//img.uscri.be/pth/b96a47b3b45befd1fc9c9e1e096ffb342597db15
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

“Du 30 à l'heure” - En Espagne : d'Irun à Algésiras

De
296 pages

1er décembre.

J’ai si peu voyagé au début de l’année qu’il faut bien me dédommager à présent. Il est bon, quand on en a le loisir, de s’en aller comme les oiseaux migrateurs. Qu’importe que le ciel soit tour à tour serein ou sombre, suivant les heures ! C’est comme dans la vie : il y a du triste et du gai.

Espérons que notre « Bollée » se comportera bien. Notre guide espagnol est suffisamment intelligent et le chauffeur, en bon conducteur qu’il est, ne paraît nullement effrayé du nombre de kilomètres qui se déroulent devant lui.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
LÉVY DHURMER Gitane
Comtesse le Bault de la Morinière de la Rochecantin
“Du 30 à l'heure”
En Espagne : d'Irun à Algésiras
INTRODUCTION
Chère Madame, On ne peut dire de vous « loin des yeux, loin du cœ ur ». Si vous passez la bonne moitié de votre vie à courir par monts et par vaux, du moins n’êtes-vous ni oublieuse, ni indifférente ; vous éprouvez la joie délicate d’ envoyer aux amis que vous aimez, à ceux que « leur misère retient au rivage », vos imp ressions, suivant les hasards du voyage et l’imprévu des rencontres, heureuses ou ma lheureuses. Cette correspondance de chaque jour a un double ava ntage : d’une part elle vous force à la réflexion, à mieux comprendre le caractè re des pays que vous visites et leur originalité, à mieux pénétrer la beauté des sites e t des monuments, par suite à voyager avec plus de profit ; d’autre part, pour vo s lecteurs, quel inappréciable charme de recueillir des impressions toutes spontanées, pr ises sur le fait, et qui ne sont pas déformées par l’oubli, le temps, ou la réflexion ! Celles-là, au moins, ne sont pas « des impressions de l’escalier », si j’ose m’exprimer ai nsi, et elles n’en ont que plus de saveur et d’agrément. C’est vous dire, Madame, avec quel infini plaisir j ’ai lu ces lettres écrites pendant votre voyage d’Espagne et que vous avez bien voulu me communiquer. J’y ai retrouvé, et avec plus de force encore, ces qualité s d’observation et de finesse qui ont séduit à si haut point tous les lecteurs de vos « C roisières ». C’est que l’Espagne, mieux encore que les horizons de la Méditerranée, se prête aux descriptions du poète, et elle offrait ainsi à votre talent un merveilleux champ d’observation. En vous lisant, qui ne subirait l’attrait de cette terre aux contrastes violents et inattendus, tantôt sauvage et dénudée, balayée par l’âpre vent du Nord ; tantôt inondée de lumière, baignée de soleil, couverte de jardins fleuris ? Vous nous faites admirablement comprendre comment ce pays vous saisi t, vous étreint, vous pénètre si vite et si bien qu’on ne peut s’en arracher, et que , quand on l’a quitté, on éprouve un ardent désir de le revoir. Avec vous, nous visitons rapidement Fontarabie, Sai nt-Sébastien, Burgos et son célèbre couvent de « las Huelgas, » Valladolid, l’a ncienne capitale de l’Espagne, Madrid et son incomparable musée, l’Escurial, la hu itième merveille du monde ; après avoir traversé successivement l’Aragon, la Castille et les plaines désolées de la Manche, nous pénétrons enfin en Andalousie, cette t erre promise ! Ici la scène change, on ne voit plus qu’orangers, citronniers, c actus, aloès, grenadiers ; partout des fleurs, des parterres embaumés, des fontaines m urmurantes, des eaux jaillissantes, tout ce qui peut éblouir et charmer le voyageur, A votre suite, nous visitons Cordoue, Séville l’enchanteresse, Grenade la ville des khalifes, des rois et des empereurs, l’Alhambra, délices des rois Maures, Cad ix, Algésiras, que sais-je encore ! Avec quel art