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Introduction à la science politique

De
220 pages
Qu'est-ce que la science politique ? Quelle en est l'organisation en tant que discipline académique ? Quelles mutations organisationnelles et paradigmatiques cette discipline a-t-elle subies au fil du temps ? Enfin, sur quels fondements épistémologiques et méthodologiques la science politique repose-t-elle ? Telle est la série de questions à laquelle cet ouvrage essaie d'apporter des réponses.
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Botiagne Marc ESSISIntroduction
à la science politique
En tant que discipline académique, la science politique se
subdivise en trois sous-disciplines classiques que sont la pensée
politique, la politique comparée et les Relations internationales.
A côté de cela, elle a vu naître quelques subdivisions relevant
de l’interdisciplinarité telles que la géopolitique, l’économie
politique, la sociologie politique, l’anthropologie politique, la
psychologie politique ou encore la communication politique.
La science politique a, par ailleurs, vu émerger des déclinaisons
thématiques transversales telles que la démocratie et la gouvernance,
la gouvernance de la sécurité, la problématique du développement
ou encore le déf écologique global. Enfn, aussi bien la recherche
que l’enseignement en science politique se structurent autour de
quatre approches épistémologiques et méthodologiques que sont
le normativisme, l’empiricisme, le criticisme et l’éclecticisme.
Botiagne Marc ESSIS est né le 25 avril 1973 à Dabou Introduction à la (Côte d’Ivoire). Il est titulaire d’un doctorat en science
politique (magna cum laude) obtenu en 2010 à l’Université
de Munich (Allemagne) et d’un DEA en Études germaniques science politiqueobtenu en 2003 à l’Université d’Abidjan-Cocody. Il est, en
outre, titulaire d’un certifcat en droit international (2008)
ainsi que d’un certifcat en management de projets (2010) ; tous deux obtenus à
l’Université de Munich. B. M. ESSIS est enseignant-chercheur au Département Subdivisions
de science politique de l’UFR des Sciences juridique, administrative et politique de Déclinaisons thématiquesl’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody (Abidjan). Il est, parallèlement
à cela, le Chef du Département de science politique de l’Institut Universitaire Epistémologie
d’Abidjan (IUA). B. M. ESSIS est parfaitement trilingue (français, anglais,
allemand) et auteur de plusieurs ouvrages et articles traitant de problématiques de
gouvernance et des relations internationales. Il a, par ailleurs, été chargé de cours
à l’Institut Geschwister-Scholl de science politique de l’Université de Munich
Préface de Stephan Stetter(GSI) ainsi qu’à l’International University of Grand-Bassam (IUGB).
ISBN : 978-2-343-05228-1
22 €
HARMATTAN_CI_ESSIS_16,5_INTRO-SCIENCE-POLITIQUE.indd 1 26/01/15 16:55:11
Botiagne Marc ESSIS
Introduction à la science politique










Introduction à la science politique
Subdivisions – Déclinaisons thématiques –
Epistémologie




















Botiagne Marc ESSIS












Introduction à la science politique
Subdivisions – Déclinaisons thématiques –
Epistémologie

Préface de Stephan Stetter







L'Harmattan








































© L’Harmattan, 201 5
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343- 05228-1
EAN : 9782 343 052281

Dédicace





A
KOUAME Aka, Ph.D
Fondateur de l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA)
Fondateur du tout premier département autonome de
science politique en Côte d’Ivoire.

Pour avoir su percevoir la pertinence d’une discipline
telle que la science politique pour nos sociétés en
développement.



















Préface

De par cet ouvrage, Dr. Botiagne Marc Essis contribue
de façon significative à la consécration de la discipline
académique qu’est la science politique en Afrique
francophone. Pour les étudiants débutants, cet ouvrage est
une introduction concise et bien adaptée à l’étude de cette
discipline, discipline déjà bien établie à l’échelle globale.

