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J'avoue que je me suis amusé

De
130 pages
Dirigeant du Parti communiste italien, sénateur, maire de Naples de 1975 à 1983, Maurizio Valenzi raconte ici sa traversée du XXè siècle, depuis la lutte antifasciste en Tunisie, où il est né en 1909 et où il connaîtra les geôles et la torture de Vichy, jusqu'à son arrivée en 1944 à Naples, qui devient sa ville d'adoption, et à laquelle il consacrera sa vie et son temps jusqu'à sa disparition en 2009.
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Maurizio Valenzi
J’avoue que je me suis amusé
J’avoue que je me suis amusé Itinéraires de Tunis à Naples
Itinéraires de Tunis à Naples
« Maurizio Valenzi a été une fgure unique dans le panorama
politique italien » déclare son ami le Président de la
république italienne, Giorgio Napolitano, dans l’hommage
qui ouvre ce petit livre de mémoires, écrit sous la forme
légère de l’esquisse, propre au peintre de talent qu’il était.
Dirigeant du Parti communiste italien, sénateur, maire
de Naples de 1975 à 1983, Maurizio Valenzi raconte ici sa
e traversée du xx siècle, depuis la lutte antifasciste en Tunisie,
où il est né en 1909 et où il connaîtra les geôles et la torture
de Vichy, jusqu’à son arrivée en 1944 à Naples, qui devient
sa ville d’adoption, et à laquelle il consacrera sa vie et son
temps, jusqu’à sa disparition en 2009 à quelques mois de ses
cent ans. Itinéraires de Tunis à Naples qui témoignent d’un
engagement sans failles du côté de la justice et de la paix,
epropre à ce xx siècle où, comme il l’écrit avec l’humour qui
le caractérise, il n’était pas bon de naître « si on voulait vivre
tranquille ».
Traduit de l’italien par Danielle Laguillon Hentati
Hommages deEn couverture: Autoportrait de l’auteur, 1974, huile
et collage, propriété de la Mairie de Naples. Giorgio Napolitano, Jack Lang, Lucien Sfez
ISBN : 978-2-343-04636-5
14 €
Histoire et Perspectives MéditerranéennesHistoire et Perspectives Méditerranéennes
Maurizio Valenzi
J’avoue que je me suis amuséJ’AVOUE QUE JE ME SUIS AMUSÉHistoire et Perspectives méditerranéennes
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions
L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le
monde méditerranéen des origines à nos jours.


Déjà parus

Mustapha BESBES, Jamel CHAHED, Abdelkader HAMDANE (dir.),
Sécurité hydrique de la Tunisie. Gérer l’eau en conditions de pénurie,
2014.
Abdelmajid BEDOUI, Grandeurs et misères de la Révolution tunisienne,
2014.
Kamal CHAOUACHI, La culture orale commune à Malte et à la Tunisie,
2014
Abdelaziz RIZIKI MOHAMED, Sociologie de la diplomatie marocaine,
2014.
Ahmed BENNOUNA, Le crédit-bail au Maroc. Un mode de financement
original, 2014.
Francesco CORREALE, Le front colonial de la guerre 1914-1918, Trafic
d’armes et propagandes dans l’Occident maghrébin, 2014.
Mustapha HOGGA, Théocratie populiste ou séparation des pouvoirs au
Maroc ? Histoire et alternative démocratique, 2014.
André-Paul WEBER, Régence d’Alger et Royaume de France
(15001800). Trois siècles de luttes et d’intérêts partagés, 2014.
Cyril GARCIA, Trois historiens face à la guerre d’Algérie, 2014.
Seghier TAB, Les élus français d’origine maghrébine et la politique
représentative, 2013.
Mariam MONJID, L’Islam et la modernité dans le droit de la famille au
Maghreb, Etude comparative : Algérie, Maroc et Tunisie, 2013.
Tahar HADDAD, La naissance du mouvement syndical tunisien, 2013.
Geneviève FALGAS, Les Français de Tunisie de 1881 à 1931, 2013.
Ismaïl REGRAGUI, La diplomatie publique marocaine : une stratégie de
marque religieuse ?, 2013.
Anis BEN ALI, Le rapatriement des Français d’Afrique du Nord dans la
presse. Alpes-Maritimes 1955-1962, 2013.
