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Genre et discours rapporté en français médiéval

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Au sommaire : Le discours rapporté en français médiéval au prisme du genre - Juan Manuel Lopez Munoz, Sophie Marnette / Polylogues masculins et polylogues féminins dans la littérature médiévale - Corinne Denoyelle / Rapporter le discours des femmes : les stratégies discursives des personnages féminins dans le Lancelot en prose - Yasmina Foehr-Janssens / Stratégies discursives dans l'oeuvre de Christine de Pizan - Carin Franzen / Rapporter au féminin au Moyen Âge : formes distinctes ou continuum ? - Sabine Lehman...

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Date de parution 08 juin 2016
Nombre de lectures 4
EAN13 9782806650528
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Genre et discours rapporté en français médiéval
Le discours rapporté en français médiéval au prisme du genre 7
Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ
Sophie MARNETTE
Polylogues masculins et polylogues féminins
dans la littérature médiévale 15
Corinne DENOYELLE
Rapporter le discours des femmes :
les stratégies discursives des personnages féminins
dans le Lancelot en prose 31
Yasmina FOEHR-JANSSENS
Stratégies discursives dans l’oeuvre de Christine de Pizan 53
Carin FRANZÉN
Rapporter au féminin au Moyen Âge :
formes distinctes ou continuum ? 69
Sabine LEHMANN
Genre et discours rapporté Le positionnement du philologue-traducteur face à
des textes génériquement ambivalents : le cas de Belle :
essai sur les chansons de toile de Michel Zink 83 en français médiévalJuan Manuel LÓPEZ MUÑOZ
L’énonciation féminine dans les lais médiévaux 97
Sophie MARNETTE
Numéro coordonné par L’expression du regret en français médiéval : une question de genre(s) ? 121
Evelyne OPPERMANN-MARSAUX Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ & Sophie MARNETTE
Si ferai je, non ferai : l’expression de l’accord et du désaccord
dans le dialogue médiéval 135
Marta SAIZ-SÁNCHEZ
Voix narratives, polyphonie et autorité : Froissart et les Gascons
dans le Voyage en Béarn des Chroniques de Jean Froissart 157
Publiée avec l’aide financière
Pauline SOULEAU
du Fonds de la Recherche Scientifique - FNRS
Le discours rapporté dans les documents comptables médiévaux
au prisme du genre (genre textuel et genre sexué) 177 Tome 8.1 (2016)
Aude WIRTH-JAILLARD
www.eme-editions.be
ISBN : 978-2-8066-3562-49HSMIKG*gdfgce+ 25,00 €
Tome 8.1 (2016)
LE DISCOURS ET LA LANGUELe discours et la langue
Revue de linguistique française
et d’analyse du discoursLe Discours et la Langue
Directrices de la revue :
« Le discours et la langue »Laurence Rosier (Université libre de Bruxelles)
Revue de linguistique française et d’analyse du discoursLaura Calabrese (Université libre de Bruxelles)
Rédactrice en chef :Comité de rédaction :
Laurence Rosier (Université libre de Bruxelles).
Marion Colas-Blaise (Université du Luxembourg) ; Catherine Détrie
(Université Paul Valéry Montpellier 3) ; Hugues Constantin de Chanay Secrétaire de rédaction :
(Université Lumière-Lyon 2) ; Anne-Rosine Delbart (Université libre de Laura Calabrese (Université Libre de Bruxelles).
Bruxelles) ; Françoise Dufour (Université Paul Valéry, Montpellier III) ;
Cédrick Fairon (Université catholique de Louvain) ; Jean-Marie Klinkenberg Comité de rédaction :
(Université de Liège) ; Juan-Manuel López-Muñoz (Université de Cadix) ;
Catherine Détrie (Université Paul Valéry Montpellier 3) ; Hugues Constantin de
Dominique Maingueneau (Université Paris IV) ; Sophie Marnette (Université Chanay (Université Lumière-Lyon 2) ; Anne-Rosine Delbart (Université libre
d’Oxford) ; Alain Rabatel (Université Lumière-Lyon 2) ; Anne-Catherine de Bruxelles) ; Cédrick Fairon (Université catholique de Louvain) ; Jean-Marie
Simon (Université catholique de Louvain) ; Audrey Roig (Université Paris Klinkenberg (Université de Liège) ; Juan Manuel Lopez Munoz (Université de
Descartes — Paris V).Cadix) ; Dominique Maingueneau (Université Paris XII) ; Sophie Marnette
(Université d’Oxford) ; Alain Rabatel (Université Lumière-Lyon 2) ; Anne-Catherine
Simon (Université catholique de Louvain).
