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L'école assassinée

De
189 pages
L'histoire de l'école maternelle française, naissance et mort est racontée par une enfant d'émigrés italiens. Elève elle apprend le français à l'école et entre, par vocation, dans l'Education nationale. Elle rassemble les éléments qui ont fait la réussite de la petite école convaincue que la réussite au CP se joue là, à l'école maternelle.
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L'Ecole assassinée
Essai

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Franca Lugand-Ciacci

L'Ecole assassinée
Essai

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L 'HARMATTAN

L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique,

@

2008 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05214-7 EAN : 9782296052147

À l'enfant de l'amour et de la lumière

INTRODUCTION C'était la fin de ma carrière. J'avais passé un an seulement dans cette circonscription du Nord, ou plutôt dix mois, une année scolaire, de septembre à juin; une circonscription de mille neuf cents enfants, presque une centaine d'enseignants. Dans l'école de mon rattachement, je m'étais organisée pour offrir le pot de départ; le jeudi précédant les grandes vacances convenait à toutes; petits fours salés et sucrés, j'y tenais. Tout était prêt, réservé, lorsque la nouvelle de l'hospitalisation de ma mère, en Toscane, nous parvint. Départ d'urgence; à l'eau, les projets de réjouissance; à peine le temps d'informer la directrice. Pour toute réponse, au lieu de me souhaiter «bon voyage» ou « bon courage », elle s'empressa d'aller dans son bureau pour en ramener un objet, en ajoutant:
- « Dans ce cas, voici tout de suite ton cadeau ».

Quel cadeau! J'avais à peine travaillé une année dans cet établissement et me voilà devant un cadeau peu ordinaire, un cadeau symbolique, un cadeau de la vie. Chez moi, l'objet suspendu à son mât en arc s'incrusta de lui-même au centre d'un cercle d'angelots acrobates, sur une table basse du salon, face au portrait de Valentine. Une bougie, une bougie si joliment suspendue et décorée de pendants mauves transparents; une simple bougie, me diraient-elles. La lumière, leur répondrais-je, La Lumière. La lumière sur le cercle d'anges, sur les enfants qui ont des ailes, tous les enfants, et celui du portrait. - «Toute la lumière, que vous m'avez donnée, très chères collègues, amies, sœurs; toute la lumière sur le travail qui est le vôtre, le nôtre; toute la lumière sur notre Mère7

école, je l'écris, inspirée par cet objet, pour vous-mêmes, nos élèves et leurs parents ». J'ai reçu la lumière en cadeau de retraite; puisse-t-elle éclairer mes jours de retraitée, mes peines et mes joies. Puisse-t-elle m'aider dans ma volonté de raconter l'évolution de l'École et plus particulièrement de l'École maternelle, ces trente dernières années. Et ainsi, à mon tour, avec tout l'amour que je vous porte, de vous la renvoyer. Franca

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PREMIÈRE PARTIE

L'ÉVOLUTION

PREMIÈRES ANNÉES D'ÉCOLE À la fm de la seconde guerre mondiale, la France comme l'Italie étaient détruites. Les hommes avaient déjà entrepris de reconstruire leur pays. Les femmes, qui venaient juste d'obtenir le droit de vote, les femmes comme ma mère, ne les avaient-elles pas précédés en donnant à leur patrie la graine de l'avenir, les naissances au nombre le plus élevé du siècle? Premières mères de l'après-guerre, ces jeunes femmes allaient marquer le monde. Sans le savoir, en le repeuplant, elles avaient redonné vie à leur pays; elles avaient reconstruit un monument de population. Pour cette œuvre-là, d'aprèsguerre, elles s'étaient situées dans leur devoir de mère, peut-être même dans l'abnégation, pour nombre d'entre elles. Enfants des années cinquante, n'est-ce pas pour nous que, hommes et femmes du début du siècle ont travaillé à reconstruire le pays? À son retour de guerre, mon père, en Italie, a dû être bien accueilli; il avait laissé parents, frères, sœurs, et surtout son épouse et leur fillette de deux ans, ma sœur aînée, pour le front. Il en était revenu, grâce à Dieu! La France appelait au travail dans les mines de charbon. Mon père partit seul, pour le Pas-de-Calais, infligeant aux siens une nouvelle séparation, salutaire cette fois. Une année s'écoula avant que ma mère ne le rejoigne. De cette rencontre, de ces retrouvailles, de cette ré-union, j'allais naître, un soir du mois de mai; comme beaucoup, je suis une enfant d'après-guerre, enfant du sommet de la courbe démographique. Mes parents choisissent un prénom; ce sera Franca, féminin de Franck ou Franco, France en français. 10

