1926/1927
censusEnetses were counted, butby that time Enetses werestill called
Yenisei-Samoyedsand inrecent years the1926/1927census’ results
of378 individualshasbeen abandoned in favorof
now482individuals (see Vasil’evetal2005).
Foralmosthalf a century, apeople called Enetsesdid notexist
officiallyinthe USSR, butinterestinglyonthe okrug level, Enetses
were apparentlyofficially present since atleast the1960s.The fact
thatEnetses were missing inthe1959 and1979 Sovietcensuses
collides with anotherinteresting detail:the ethnonym‘Enets’hasnot
evolved autonomouslyamongthe Enetses, but wasinvented by the
Sovietethnologistand
linguistG.N.Prokof’evinthe1930s.Apparently the newethnonymwas unknown amongthe Enetsesatleast
untilthe1960s.They stucktotheiroldpractice
ofreferringtothemselvesbyeitherclan namesorbycallingthemselves simplyNenetses
6
orNganasans.

5
This wasdone in Siegl2005.
6
In Siegl(forthcoming)Itry toshow thata missing literacy program for
Enetsmighthave beenresponsible for the latespreading ofthe
newlyimposed identity.If literacyandthe accompanyingredprimershad been available

CONTEMPORARY FOREST ENETS

25

Paradoxically, official censusesand okrugstatistics present, and
apparentlyalways presented, a different picture.Although
okrugstatistics,too,treatEnetsesasaunifiedpeople,theirofficial numbersare
muchsmallerin comparisontothe1989/2002censuses.For 2005,
only 148 Enetses wereregistered andsurprisingly the majorityof
Enetsesareregistered in Tukhart (57)followed byVorontsovo(44),
7
Dudinka(24)and Potapovo(12).
At the lowestlevel of officialrepresentation, localstatisticsfor
Enetsesexistof course inthevillage administration of Potapovo.For
2006,12Enetses wereregistered, butasmanyEnetsesare
descendantsof marriagesbetween ForestEnetsesand Tundra
Nenetses,several instancesof“flexible ethnicity” werereported bylocal authorities
in Potapovo.Inpracticethismeans that some Enetseschangetheir
ethnic heritage(ru:2+:m32+p~2367~)frequently,registering once as
Enets,then as (Tundra)Nenetsand again asEnets.As there are no
obviousbenefitsconnectedwiththe choice of eitherethnicity,this
8
choice mustbe consideredto bepersonal. (FN)
The onlyconclusions thatcansafelybe drawn from official data
can besubsumed asfollows.First, although on ethnological(atleast
historically)and linguistic groundsForestEnetsesand Tundra Enetses
differ quite fundamentallyfrom each other,this separation hasnot
9
made its wayinto officialstatistics.Second, both censusdata and

inthe1930s,the newidentitymighthavespread more easily.However,
ForestEnets wasone ofthe fewlanguagesof Siberiawhich did not receive a
literacy program inthe early 1930sandthe first seriousattempts to create
literacyforForestEnets started aslate as the1990s.ForTundra Enetseven
this processhasnot yet started andprobably will never start.
7
Theremaining Enetsesareregistered in other villages (notmentioned
here)live as peripheral minorities (notmorethenseveral individuals)in other
villagesonthe TaimyrPeninsula.Thatdata derivesfrom a document
provided bylocal authoritiesin Dudinka(Dannye).
8
Asaratherextreme example, ateenage girl in Potapovowas registered
asEnetsinthe2002censusalthoughthe lastEnetsin herfamily washer
grandfather (FN).
9
Itisof course highly questionablewhether such a distinction fora
numerically small groupofpeoplewould indeed be justifiable.Even inthe