La revue Le discours et la langue. Revue de linguistique française et d’analyse du
discours, se propose de diffuser les travaux menés en français et sur le français
dans le cadre de l’analyse linguistique des discours. Elle entend privilégier les
contributions qui s’inscrivent dans le cadre des théories de l’énonciation et/ou
articulent analyse des marques formelles et contexte socio-discursif et/ou
appréhendent des corpus inédits (notamment électroniques).
La revue privilégie les numéros thématiques tout en laissant dans chaque livraison
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Les pros thématiques ou les articles isolés de même que
les ouvrages pour recension ou les propositions d’échange doivent être
adressés à l’adresse suivante :
Laurence Rosier
50 Avenue F.D. Roosevelt, ULB CP 175
B – 1050 BruxellesGenre et discours rapporté
en français médiéval
Numéro coordonné par
Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ & Sophie MARNETTEAdressez les commandes à votre libraire
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procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses
ayants droit.
www.eme-editions.beSOMMAIRE
Le discours rapporté en français médiéval
au prisme du genre 7
Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ
Sophie MARNETTE
Polylogues masculins et polylogues féminins
dans la littérature médiévale 15
Corinne DENOYELLE
Rapporter le discours des femmes :
les stratégies discursives des personnages
féminins dans le Lancelot en prose 31
Yasmina FOEHR-JANSSENS
Stratégies discursives dans l’œuvre
de Christine de Pizan 53
Carin FRANZÉN
Rapporter au féminin au Moyen Âge :
formes distinctes ou continuum ? 69
Sabine LEHMANN
Le positionnement du philologue-traducteur
face à des textes génériquement ambivalents :
le cas de Belle : essai sur les chansons de toile
de Michel Zink 83
Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZL’énonciation féminine dans les lais médiévaux 97
Sophie MARNETTE
L’expression du regret en français médiéval :
une question de genre(s) ? 121
Evelyne OPPERMANN-MARSAUX
Si ferai je, non ferai : l’expression de l’accord
et du désaccord dans le dialogue médiéval 135
Marta SAIZ-SÁNCHEZ
Voix narratives, polyphonie et autorité :
Froissart et les Gascons dans le Voyage en Béarn
des Chroniques de Jean Froissart 157
Pauline SOULEAU
Le discours rapporté dans les documents
comptables médiévaux au prisme du genre
(genre textuel et genre sexué) 177
Aude WIRTH-JAILLARD
6LE DISCOURS RAPPORTÉ
EN FRANÇAIS MÉDIÉVAL
AU PRISME DU GENRE
Juan Manuel LÓPEZ MUÑOZ
Sophie MARNETTE
Le présent numéro fait partie d’une série de trois ouvrages rendant compte
des réflexions du groupe interdisciplinaire Ci-dit sur la dynamique entre
1discours rapporté et genre – sexué et textuel –, notamment à l’occasion de
notre cinquième colloque international « Rapporter et être rapporté(e) :
une affaire de genres ? » (14-16 juin 2012, Faculté de lettres de l’Université
de Stockholm). Nous nous pencherons ici sur le français médiéval tandis
que les ouvrages précédents ciblaient la langue des médias d’une part et les
2textes littéraires modernes et prémodernes d’autre part .
L’étude du discours rapporté en français médiéval connaît depuis plusieurs
années un essor important, et ce notamment grâce aux nombreux travaux
publiés par les membres du groupe Ci-dit, largement inspirés par les écrits
précurseurs de B. Cerquiglini (1981) ou de J. Rychner (1990) et aussi
plus généralement par les travaux de médiévistes comme S. Fleischman,
C. Marchello-Nizia ou M. Perret s’inscrivant dans le cadre des théories de
3l’énonciation .
En 2008, le numéro de la revue Verbum, « Le discours rapporté en français
médiéval », fruit d’un séminaire de travail du groupe Ci-dit, présentait cinq
articles touchant aux quatre thèmes majeurs suivants :
1 « Nous démarquons ici la notion de “genre sexué” comme construction
sociale et culturelle, comprenant à la fois les femmes et les hommes (à
l’instar de J. Butler 1990, C. Nesci 1992, etc.), de celle de “genre sexuel”
relevant d’une logique identitaire duelle fondée sur des données
biologiques » (López Muñoz et al. 2015 : 7).