Naître au pied du terril de la fosse 4, à Carvin dans le Pasde-Calais, de parents italiens, et s'appeler France. Mes parents ne parlant pas le français, ma langue-mère (mia lingua madre) est celle de la Toscane, où réside, encore aujourd'hui, toute ma famille italienne. Un grand privilège, une chance peut-être, certainement pas un hasard. De cette petite enfance, je n'ai pas de souvenir important; bien plus tard, quand mes fonctions me ramèneront à Carvin, je rechercherai ce lieu de naissance; enquête sans résultat; même le terril a été déplacé. Le quartier a été complètement restauré. Des maisons individuelles en briques rouges, jolies et agrémentées de jardinets, s'alignent d'une autre manière. Cependant, non loin de là, dans la rue principale qui mène au centre, un restaurant italien fait parler de sa qualité; c'est Tony, le commerçant italien qui nous livrait à domicile, enfin installé. Libercourt fut très vite notre nouveau lieu de résidence. Pas de terril; une zone verte; une forêt pour frontière; un rendez-vous de chasseurs appelé La Faisanderie, pour sa quantité de faisans. Le logement de bois, attribué par les houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, faisait partie d'un grand ensemble de baraquements bien alignés en deux rangées au moins, dans la cité des Six-Drèves, qui, comme son nom l'indique, devait compter six ruelles à l'époque. J'avais bien quatre ans et la vie allait m'apporter ma première expérience de l'école maternelle. En France, l'école maternelle date du XIXesiècle. À l'initiative de darnes charitables, elle s'appelait salle d'asile avant que les pouvoirs publics ne s'en préoccupent.

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Cependant, il faut attendre 1948 pour que le nom d'école maternelle soit proposé par Mme Pape Carpentier; il ne sera retenu qu'avec la participation active de Mme Pauline Kergomard. Avec elle, l'école maternelle n'est plus une œuvre caritative et, de plus, elle se veut bien distincte de l'école primaire. Je me souviens de mes premières années d'école maternelle à Libercourt, l'école Pantigny. Elle se situait près du bois et nous le traversions pour nous y rendre. Jolie promenade quotidienne! De l'autre côté du bois, nous étions à l'écart de la ville; c'est bien plus tard que je devais apprendre comment, en dehors de cette cité, était le monde; je devais avoir une trentaine d'années quand je découvris que de l'extérieur, cette cité était considérée comme un ghetto. Qui s'en serait soucié? Nous, enfants du ghetto, étions trop heureux. Les baraques n'avaient pas de confort; nous ramenions l'eau, de la pompe du bord de rue, dans des seaux de métal; le plastique allait seulement naître; cependant, ces maisons de bois semblaient spacieuses avec plusieurs pièces; de l'autre côté de la façade, un grand jardin à cultiver servait aussi d'espace de jeux. Dans cette communauté, les familles d'Italiens avaient gardé, de leurs origines, le sens de la fête; et je me souviens des fêtes. La joie de nos parents qui se réunissaient, le soir, pour jouer aux cartes, et nous, dans nos lits, témoins de leurs éclats de rire. Les déguisements de certains, pour carnaval, qui se promenaient de maison en maison, avec accordéon, harmonica ou encore cloche et clochettes. Parfois, de leurs veglie (veillées), retentissaient dei canti: Quel mazzolin 'di fiori. Alors, le sourire de M Mazzei ou M Romano me vient à l'esprit. Les fêtes conduisaient à la chapelle pour Noël; là, nous retrouvions les Polonais.

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La religion n'était pas l'élément de culture le plus important; c'est la langue parlée qui rassemblait nos familles issues des quatre coins de l'Italie; pour nous, enfants, elle a été le premier enseignement à la maison, le premier moyen de communication, ce qui reste avec le temps de nos origines. La cuisine serait le second élément important d'une culture; dès que nous voyageons à l'étranger, nous faisons des efforts pour communiquer et exprimer nos besoins. Nous mangions italien et les pâtes n'auront jamais de secret pour nous; la cuisine polonaise nous était donnée à déguster occasionnellement; les échanges, sur ce plan, étaient peu nombreux, mais ils existaient. Ma mère, associant les deux cultures, nous faisait des pâtes au krako, un saucisson polonais. Mon père fut le premier à nous apporter des mots polonais; que de rires à essayer de répéter! Les Algériens n'habitaient pas les mêmes ruelles que nous dans la cité, les rencontres étaient rares; je n'en ai pas souvemr. Nous jouions aussi avec des Français, nos voisins immédiats, placés là pour leurs faibles ressources, ou pour échapper à une situation peu banale. Marcel, livreur de pain à domicile, les Keignard, dont le fils Serge poursuivit des études de médecine. Comme des enfants-rois, nous avions tous les droits pour jouer; l'espace des jardins, de la rue, nous appartenait. En face, les champs de pommes de terre; plus loin, les bois, servaient de frontières. Pas de voitures, pas de danger et personne de l'extérieur pour nous déranger. Par ces matins d'hiver rudes, pour aller à l'école, Salvina R. et ma sœur aînée, Nanda, me recouvraient tout le visage d'un cache-nez; emmitouflée jusqu'aux yeux, je me laissais guider sans rien voir. J'aimais ces grandes, j'aimais l'école, j'aimais mes maîtresses, surtout la 13

