Actualité 2015 - Concours et examens 2016

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Les concours et examens accordent logiquement une grande importance à la compréhension du monde contemporain. Cet ouvrage propose de mettre en perspective l’actualité de l’année 2015 par rapport aux grandes forces structurantes qui permettent de la comprendre. Il s’adresse donc logiquement aux étudiants en classe préparatoire ECS, aux candidats aux Institut de Sciences Politiques et aux écoles de journalisme, mais aussi à tous les étudiants ou lycéens désireux de pouvoir expliquer les évènements marquants du monde d’aujourd’hui en s’appuyant sur des faits précis et actualisés.
Chacun des dix-neuf chapitres est constitué d’une chronologie rapide, d’une synthèse illustrée par des cartes et des documents facilement mémorisables. Un QCM permet de compléter chaque thème abordé en faisant le point sur sa compréhension générale. Des définitions et des biographies éclairent enfin les éléments les plus importants.

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EAN13 9782130736639
Langue Français

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ISBN : 978-2-13-073663-9
re Dépôt légal – 1 édition : 2016, janvier
© Presses Universitaires de France, 2016
6, avenue Reille, 75014 Paris
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Les Amériques
1 États-Unis : les limites des politiques sociales de l’administration Obama
CHRONOLOGIE
1935LeNational Labor Relations ActouWagner Actconsolide, dans le cadre duNew Dealde Roosevelt, les droits syndicaux des salariés dans le secteur privé. 1965Mise en place des programmes Medicaid et Medicare par l’administration Johnson. 15 septembre 2008Faillite de la cinquième banque d’affaires américaine, Lehman Brothers. Début d’une crise bancaire systémique. 2009Apogée de la crise aux États-Unis. 17 septembre 2011Lancement du mouvementOccupy Wall Street, dans le prolongement des mouvements européens des Indignés. 12 avril 2015La mort à Baltimore de Freddy Gray, un Afro-Américain de 25 ans, des suites de violences policières, déclenche des émeutes, un an après celles qui avaient éclaté à Ferguson (Missouri) en août 2014 après qu’un jeune Noir de 18 ans, Michael Brown, avait été abattu par des policiers. e 18 mai 2014La version américaine duCapital au XXI siècle (Capital in the Twenty-First Century) de Thomas Piketty atteint la première place des meilleures ventes d’essais du classement duNew York Times. 26 mai 2015Une Cour d’appel fédérale, saisie par 26 États dirigés par des Républicains, gèle les décrets présidentiels de régularisation de millions de sans-papiers, un coup d’arrêt à l’une des réformes emblématiques portée par Barak Obama. 25 juin 2015La Cour suprême valide une disposition essentielle de l’Affordable Care Act, l’« Obamacare ». Juillet 2015Le président Obama lance un projet de réforme de la justice pénale dans l’espoir de faire baisser le taux d’incarcération. É lu le 4 novembre 2008, un mois et demi après la faillite de Lehman Brothers qui avait plongé les États-Unis dans une crise sans précédent depuis celle des années 1930, Barack Obama avait profité d’un double discrédit de l’administration républicaine sortante : celui de la politique étrangère aventureuse, notamment en Irak, et celui d’une politique économique jugée après coup trop laxiste et dérégulatrice. Porté par les voix de classes moyennes décontenancées par le risque e de déclassement social, le 44 président, réélu en novembre 2012, n’a pourtant pas encore, en deux mandats, réussi à casser les dynamiques inégalitaires. Dénoncées en 2011 par l’éphémère
mouvementOccupy Wall Street, celles-ci reposent essentiellement sur une logique de rentabilité du capital bien supérieure à celle du travail. Le gonflement du coût des études et des soins médicaux est perçu comme excluant les plus fragiles, d’où l’importance de la réforme de la couverture santé votée à l’instigation du Président, et qui continue en 2015 à polariser l’opposition des franges les plus radicales du Parti républicain. Pour de nombreux historiens, la capacité désormais menacée du travail à fournir son carburant au rêve américain tiendrait à l’effacement historique de la place des syndicats.
