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Interactions des Systemes Educatifs Traditionnels et Modernes en Afrique

De
208 pages
L'éducation africaine est transmise sous forme d'initiation tandis que l'instruction scolaire de type européen joue plutôt sur la transmission de connaissances livresques. L'une se veut traditionnelle par son ancrage dans le passé et l'autre moderne par sa référence à l'actualité. Du point de vue de leur méthode, les deux ne sont pas comparables. Mais il pourrait paraître évident d'observer leurs interactions en observant les hommes. Au regard du fonctionnement social dans le cas du Bénin, les résultats de l'éducation " tradition-modernité " ont-ils été conformes aux espérances ?
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INTERACTIONS DES SYSTÈMES EDUCATIFS TRADITIONNELS ET MODERNES EN AFRIQUE

Collection Études Africaines

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@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6214-6

Jean-Claude

P. QUENUM

INTERACTIONS DES SYSTÈMES EDUCATIFS TRADITIONNELS ET MODERNES EN AFRIQUE

THÈSE DE DOCTORAT de Sociologie de l'Education
Université de Paris I

- Panthéon-Sorbonne

Sous la Direction du Professeur Ettore GELPI

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

A Alexandre et Marie-Louise QUENUM

AVANT-PROPOS
Quand nous avions décidé de choisir ce sujet, l'ensemble du système éducatif de type formel du Bénin vivait une phase de remise en cause de son contenu et de son fonctionnement. Les reproches explicites formulés à l'encontre du système critiqué dans le "Discours Programme" de novembre 1972 par les nouveaux dirigeants politiques étaient d'être impopulaire, antinational faisant le jeu de l'impérialisme, et sélectif. La formulation d'objectifs nouveaux et leur mise en application ont éveillé en nous plusieurs interrogations et ont motivé le choix de ce sujet. Car, apparemment, il existait une volonté d'aboutir à des transformations fondamentales du système éducatif formel. Beaucoup de malaises sociaux provenaient en effet des dysfonctionnements du système éducatif. Mais à la réflexion, le mode d'application des nouvelles réformes avait-il réellement pour finalité l'égalisation des chances? Si plus de 85 % de la population restaient encore ruraux et qu'ils contribuaient pour plus de 50 % à l'économie nationale, comment expliquer que l'administration centrale consacrant plus de 41 % du budget national à l'éducation ne réussisse pas à donner en retour à cette population la contrepartie de sa contribution à l'effort national? Ne peut-on pas dire que le système villageois se suffise à lui-même et que le système éducatif formel, en accaparant une partie de sa jeunesse, appauvrit son dynamisme interne en ne lui fournissant pas en retour des hommes formés pour assurer sa survie et son développement? La crise politique de 1972 aura révélé l'existence et la perpétuation d'un malaise relevant des rapports entre 7

l'éducation formelle et l'éducation informelle. Si le système éducatif informel des villages subsiste malgré la prédominance du système formel, comment rendre explicites les relations qu'entretiennent le formel et l'informel en coexistence? D'où l'idée d'analyser leurs interactions pour voir si elles ne portent pas en germe les perspectives d'une nouvelle dynamique dont les crises actuelles ne seraient que des phases nécessaires? Ces interrogations n'ont pu se préciser et être confrontées à la réalité qu'après la rencontre des acteurs des deux systèmes éducatifs. Après avoir rencontré ceux qui, d'après leurs pratiques culturelles, sont attachés au passé ancestral du Bénin, donc à la perpétuation d'un modèle éducatif hérité du passé, nous avons été amené à reformuler le problème des systèmes éducatifs formel et informel en évitant de rentrer dans les détails systémiques qui, à l'évidence, paraissent incompatibles. L'éducation du village (système informel) que nous avons appelée éducation traditionnelle ne prend pas en compte les enfants à éduquer de la même manière que l'instruction scolaire (éducation formelle) que nous avons appelée système éducatif moderne. Pourtant les deux forment en même temps le même homme qui acquiert, malgré lui, des aptitudes cohérentes ou contradictoires déterminant son action dans la société. Pourrait-on dire que les deux systèmes forment l'individu, chacun pour un modèle de société fondamentalement différent de l'autre? Se pose alors la question de l'attitude de l'individu exposé à deux influences éducatives. Aussi avons-nous envisagé d'étudier les systèmes par la double influence qu'ils ont exercée sur l'individu. Nous avons été aidé dans cette tâche par beaucoup de personnes. Nous tenons à rendre un hommage particulier au feu Professeur Janina LAGNEAU, de Paris V, notre
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première directrice de thèse. Avant que sa mort ne survienne à notre grande émotion, nous en étions à élaborer avec elle les instruments d'enquête de terrain. Nous disons: "paix à son âme. " Nous remercions Monsieur le professeur Claude RIVIERE, qui a pris la relève. Sa rigueur et son intransigeance nous ont permis d'approcher le problème avec des yeux plus avertis. Monsieur RIVIERE nous a conseillé de prendre contact avec un professeur spécialiste de l'éducation pour continuer le travail. Aussi, remercions-nous Monsieur le professeur Ettore GELPI dont le soutien ne nous a jamais manqué depuis les premières esquisses de nos hypothèses. Monsieur GELPI a accepté de diriger notre travail. Il a été un témoin engagé dans les changements de politique éducative survenus au Bénin à partir de 1975. Nos remerciements s'adressent également à Monsieur le professeur Raymond LALLEZ qui a accepté spontanément de nous donner des éclairages méthodologiques pour venir à bout de ce travail. Il a également accepté d'être du Jury. Monsieur le professeur Maurice A. GLELE qui nous a encouragé à étudier le problème dans sa perspective actuelle doit être remercié. Il a fait montre d'un esprit critique quand nous lui avons exposé le contenu du sujet. Mais il a manifesté son intérêt pour l'originalité de notre approche. Nous saurions oublier le Professeur MARMOZ de l'Université de Caen, membre du Jury. METHODOLOGIE: L'ENQUETE DE TERRAIN