directrice qui nous accueillait tous les jeudis, pour nous enseigner le français. Une heure de bénévolat, une heure de travail pour des petits étrangers; madame Descamps devait être d'une grande générosité. Je ne me souviens ni quelle classe je fréquentais, ni combien de temps ont duré ces cours de français, mais je me souviens d'elle; une dame d'un certain âge, plutôt petite et bien portante, dans des tenues strictes, la jupe étroite, sous le genou, cahiers à la main, les cheveux clairs, et le visage toujours souriant; un sourire et une douceur qui ont créé le souvenir; quand je pense à elle, son visage me vient à l'esprit avec un éclairage lumineux qui la rend plus belle encore; le plaisir, elle me l'a donné et me le donne encore, le plaisir d'apprendre; de chacun de ses cours, je revenais avec une image. Quelle joie! Ces moments, je les ai mémorisés aussi avec la récompense; tout semblait facile, par la volonté de cette petite enseignante, qui, sans paiement, sans remerciement, hors du temps scolaire, rien que pour son métier, par devoir, et l'amour des enfants de toutes origines, nous a tendu la main. - « Très chère dame, cinquante ans après notre rencontre, souffrez que j'écrive, aujourd'hui, de ma main, dans la langue de Molière, avec cette même douceur, avec cette même chaleur, cette même simplicité, cette humilité, qui fut la vôtre. Dame du savoir, dame de la connaissance, lorsque votre visage me vient à l'esprit, toute la matière que vous m'avez enseignée vous salue; c'est le français, tout le français, et donc la France qui s'incline, vous fait sa révérence. Dame d'honneur et de vertu, vous m'avez marquée comme vous avez marqué la France, en faisant d'elle une terre d'accueil et de culture; certains en parlent, vous, vous l'avez réalisé.

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En nous enseignant, vous avez gagné bien plus que la réussite de vos élèves à un examen, vous avez gagné la guerre, celle que nous, enfants d'émigrés italiens, ne ferons jamais à la France; parce qu'en nous éduquant, en nous donnant cette nourriture intellectuelle qui nous a permis de nous adapter, de devenir Français, vous avez fait de nous vos enfants. Vous êtes et resterez notre mère d'éducation, notre mère d'esprit. Si le ciel m'entend, au moment où mon esprit vous reçoit, reçoit la lumière que vous êtes, que l'ascension au plus haut degré de l'éternité vous soit accordée, et qu'à chaque marche que vous gravirez des milliers d'étoiles, visages des enfants à qui vous avez enseigné, vous accompagnent! Que les trompettes du ciel de l'allégresse résonnent dans le silence de l'immortalité pour vous annoncer votre ascension au ciel de votre choix~ et reposez en paix pour l'éternité!
- « Trop, c'est trop de reconnaissance », me direz-vous.

Mais qui, aujourd'hui, accorderait une heure de bénévolat par semaine à un enfant émigré? Vers 1958, lorsque les HBNPC distribuèrent à nos familles des logements de briques neufs, nous savions parler, lire, écrire le français, et compter. Encore merci, mère école. Mon père fut l'un des premiers à recevoir une grande maison neuve. Elle était située dans la ville voisine de Libercourt, à Oignies. Les HBNPC avaient construit ces maisons pour mineurs, en cité; la nôtre s'appelait la cité de la Justice, et s'étendait au-delà de la ville, vers Dourges. Nous habitions au cœur de cette cité, au numéro 25 de la rue Berthelot, devant une grande place. Le jardin était parmi les plus grands; devant la maison avec ses fleurs, celles de ma mère qui a toujours aimé les fleurs; puis il tournait dans le virage de la rue Jacquard; 15

