Hautes études communales

Hautes études communales

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93 pages

Description

5 h. - 4 f. - ou 4 h. - 5 f. - Un décor - Durée : 2 heures

Un directeur de collège se voit obligé d'organiser des cours du soir pour adultes dans son établissement avec les professeurs en place. Habitués à un enseignement pour enfants, les professeurs accueillent la nouvelle plutôt sereinement et définissent les disciplines qu'ils dispenseront : mathématiques, français, musique et gymnastique ; leur enthousiasme va bien vite s'estomper car ces futurs élèves sont de drôles d'écoliers venant plus se distraire qu'apprendre : René, l'ouvrier garagiste du village qui ne jure que par ses "bagnoles", Robert, éleveur de cochons à la ferme des Grandes Tricottières et Mlle Sauvageot, camelot célibataire qui a roulé sa bosse sur toutes les foires et marchés.


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Date de parution 21 mars 2016
Nombre de visites sur la page 16
EAN13 9782373931488
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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HAUTES                     
ETUDES                  
  COMMUNALES !...

OU

ROBERT, T’ES BON POUR L’ACADÉMIE

Dany TOUSSAINT

Editions théâtrales ART ET COMEDIE
2, rue des Tanneries
75013 PARIS

 

 

 

 

Inprimé en France
Imprimeur EDICOM DIRECT
Dépot légal : novembre 1998
N° d’édition : 985601
ISBN : 978-2-37393-148-8
Disponible également en version papier, ISBN : 978-2-84422-055-4

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PERSONNAGES

Mr SERTILLOT : Le directeur du collège, la cinquantaine, d’abord autoritaire, puis plus compréhensif avec ses élèves adultes.

Mlle SIMONET : Professeur d’éveil sportif. Bien équilibrée, s’adapte facilement à l’enseignement pour adultes.

RENE : René Fourty, ouvrier mécanicien dans un garage du village. C’est un blagueur...

ROBERT : Robert Latouche, agriculteur à la ferme des “Grandes Tricottières”, ses progrès en français seront étonnants.

Mlle PINSSARD : Professeur de Français ; d’abord très vieille fille, puis très délurée.

Mr CATHALA : Professeur de mathématiques ; sans doute fragile sous sa carapace, mademoiselle Simonet saura le lui faire sentir.

GERMAINE : La femme de ménage ; bavarde ; personnage à soigner tout particulièrement.

Mlle SAUVAGEOT : Camelot et célibataire ; ancienne camarade de classe de René.

Mr CLOCHOU : Professeur de musique ; syndicaliste convaincu mais toujours en retard d’une discussion...

DÉCOR

Décor unique : Nous sommes dans une salle de collège au rez-dechaussée ; à droite, au mur, un tableau et devant, légèrement de biais, un bureau en bois (sur une estrade) ; des tables individuelles en bois et des chaises seront disposées ; ces tables et chaises seront légères et devront pouvoir se déplacer facilement. (Leur nombre variera selon la grandeur de la scène) A gauche, le mur du fond de classe pourra recevoir une étagère et quelques livres ; au fond, à gauche, l'unique fenêtre du décor, assez grande, avec ses rideaux ; entre la fenêtre et le bureau la porte d'entrée donnant à droite, vers un couloir permettant d'accéder aux toilettes et à l'entrée principale, et à gauche vers les bureaux administratifs et le bureau du Directeur. Détail indispensable : deux cartes murales souples devront compléter ce décor, leur position est indifférente. On n'oubliera pas les craies, la brosse, quelques cahiers etc...

ACTE I

C'est la fin de l'après-midi, les enfants sont partis et le directeur a convoqué quatre professeurs pour leur faire part d'une décision émanant du ministère... Le directeur est assis au bureau, les quatre professeurs sont dans la classe, sur des chaises ; ce n'est pas le début de la discussion - les murmures et les éclats de voix que le spectateur entendra avant que ne s'ouvre le rideau, s'estomperont quand le directeur prendra la parole...

Mr SERTILLOT : Allons, mesdames, messieurs, du calme ! Ce que je vous demande est bien sûr exceptionnel, mais tout de même, ce n'est pas la mer à boire !

Mr CATHALA : Monsieur le directeur, à priori, nous ne sommes pas contre, mais avouez qu'après une journée de classe ! Avec des enfants !

Mr SERTILLOT : Je suis tout à fait conscient du surcroît de travail demandé, mais vous êtes tous ici des professeurs confirmés...