raffiné vous nous décrives les grâces des choses, les splendeurs des monts et des plaines, l’attrait puissant de cette n ature à la fois rude et douce, de ce ciel successivement glacial et ardent. Nous ne somm es pas moins ravis quand, avec une érudition rare et sûre, vous nous faites visite r toutes les merveilles de l’art que ce peuple, resté fidèle au culte du passé, a si soigne usement conservées, tous ces précieux monuments, élevés les uns à l’époque de la domination romaine, les autres au moment de la conquête arabe, sous l’impulsion de cette étonnante civilisation des Maures qui a couvert le sol d’incomparables chefs-d ’œuvre ; les autres enfin à l’heure où l’art chrétien a pu prendre librement tout son e ssor.
Innombrables mosquées, vieilles basiliques, cloître s, couvents, donjons, forteresses, palais de rêve, vous évoquez pour nous tous ces souvenirs des temps héroïques et ils deviennent sous votre plume vivants et saisissants. Ce sont de véritables visions d’art que ces courts chapitres qui, en quelques lignes, burinent tout un tableau et en font une eau-forte inoubliable. Mais je vous ai, Madame, si fidèlement suivi dans c e rapide et prestigieux tour d’Espagne, que je me laisse entraîner au delà des b ornes permises. Je ne dois pas oublier que les meilleures lettres sont les plus co urtes ; que la mienne ait au moins ce mérite ! Un dernier mot cependant. Vous hésitez à publier ce tte correspondance, vous craignez d’arriver « trop tard » dans un pays « tro p connu ». Certes l’objection a sa valeur, mais si l’on n’écrivait que sur les régions inconnues ! Et puis ne peut-on jeter sur toutes choses une note nouvelle et personnelle ? Tout ne dépend-il pas de l’observateur, de son humour, de l’originalité de s on esprit et de la perspicacité de son regard ? Aussi puis-je vous engager en toute confiance à pub lier ces lettres intimes ; soyez sûre que vos amis et le public lettré vous en remercieront. Veuillez croire, chère Madame, à mon respectueux attachement. Gaston MAUGRAS.
Je tiens à remercier ici les artistes aimés et appr éciés de tous, qui, avec une bonne grâce parfaite, m’ont prêté le précieux concours de leur talent. Ils ont ajouté à ces impressions d’Espagne une note d’art pour le plus g rand agrément de mes lecteurs, lesquels leur en seront aussi reconnaissants que mo i-même. Comtesse DE LA ROCHECANTIN.
DE BIARRITZ A SAINT-SÉBASTIEN
er 1 décembre.
J’ai si peu voyagé au début de l’année qu’il faut b ien me dédommager à présent. Il est bon, quand on en a le loisir, de s’en aller com me les oiseaux migrateurs. Qu’importe que le ciel soit tour à tour serein ou s ombre, suivant les heures ! C’est comme dans la vie : il y a du triste et du gai. Espérons que notre « Bollée » se comportera bien. N otre guide espagnol est suffisamment intelligent et le chauffeur, en bon co nducteur qu’il est, ne paraît nullement effrayé du nombre de kilomètres qui se dé roulent devant lui. En ce mois de décembre où la nuit tombe vite, nous lui promettons de partir de bonne heure et de faire le lunch en voiture, ce qui nous permettra, p endant qu’il déjeunera à l’étape, de nous rendre compte des curiosités de l’endroit. En vérité, je ne saurais trop persuader à ceux qui veulent bien voir l’Espagne, de choisir le même mode de locomotion que nous, sans s e laisser intimider par les objections d’amis qui n’ont jamais essayé ce qu’ils déconseillent. Mais il est préférable de choisir, pour faire ce voyage, le début du print emps ou la fin de l’automne, l’ardeur du soleil étant à redouter pour le moins autant que les pluies. Nous disons adieu à Biarritz, où nous villégiaturon s depuis quelques semaines, et après avoir franchi la frontière à Irun, en dédaign ant l’île des Faisans, nous faisons un