2 Voir Sullet-Nylander et al. 2014 et López Muñoz et al. 2015.
3 Pour un exemple de la richesse et de la diversité de ces travaux, voir
ci-dessous, ainsi que notre bibliographie en ligne sur le DR en français
médiéval (www.ci-dit.com).– discours rapporté et genres narratifs ;
– apporté et lyrisme ;
– marqueurs du discours rapporté ;
– discours rapporté et variance.
Les corpus envisagés comprenaient des romans en vers et en prose ainsi
que des textes lyriques comme les pastourelles.
Alliant approches linguistiques et littéraires, le numéro des Cahiers de
recherches médiévales et humanistes (Marnette et Swift 2011 : 22) sur les
« Voix narratives médiévales » se penchait sur les stratégies de circulation
des discours, et plus particulièrement sur les discours rapportés, dans des
textes appartenant à des genres littéraires distincts (romans en vers et en
prose, lais, fabliaux, textes biographiques, dialogues, dits, nouvelles, etc.)
tout en tenant aussi compte de la dimension genrée (c’est-à-dire sexuée) des
voix mises en scène dans ces textes : « Par ailleurs ce “je qui parle”, présent
ou lointain, peut être féminin, masculin ou indifférencié, et cette question
du genre – éminemment d’actualité – révèle des enjeux idéologiques et
4sociologiques au sein du texte et dans son au-delà » .
Enfin, dès 2006, le quarante-neuvième volume de la revue Textuel, intitulé
« La discorde des deux langages : représentations des discours masculins
et féminins du Moyen Âge à l’âge classique » offrait un « ensemble
d’études sur la représentation, parfois opposée, souvent contrastée, des
discours masculins et féminins dans des textes littéraires. » (Liaroutzos
et Paupert 2006 : 9). Dans l’Avant-propos de ce numéro, A. Paupert notait
l’altérité de la parole au féminin ; dans la lignée de B. Cerquiglini (1986),
elle se demandait à la fois s’il existait des éléments formels récurrents de
discours au féminin dans différents genres littéraires, dans des textes qui
pouvaient être composés par des auteurs masculins ou par des auteures
féminines, mais aussi si l’on pouvait en fait « rapprocher des textes écrits
par des femmes et des textes écrits par des hommes faisant parler des
femmes » (Liaroutzos et Paupert 2006 : 12).
On voit donc que les notions de genre littéraire et de genre sexué sont au
cœur des réflexions sur le discours rapporté tout comme elles sont bien sûr
5au cœur des discussions sur la littérature médiévale en général . Le présent
volume envisage des corpus et des époques très divers ; il ne s’en tient pas
4 Voir notamment les articles de M. Griffin, S. Marnette, J. Morton, et H. Swift
dans ce même numéro.
5 On notera que la notion de genre littéraire médiéval longtemps considérée
comme allant de soi fut fortement remise en question par des médiévistes P. Zumthor (1972) avant de revenir sur le devant de la scène mais
cette fois en étant fortement problématisée par exemple dans les travaux
de S. Gaunt (1995) ou S. Kay (1995), qui s’intéressent par ailleurs aussi à
l’articulation de gender (genre sexué) et genre en littérature médiévale.
8uniquement à la littérature mais inclut également un examen de la langue
administrative (A. Wirth-Jaillard). La plupart des articles furent l’objet de
communication au cinquième colloque de Ci-dit mentionné ci-dessus,
dont deux conférences plénières (Y. Foehr-Janssens et C. Franzén). S’y sont
ajoutés les articles de M. Saiz-Sánchez et de P. Souleau, qui ne participèrent
pas au colloque mais dont les travaux questionnent les mêmes thèmes.
Corinne Denoyelle examine les polylogues masculins et polylogues féminins
dans la littérature médiévale. Contrairement aux formes traditionnelles et
masculines du conseil féodal, les quelques scènes qui présentent des débats
entre plusieurs femmes sont peu nombreuses mais particulièrement
intéressantes en ce qu’elles imitent les structures masculines en les
travestissant. L’article observe les représentations que ces polylogues
féminins donnent de l’autorité, de la parole et de l’écoute féminines. Si les
dialogues féminins utilisent les mêmes modèles de dialogues que leurs
homologues masculins, le statut précaire de leur énonciation reste soumis
à la contrainte de la parole masculine : limitée au domaine de la casuistique
amoureuse, la parole féminine est toujours contestable et semble tout au
plus constituer une plaisante parenthèse où des structures typiquement
masculines sont inversées.