Avant de l'entreprendre, notre guide d'entretien conçu pour s'appliquer à trois catégories de contextes sociaux a dû subir des modifications. Notre premier type de questionnaire a été conçu pour s'appliquer à des citadins en contexte urbain. Son but était de 9

savoir quel rapport entretient le citadin formé en ville avec le village. Selon son niveau d'étude, sa catégorie socioprofessionnelle ou sa responsabilité socio-politique, quel est son comportement vis-à-vis de la tradition villageoise? Notre deuxième type de questionnaire s'est appliqué à la population villageoise. Son but est de faire exprimer par les parents villageois leurs attentes des enfants scolarisés. Nous voulions savoir aussi quelles altérations à subi l'éducation villageoise face aux influences de l'éducation scolaire et citadine. Notre troisième type de questionnaire s'est appliqué à des béninois installés en pays étrangers. Son but est de comprendre quelles transformations l'éloignement de la souche culturelle apporte à l'individu. (Voir guide d'entretien en annexe). Dans la perspective de la dynamique économique, les trois types de questionnaires sont assortis de questions relatives au vécu économique. Son but est de percevoir le lien entre l'éducation interactive et le vécu économique individuel et collectif. Nos questions confrontées à la réalité ont été modifiées. Il s'est avéré que nous récoltions peu d'informations en nous figeant au procédé initial. Il y avait des spécificités propres à certains contextes. C'est ainsi que n'ayant pas prévu de rencontrer une assemblée villageoise, nous avions profité de l'occasion pour vérifier certaines informations recueillies auprès d'individus isolés. Ce procédé nous a permis de rajouter des questions imprévues. De plus, il y avait une difficulté à aborder certains problèmes. Dans la conception de certains milieux villageois, certains types de questions sont considérés comme un manque de respect. Dans d'autres contextes, ce qui se voyait à l'œil nu ne devrait pas se dire tel qu'il se présentait. Nos questions directives traitant des problèmes éducatifs ne nous les 10

mettaient pas en évidence. Car des réponses toutes faites et courantes nous étaient servies. Par contre, si nous évitions de parler d'éducation et nous intéressions à la vie des villageois, codifiée par les principes de base de l'éducation, nous décelions dans les réactions sur quelles bases se fonde tel ou tel comportement. Ainsi, au lieu de demander: "comment éduquez-vous vos enfants ?" Nous demandions: "combien avez-vous de femmes", en présence des femmes elles-mêmes. A cette question, le chef de famille dans le village de OUAGBO AGBOT AGON n'a pas eu de réponse. Ce sont les femmes qui, spontanément ont poussé des cris de désapprobation pour nous manifester l'inopportunité d'une telle question. C'est ensuite seulement que le chef de famille a daigné lui-même répondre avec une pointe d'indifférence, de modestie et d'humour: "je n'ai qu'une femme! Mais j'ai ces quelques enfants à qui vous pouvez demander de l'argent". Ces deux types de réactions des femmes et du chef de famille étaient autant de messages codés dont l'intérêt pouvait se lire à travers les précautions prises pour parler à des inconnus. Il s'y trouvait aussi un aspect du modèle éducatif du milieu. En fait. même si le chef de famille avait visiblement beaucoup de femmes, dans la mentalité purement traditionnelle de certaines ethnies du sud et du centre-Bénin, toutes ne se considèrent pas comme ses femmes. Seule la première peut prétendre au rang d'épouse, les autres n'étant que des compagnes ("hadido"). L'épouse est la femme du elan ("Ako si") ou "sè si" (femme intimement liée à l'être fondateur de son mari), celle qui lui est attachée avec la bénédiction des ancêtres et qui par ce biais devient la femme du elan. C'est ainsi que nous prenons conscience du fait que, s'il y a deux catégories de femmes, il y a également deux catégories d'enfants: ceux à qui "nous pouvons demander de 11