court arrêt à Fontarabie, la valeureuse petite cité qui, après avoir subi tant de sièges, n’en demeure pas moins pittoresque et curieuse. Le palais de la reine Jeanne la Folle, bâti au temps de Charles-Quint, s’effrite à côté d’ une cathédrale fort belle, dont la chaire et les autels, dorés par la piété espagnole, brillent, sous les voûtes obscures, comme des ostensoirs. La rue qui conduit à l’église est bordée de vieux p alais à balcons de fer forgé et à écussons gigantesques. Ces armoiries colossales, ce s attributs enguirlandés, ces emblèmes empanachés semblent à leur place en Espagn e. Au lieu d’en sourire, on les admire. Après une après-midi un peu sombre, un arc-en-ciel se lève sur une mer calme comme un cœur sans désir. Il paraît jeté de la côte espagnole à la rive francaise tel un Pont Céleste,.comme les âmes pieuses le dénomment ici volontiers C’est aux lueurs orangées de ce phénomène que nous reprenons notre chemin pour Saint-Sébastien, admirant la route qui, à la fin du jour, est mauve et couleur de plomb fondu, mouchetée qu’elle est par places de grandes flaques d’eau. Nous arrivons à Saint - Sébastien à l’heure du crép uscule ; il me paraît ce soir plus oppressant et plus angoissant encore que de coutume . J’éprouve toujours à ce moment un malaise moral indéfinissable. Nous ne faisons que coucher à Saint-Sébastien pour nous rendre à Vitoria, seconde étape du voyage.
VITORIA
3 décembre.
Les pays basques espagnols que nous traversons sont fertiles, pittoresques et accidentés ; néanmoins la route est facile autant q ue jolie. En approchant de Vitoria, la campagne devient plate et paraît monotone. Dans la ville même, nous trouvons un hôtel conforta ble, avec des appartements pompeusement dénommés « chambres salons », en raiso n de leurs alcôves et des meubles un peu surannés, en velours bleu de roi, qu i les garnissent. Sans argenterie, ni luxe de table, les repas sont bons. En somme, on peut recommander une halte en cette ville, où nulle curiosité ne vous attire, mai s qui est remarquable par la tenue de ses rues, avantage que la suite du voyage nous fera apprécier à sa juste valeur.
Trois mois d’hiver,Six mois d’enfer.
BURGOS
4 décembre.
Burgos, patrie du Cid Campeador ! Ses habitants rap pellent bien peu le valeureux amant de Chimène ! Je ne suppose pas que la farouch e question de don Diègue, cherchant à éprouver la générosité de son fils, tro uverait encore de l’écho parmi eux. Parlons donc plutôt de la cathédrale qui est admira ble. Elle date d’un temps où l’on bâtissait pour des siècles ; sa construction en a d emandé trois. Cette merveille vous attire comme un aimant ; sa beauté extérieure ne le cède en rien à la richesse de ses chapelles, de ses grilles, de ses sculptures, et nu lle déception ne vous attend sous ses voûtes ; contrairement à beaucoup de choses tro p vantées, elle est au-dessus de sa réputation. L’une des portes de la ville (l’Arco de Santa Maria ), ornée de plusieurs statues, entre autres de celle de Rodrigue, donne accès au musée. Les salles en sont pleines de choses intéressantes. On y remarque de beaux tombea ux, particulièrement celui d’un page. Heureux page, si de son vivant il fut aussi b ien logé qu’après sa mort ! A Burgos on s’attarde rarement ; le climat y est âp re, et l’hôtel, une confortable auberge plutôt, est situé dans une rue privilégiée, en face de la caserne ! En dépit des chambres vastes et bien chauffées, confort rare en Espagne, on n’est guère tenté de demeurer longtemps dans une ville dont les curiosit és sont admirables, mais d’un nombre limité. Ne voyez dans cette remarque aucune idée de critique. Heureuse est la cité qui possède des perles rares et uniques ! Les joyaux gagnent en éclat à ne pas être entourés de médiocrités.