Yasmina Foehr-Janssens interroge les effets de sens induits par la (re)
production du discours féminin dans la première partie du Lancelot
en prose qui donne accès à ce qui a pu être un premier Lancelot non
cyclique. Elle montre que contrairement à d’autres romans en prose
comme par exemple le Merlin de Robert de Boron, la parole féminine, loin
de se cantonner à la lamentation et à l’expression de l’obéissance et de la
soumission, prend souvent la forme d’une leçon. Il n’est pas rare qu’elle
manifeste une autorité morale, voire même politique et elle en vient aussi
à assumer de manière éclatante la programmation de la narration. La force
persuasive et performative du discours féminin apparaît dans toute son
ampleur, alors que les analyses des personnages féminins dans ce roman
ont généralement tendance à souligner le peu de marge de manœuvre qui
est laissé aux figures de femmes en ce qui concerne l’action romanesque.
Cette opposition entre faits et dits permet donc de relativiser la réputation
de passivité qui s’attache habituellement aux figures féminines du Lancelot,
ce qui permettrait même de demander, en inversant l’ordre de précellence
habituel entre parole et action, si les actions des héros et de Lancelot en
particulier ne sont pas en réalité des effets des projections discursives des
dames et des demoiselles.
Carin Franzén considère que la position féminine textuelle pendant le
Moyen Âge n’est pas entièrement le produit d’une hégémonie culturelle
masculine, pas plus qu’elle n’est tout à fait exclue de celle-ci, mais qu’elle est
constitutive du jeu complexe et instable que met en œuvre chaque discours.
Elle explore le Livre de la Cité des Dames de Christine de Pisan (1405), et
souligne les contraintes et les possibilités du monde de discours de son
9époque, en particulier pour une femme écrivant dans le contexte d’une
hégémonie masculine. Elle montre notamment que dès ses premiers textes,
Christine s’engage dans le genre du dialogue avec les discours dominants
sur l’amour. À ses yeux, Christine occupe une position d’énonciation basée
sur une technique d’écriture qui implique à la fois la réception du discours
masculin et le rejet de celui-ci. Le résultat n’est pas une position féminine en
dehors de la norme ou une écriture particulière et unique, isolée à l’intérieur
de cette norme, mais une révélation de l’instabilité même du discours.
Sabine Lehmann s’intéresse au rapport entre les manifestations de la parole
au mode féminin et les genres littéraires médiévaux. Elle analyse quatre
textes narratifs brefs : Li diz des Cordeliers de Rutebeuf (1249), le fabliau Des
ePerdriz (XIII siècle), Le Livre du Voir dit de Guillaume de Machaut (1364)
et Le Chemin de long estude de Christine de Pisan (1402), en prêtant une
attention particulière à la distinction entre discours direct et le discours
indirect pour représenter les voix féminines. Selon elle, la parole féminine
s’y inscrit dans une perspective de continuité (évolution de la position du
poète et de son image de la femme) et de complémentarité par rapport aux
voix masculines.
Juan Manuel López Muñoz revient sur l’apparente absence des voix
féminines dans la littérature médiévale – en particulier dans les textes
lyriques. Il soutient l’hypothèse qu’une bonne part de ce soi-disant silence
est due à des effacements opérés postérieurement par les différents
médiateurs et le démontre par une analyse concrète de la traduction en
français moderne proposée par M. Zink du corpus conservé des chansons de
toile anonymes. La notion de discours rapporté est conçue ici en termes de
dynamique entre deux cadres énonciatifs distincts (impliquant deux cadres
de savoirs, croyances et pratiques distincts), celui de la traduction par un
philologue légitimé et celui de la chanson de toile composée par un poète
anonyme ; l’article se centre sur quelques cas de rupture qui font ressortir
le point de vue surplombant masculin du philologue (sur-énonciation) tout
en le contrastant avec la concordance des points de vue (co-énonciation)
6effective des poètes des chansons de toile avec leurs héroïnes .
Sophie Marnette étudie comment les lais construisent les locuteurs et
locutrices du récit (qu’il s’agisse du narrateur ou des personnages) par
le biais du discours rapporté. Elle s’intéresse plus particulièrement aux
différences éventuelles existant entre la façon dont les lais rapportent les
discours féminins et les discours masculins, et les compare à un autre genre
de récits narratifs courts, celui des fabliaux. Enfin, l’article examine aussi si
les lais anonymes se comportent différemment des lais dits « de Marie de
France » (où la voix narrative est supposément féminine). Le but est donc ici
6 Les concepts de « sur-énonciation » et de « co-énonciation » ont été
développés par A. Rabatel (voir notamment Rabatel 2003).
10de savoir si la représentation des discours féminins dans les lais est affaire
de genre littéraire (particulière aux lais en général) ou de genre sexué (liée
au sexe de l’auteur(e)).