Il permet au lecteur de s’imprégner des trois
sousdisciplines centrales de la science politique. Il s’agit,
premièrement de théorie politique qui prend déjà sa source
dans la philosophie de l’Antiquité et permet de percevoir
le fort ancrage de la science politique dans les sciences
humaines. Il s’agit, deuxièmement, de la politique
comparée qui se consacre fondamentalement à l’analyse et
par-dessus tout à la comparaison méthodiquement bien
murie de systèmes politiques nationaux. Il s’agit,
troisièmement, des Relations internationales qui, dans le
contexte actuel de la mondialisation, revêtent une
importance capitale. Dr. Essis aide, en outre, à percevoir la
portée pratique de la science politique en vue d’une
meilleure compréhension des actuelles problématiques de
portée globale.

Le caractère novateur de cet ouvrage se perçoit par le
fait qu’il analyse, bien entendu en cohérence avec les trois
sous-disciplines centrales, quelques préoccupations
thématiques transversales. Celles-ci se consacrent, sous le
vocable-phare de la gouvernance, aux formes actuellement
hautement importantes du pilotage politique, lui-même
résultante de l’interaction, de la coopération – voire de la
confrontation entre des acteurs locaux, nationaux,
9 régionaux et globaux. L’ouvrage examine la corrélation
entre gouvernance et démocratie, la gouvernance de la
sécurité – une question justement importante pour les
régions en conflit-, les questions du développement global
et des inégalités dans les relations Nord-Sud- des
questions déterminantes pour la gouvernance - et enfin la
gouvernance environnementale. L’ouvrage se termine par
un aperçu sur les principales méthodes de recherche en
vigueur en science politique : Toute chose qui revêt une
importance capitale aussi bien pour les étudiants que pour
les chercheurs.

Il reste simplement à souhaiter que l’ouvrage du Dr.
Essis trouve un lectorat intéressé et contribue ainsi à la
consécration de la science politique en Afrique
francophone. En toute objectivité, cet ouvrage est le reflet
de l’actualité et rend compte du State-of-the-Art en
science politique. C’est une œuvre d’un intérêt certain et
écrite de façon lisible. Ce sont-là autant de facteurs censés
aider l’auteur à atteindre cet objectif.

Munich, le 27 août 2014
Prof. Dr. Stephan Stetter,
Professeur titulaire de la Chaire de politique
internationale et recherche sur les conflits
Université militaire de Munich (Universität der
Bundeswehr München)
stephan.stetter@unibw.de

Traduction assurée par:
Dr. Moquet César FLAN
Politologue internationaliste et comparatiste
Université Alassane Ouattara Bouaké


10
Version originale

Dr. Botiagne Marc Essis hat mit diesem Buch einen
wichtigen Beitrag zur Etablierung des wissenschaftlichen
Faches der Politikwissenschaft im frankophonen Afrika
vorgelegt. Das Buch bietet einen konzisen und gerade für
Studienanfänger hervorragend geeigneten Einstieg in das
Studium dieses mittlerweile global verbreiteten Faches.

Es bietet seinem Leser einen Einblick in die drei
zentralen Subdisziplinen der Politikwissenschaft. Dies ist
erstens die Politische Theorie, deren Wurzeln bereits in
der Philosophie der Antike liegen und auf die starke
geisteswissenschaftliche Verortung der
Politikwissenschaft verweisen. Zweitens die
Vergleichende Politikwissenschaft, die sich primär der
Analyse und vor allem dem methodisch reflektierten
Vergleich nationaler politischer Systeme widmet. Und
drittens die im Kontext von Globalisierung immer
wichtiger werdenden Internationalen Beziehungen, also
der Subdisziplin, die sich für Fragen globaler und
regionaler politischer Ordnung und für die politischen
Auswirkungen transnationaler Beziehungen interessiert.
Dr. Essis exemplifiziert aber auch die praktische
Bedeutung der Politikwissenschaft für das bessere
Verständnis gegenwärtiger globaler Fragen.

