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L'école des bébés

De
598 pages
Suzy Cohen montre que le petit qui entre à la maternelle en venant de la crèche, est mieux préparé à son autonomie, à sa socialisation et à son adaptation scolaire. Aujourd'hui centenaire, la crèche a évolué, s'est ouverte à la vie, rapprochant des parents mieux informés et des personnels plus qualifiés. Elle fournit aux bébés l'environnement stable, humain et matériel qui favorise leur développement psychomoteur.
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L'école des bébés De la crèche à la maternelle

@

lé" édition, Nathan, Paris, 1995

L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan(aJ,wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05483-7 EAN:9782296054837

Suzy COHEN

L'école des bébés De la crèche à la maternelle

Du même auteur

L'école des bébés, Paris, éditions Sociales, 1979. De la crèche à l'école, « Pédagogie », 1995. Paris, 1ère édition Nathan, coll.

Handicapés: l'accueil depuis l'enfance, 1999, 2èmeédition L'Harmattan, 2007. Sa vie c'est le jeu, PUFf 2003.

1ère édition

PUFf

L'enfance au cœur, Marie et Pauline: deux pionnières de l'écolematernelle,L'Harmattan, 2006.

À Julien et Juliette

Introduction

à la 2ème édition

Un milieu d'éveil pour les tout petits En 1979, dans «L'école des bébés», puis, en 1995 dans notre livre « De la crèche à l'école, la continuité éducative» nous avions montré que la crèche n'est pas seulement un mode de garde, mais aussi et surtout un lieu d'éveil pour le tout-petit. Aussi est-il nécessaire que des parents bien informés disposent d'une liberté de choix pour l'accueil de leur petit pendant leur temps de travail. Et nous avions insisté sur le rôle positif du milieu de vie de la crèche collective pour le développement psychomoteur du tout-petit et sa socialisation. Lorsque l'enfant entre à l'école maternelle il a déjà vécu près de trois années. Ses parents, les éducateurs et l'entourage de l'enfant doivent en tenir compte au mieux de ses intérêts. En l'absence des parents au travail, son milieu de vie doit être adapté à son âge. La crèche collective offre cette possibilité.

A la crèche collective, structure d'espaces agréables en sécurité, l'enfant rencontre des petits compagnons. Il se développe très vite, sous la conduite d'un personnel professionnel dirigé par une puéricultrice, équipe pluridisciplinaire comprenant des auxiliaires de puériculture, des éducateurs pour jeunes enfants, des psychologues et pédiatres et un personnel de service. A la crèche, le personnel respecte le rythme du tout petit et ses jeux dont le rôle est vital pour son développement. L'enfant y éprouve des sentiments de joie, de

II

plaisir, d'amitié, stimulées.

de solidarité.

Ses facultés d'observation

sont

Dans un environnement adapté à son âge l'enfant fait l'apprentissage de son autonomie. La crèche, que nous avons appelée poétiquement «l'école des bébés », ne constitue pas, évidemment, une école destinée à apprendre la lecture, l'écriture et le calcul. Il s'agit tout simplement d'une école de la vie, d'un lieu unique de rencontre et de découvertes, mieux connu aujourd'hui, que déjà, au 19ème siècle, Marie PapeCarpantier et Pauline Kergomard considéraient comme des lieux d'éducationl.
Nous décrivons page 83 l'apport bénéfique du personnel de la crèche. Mais force est de constater que nous manquons de plus en plus de puéricultrices et d'auxiliaires de puériculture. Il en est ainsi, par exemple, en Seine Saint-Denis, un département qui compte 251 structures d'accueil de la petite enfance. En raison de cette pénurie, le Conseil général envisage, en 2008, de créer, avec d'autres collectivités territoriales, un centre de formation académique d'apprentissage pour la formation initiale d'auxiliaires de puériculture. La Région d'IIe-de-France, qui subventionne depuis 2004 la formation des puéricultrices, a décidé de doubler les subventions en cinq ans.

Quoi qu'il en soit, malgré le manque fréquent de personnel, en particulier d'éducateurs pour jeunes enfants et de psychologues, et malgré l'insuffisance des crédits pour y pallier, la crèche reste pour l'enfant un lieu privilégié d'épanouissement et de préparation à l'école maternelle.