Le creusement des inégalités
En 2014, les 3 % des plus RICHES Américains concentrent 30,5 % du revenu total, contre 27,7 % en 2010, tandis que la part des 90 % les moins riches recule. Par ailleurs, cette catégorie des 3 % les plus aisés détient 54,4 % de la richesse globale (revenu + patrimoine), contre 44,8 % en 1989. À l’autre bout de l’échelle, les « 90 % » ont vu leur part tomber à 24,7 %, contre encore 33,2 % en 1989. La polarisation des revenus sur les plus aisés fragilise autant les classes moyennes qu’elle enfonce les moins riches. Les salaires ont continué à se creuser de la même façon depuis la crise : entre juin 2009 (fin de la récession aux États-Unis) et janvier 2014, les revenus moyens dans l’industrie manufacturière ont baissé de 2,4 %, et même de 10 % dans l’automobile (condition de la reprise), alors qu’ils ont augmenté de 5,5 % dans les services financiers. À l’échelle locale, les évolutions récentes peuvent être plus spectaculaires : à Manhattan, les 20 % les plus riches ont des revenus 40 fois supérieurs à ceux des 20 % les moins favorisés, à peu près le même écart qu’en Sierra Leone. Le taux de pauvreté de New York est ainsi de 21 %, loin pourtant derrière celui de Détroit ou Cleveland. À SanFrancisco, le boom de l’Internet a attiré de très hauts revenus, et la hausse de l’immobilier a chassé les classes moyennes et populaires des quartiers centraux. 1 Le rapport de septembre 2014 de laFed* sur la richesse des ménages américains – publié tous les trois ans – montre que les revenus des 10 % les plus riches ont augmenté de 10 % entre 2010 et 2013, quand ceux des 40 % les moins aisés, ajustés à l’inflation, ont décliné. Incontestablement les détenteurs d’un important capital – immobilier ou boursier – ont bénéficié des conjonctures de la période récente : l’indice Standard & Poor’s 500 a grimpé de 47 % en trois ans, les indices immobiliers ont eux aussi fortement progressé. Les détenteurs de patrimoine ont bénéficié d’un « effet richesse » alimenté par les injections de liquidités sans précédent mises en œuvre par la Fed pour relancer l’économie (politique dequantitative easing). Les taux d’intérêt quasiment nuls ont poussé cet argent à s’investir principalement dans les actions et l’immobilier. Les revenus du travail n’ont pas progressé au même rythme : le faible taux de chômage (5,1 % en novembre 2015) cache en partie un chômage de longue durée qui, par résignation, échappe aux statistiques. Il correspond aussi à une fragilisation des salaires les plus bas, illustrée par exemple par le glissement de l’industrie automobile vers les États du Sud aux plus faibles salaires minimums. Les temps partiels contraints se sont aussi multipliés. Le creusement inégalitaire, constant depuis la fin des années 1970, progresse donc par le bas avec l’augmentation de la pauvreté, de 11 à presque 16 % de la population depuis 10 ans, mais aussi par le haut avec la consolidation d’une classe d’hyper-riches qui rappelle les excès du e Gilded Age*siècle. Le classement des 400 plus riches Américains parde la fin du XIX Forbes est évocateur : il faut désormais, pour y émarger, posséder plus de 1,1 milliard de dollars par individu. Lors du premier classement, en 1982, le montant était de 75 millions. En dollars
constants, il faut être aujourd’hui six fois plus riche pour adhérer aux « 400 » qu’il y a trente ans. En 2012, les 400 ont vu leur patrimoine croître de 11,5 %, contre 1,5 % pour le pouvoir d’achat américain moyen. À eux tous, ils détenaient 1 700 milliards de dollars (deux fois le PIB indien, 10 % du PIB des États-Unis). Si on élargit aux 1 % les plus riches, les économistesEmmanuel Saez etThomas Piketty ont montré que, en 2009-2010, ils ont engrangé 93 % des gains de revenus des ménages américains. Les 0,1 % les plus riches ont eux capté 60 % des gains de la reprise. L’indice de Gini*, qui enregistre l’écart des revenus, est passé de 0,45 à 0,48 en quinze ans.
Les minorités ethniques aux États-Unis, un concept relatif
La Constitution américaine prévoit un recensement décennal, comptant toute la population, et pas uniquement les citoyens. Le formulaire prévoit depuis 2000 une catégorie fourre-tout, dans laquelle se retrouvent souvent les Hispaniques qui ne sont pas comptabilisés à part (a contrario des Blancs, Noirs, Amérindiens, Indiens d’Alaska, Asiatiques et Hawaïens). Les Blancs non hispaniques seront minoritaires en 2043 (on estime que le taux d’Hispaniques s’élèvera à 29 %, et celui de Noirs à 14 %), ce qui invalide politiquement la stratégie droitière et identitaire destea-partiers. Ils représentent encore 68 % de la population en 2014, mais, pour la première fois en 2013, les naissances blanches ont été inférieures aux décès blancs (– 12 400). Dans le même temps, l’excédent naturel des Hispaniques atteignait 872 000 personnes.
Les réformes sociales du président Obama
e r Adoptée en 2010, entrée en vigueur le 1 janvier 2014, l’ACA (Affordable Care Act), surnommée dès l’origine Obamacare, a permis en 2015 à 16 millions de personnes de bénéficier d’une assurance santé, un chiffre qui devrait progressivement s’élever à 50 millions. Cette réforme vise d’abord à améliorer la santé des Américains (leur espérance de vie, par exemple, e n’est que de 79 ans – le 42 rang mondial – soit deux ans de moins que celle des Français). Mais elle doit aussi contribuer, en abaissant pour plus de 15 % de la population les coûts de santé qui sont extrêmement élevés, à réduire les inégalités de revenus. La hausse des dépenses de santé pour les particuliers pèse en effet depuis une trentaine d’années sur le pouvoir d’achat. Les politiques reaganiennes des années 1980 avaient mis en place une privatisation de la santé, des retraites et de l’éducation, en partie prises en charge par l’État-providence, afin de résorber les déficits publics. Les résultats sont peu convaincants : les dépenses par habitant sont 2,5 fois supérieures à celles de la France, les médicaments coûtent 50 % de plus que dans les autres pays de l’OCDE. Corrélées aux inégalités de revenus, les inégalités devant la santé n’ont donc cessé de se creuser, jusqu’à l’ACA, dont les effets doivent se manifester dans les années à venir.