Évelyne Oppermann-Marsaux analyse l’emploi des interjections las et/ou
helas exprimant la tristesse ou le regret du locuteur, tout en prenant en
compte à la fois le genre littéraire des textes étudiés et le sexe des locuteurs.
Elle examine les emplois de las/helas dans les discours directs enchâssés
des textes narratifs, dans les dialogues dramatiques et dans le discours du
poète lyrique. Le développement de l’interjection helas relève du processus
de pragmaticalisation : le passage d’une unité lexicale, l’adjectif las (servant
à qualifier quelqu’un de fatigué ou de malheureux), à un marqueur discursif,
l’interjection helas. Dans les textes de moyen français analysés, les deux
interjections connaissent toutes les deux un emploi comme modalisateur
de « P » (malheureusement, P) ainsi qu’un emploi faiblement pragmaticalisé
dans lequel elles restent proches du las interjectif de l’ancien français
(malheureux que je suis). Dans les textes narratifs, las(se) semble privilégié
dans les discours de lamentation, majoritairement féminins, dans lesquels
la locutrice se qualifie de malheureuse. Helas apparaît davantage comme un
modalisateur, portant sur l’énoncé qui le suit ou qui le précède. Dans le reste
du corpus, las et helas modalisateurs sont attribués indifféremment aux
locuteurs masculins et féminins mais en tant qu’interjections faiblement
pragmaticalisées, elles figurent en priorité dans la Passion d’Auvergne,
relevant du théâtre religieux, et sont absentes du discours du poète lyrique
masculin, dans la mesure où elles représentent en premier lieu les paroles
d’une locutrice.
Marta Saiz-Sánchez observe les expressions si ferai je, non ferai, si est et non
avra il, qui marquent l’accord et le désaccord entre locuteurs dans le dialogue
médiéval. Elle se concentre ici uniquement sur les contextes dialogaux
ou dialogiques, où ces expressions accomplissent un acte linguistique de
confirmation ou réfutation d’un segment de discours prononcé par un
autre locuteur ou par le même locuteur de E1. Les expressions apparaissent
dans le discours de personnages rapporté par le narrateur ou par un autre
personnage, au style direct ou indirect et l’article examine comment certains
genres littéraires privilégient l’emploi d’enchaînements particuliers dans
l’interaction des personnages. Les expressions de type si/non + verbe
substitut (+ Sp) sont utilisées de préférence pour marquer l’opposition et
cette tendance s’accentue avec le temps. Cependant, alors que la tendance
générale de la structure si/non + verbe substitut (+ Sp) est de marquer le
désaccord, dans les contextes injonctifs des romans en prose, la structure
privilégie l’expression de l’accord, souvent dans un discours indirect.
Pauline Souleau s’interroge sur le statut privilégié du discours direct au
sein de l’épisode du Voyage en Béarn, tiré du Livre III des Chroniques de
Jean Froissart, alors que le genre des chroniques (et le reste du texte de
Froissart) favorise habituellement le discours indirect. Elle se demande à
11quel point le discours direct, devenu le type de discours rapporté dominant,
influe sur les relations entre narrateurs et personnages, ou encore sur la/
les voix narrative(s) du texte. L’article suit, au fil du récit des Chroniques, les
pas et paroles de Froissart et de ses informateurs en route pour le Béarn
afin d’examiner le fonctionnement et rôle narratif de ces voix gasconnes
(en particulier à travers leur statut discursif) et de scruter leur degré
d’interaction avec l’instance narrative primaire pour conclure sur les
stratégies narratives, le statut polyphonique et le simulacre énonciatif de la
délégation d’autorité (sur-énonciation), ainsi que le lien privilégié du Voyage
entre histoire et fiction. Si le discours direct semble permettre de laisser les
personnages parler d’eux-mêmes et de reléguer la présence du narrateur
primaire au second plan, Froissart-narrateur ne s’efface en fait jamais
complètement : il prend de la distance, certes, mais, en termes linguistiques,
la position qu’il acquiert est réelle et serait celle de sur-énonciateur : il parle
à la fois à partir des autres et par-dessus les autres.
Aude Wirth-Jaillard explore des documents comptables médiévaux, un
genre textuel et discursif, original, encore peu connu et peu étudié par les
linguistes, et dans lequel, elle trouve des discours rapportés dont elle tente
de définir les caractéristiques. Ces documents reproduisent par exemple des
moqueries, des insultes, des accusations mensongères et autres paroles qui
n’étaient pas tolérées et faisaient dès lors l’objet de sanctions et d’amendes.