1. Voir notre L'Harmattan,

livre 2006

L'enfance

au cœur, Marie

et Pauline, deux pionnières

de l'école maternelle,

III

L'importance des trois premières années La communauté scientifique et éducative considère que les premières années de l'enfant sont capitales pour son développement physique et intellectuel. Le développement de l'enfant, son évolution physique et psychologique, son éveil éducatif et ses apprentissages se construisent à travers le temps et l'espace, dans la famille, dans tous ses milieux de vie et toujours en fonction de son environnement social et culturel. Son histoire ne commence pas à la naissance. Elle résulte d'un processus millénaire qui, depuis l'âge de pierre, a imprégné nos gestes, nos pensées, nos traditions. L'enfant reflète cet héritage humain, avec la parole, les attitudes et les transformations spécifiques qui marquent les différences fondamentales entre le petit d'homme et l'animal. Ainsi, doté d'une histoire, le petit enfant est projeté vers son devenir d'adulte. Chaque enfant évolue néanmoins d'une manière personnelle, l'enfant étant un être singulier, original, qu'il convient de connaître, d'encourager et de respecter. Etre génétiquement social, le jeune enfant est naturellement influencé par ses milieux de vie, par les adultes et les enfants qui l'entourent. Il agit en retour sur eux. Les premières années, notamment celles de l'admission en crèche, jouent donc un rôle considérable dans le développement du futur adulte. Le professeur Henri Wallon a admirablement décrit l'évolution du tout petit. (voir pages 65 à 75). Les expériences vécues dans la famille et dans les divers milieux de vie du tout-petit, notamment à la crèche et à l'école maternelle, se complètent. Riches et variées, elles sont éminemment formatrices pour sa personnalité en développement. La continuité éducative crèche/maternelle et la

IV

stabilité de l'accueil ont une influence heureuse sur le parcours scolaire de l'enfant. Elles permettent d'atténuer les effets des inégalités sociales, notamment les retards scolaires, constatés lors d'études diverses sur la préscolarisation en maternelle. C'est ce que confIrme l'enquête franco-belge que nous avons effectuée en 19882. Des avancées mises en cause Les possibilités considérables du système éducatif se trouvent de plus en plus contrariées par les conditions de vie et de culture des familles. La crèche et l'école maternelle y apportent des corrections heureuses, mais évidemment cellesci ne peuvent masquer les difficultés scolaires qui touchent essentiellement les enfants issus de parents de condition modeste. Le bon départ, amorcé grâce aux effets de la continuité éducative, risque d'être mis en cause à la longue en cas d'incidents familiaux affectant les parents (séparation, perte de l'emploi en raison de la fermeture de l'entreprise ou d'une délocalisation, périodes de chômage, diminution du pouvoir d'achat, etc.). La crèche et l'école maternelle ne peuvent effacer les difficultés sociales et économiques, les inégalités sociales et culturelles. Dans un grand pays industrialisé comme la France, il y a deux millions d'enfants pauvres. Au point que, dans la région Rhône-Alpes par exemple, des bénévoles dévoués mettent en place des « restos du cœur pour bébés» et des « relais bébés» pour l'aide aux familles de chômeurs. Il ne suffit donc pas de ratifIer la Convention internationale des

2. Enquête effectuêe avec la collaboration des personnels de 11 crèches, 12 classes d'écoles maternelles et 18 classes de cours préparatoire, situées en Belgique (à Herstal), et en France: à Chartres(28), Rosny s/Bois et Saint-Ouen (93), Valenton (94), Vierzon (18) à l'hôpital Beaujon (92). (Voir page 136 et le tableau n06, page 219).

v

droits de l'enfant respectés!