Mr CATHALA : Confirmés, sans doute mais...

Mr SERTILLOT : (continuant sa phrase, avec une certaine dose d'autorité) Mais il s'agit de l'avenir de notre belle institution Cathala et nous devons répondre présent et satisfaire la demande ministérielle qui nous a été adressée.

Mlle PINSSARD : Enseigner à des enfants, soit ! Mais à des adultes ! Ne croyez vous pas, monsieur le directeur, que nous manquions d'expérience pour cette tranche d'âge ?

Mr SERTILLOT : Mademoiselle Pinssard, vous assurez votre tâche dans cet établissement de façon parfaite... Je vous apprécie...

Mlle PINSSARD : (baissant la tête) Merci monsieur le directeur. (Brouhaha)

Mr SERTILLOT : Allons messieurs ! Et je suis certain mademoiselle, que vous serez à la hauteur. Le français, c'est le français ! Qu'on ait six ou quarante ans, il faut toujours mettre une cédille à "leçon" et deux "s" à "baisser" non ?

Mlle PINSSARD : Oui, bien évidemment, dit comme cela...

Mr SERTILLOT : Bon, d'autres questions ? Clochou ?

Mr CLOCHOU : (c'est le professeur de musique, il s'est assoupi et laisse échapper un son inarticulé) Hum... Hon...

Mlle SIMONET : Monsieur le directeur !

Mr SERTILLOT : Ah ! Mademoiselle Simonet ! Je suppose que vous approuvez le fait d'avoir inscrit la gymnastique au programme de nos adultes !

Mlle SIMONET : L'éveil sportif, monsieur le directeur, l'éveil sportif !

Mr SERTILLOT : Oui, c'est cela, l'éveil sportif.. Comme vous le croyez si souvent, Mademoiselle, je ne considère pas votre discipline comme un parent pauvre de notre enseignement, je la crois même indispensable, car comme on dit : bien dans son corps, bien dans sa tête !

Mlle SIMONET : J'approuve effectivement votre initiative, mais je ne tiens absolument pas à ce que mon cours devienne simplement de la remise en forme pour troisième âge !

Mr SERTILLOT : C'est votre problème mademoiselle, votre cours sera ce que vous en ferez !

Mlle SIMONET : (autoritaire) Ce sera dur pour eux, très dur, je ne changerai pas mes méthodes de travail, les ventres mous, nous les durcirons, les muscles fatigués, nous les ferons travailler et ils prendront vigueur monsieur le directeur, ils prendront vigueur !

Mr SERTILLOT : Très bien, très bien mademoiselle Simonet, soyez tout de même progressive dans votre enseignement, très consciente des capacités de chacun et si vous avez l'impression que quelque chose cloche ou...

Mr CLOCHOU : (toujours assoupi) Hum... Pardon... Oui ?

Mr SERTILLOT : Ce n'est rien Clochou, vous vous étiez assoupi... Mais donnez votre avis, enseigner le solfège à des adultes ne vous parait pas chose absurde ?

Mr CATHALA : C'est sans doute à sa portée ! (Il est très fier de son bon mot.)

Mr CLOCHOU : (sortant de son sommeil et pas très au fait de la conversation précédente) Moi, je suis tout à fait d'accord avec moi-même mais je tiens à dire vivement que je suis en profond désaccord avec tous ceux qui ne sont pas opposés à être pour...

Mr CATHALA : C'est ça, c'est ça...

Mr CLOCHOU : (il continue) Car en fait, en analysant sainement la situation et en se référant aux textes syndicaux, il serait pour le moins déplacé que nous soyons obligés d'approuver sans discussion préalable une décision pas franchement concertée qui pourrait... (Monsieur SertilIot, visiblement enrhumé, se mouche bruyamment.) ... qui pourrait nuire à l'ambiance générale et aurait pour conséquence directe de ternir l'image déjà bien opaque d'une éducation vacillante qui se destine indubitablement dans les prochaines années à n'être...

Mlle PINSSARD : (très scolaire) Faites des phrases courtes monsieur Clochou, faites des phrases courtes...

Mr CLOCHOU : A n'être que le reliquat amaigri de l'amputation inconsciente de la plus belle et de la plus noble des tâches qu'il nous est permis de...

Mr SERTILLOT : (il le coupe) Tout à fait d'accord Clochou, tout à fait d'accord, d'ailleurs, aucun de nous n'avait envisagé une telle chose... (Aux autres avec un brin d'ironie.) N'est-ce pas chers collègues ?