Der innovative Charakter des vorliegenden Buches
zeigt sich darin, dass er aufbauend auf der Einführung in
die drei zentralen Subdisziplinen thematische
Querschnittsfragen analysiert, die sich unter dem
Schlagwort der „Governance“, den gegenwärtig so
wichtigen Formen politischer Steuerung im Wechsel- und
Zusammenspiel – teilweise auch im Konflikt – zwischen
11 lokalen, nationalen, regionalen und globalen Akteuren
widmet. Der Band untersucht das Verhältnis von
Governance und Demokratie, die gerade in
Konfliktregionen so wichtige Sicherheitsgovernance, die
für Governance so wichtigen Fragen globaler Entwicklung
und globaler Ungleichheit in Nord-Süd-Beziehungen und
schließlich die Governance in Umweltfragen. Der Band
wird abgerundet durch eine gerade auch für Studierende
und Forschende wichtige Übersicht zu zentralen
Forschungsmethoden in der Politikwissenschaft.

Es ist dem Buch von Dr. Essis zu wünschen, dass es auf
eine interessierte Leserschaft treffen wird und so seinen
Anteil an der Etablierung des Faches Politikwissenschaft
im frankophonen Afrika leisten wird. Das Buch ist
sachlich auf neuestem Stand und vermittelt den
State-ofthe-Art in der Politikwissenschaft. Es ist spannend und gut
lesbar geschrieben. Beste Voraussetzungen, dieses Ziel zu
erreichen.

München, den 27. August 2014
Prof. Dr. Stephan Stetter
Lehrstuhl für Internationale Politik und
Konfliktforschung ; Universität der Bundeswehr München
stephan.stetter@unibw.de










12 Introduction
Qu’est-ce que la science politique? Quelle en est
l’organisation en tant que discipline académique? Quelles
mutations organisationnelles et paradigmatiques cette
discipline a-t-elle subies au fil du temps? Enfin, sur quels
fondements épistémologiques et méthodologiques la
science politique repose-t-elle? Telle est la série de
questions à laquelle cet ouvrage essayera d’apporter des
réponses.

En tant que discipline appartenant au grand ensemble
des sciences sociales, la science politique a pour objet
l’étude des idées politiques et de leurs incidences sur le
comportement des acteurs politiques (individuels,
associatifs, corporatifs, institutionnels) au sein d’un Etat
donné ou sur la scène internationale. Dans cette
perspective, les politologues mettent un point d’honneur à
l’étude des moyens et autres stratégies mis en œuvre ainsi
que à l’étude de configurations d’allocation de pouvoir et
de mécanismes de dissémination de valeurs aussi divers
que variés. Répondre à la série de questions posées en
amont nous amènera, dans un premier temps, à présenter
les subdivisions classiques de la discipline des sciences
sociales qu’est la science politique. Il s’agira ensuite
d’évoquer quelques subdivisions relevant de
l’interdisciplinarité et quelques déclinaisons thématiques
transversales qui auront marqué l’évolution de la
discipline. Enfin, cet ouvrage s’appesantira sur les
approches épistémologiques et méthodologiques qui
auront, jusque-là, marqué aussi bien la recherche que
l’enseignement en science politique.



13 1. Subdivisions classiques de la science
politique

En tant que discipline académique, la science politique
se subdivise de façon classique en trois grandes
sousdisciplines que sont la philosophie politique, la politique
1comparée et les Relations internationales.

1.1. Philosophie politique

La philosophie politique est la sous-discipline de la
science politique consacrée à l’étude de courants de
pensée aussi divers que variés. Selon qu’elle se charge de
répertorier et de présenter les différentes écoles et autres
courants ayant marqué l’évolution de la pensée politique
depuis l’aube des temps, cette sous-discipline prend la
dénomination d’histoire des idées politiques ou encore
2celle d’histoire de la pensée politique. La philosophie
politique peut, d’un point de vue chronologique, être
subdivisée en quatre grands moments que sont l’Antiquité,
le Moyen-âge, l’époque moderne et le postmoderne. Outre
cette subdivision chronologique, la philosophie politique