enfin, derrière la maison, il nous séparait des voisins et mon père y cultivait de tout. Mes parents savaient cultiver, ils le tenaient de leurs parents qui le tenaient eux-mêmes de leurs parents; ils le faisaient bien, très bien. Avant la guerre, cultiver avait été toute leur vie et celle des générations précédentes. Connaissances d'une grande beauté, dont je profite encore. Déménagement, changement d'école; l'école Pasteur du centre-ville allait nous accueillir en attendant l'ouverture de l'école de la cité, l'école J-B. Lebas, encore en construction. Pour l'année de mes dix ans, ma dernière année d'école primaire, j'allais fréquenter la nouvelle école de notre cité. J'entrais au CM2, dans une belle classe, neuve, aux couleurs douces, qui présentait un mur complet de fenêtres; un endroit plein de lumière. J'allais faire l'une des plus grandes rencontres de ma vie en la personne de l'institutrice et directrice, madame Bécu-Galant; grande, mince, habillée avec cette rigueur bon chic bon genre typique de l'institutrice des années soixante. Je l'aimais comme un élève sait aimer quand on lui donne les moyens de réussir. Je l'aimais pour sa douceur, sa beauté; je l'aimais surtout pour ce qu'elle représentait de différent du monde dans lequel nous vivions, sa culture, une grande culture; je l'aimais tout simplement parce qu'elle nous aimait; je l'aimais pour ce qu'elle allait réveiller en moi, la vocation pour ce métier si difficile qu'elle pratiquait. Du haut de mes neuf ans, je prétendais être maîtresse d'école. Pour la première fois depuis ma scolarité, une institutrice s'était intéressée à mes désirs et avait convoqué ma famille, l'invitant, devant moi, à s'engager à me laisser poursuivre des études. Ce n'était pas peu, pour l'époque; il n'y avait pas de collège dans notre petite ville; il fallait se rendre à Carvin; 16

déplacements, argent, etc. Beaucoup de petits Français n'iront pas. Mme Bécu-Galant quitta ce monde très vite, avant même que je sois reçue au concours qu'elle avait souhaité me voir préparer, celui de l'entrée à l'École normale d'Arras. Me croirez-vous si je vous disais que chaque fête de fm d'année était l'objet d'une grande rencontre? Elle avait invité, cette année-là, Tristan Klingsor; pour cette rencontre, elle nous avait enseigné ses poèmes et je récite pour elle, encore aujourd'hui, « Trois noisettes dans le bois ». Dans la salle des fêtes de la mairie, tous les parents invités étaient présents; ils s'en faisaient un devoir. La salle des fêtes était pleine. Elle, sur l'estrade de la scène, avait ouvert le débat avec le poète; une animatrice, une oratrice, à la hauteur de sa culture; une grande dame capable de mobiliser cette foule de parents respectueux et de leur faire chanter «Le pays d'Artois », aux Français comme aux étrangers, debout s'il vous plaît. Nous ne dansions pas sur la chanson numéro 1 du dernier hit parade; cela n'existait pas encore et notre maîtresse se souciait de présenter un spectacle culturel; nous chantions en chorale, nous disions des poèmes, quelques musiciens invités s'exprimaient, nous vendions des brins de muguet, nous écoutions ces grands, ces adultes, ces artistes. Et, pendant que nos parents nous enrichissaient des traditions et valeurs de leur pays, la France, par son Éducation nationale, et ses grandes maîtresses, toi, mon autre mère, tu nous nourrissais l'esprit de tes richesses culturelles et artistiques. Nous étions doublement sollicités, parfaitement bilingues, sans conscience de notre richesse, à l'aube de l'adolescence. Certains entreront de suite dans le monde du travail, d'autres comme moi, plus chanceux, iront au collège.

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- « À vous, grande maîtresse, je donne tous mes poèmes

personnels, je vous donne tous les poèmes de France, d'Europe et du monde; je vous donne la littérature de mon pays d'origine, je vous donne Dante, Pic della Mirandola; je vous donne Lorenzo il Magnifico et Umberto Ecco. Je vous donne tout ce que je sais et je sais si peu de choses. Que toute cette littérature, que toute cette culture continue à vous enrichir pour que votre grandeur ne cesse de croître de l'autre côté de ce monde! » Dans le jardin de mon père, il ne manquait rien; un exemple de jardin comme on n'imagine pas; parfait alignement, absence de mauvaises herbes, tranchée pour végétaux à décomposer; un savoir-faire normal pour l'époque, en harmonie avec la nature; un savoir- faire hérité des siens, de sa terre natale et chérie, la Toscane, un savoir- faire recherché. Une année, les allées de pommes de terre avaient été envahies par des insectes; les doryphores, couleur rouge et noire sur feuilles vertes. Combien de temps passé à observer ces insectes... ou encore à croquer les premiers petits pois et tous les autres légumes? Sur notre territoire, interdit aux autres enfants par la population voisine, en raison de la rumeur qui véhiculait toutes sortes de danger, nous étions ensemble, nous étions un groupe. Nos parents se déplaçaient à vélo. Pas de magasin. Seul visiteur, Nina, avec son camion, passait une ou deux fois par semaine pour vendre ses produits italiens; alors nous étions contents; non seulement pour les provisions, le bonbon, mais pour le jeu de monter sur le bord arrière du camion et faire ainsi un petit tour de place. Une année de grand froid, la neige avait recouvert les jardins de plusieurs centimètres; les grands de Maria R., Bernard et Dominique, avaient construit un mur de neige. 18