TOUS : Bien sûr monsieur Clochou...

Mr CATHALA : (ironique) Quelle idée !

Mr CLOCHOU : Ah ! Bon ! (Il se rassoit et se rendort.)

Mr CATHALA : Ces cours auront lieu le soir ?

Mr SERTILLOT : Cathala ! Le propre des cours du soir est justement de se situer en fin de journée, période qu'on appelle généralement le soir...

Mr CATHALA : Je voulais dire vers quelle heure ?

Mr SERTILLOT : Dix neuf heures me parait convenable.

Mlle SIMONET : Pouvons-nous déjà envisager la date du début des cours ?

Mr SERTILLOT : S'il n'y pas d'opposition, ces cours débuteront aprèsdemain... L'effectif est encore faible, mais justement ce peu devrait être bénéfique à un enseignement de qualité... (Il se lève.) Je vous laisse, vous avez bien entendu carte blanche en ce qui concerne l'organisation de votre emploi du temps n'oubliez pas de réveiller Clochou avant de fermer la classe...

Mlle PINSSARD : C'est passionnant, ne trouvez-vous pas ? Quelle audace notre directeur ! Je me suis d'ailleurs toujours demandé pourquoi, avec une telle audace, il n'ait jamais songé à trouver femme...

Mr CATHALA : Sans doute pour des raisons identiques à celles qui ont fait que vous-même êtes encore célibataire...

Mlle PINSSARD : (revenant rapidement au sujet précédent) Nous lancer dans une telle aventure ! Enseigner à des adultes, à des hommes, des vrais !

Mr CATHALA : Dites, Pinssard, il y aura aussi des femmes !

Mlle PINSSARD : Oui, bien sûr ! Mais...

Mr CATHALA : Peut-être même des femmes avec leur mari, alors mademoiselle Pinssard, modérez vos fantasmes et toute bombe sexuelle que vous êtes, n'oubliez pas qu'on vous paie pour enseigner le français, un point, c'est tout.

Mlle PINSSARD : (outrée) Oh ! Monsieur Cathala ! Rien ni personne ne vous autorise à me parler sur ce ton... Surtout avec de si vilaines pensées...

Mr CATHALA : Une bombe...

Mlle SIMONET : Allons, allons...

Mlle PINSSARD : Je me suis toujours considéré dans cet établissement comme enseignante à part entière et...

Mr CATHALA : Et moi je vous considère comme une enseignante entièrement à part, voilà tout...

Mlle PINSSARD : Vous êtes un misogyne... Vous me harcelez sans cesse vous n'êtes qu'un...

Mlle SIMONET : (se rapprochant de mademoiselle Pinssard) Monsieur Cathala blague ! C'est un blagueur ! N'est-ce pas monsieur Cathala ? (Coup de coude à Monsieur Cathala.) Dites oui, elle va pleurer !

Mr CATHALA : Mais oui Pinssard, je blague, je blague, vous n'avez rien d'une bombe, ou alors...

Mlle PINSSARD : Ou alors ?

Mr CATHALA : Ou alors, à votre âge, ce serait une bombe à retardement !

Mlle SIMONET : Cathala, vous êtes peut-être doué en mathématiques, mais en psychologie féminine, je vous donne un zéro pointé. De toutes façons, nous sommes très loin du sujet qui nous préoccupe. (Elle regarde monsieur Clochou.) Il ne s'agit pas de s'endormir si nous devons débuter après demain... Cathala ! Aidez-moi à regrouper quelques tables, nous serons plus à l'aise pour discuter...

Mr CATHALA : Mademoiselle Simonet ! Inscrivez Clochou à vos cours d'éveil, il en a besoin.

Mlle SIMONET : (doucement) Monsieur Clochou ! Réveillez-vous !

Mr CATHALA : (voix forte) Clochou !

Mr CLOCHOU : Hein ? Bon... Oui... C'est tout ce que je dirai mais je ne fuis pas pour autant la discussion , c'est avec plaisir d'ailleurs que dans la mesure...

Mr CATHALA : C'est ça, dans la mesure, bon approchons-nous.

Mlle SIMONET : Monsieur Clochou, nous allons organiser notre emploi du temps...

Mr CLOCHOU : Ah ! Oui ? Très bien...

Mr CATHALA : Si vous le permettez, je vais prendre la parole...