1 Cette subdivision est conforme à l’organisation de la discipline à
l’Institut Geschwister-Scholl de science politique de la
LudwigMaximilians-Universität de Munich (LMU München) et ne fait que
suivre la tradition académique anglo-saxonne ; elle-même structurée
autour de trois chaires : Chair of Political Theory (Political Thought),
Chair of Comparative Politics (Political Systems) ainsi qu’une Chair
of International Relations.
2Hans Fenske et al.: Geschichte der politischen Ideen, Fischer Verlag,
Francfort, 2004 ou encore Henning Ottmann: Geschichte des
politischen Denkens. Von Homer bis Sokrates, Verlag J.B. Metzler,
Stuttgart/Weimar, T.1/1, 2001a. Ces deux ouvrages de langue
allemande ont respectivement pour titres: « Histoire des idées
politiques »et « Histoire de la pensée politique ».
15 met un point d’honneur à l’étude de diverses idéologies
politiques.


1.1.1. Philosophie politique de l’Antiquité

Évoquer la philosophie politique de l’Antiquité revient
à présenter les spécificités propres à la pensée politique de
l’Antiquité grecque et de l’Antiquité romaine.

La pensée politique de la Grèce antique a été marquée
par les contributions de plusieurs penseurs dont les plus
célèbres sont le poète Homère (8è Siècle av. J.C.), les
historiens Hérodote (vers 484 – 425 av. J.C.) et
Thucydide(vers 460 – 400 av. J.C.)ou encore les
philosophes Socrate (vers 470 – 399 av. J.C.), Platon (vers
428 – 349 av. J.C.) et Aristote (vers 384 – 322 av. J.C.).
Vu leur incontestable influence sur l’évolution de la
pensée politique, une présentation succincte de Thucydide,
de Platon et d’Aristote s’impose.

1.1.1.1. Thucydide (vers 460 – 400 av. J.C.)

Thucydide fut l’un des plus célèbres historiens de la
Grèce antique. Sa plus grande contribution à l’évolution
de la pensée politique, il la doit à sa relation de la Guerre
du Péloponnèse (431 – 404 av. J.C.). Pour Thucydide,
l’historiographie et la théorisation politique ne peuvent
être motivées que par la nécessité du moment, le contexte
ou encore par la passion qui anime l’homme de science.
L’histoire de la Guerre du Péloponnèse, telle que racontée
par Thucydide, n’est, en effet, rien d’autre qu’une
consécration du réalisme politique ou si l’on veut de la
Realpolitik. Il s’agit, ici, de la légitimation de la guerre ;
du bellicisme en politique.
16 L’histoire de cette guerre entre la Ligue de Délos,
dirigée par Athènes et celle du Péloponnèse, dirigée par
Sparte fut restituée par Thucydide avec une rigueur
méthodologique répondant aux exigences d’un empirisme
historiographique. Cette guerre se solda par la victoire des
Spartiates sur les Athéniens. En effet, Thucydide s’est
livré à une description, avec force détails, du déroulement
et des atrocités de cette guerre, soumis qu’il était à une
3exigence de vérité et d’exactitude. Son Histoire de la
Guerre du Péloponnèse se décline en trois grands
moments que sont l’archéologie de la guerre, la
Chronologie de la guerre et les moments de relative
stabilité ; les entre-deux-guerres. Cette importante
contribution ainsi que la rigueur scientifique l’ayant
soustendue expliquent la forte influence qu’aura exercée
Thucydide sur des penseurs tels que Machiavel, Hobbes,
4Hegel et Nietzsche pendant l’Epoque moderne.