Évolution de quelques prix entre août 2003 et août 2013
Vêtements pour femmes
Vêtements pour hommes
Logement
Alimentation
Soins médicaux
Frais universitaires
Source :Le Monde, 28 avril 2015.
Le gonflement de la dette étudiante
5,6 %
6,9 %
22,8 %
31,2 %
43,1 %
79,5 %
Fin 2014, le montant total de la dette étudiante s’élevait à 1 160 milliards de dollars, soit 30 000 dollars en moyenne par emprunteur, le double de la somme due en 2005. Plus, au total, que les prêts automobiles par exemple. La première raison tient à l’augmentation des frais de scolarité du premier cycle universitaire (college) : 1 120 % en trente-cinq ans, une hausse deux fois plus rapide que celle du coût de la santé ou quatre fois que celle de l’alimentation. Un diplôme délivré par une université sans grande réputation s’élève au moins à 60 000 dollars, sans aucune garantie désormais d’accession à un «good job». Le désengagement public vient ensuite, avec une baisse dans le même temps de 40 % des fonds distribués par l’État fédéral. Pendant des années, ce dernier permettait aux moins favorisés d’accéder aux études supérieures par des bourses. La loi sur l’enseignement supérieur de 1965 avait ainsi créé lesPell Grants(du nom du sénateur Claiborne Pell). Leur montant pouvait s’élever à 100 % des dépenses, elles ne dépassent plus 40 % aujourd’hui. En Californie, les financements publics destinés à l’enseignement supérieur ont été réduits d’un quart entre 2008 et 2013. La concurrence enfin a poussé les universités à investir massivement dans les infrastructures pour attirer les étudiants et donc les revenus. Ni la qualité ni la quantité de l’enseignement ne se sont pourtant développées au même rythme. Le taux de défaillances des emprunteurs par ailleurs, resté stable autour de 5 % au début du siècle, s’est envolé depuis 2007 pour monter à 11 %. Une autre menace sur un système financier loin d’être complètement assaini neuf ans après la crise dessubprimes. Un frein aussi à la consommation pour une classe moyenne obligée de s’endetter déraisonnablement. Un obstacle enfin à la mobilité sociale, les universités les plus prestigieuses sélectionnant par les revenus, au détriment des classes sociales les moins favorisées.
Les lois« Right-to-Work »et le creusement des inégalités
Le taux de syndicalisation a atteint son apogée en 1954, avec 34,7 % des salariés américains affiliés à un syndicat, contre 10,8 % en 2015 (moins de 7 % dans le secteur privé). Barack Obama remarquait pourtant cette même année que « l’émergence de la classe moyenne aux États-Unis a coïncidé en grande partie avec celle des syndicats, des travailleurs qui s’unissaient pour de plus hauts salaires ». Pour capter des emplois pourtant, la moitié des États ont adopté les «Right-to-Work Laws», qui interdisent les accords syndicaux avec les employeurs, dans le Sud d’abord, puis dans les États du Midwest. L’affaiblissement des syndicats et de leur pouvoir de négociation et de création de normes sociales semble corrélé à l’érosion salariale des moins qualifiés et l’envolée des plus hautes rémunérations : entre 1973 et 2007, alors que le taux de syndicalisation perdait 26 points, les inégalités de salaires dans le privé bondissaient de 40 %. DansThe Price of Inequalityle prix Nobel d’économie 2001 (2013), Joseph Stiglitz* souligne le lien entre force des syndicats, gain de productivité et salaire horaire réel dans l’industrie. La convergence s’est rompue à partir des années 1980. « La taille de l’économie américaine a doublé depuis, souligne un autre économiste,Robert Reich*, ancien secrétaire au Travail de l’administration Clinton, pourtant, le salaire médian n’a pratiquement pas augmenté. En fait, la quasi-totalité des gains de la croissance sont allés aux 1 % les plus riches. » Le secteur automobile est emblématique de cette évolution : les constructeurs se sont déplacés vers les États du Sud, comme l’Alabama, qui ont les premiers appliqué cesRight-to-Work Laws.En dix ans, le salaire horaire moyen chez les constructeurs a chuté de plus de 22 % (en tenant compte de l’inflation). Une évolution qui découle du discours néolibéral hérité de la période reaganienne : le poids des syndicats était alors tenu pour responsable d’un taux de chômage élevé. Leur affaiblissement participait à une logique de dérégulation qui devait libérer le marché du travail et lui rendre sa dynamique. Le faible taux de chômage actuel semble corroborer cette analyse, même si sur les dix États au plus fort taux de chômage, sept ont adopté desRight-to-Work Laws.Surtout, comme le relève R. Reich*, la reprise actuelle n’est pas fondée sur la consommation et les salaires, mais sur l’insécurité de l’emploi, « sans contre-pouvoir face aux grandes entreprises et à Wall Street ».
DÉFINITIONS ET BIOGRAPHIES