Ils sont produits par des officiers et des scribes masculins mais une femme
peut tenir des propos insultants ou être l’objet de paroles inadaptées, et
donc avoir produit ou être la cible d’énoncés réprouvés. L’analyse du corpus
indique que les discours sanctionnés par la loi tendent à être rapportés au
discours indirect et qu’ils sont le plus souvent prononcés contre l’autorité
et ses représentants (c’est-à-dire des victimes majoritairement masculines)
et non contre de simples hommes ou femmes. En sanctionnant ainsi toute
atteinte au pouvoir et à ses représentants, le message est clair : même avec
de simples paroles, on ne s’en prend pas à lui impunément.
Si les articles sont variés, on notera cependant les deux fils conducteurs
suivants : la portée de la distinction entre les différentes catégories
du discours rapporté – et surtout les discours direct et indirect –, et
l’importance des notions de « sur-énonciation » et d’« autorité discursive »
pour comprendre les stratégies du discours rapporté compris aussi bien
au sens restreint (rapport de discours) qu’au sens large (rapport entre
discours). Enfin on notera aussi le rôle que l’étude du discours rapporté
continue à jouer dans les analyses de l’emploi et de l’évolution de
marqueurs discursifs.
12Bibliographie
Butler, J. (1990) : Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity. New
York, Routledge.
Cerquiglini, B. (1981) : La Parole médiévale. Paris, Minuit.
Cerquiglini, B. (1986) : « The syntax of discursive authority : the example of
feminine discourse », Yale French Studies 70 : 183–198.
Gaunt, S. (1995) : Gender and Genre in Medieval French Literature. Cambridge,
Cambridge University Press.
Kay, S. (1995) : The « Chansons de geste » in the Age of Romance : Political Fictions.
Oxford, Clarendon Press.
Liaroutzos, C. et Paupert, A. (dir.) (2006) : La Discorde des deux langages :
représentations des discours masculins et féminins du Moyen Âge à l’âge classique,
Textuel 49.
López Muñoz, J.-M., Marnette, S. et Rosier, L. (éds.) (2008) : Le Discours rapporté en
français médiéval, Verbum 28.
López Muñoz, J.-M., Marnette, S., Rosier, L., Roitman, M. et Sullet-Nylander, F.
(éds.) (2015) : Le Discours rapporté : une question de genre ?, Le Discours et
la langue 7.1.
Marnette, S. et Swift, H. (éds.) (2011) : Les Voix narratives du récit médiéval :
approches linguistiques et littéraires, Cahiers de recherches médiévales et
humanistes 22.
Nesci, C. (1992) : La Femme mode d’emploi : Balzac, de la Physiologie du mariage à
La Comédie humaine. Nicholasville, French Forum Publishers.
Rabatel, A. (2003) : « L’effacement énonciatif et ses effets pragmatiques de sous-
et de sur- énonciation », in J.-M. López Muñoz, S. Marnette et L. Rosier (dir.),
Formes et stratégies du discours rapporté : approches linguistique et littéraire
des genres de discours, Estudios de lengua y literatura francesas 14 : 33–61.
Rychner, J. (1990) : La Narration des sentiments, des pensées et des discours dans
quelques œuvres des douzième et treizième siècles. Genève, Droz.
Sullet-Nylander, F., Roitman, M., López-Muñoz, J.-M., Marnette, S. et Rosier, L. (éds.)
(2014) : Discours rapporté, genre(s) et médias. Stockholm, Romanica
Stockholmiensia.
Zumthor, P. (1972) : Essai de poétique médiévale. Paris, Seuil.