1.1.1.2. Platon (vers 428 – 349 av. J.C.)

Platon, élève de Socrate, avait pour ultime objectif
l’émergence de la polis idéale, c’est-à-dire d’une cité-Etat
non corrompue. La condition à la matérialisation d’un tel
projet était, à ses yeux, l’implication active du philosophe
dans la gestion de la res politica. Autrement dit, le
philosophe ne devra plus se confiner dans la vita
contemplativa, mais qu’il a vocation à prendre toute sa
place dans la vita activa. L’émergence de la cité-Etat
idéale passe inéluctablement par la quête permanente de
l’excellence, conditio sine qua non à toute bonne
gouvernance. C’est à cette tâche que s’est consacré Platon

3Henning Ottmann: Geschichte des politischen Denkens. Von Homer
bis Sokrates, 2001a, op. cit., p. 139.
4idem, pp. 136ff.
17 dans son ouvrage La République. Il y investit le
philosophe d’une mission de redressement, de
repositionnement éthique de la société.

Une telle vocation va laisser transparaître chez Platon
une sorte d’élitisme politique. Cela va l’amener à rejeter la
prépondérance des poètes qui, jusque-là, étaient considérés
comme les éducateurs par excellence. Au cœur de la
philosophie politique de Platon se trouvent les notions de
justice et de responsabilité individuelle ou encore celle de
5respect des lois, des institutions ainsi que des procédures.
Ce faisant, il pose la problématique du rapport entre
éthique et politique. En d’autres termes, il thématise les
conditions de la réalisation de la vie bonne et l’observance
6de la vertu, y compris en politique.

1.1.1.3. Aristote (vers 384 – 322 av. J.C.)

Disciple de Platon, Aristote se distanciera
intellectuellement de celui-ci, obsédé qu’il fut de conférer
à sa pensée politique une dose conséquente d‘empirisme.
S’il est un héritage notoirement connu d’Aristote au regard
des idées politiques, c’est assurément sa conceptualisation
de l’Homme comme « animal politique » (zôon
7politikon). Sa contribution à l’Histoire des idées
politiques se caractérise par un effort de conciliation de
deux sphères, jusque-là réputées étanches, que sont

5Henning Ottmann: Geschichte des politischen Denkens. Von Platon
bis zum Hellenismus, Verlag J.B. Metzler, Stuttgart/Weimar, T. 1/2,
2001b, pp. 1f.
6Otfried Höffe et al.: Die Klassiker der Philosophie 1 – Von den
Vorsokratikern bis David Hume, Verlag C.H. Beck, Munich, 2008,
pp. 33ff.
7Henning Ottmann: Geschichte des politischen Denkens. Von Platon
bis zum Hellenismus, 2001b, op. cit., p. 176.
18 l’éthique et la politique. Il a, de façon beaucoup plus
spécifique, positionné l’observance de la vertu comme
gage de réalisation du bonheur au sein de la cité, donc du
bonheur individuel et collectif.

Il s’est, en outre, appesanti sur la notion de justice et
sur les conditions de sa mise en œuvre au sein de la cité.
Plusieurs préoccupations d’ordre existentiel telles que les
conditions d’une distribution équitable, celles d’un
échange équitable, ou encore celles d’une sanction
juridique équitable sous-tendront son analyse. Pour lui, la
justice se résume à la mise en synergie de deux principes
8que sont l’égalité et la légalité.

L’une des marques distinctives de la pensée politique
d’Aristote est son ancrage communautariste ; et ce de par
la perception de l’Homme en tant que zôon politikon.
Aristote postule, en effet, que l’Homme est, par nature et
toujours, un animal politique ou encore un être condamné
à vivre en société. Il s’agit, ici, d’une posture qui vise à
conférer à la société, à la communauté préséance sur
l’individu. C’est pourquoi, selon lui, l’Homme est toujours
enclin à fonder une cité. La cité est la résultante du
regroupement de plusieurs villages, eux-mêmes résultant
du ent de foyers fondés par l’homme
9et la femme. Toute cette pensée, Aristote l’a consignée
dans deux de ses ouvrages de référence que sont Ethique à
Nicomaque, dans laquelle il thématise les conditions de
l’observance de la vertu par le citoyen, et Politiques, dans
laquelle il théorise les conditions idéelles, juridiques ou
encore organisationnelles de l’émergence de la cité idéale.