l'argent", probablement parce qu'ils sont les enfants des compagnes, et les autres, ce qui à l'évidence ne nous sera pas révélé si nous voulions savoir s'il y avait deux catégories d'éducation, l'une destinée aux enfants de la "sè si" et l'autre aux enfants des compagnes du chef de famille. Notre but dans ce type de question est aussi d'évaluer le poids économique de chaque famille. Cela n'est pas toujours révélé. La règle étant que dans toute famille une certaine discrétion entoure le nombre d'enfants possédés par un chef de famille. Pour rentrer au cœur des problèmes d'interculturalité, afin de savoir en quels termes définir les interactions entre les cultures endogènes, la réponse de l'hospitalité innée chez les familles traditionnelles qui nous était faite, cachait des rejets exprimés dans la phrase suivante: "on dit à l'étranger qu'il a lui-même ouvert la porte de sortie quand il ne peut pas respecter nos mœurs". Quant au fait de savoir si l'enfant quel qu'il soit est obligatoirement éduqué "à la traditionnelle" avant d'être envoyé à l'école, les réponses qui nous étaient faites posent le problème d'une volonté des parents de contrôler les enfants après leur scolarité. Par contre, leur déception face à l'attitude des enfants qu'ils contrôlent difficilement et leur résignation à subir les nouveautés qu'ils apportent, n'expriment pas leurs réactions. Usent-ils de violence ou font-ils des concessions? Afin d'adapter nos questions à chaque milieu, nous les avons regroupées par thèmes en les laissant ouvertes au maximum. Les questions sont relatives aux thèmes sans être toutes préalablement formulée de la même manière. En fait, il ne s'agit que des mêmes questions posées partout, mais à chaque fois contextualisées selon le lieu d'investigation. Pour venir à bout de ce travail, les nombreuses personnes que nous avons rencontrées dans les villes et les villages des

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six provinces du Bénin sont à remercier. Nous rendons ici un hommage à feu Jean SAJOUS mort brusquement en 1990. Un an avant, il n'hésitait pas, dans un élan d'exigence de vérité, à critiquer nommément des membres du gouvernement défunt qui, pour la plupart, sont connus de lui. Ancien inspecteur des impôts, et chef du service des domaines, il détenait les dossiers les plus secrets en matière de malversations économiques sous le régime militaire. Nous remercions notre accompagnateur Jean-Luc APLOGAN Gournaliste et correspondant béninois de Radio France Internationale). Il n'a pas hésité à user de ses relations personnelles pour faciliter la mise en confiance de nos enquêtés dans certains milieux stratégiques du Bénin. Vu les périodes politiquement critiques pendant lesquelles se sont déroulées nos enquêtes au Bénin, certains de nos enquêtés craignaient une infiltration d'espions du régime politique en place. C'est l'occasion de remercier Monsieur Alexandre QUENUM (notre père), qui nous a ouvert bien des portes de la tradition et nous a permis d'avoir des informations que nous n'aurions pas pu obtenir si nous avions entrepris nousmême d'interroger les détenteurs de secrets. Nous remercions Monsieur Romain AKPASSONOU grâce auquel d'autres types d'informations nous sont parvenus par des intermédiaires politiques proches des couvents vodun du Bénin. Le Père Yves RICHARD, Jésuite à Sèhouè au Bénin, a été un intermédiaire utile pour gagner la confiance des chrétiens de Sèhouè. Ceux-ci nous ont parlé sans détour, en nous faisant vivre les réalités de leur village. Monsieur Roger APLOGAN, ancien combattant de la guerre d'Indochine et fonctionnaire du port autonome de Cotonou en retraite, doit être remercié. Il nous a facilité l'approche du milieu traditionnel d'Allada grâce à ses connaissances et son esprit critique. 13