Mohamed CHABANE, Heurts et malheurs du secteur agricole en Algérie,
1962-2012, 2013
Hosni KITOUNI, La Kabylie orientale dans l’histoire. Pays des Kutuma
et guerre coloniale, 2013. Maurizio Valenzi
J’avoue
que je me suis amusé
Itinéraires de Tunis à Naples
traduit de l’italien
par
Danielle Laguillon HentatiTITRE ORIGINAL :
Confesso che mi sono divertito
Napoli, Tullio Pironti editore, 2007
© 2007 Casa editrice Tullio Pironti et Fondazione Valenzi,
pour le texte original et les préfaces
© 2015 Librairie éditeur L’Harmattan, Paris.VALENZI-TEXTEOK_Mise en page 1 01/10/14 08:20 Page7
Avant-propos
Ce volume est la traduction du livre paru en italien sous le titre
Confesso che mi sono divertito, chez l’éditeur napolitain, Tullio Pironti
en 2007. L’édition en avait été préparée par Pietro Gargano,
journaliste napolitain et ami de Maurizio Valenzi. Le sous-titre a été
ajouté pour cette traduction française. Nous avons voulu également
enrichir le livre de trois hommages parus dans le volume Maurizio
Valenzi. Testimonianze per una vita straordinaria, édité par Lucia Valenzi
et Roberto Race, également chez Tullio Pironti, en 2009, et d’une
notice biographique. Nous remercions l’éditeur Tullio Pironti, la
traductrice Danielle Laguillon-Hentati et la Fondazione Valenzi
<www.fondazionevalenzi.it> qui ont rendu possible cette édition
française, préparée par Michel et Patricia Valensi, et Jean-Paul
Chagnollaud pour l’avoir accueillie avec autant d’enthousiasme
dans sa collection aux Éditions L’Harmattan.Hommage
de
Giorgio Napolitano*
Président de la République italienne
Maurizio Valenzi fut une figure unique dans le panorama
politique italien, du moins dans les limites de l’expérience qui a
été la mienne durant les décennies de l’Italie républicaine. Non
pas émigré politique au cours de la période fasciste, mais italien
à l’étranger – comme on dirait aujourd’hui – proche, par son
histoire familiale et par la Tunisie, de cette grande réalité
cosmopolite, de cette grande fenêtre sur le monde qu’était Paris
au milieu des années trente du vingtième siècle. De retour à
Tunis, Maurizio devint un acteur passionné et courageux de la
politique intérieure dans ses liens avec la lutte contre le
colonialisme, et le mouvement pour la paix et pour la liberté, tournant
de plus en plus son regard vers l’Italie encore opprimée par le
fascisme et plongée dans une guerre destructrice. De cette
trajectoire, Maurizio avait conservé certains traits absolument
originaux : son absence de provincialisme, sa sensibilité et son goût
pour la politique internationale, son élégance bien française, sa
vocation artistique – qui, au cours de sa jeunesse à Paris, s’était
profilée comme une profession pleine de promesses, un véritable
épanouissement – et son humanité qui s’était formée,
principalement, et alors qu’il était membre de la bourgeoisie d’un pays
colonisé, dans ses relations avec « les damnés de la terre ». Un
« mélange » singulier, qui explique beaucoup de choses du
souvenir incomparable qu’il a laissé.
Beaucoup d’aspects de sa vision étaient sans mesquinerie et
sans sectarisme politique – une vision qui trouvait son
inspiration dans d’autres sources : la culture, l’art, les relations avec des
hommes de ces mondes différents, dans le grand théâtre de la
* Traduit de l’italien par Patricia Valensi.
9Villa Lucia, dans la lumière de cette grande terrasse sur la baie
de Naples. Mais aussi sa grande capacité à s’identifier – lui qui
venait d’une tout autre histoire – avec Naples et les Napolitains,
au point de se faire reconnaître comme un des leurs, de se faire
aimer et de les gouverner en tant que leur premier citoyen.
Il se lança avec enthousiasme dans son expérience de maire,
sans économiser ses énergies, faisant preuve de savoir-faire dans
les situations les plus compliquées, difficiles, parfois dramatiques.
Je pense que le fait d’avoir été maire de Naples est resté pour lui
l’épreuve la plus ardue : et Maurizio sut l’affronter, maîtrisant
toujours les problèmes et lui-même, sans céder ni aux
découragements ni aux exaspérations.
De toutes les étapes de l’engagement de Maurizio Valenzi –
toujours traversées avec le soutien de l’intrépide Litza –, de ses
multiples apports à la vie du parti et à la vie publique, au
Parlement national et au Parlement européen et dans d’autres forums
représentatifs, les témoignages ne manqueront pas dans ce livre
pas plus qu’ils ne manqueront le jour de ses cent ans*. J’ai voulu
simplement esquisser un profil de sa personnalité, avec un
sentiment toujours vif de reconnaissance pour la richesse et la
générosité de son amitié et de son exemple.
Un magnifique exemple d’italianité, d’attachement aux
idéaux de paix, de justice et de progrès social, sous le signe de la
démocratie et de la Constitution, et d’une politique vécue sans
haine et sans fanatismes (ainsi qu’elle devrait être vécue par tous
dans un pays civil).