Mlle PINSSARD : Et si nous ne le permettons pas ?

Mr CATHALA : Je la prends tout de même étant le plus ancien dans cet établissement...

Mlle PINSSARD : (air pincé) Alors pourquoi nous demander la permission...

Mr CATHALA : Bon ! Nous allons devoir enseigner quatre disciplines : Mathématiques, français, éveil sportif et éducation, musicale - il me parait difficile d'assurer ces quatre cours chaque soir...

Mlle PINSSARD : Evidemment !

Mr CATHALA : Donc il faut s'organiser. Je propose que les mathématiques soient prioritaires.

Mlle SIMONET : Je m'en doutais... Pas d'accord Cathala, monsieur le directeur a dit : " Bien dans son corps, bien dans sa tête ", ce qui veut dire équité totale au moins entre ces deux disciplines !

Mr CLOCHOU : Personnellement, j'envisage notre méthode de travail de façon plus...

Mr CATHALA : Entièrement de votre avis Clochou, qu'en pensez-vous mademoiselle Pinssard ? Répondez à Clochou ! Que dites-vous de son idée qui consiste à...

Mlle SIMONET : Cathala, nous vous avons autorisé à prendre la parole, mais personne ne tient à ce que vous la gardiez et que vous preniez les décisions à notre place...

Mr CATHALA : Nous sommes bien ici pour s'organiser non ?

Mlle SIMONET : Il y aura égalité de temps dans chaque discipline et... (Le directeur entre.)

Mr SERTILLOT : Je vois que tout se passe bien !

Mr CATHALA : Mais très certainement monsieur le directeur, simplement un petit différend sur les quotas horaires...

Mr SERTILLOT : Ah ! Pas de quotas Cathala , pas de quotas ! Bien dans son corps, bien dans sa tête ! Je viens d'avoir deux inscriptions et je vous assure que chacun aura sa part de travail !

Mlle PINSSARD : Des hommes monsieur le directeur ?

Mr SERTILLOT : Des hommes, des femmes, des jaunes, des noirs, des rouges, bon, (On frappe.) Oui ? (Personne) Entrez ! (Entre Robert Latouche, agriculteur au visage enjoué et en bottes.)

ROBERT : Bonjour messieurs dames ! La secrétaire m'a dit que vous étiez en classe, je cherche le directeur !

Mr SERTILLOT : Bonsoir ! C'est moi, monsieur Sertillot. (Il se serrent la main.)

ROBERT : (l'air très décidé) Je viens pour la transcription, euh L'inscription !

Mr SERTILLOT : Ah ! C'est vous qui avez téléphoné tout à l'heure ?

ROBERT : Non, c'est ma femme.

Mr SERTILLOT : C'est votre femme qui envisage de suivre les cours du soir ?

ROBERT : Ah ! Non ! Non ! Les cours, c'est pour moi ! Robert, Robert Latouche ! J'habite à la ferme des "Grandes Tricottières" derrière l'étang du bas du bourg !

Mr SERTIILLOT : Très bien, très bien...

ROBERT : Alors ma femme m'a dit : mon Robert, toi qu'est pas bête, qui sait compter tes vaches sans te tromper...

Mr CATHALA : Un gros cheptel ?

ROBERT : Dix normandes et trois frisonnes. Alors a m'a dit que puisque je vais de plus en plus dans des réunions où faut qu'on cause, y'a pas à dire, faut que t'y va.

Mr SERTILLOT : Beau spécimen mademoiselle Pinssard, n'est-ce pas ?

Mlle PINSSARD : (réajustant ses lunettes et regardant Robert de haut en bas) C'est un cas très intéressant monsieur le directeur !

ROBERT : Je dois dire que l'français et moi, on n'a pas été élevé ensemble...

Mr SERTILLOT : Nous avons cru le comprendre...

ROBERT : Ma femme a dit même que les vaches ne me comprennent plus et qu'il est grand temps que je me re-instructionne dans les écoles, c'est pourquoi que j'viens et que j'suis là... Voilà...

Mr SERTILLOT : Vous avez frappé à la bonne porte monsieur Latouche. Mes collègues vont vous donner quelques renseignements sur votre futur enseignement et sur les horaires. Monsieur Cathala, faites le nécessaire.

Mr CATHALA : (à Robert) Nous commençons après-demain, tous les soirs à dix-neuf heures. Cela vous va ?

ROBERT : Ben après demain c'est le marché aux bêtes de Frizouillon la...