Haut potentiel

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190 pages
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Description

Dans cet ouvrage, l'auteur nous livre son expérience musicale auprès de jeunes élèves "enfants précoces" afin d'expliquer, au moyen d'exemples concrets, les problématiques que rencontrent trop souvent ces petits en décalage avec leur entourage. Souvent niées, leurs difficultés d'adaptation à un univers qui ne leur correspond pas font qu'ils se sentent incompris et "anormaux". Il s'agit de décoder le fonctionnement de ces enfants et de voir comment procéder pour leur permettre d'exprimer au mieux leurs riches personnalités.

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Ajouté le 15 janvier 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140028151
Langue Français
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Jacqueline THIBAULT
 Haut potentiel Récit
HAUT POTENTIEL
Jacqueline Thibault
Haut potentiel
Récit
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-10249-8 EAN : 9782343102498
Pourquoi ce livre
A partir de l’âge de 10 ans, j’ai été amenée à m’occuper d’enfants précoces, actuellement dénommés « à haut poten-tiel ». De toutes façons, bien que cela n’ait jamais été pris au sérieux par ma famille durant mon enfance, je suis née avec un don, « L’Oreille Absolue », qui permet de reconnaître automatiquement la hauteur des fréquences sonores et qui, en général, s’accompagne de précocité. Et de fait, j’ai parlé très tôt et avec un langage d’adulte, j’ai appris à lire toute seule après que mon grand-père pa-ternel m’eut expliqué comment fonctionnaient les syllabes, j’ai écrit des textes dès que j’ai réussi à former des lettres, dessiné ce qui me tenait le plus à cœur, composé toutes sortes de musiques et donné mon premier concert au piano à 4 ans avec quelques-unes de mes improvisations. Mais surtout, j’ai été une enfant hypersensible, tournée vers les autres et prenant en charge les personnes de mon entourage que je percevais en difficulté. Je me sentais responsable de situations difficiles que je tentais de gérer à la place de certains adultes qui me sem-blaient trop peu réactifs. Je ne supportais pas l’injustice et passais beaucoup de temps à vouloir réparer celles que j’estimais trop doulou-reuses, surtout celles touchant mon entourage proche, mes sœurs, mon frère ou mes cousins en particulier. J’aurais voulu pouvoir changer le monde pour en faire un havre de paix, de beauté et d’amour. J’avais une immense nostalgie d’une certaine lumière merveilleuse qu’il me semblait avoir dû quitter, une fascination pour l’univers avec ses soleils, ses planètes et son immensité infinie, une admiration sans bornes pour la beauté de la petite planète Terre…
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Ce sont là certains éléments caractéristiques des enfants dits précoces ou à haut potentiel. Cela me valut d’être exclue de ma propre famille, d’être rejetée par beaucoup, considérée comme anormale et de ce fait soumise à des violences physiques et psychologiques pour m’obliger à rentrer dans le rang. Pour moi, ce fut dif-ficile à vivre ; je me suis battue afin de pouvoir être moi-même et j’ai tenté de préserver et de libérer mes proches… Dans ce cadre, déjà toute petite, je fus amenée à m’oc-cuper de mes sœurs et frère, de mes nombreux cousins et, par la suite, d’autres enfants. Entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris à l’âge de 10 ans, j’y ai rencontré une autre petite fille de mon âge, Christine G., ayant également l’oreille ab-solue et reconnue, elle, comme précoce et non comme anor-male. Ses parents étaient tous les deux musiciens et s’occu-paient beaucoup d’elle. Ils étaient admiratifs des résultats qu’elle obtenait, étaient très présents à ses côtés et la valo-risaient en permanence. Elle fit un parcours rapide dans la classe de solfège où j’étais et je pus me rendre compte que nous avions beau-coup de points communs et une même façon de réagir. Pourtant, à cette époque, je l’admirais sans penser une seconde que nous puissions être semblables… Durant cette même année au CNSMP, je fus amenée à prendre en charge un petit garçon, Patrice Esquivié, un gé-nie de la musique qui à 9 ans jouait les morceaux de Chopin les plus difficiles et allait devoir se présenter l’année sui-vante à l’entrée de la classe de piano. Comme ses parents étaient très modestes et n’avaient pas beaucoup de moyens financiers, il venait souvent chez moi, ce qui nous donnait l’occasion de bavarder et de jouer à toutes sortes de jeux en attendant les cours de musique, si bien que je me sentais très proche de lui.
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Il m’avait même demandée en mariage ! Là aussi, j’avais pu constater que nous étions vraiment sur la même longueur d’ondes… Lors de mes 12 ans, je fus amenée à créer une petite cho-rale d’enfants et je me découvris des affinités avec l’un d’eux, trouvant qu’il me ressemblait. Etrangement, il com-prenait la musique sans en connaître la moindre note, avait une incroyable intuition et semblait se sentir solidaire des personnes en difficulté. Il était très sensible, créatif, curieux de tout, fasciné par l’espace, par ce qui touchait à Dieu et par tout ce qui était extraterrestre. Ses parents le considé-raient comme étant caractériel et atypique mais s’occu-paient de lui avec beaucoup d’attention et d’amour. Ils discutèrent avec moi pour m’expliquer ses comporte-ments et je fus très troublée de constater à quel point nous étions semblables ! Mais là encore, je n’avais pas la moindre idée que, pour ma part, je pouvais être autre chose qu’anormale et, d’une certaine façon, tarée ! C’est après avoir obtenu mes différents diplômes de mu-sique, passé pas mal d’années en faculté de lettres à la Sor-bonne que, grâce à Jean Langlais mon professeur d’orgue, j’admis avoir un don (ou plusieurs) et non une tare (ou plu-sieurs) et ne pas être forcément complètement anormale… C’est seulement devenue adulte et jeune mère de famille que j’admis cette possibilité. Tardive révélation… J’avais créé des ateliers de « Chant et synthétiseurs » pour les petits de trois à six ans et là, dans ce cadre, je fus amenée à gérer un grand nombre d’enfants précoces, dits à « haut potentiel ». J’avais pu constater que leur différence faisait qu’eux aussi, malheureusement, rencontraient de grosses difficul-tés avec leur entourage. Tout comme moi à mon époque, certains étaient fragilisés du fait de leur hypersensibilité et donc incompris et rejetés et, hélas ! souvent victimes de
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