13POLYLOGUES MASCULINS ET
POLYLOGUES FÉMININS DANS
LA LITTÉRATURE MÉDIÉVALE
Corinne DENOYELLE
Université Grenoble Alpes
1. Introduction
Le motif du conseil féodal est vraisemblablement aussi ancien que la
littérature en langue vernaculaire. La Chanson de Roland s’ouvre sur le
conseil des barons de Marsile auquel répond celui de Charlemagne qui verra
se cristalliser l’opposition entre Roland et Ganelon. Il n’est pas ensuite de
roman ou de chanson de geste qui n’ait de scène politique dans laquelle un
grand seigneur réunit ses barons pour prendre une décision. Ces dialogues
correspondent au modèle littéraire qualifié de « dialogue dialectique » par
S. Durrer (1994 : 158).
Ce modèle dialectique adopte dans les textes médiévaux plusieurs
sousformes particulières qui cherchent à représenter à la fois des rapports
de force politique et des situations dialogales complexes. En effet, alors
que la plupart des « conversations rapportées » dans les textes sont des
dilogues, des dialogues à deux personnages, les conseils politiques sont des
polylogues, impliquant nécessairement plusieurs locuteurs. Or, la relation
hiérarchique reste toujours un enjeu discursif car le seigneur qui demande
un conseil, qui discute un point de politique avec ses hommes, accepte un
moment de déposer son autorité pour écouter leur opinion, mais il n’en
reste pas moins le maître du jeu féodal. Cette inégalité, alliée à la tradition
littéraire qui régule la lisibilité des dialogues romanesques, contribue à
donner à cette scène typique une grande diversité.Cependant, autant ces scènes masculines sont fréquentes, autant les scènes
féminines équivalentes sont rares. Tout particulièrement peu nombreux
sont les débats qui opposent plusieurs femmes car ces dernières ne sont
souvent présentées comme locutrices que face à des hommes. Dans les cas
où une conversation exclusivement féminine est représentée, le groupe
se limite à deux locutrices et se caractérise par l’intimité. Cette rareté
témoigne du caractère marqué de l’énonciation féminine dans la littérature
(Paupert 2006 : 9). Les quelques scènes qui présentent des paroles de
femmes entre elles sont donc particulièrement intéressantes en ce qu’elles
imitent les structures masculines en les travestissant. Quelle représentation
donnent-elles de l’autorité, de la parole et de l’écoute féminines ? Après
avoir présenté les formes traditionnelles et masculines du conseil féodal,
nous analyserons les particularités des interventions politiques féminines.
2. La mise en scène du conseil féodal
La littérature médiévale fictionnelle ou didactique est pleine de conseils
donnés aux princes qui décrivent l’attitude juste que doit prendre le seigneur
dans son conseil et qui insistent tout particulièrement sur son écoute : sans
imposer dès l’entrée en matière son opinion, il doit se rendre disponible aux
différents avis qui viendront gonfler et enrichir sa décision. D’autre part, il
doit patiemment peser les opinions de chacun en fonction de leur caractère
et de ses relations avec ses conseillers et non de leur puissance à la cour.
Charlemagne en est l’exemple canonique dans la Chanson de Roland :
[2] Li emperere en tint sun chef enbrunc,
Si duist sa barbe, afaitad sun gernun
Ne ben ne mal ne respunt sun nevuld. (Chanson de Roland, laisse xv)
Il arrive même assez souvent que le seigneur se retire et laisse ses hommes
1lui proposer une solution . La gestion de la parole en conseil est un enjeu du
pouvoir et il apparaît de manière flagrante dans les dialogues littéraires qui
mettent en scène ce topos.
2.1 L’organisation des prises de parole
La mise en scène de ces prises de parole est toujours quasiment identique :
d’abord, le seigneur présente la situation, parfois de façon neutre, parfois
en orientant déjà le débat. En général, l’opinion de son auditoire est alors
indiquée :
[3] Entr’euz l’i dient li baron
Que li rois a moult grant raison. (Eneas, v. 6694–6695)
1 Par exemple dans Lancelot du Lac 1998 : 174.
16Ces diverses réactions miment ou évoquent le bruit de fond, les bavardages
qui suivent la présentation du problème. En effet, quel que soit ensuite le
développement du conseil, une voix collective marque très souvent une
première réaction unanime qui ne participe pas vraiment au débat, comme
un murmure ou une rumeur qui s’élèverait du groupe après l’exposé du
problème et avant qu’un orateur particulier ne prenne la parole.
Après ce préambule au conseil englobant toutes les voix dans un même
élan, les individus viennent ensuite tour à tour présenter leur opinion. Leur
prise de parole est mise en valeur par leur gestuelle : l’homme qui parle se
lève « en piez » (Eneas, v. 6700 ; Roland, v. 195, 218) ; il découvre sa tête.
Son individualité est soulignée, soit par la mention de son nom et de son
identité, soit par la mention hyperbolique de ses qualités. Ceux qui prennent
la parole sont des êtres d’exception qui sortent du lot commun, ce qui leur
donne une réelle autorité discursive. Ainsi, le conseil politique est-il le lieu
par excellence d’une dialectique entre l’individu et le groupe. À un moment
où cette notion commence à s’élaborer, la mise en scène d’une parole dans
son individualité montre l’apport de la littérature à cette notion.
2.2 Les modèles de dialogues
La discussion qui s’ensuit peut être mise en scène sous quatre formes
discursives qui vont organiser les divers enchaînements des voix.