8Henning Ottmann: Geschichte des politischen Denkens. Von Platon
bis zum Hellenismus, 2001b, op. cit., p. 149.
9idem, p. 176f.
19 On peut globalement retenir que la philosophie
politique de la Grèce antique avait pour vocation
essentielle l’élaboration de règles pouvant aider à régir la
vie au sein de la polis ou cité-État. Elle procédait de la
critique de l’ordre qui prévalait en vue de susciter la
réforme. Toute chose qui ne pouvait s’opérer que par la
consolidation de la moralité des membres de la cité et qui,
de ce fait, lui conférait une forte connotation
10 11ontologique. De Homère au cosmopolitisme des
stoïciens en passant par l’hellénisme impérialiste inspiré
par Alexandre Le Grand, la Grèce antique est considérée
comme le berceau de la civilisation occidentale et de la
démocratie. C’est pourquoi la philosophie politique de la
l’Antiquité grecque servira de fondement à celle de ité romaine.

Pour l’Histoire de la pensée politique, l’Antiquité
romaine fut une période éminemment importante. Elle a,
en effet, contribué à la consécration de notions telles que
la suprématie militaire, la fidélité et la loyauté à
l’imperium romanum, l’humanisme, l’égalité ou encore la
liberté. L’impérialisme romain a pu prospérer grâce à la
vision romaine de la guerre juste (bellum iustum). Ainsi
les Romains allaient-ils «civiliser» ; pour ne pas dire
romaniser plusieurs territoires et faire, par là-même, école
12quant à l’usage de la guerre en politique extérieure. En
matière de politique intérieure, les Romains étaient
soucieux de transcender les intérêts individuels, égoïstes

10Hans Fenske et al. : Geschichte der politischen Ideen, 2004, op. cit.,
p. 20.
11Botiagne Marc Essis: Die deutsche Afrikapolitik seit 1990 im Lichte
des Kosmopolitismus. Unter besonderer Berücksichtigung der
Elfenbeinküste, Verlag Dr. Kovac, Hambourg, 2010a., pp. 42 – 45.
12Hans Fenske et al.: Geschichte der politischen Ideen, 2004, op. cit. p.
111.
20 pour ne rechercher que l’intérêt général. Toutefois, Rome
était confronté à la problématique de la justice et de
l’équité en son sein. Chose que les stoïciens et les
chrétiens chercheront à surmonter au prix d’arrangements
avec l’Empereur. C’est, justement, cette situation
d’injustice et de discrimination qu’évoque Saint-Paul dans
son épître aux Galates (Ch. 3; vers. 28), lorsqu’il affirme :
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni
libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes
13un en Jésus-Christ». Parmi les penseurs ayant marqué la
philosophie politique de l’Antiquité romaine, on pourrait,
par exemple, citer Cicéron, Sénèque le stoïcien ou encore
Marc-Aurèle.

1.1.1.4. Cicéron (vers 106 – 43 av. J.C.)

Cicéron aura marqué la pensée politique romaine par sa
contribution à la théorisation de notions telles que patrie et
probité. Pour lui, la concorde est, par excellence, gage de
stabilité au sein d’une organisation sociétale donnée. Ici, il
s’agit avant tout de stabilité comme résultante de la
satisfaction des soldats et des sénateurs. Autrement dit,
tout pouvoir politique soucieux de voir régner la paix et la
stabilité devrait commencer par satisfaire aux besoins et
14autres aspirations de l’armée et des parlementaires. Cette
conviction le fondera à déconseiller à César toute
humiliation des sénateurs qui consisterait à les dépouiller
de tous leurs pouvoirs. Cette initiative de César n’était, à

13Henning Ottmann: Geschichte des politischen Denkens. Die Römer,
Verlag J.B. Metzler, Stuttgart/Weimar, T. 2/1, 2002, p. 218.
14Hans Fenske et al. : Geschichte der politischen Ideen, 2004, op. cit.,
p. 119.
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