Dans la ville de Parakou, Monsieur Maurice THOMAS, ancien secrétaire du Premier président de la République du Dahomey devenue République du Bénin (Monsieur Hubert Maga), nous a hébergé dans son appartement, nous a introduit auprès du roi de Parakou (témoin historique et principal garant de la culture Bariba du Bénin), et d'un ancien ministre de l'ex-République du Dahomey, Monsieur CHABI Mama, de culture Bariba. Nous n'aurions pu rencontrer des acteurs du système éducatif moderne tel qu'il a été introduit par les "Pères de Lyon, si le Père HOUNYEME (curé de la paroisse Saint Pierre et Saint Paul de Parakou) ne nous avait pas aidé. Nous l'en remercions, ainsi que son vicaire le Père de SOUZA, (initié lui-même à certaines pratiques traditionnelles du milieu d'Allada, fief des grandes traditions royales d'Abomey et de Porto-Novo). Dans la ville de Natitingou, en pays Somba, où nous avons rencontré l'un des principaux informateurs du feuprofesseur Paul MERCIER, (auteur d'un grand ouvrage: Les "Somba" du Dahomey septentrional),(I) Monsieur BAGRY Pierre, nos recherches n'ont pas été facilitées. En effet, nous arrivions dans cette ville septentrionale du Bénin à une période politiquement critique (octobre 1989), mois d'une rentrée scolaire incertaine après une année scolaire "blanche" observée par tous les enseignants, les élèves et étudiants du Bénin. Nous avons été conduit au commissariat de police où tous nos documents de travail ont été fouillés. Nous avons été soupçonné de travailler à créer une émeute et étions étroitement surveillé. L'un de nos enquêtés ayant aperçu notre magnétophone de poche a presque refusé de nous parler. La ville de Natitingou est la ville natale de l'exPrésident Kérékou, (récemment réélu). Et son préfet, Monsieur Adolphe BIAOU, a mis au point un dispositif de surveillance qui n'a pas rendu notre travail aisé. 14

Malgré tout, c'est après notre départ qu'il a manifesté le désir de nous rencontrer vu que le sujet traité l'intéressait personnellement. Signalons que Monsieur Adolphe BIAOU, cadre supérieur de l'armée béninoise a d'abord été séminariste, éduqué par les Pères du grand séminaire de Ouidah, dans la tradition des Pères africains de Lyon. Il a exercé de hautes fonctions ministérielles dès l'arrivée des militaires au pouvoir en 1972. Malgré tout, dans la ville de Natitingou, nous avons pu rencontrer des personnes moins méfiantes qui nous ont été d'un grand secours. Aussi tenons-nous à remercier Monsieur BAGRY Pierre, Monsieur N'DA et son épouse de nationalité allemande ayant choisi de vivre entièrement la culture Somba sans y mêler sa culture allemande, à part des cassettes de contes et d'histoires drôles en langue allemande qu'elle fait écouter à ses enfants. Monsieur SEIDOU ingénieur agronome d'origine Yom. Monsieur ALASAN, le Gérant de l'hôtel Tata-Somba, est d'origine Bariba. Inséré dans la société Somba, il représente en raison de sa présence active dans ce milieu, le témoignage d'une possibilité de compromis entre deux cultures qui historiquement ont entretenu des rapports conflictuels. Nous remercions Monsieur Yen Markoni d'origine Yom, et la princesse de Natitingou, pour ne citer que ces quelques personnes rencontrées. Beaucoup d'autres personnes non moins importantes méritent tout aussi bien nos remerciements. Nous disons particulièrement merci à Mélanie et Jean-Gilles QUENUM. Ils ont, pour l'une rendu le voyage possible et pour l'autre, le séjour à Natitingou moins contraignant. Jean-Gilles est, en un sens, l'illustration d'une insertion dans la culture Somba. Monsieur André POGNON, témoin privilégié de l'histoire du Bénin au cours de sa phase transitionnelle du traditionalisme au modernisme n'a pas ménagé ses efforts pour dire, documents à l'appui, ce qu'il sait. Nous saluons sa 15

mémoire tout en le remerciant pour le manuscrit de son dernier ouvrage non encore édité qu'il a bien voulu nous donner pour exploitation. Nous remercions tous nos amis qui ont indirectement contribué à la mise en forme de ce travail. En particulier, Monsieur Claude ASSABA qui nous prêta à l'époque, une oreille attentive. Nous n'oublions pas le Père J.F.RIBARD, aumônier d'étudiants et ami personnel. Monsieur et Madame PANNIER, doivent être remerciés pour leur amitié. Que Daphne W. N., le soit de tout cœur.
LA CIRCONSCRIPTION DU CHAMP D'ETUDE