2.2.1 La liste paradigmatique
Le premier modèle, la liste paradigmatique, met en scène quelques
conseillers emblématiques qui prennent la parole successivement pour
énoncer chacun une décision possible. Les diverses propositions sont
énoncées parallèlement sans être discutées, le débat est constitué de la
juxtaposition de ces opinions qui forment en quelque sorte le paradigme des
solutions possibles (Denoyelle 2009). Notons cependant que le débat est en
général nul : si les voix sont multiples, elles sont le plus souvent l’expression
d’un consensus éclaté en diverses facettes. Dans Escanor (v. 7012–7074)
par exemple, où un chevalier vient à la cour du roi Arthur accuser Gauvain
de crime, tous les chevaliers de la Table Ronde se rangent derrière le
neveu du roi. Celui-ci étant absent, ce sont ses compagnons qui s’engagent
individuellement à défendre son honneur : trois barons, Lancelot, Gahériet,
Yvain, répondent d’abord au discours direct, puis deux autres, le Laid Hardi
et Agravain, au discours indirect et enfin Brandelis, Keu et Meliant du Lis,
et « mout d’autres » au discours narrativisé. Cette multiplicité des prises
de parole ainsi que du type de discours utilisé pour les véhiculer amplifie
le phénomène mais n’en change pas le principe : tous vantent l’innocence
de Gauvain et accusent le chevalier étranger de mensonges ; tous s’offrent
à prendre les armes pour le laver de cette accusation. Ce n’est qu’à la fin du
17débat que le roi reprend la parole, confirmant la décision ou l’engagement.
Le débat peut être symbolisé comme suit : [seigneur / conseiller A /
conseiller B / conseiller C / seigneur].
2.2.2 Le débat devant le seigneur
Le deuxième modèle possible, proche du précédent, est le débat devant le
seigneur : deux ou trois barons s’opposent sur une opinion, ce qui donne la
forme suivante à une schématisation : [seigneur / conseiller A / conseiller B
/ conseiller A / conseiller B / seigneur]. L’exemple type de ce modèle sera le
débat de la Chanson de Roland entre Roland et Ganelon, soutenu par le duc
Naimes. Comme dans le modèle paradigmatique, les barons interviennent
spontanément devant l’empereur qui les écoute. En revanche, à la différence
du modèle précédent, les personnages n’ont pas de consensus et peuvent
prendre plusieurs fois la parole. Dans ce texte, ce modèle est utilisé à deux
reprises : d’abord pour décider de négociations pacifiques avec Marsile,
puis, après un début paradigmatique, pour le choix d’un ambassadeur quand
Roland présente le nom de son parâtre, Ganelon. Une longue altercation les
oppose alors devant Charlemagne avant que Ganelon n’offre sa personne et
que l’empereur ne l’investisse de son gant et de son bâton.
2.2.3 Le conseiller exemplaire
Ce modèle est construit sur une structure ternaire très simple, selon le schéma
suivant : [seigneur / conseiller exemplaire / barons]. Après la présentation
du problème par le seigneur, un conseiller meilleur que les autres propose
une solution qui est adoptée par tout le groupe collectivement. C’est ainsi que
Merlin, et surtout Ulfin, prennent la parole dans les conseils d’Uter, dans le
Merlin en prose. On trouvera un autre exemple type dans Perceforest, quand
les Bretons se demandent ce qu’ils doivent faire face à la flotte d’Alexandre :
[4] La endroit avoit un ung chevalier qui estoit nommé Claudius, […]. Celuy
estoit preux et saige et dist :
« Seigneurs, que ferons nous ? Car je voy cy venans les messagiers du roy
Alexandre qui a tout Orient conquis. Je me doubte qu’il ne veuille au dessus
nous estendre ses eles. »
La endroit avoit ung preux chevalier qui estoit nommé Louverzerp, qui
dist : « Seigneurs, vous avez ouy que les dieux nous conseillent a actendre la
bonne fortune que cy nous vient, qui nous donne bonne esperance d’avoir
bon souverain. […] Et ce le nous promect la deesse Venus, que je tray a garant.
Mais actendons la venue de cest batel, sy verrons ceulx qui sont dedens et
orrons qu’ilz vouldront dire. »
Au conseil du chevalier s’accorda la chevalerie qui la estoit. (Perceforest 2007 :
re1 partie, t. 1, p. 85)
Alors que Claudius pose le problème, Louverzerp propose une solution à
laquelle « s’accorde » toute la chevalerie.
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