* Le volume dont cette préface est tirée aurait dû paraître en 2009, pour
l'anniversaire des cent ans de Maurizio Valenzi, qui décéda, malheureusement,
quelques mois plus tôt.
10Hommage
de
Jack Lang
J’ai eu le privilège, le bonheur de connaître Maurizio Valenzi
très peu de temps après ma nomination comme ministre de la
Culture de François Mitterrand, c’est-à-dire au tout début des
années 1980. Le maire de Naples m’avait invité à venir échanger et
discourir avec lui « pieds dans l’eau », dans le cadre
impressionnant de « son » Castel dell’Ovo récemment rénové, sur la «
latinité », sur ce beau mot si lourdement chargé d’histoire, si difficile
à maîtriser, si ambigu parfois, et si porteur d’espoir pourtant.
Maurizio Valenzi avait cru, je dirais avant tout le monde ou
presque, à la nécessité d’approfondir ce concept de latinité pour
donner à la Méditerranée, dans son entièreté géographique et
humaine, toute sa dimension, toute sa potentialité d’avenir.
On le sait aujourd’hui, on commence même, ô il est vrai si
timidement, à en voir les premiers résultats concrets, son rêve n’était
pas que folie… Mais que le monde politique aura mis de temps à
se saisir de l’importance cardinale de cet appel au bon sens
écologique et à la générosité intelligente : il fallait ni plus ni moins
que sauver la Méditerranée d’un engloutissement. Puisqu’il
semble que l’on prenne le chemin, alors oui, qu’hommage soit rendu
à l’ancien maire de Naples pour ce combat dont bien peu
devinaient alors l’ampleur, et dont trop peu crurent jusqu’à peu à la
nécessité. Ce jour-là, au Castel dell’Ovo, nous avions surtout parlé,
échangé des vœux pieux, énoncé de belles et nobles idées. Restait
à agir : dès le lendemain, Maurizio le fit.
Que l’on me permette de citer ici François Mitterrand tant la
formule me paraît si justement appropriée pour caractériser ce
que fut, à mes yeux, Maurizio Valenzi dans la richesse et la
complexité du personnage : « L’homme politique s’exprime d’abord
par ses actes ; c’est d’eux dont il est comptable ; discours et écrits
ne sont que des pièces d’appui au service de son œuvre d’action. »
11« Œuvre d’action… » La vie de Maurizio Valenzi fut sans
doute, et exemplairement, d’abord cela... Lui l’homme de dialogue
par excellence de ce PCI, alors véritable et incontestable pilier de
la démocratie ; Lui le maire de tous, ante litteram comme on l’a dit
et non pas totus politicus comme le furent tant d’autres ; Lui dont
l’énergie était tout orientée vers la défense des travailleurs, et dédiée
par nature à ceux qui luttent pour la liberté ; Lui, la rigueur morale
dans le tissu des contradictions politiques de sa ville, de sa magique
Napule comme on dit en napolitain ; Lui le tunisien d’origine, tôt
défenseur des droits des paysans arabes contre les propriétaires
européens et qui allait – quel destin ! – réussir si loin de « chez lui »,
là, dans la capitale de la botte italique où tant d’hommes politiques
avaient si inévitablement échoué... Enfin, que l’on permette à
l’ancien ministre de la Culture de le souligner, lui plus que quiconque
l’homme complet : l’artiste, le peintre adhérant dès sa jeunesse aux
mouvements cubiste et surréaliste ; l’intellectuel, ami de Carlo Levi,
de Fausto Pirandello, de tant d’autres ; le francophone (son
médecin rapporte que peu de temps avant de mourir il s’était remis à
parler le français…), le collaborateur dès les années 1930 à Paris
de la Voce degli Italiani et qui côtoiera les plus grands, de Tzara à
Aragon, d’Éluard à André Wurmser ; l’homme de conviction,
l’antifasciste qui survivra miraculeusement à ces « années de braise »,
d’abord arrêté en novembre 1941 avec d’autres communistes en
Tunisie et enfermé dans le camp de concentration du Kef, et
bientôt torturé à l’électricité par la police de Vichy avant d’être jeté
dans les geôles du pénitencier de Lambèse…
Un si lourd lot d’épreuves subi dans la chair et dans l’âme…
Maurizio Valenzi aura pourtant par la suite la « douleur très
confidentielle ». Et l’on touche ici à l’autre versant du personnage, à sa
complémentarité exemplaire et magnifique : pudeur, modestie.
Dans son rôle de maire de Naples, si difficile et si
remarquablement accompli, il s’était rapidement avoué tout à la fois « troublé
par la responsabilité et enthousiasmé par la tâche ». Le Général
de Gaulle, dont le jugement était souvent si juste, avait coutume
de dire que « les gens intelligents ne sont pas courageux, et que
les gens courageux ne sont pas intelligents ». Maurizio Valenzi
l’aura ici fait mentir, et superbement.