Les individus concernés: la compréhension des systèmes. éducatifs en interactions appelle la prise en compte d'individus soumis aux deux modèles éducatifs. Comme le font remarquer Jean-René LADMIRAL et Edmond-Marc LIPIANSKY, "si l'on vise la personnalité ethnique on est conduit alors à adopter une perspective sociologique dans laquelle le psychologique est référé à la totalité sociale et historique où il s'inscrit. Mais si l'on vise l'identité, alors la perspective s'inverse: le social est appréhendé dans sa réfraction psychologique. Cette deuxième approche n'est pas moins importante... Comme le souligne LEVI-STRAUSS: "nous ne pouvons jamais être sûrs d'avoir atteint le sens et la fonction d'une institution si nous ne sommes pas en mesure de revivre son incidence sur une conscience individuelle. "(2) Dans le cas précis du présent travail, Il s'agit d'individus pris dans des villages du Bénin et qui sont soumis simultanément à l'influence de la culture scolaire (instruction) et à l'éducation informelle du village. Nous prenons aussi en compte les individus qui, n'ayant jamais été à l'école, influencent les comportements de l'instruit et lui transmettent des valeurs éducatives traditionnelles tout en

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étant eux-mêmes fortement influencés par le modèle culturel véhiculé par l'école. Personnes étudiées: Ce sont les paysans en contexte villageois ou déplacés dans les villes pour plusieurs raisons, dont celle de l'installation d'un de leurs parents en ville. Nous prenons en compte les fonctionnaires, les enseignants, les hommes politiques, les élèves et étudiants. L'expatrié en milieu occidental constitue un champ d'intérêt en raison du devenir de sa culture d'origine d'une part, sa culture scolaire de l'autre, le tout confronté à la culture occidentale. Milieux étudiés: Deux milieux sont concernés par notre étude: le milieu urbain et le milieu rural, les deux espaces représentatifs de la modernité et de la traditionalité. Cotonou, ville côtière, capitale économique du Bénin, nous a servi de cadre d'étude vu qu'elle représente toute la configuration culturelle du Bénin. C'est aussi le lieu par excellence de la modernité où se côtoient les cultures les plus dissemblables confrontées à la seule et même modernité. Nous avons fait des recherches à Porto-Novo et dans sa banlieue (Koutongbé) à propos de la société secrète "Zangbéto". Nous avons été à Pobè, ville de la société secrète Oro. A Dèkoungbé, banlieue de la ville de Cotonou, ancien village en pleine mutation, nous avons pu observer les transformations subies par la tradition au contact des valeurs de la ville. A Sèhouè, village situé dans la "dépression de la Lama", nous avons pu nous rendre compte du conflit entre modernité et tradition. Il en a été de même dans le village de Houagbo

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Agbotagon. A Bohicon, ville du centre-Bénin situé à 9 kilomètres de la ville historique d'Abomey, nous avons fait connaissance avec des membres du groupe "Sillon-Noir".(3) La ville de Lokossa Sud-ouest du Bénin a été visitée. Parakou au Nord-est et Natitingou au Nord-ouest les deux centres urbains les plus importants du Nord ont l'avantage d'être représentatifs aussi des cultures traditionnelles du Nord. Le champ conceptuel: Le concept d'instruction, nous le définissons comme une ouverture sur la connaissance livresque, et l'écriture. De plus, par l'école, l'instruit acquiert le sens de la rationalité et de l'universel. Ses nouvelles connaissances dépassent les limites de sa localité et de son voisinage immédiat. Par l'écriture, il rencontre d'autres réalités, fait connaissance avec un monde plus vaste, a la possibilité de communiquer avec d'autres en dehors de l'oralité. Il acquiert aussi le pouvoir d'opérer des actions plus complexes dépassant le cadre de la tradition. L'instruction est, d'après Larousse, "l'éducation, l'enseignement." Le mot vient selon le dictionnaire du latin "instructio" qui signifie "savoir, notions acquises". L'instruit serait donc celui qui a acquis des savoirs ou des notions par l'enseignement ou par l'éducation. Nous différencions ces acquis de type scolaire de ceux de l'éducation de base. Ici, nous ne confondons pas ce concept avec celui qui consacre l'enseignement primaire. Nous insistons sur la notion d'éducation qui transforme l'être conformément à un modèle culturel et ne se contente pas de transmettre des notions. Nous disons "de base" car il s'agit de cultures locales du Bénin, celles avec lesquelles tout individu béninois est en rapport avant l'entrée à l'école. La notion d'éducation de base est donc relative au fondement culturel 18