pour

que les droits

de l'enfant

soient

L'école elle-même subit d'ailleurs des dommages: fermetures de classes, projets de non remplacement d'instituteurs de maternelles et primaires partant à la retraite3, etc. qui relèvent de la responsabilité de la société et de l'Etat. En outre, pour ce qui concerne l'intérêt éducatif du petit enfant, il reste à bousculer bien des habitudes à tous les niveaux, notamment une résistance persistante de la société contemporaine à l'émancipation des femmes, ce qui conduit à les cantonner, contre leur gré bien souvent, au rôle exclusif de mères au foyer. A quoi s'ajoute l'incitation, et parfois l'obligation, faite aux femmes de travailler à temps partiel, sans parler du chômage dont elles sont souvent les premières victimes. Toutefois, les femmes qui restent au foyer, par choix ou par nécessité, recherchent néanmoins souvent pour leur enfant des lieux d'accueil collectif de qualité afin de permettre à celui-ci de s'habituer à la vie en société et d'acquérir rapidement une autonomie.

Le libre choix n'existe pas Les parents ont davantage conscience aujourd'hui de l'utilité d'un accueil en crèche. Mais ils sont mécontents car, malgré les progrès enregistrés dans la diversification des modes d'accueil, le libre choix n'existe toujours pas. Les parents ressentent comme une injustice le fait de ne pas avoir la place espérée pour leur petit. Un rapport sur le service public de la petite enfance note que l'offre est hétérogène et inégalement répartie dans notre pays, que les coûts sont

3. 12.000 non remplacements

prévus

dès 2008.

VI

variables et les besoins insatisfaits. 30% des parents déclarent ne pas avoir accès au mode de garde désiré4. La presse, les enquêtes, les ministères s'en font l'écho. En novembre 2007, un nouveau plan gouvernemental « petite enfance» pour cinq ans a été annoncé pour améliorer l'offre d'accueil. Il vise notamment à atteindre 40 000 places supplémentaires, à encourager la création de micro-crèches et de crèches d'entreprise, à offrir la même qualité de service sur tout le territoire et à faciliter le recrutement des professionnels. Cependant, l'annonce de milliers de places ne résoud pas les problèmes. En effet, les pouvoirs publics ne précisent jamais de quellesplaces il s'agit, ce qui n'est pas correct vis à vis des familles. Car, comme nous le montrons plus loinS, il est évident qu'un accueil à domicile, aussi chaleureux soit-il, même rattaché à une crèche familiale, ne peut avoir la qualité d'un équipement dont l'espace est à la dimension de l'enfant, entouré d'un personnel professionnel.

Malgré les progrès et les nouveautés dans le domaine des modes d'accueil, notamment la diversification des horaires pour les mères travaillant à temps partiel, la réalité statistique révèle la persistance des insuffisances. Du fait de l'augmentation de la natalité et de l'activité professionnelle des femmes, la garde des tout-petits de moins de trois ans reste problématique. Conscients des difficultés, les pouvoirs publics font des promesses. Mais comment les tenir si les crédits ne suivent pas?

4. Centre d'analyse stratégique (CAS) ex commissariat général au plan, Rapport de février 2007. 5. Voir pages 38 à 62.

VII

Quels modes d'accueil pour bébé? Aujourd'hui, en France, cinq millions de personnes actives ( 9 hommes sur 10; 6 femmes sur 10) ont au moins un jeune enfant de moins de 6 ans. La moitié d'entre elles ont un ou plusieurs enfants en bas âge non scolarisés (moins de 3 ans). On compte environ 2.400 000 enfants âgés de moins de trois ans6. Selon une enquête auprès des services de PMI, en 2005, le nombre total d'établissements d'accueil collectif a augmenté de 3% par rapport à 2004 (9.100 établissements, dont 250 dans les DOM), cependant que le nombre de crèches familiales, en dehors de celles intégrées dans les structures multi-accueil, a diminué de 3% (850).

Les « multi-accueils », progressivement mis en place par les municipalités, proposent dans une même structure des places d'accueil collectif régulier, des places d'accueil collectif occasionnelles et des places dites polyvalentes dont l'utilisation n'est pas prédéfinie.
Les nourrices à domicile, devenues assistantes maternelles sont parfois intégrées à une crèche familiale si celle-ci existe dans la commune. Les crèches familiales regroupent des assistantes maternelles sous la direction d'une puéricultrice. Les assistantes maternelles ont d'intéressantes liaisons avec les crèches collectives existantes (voir page 55). Mais le nombre des crèches familiales reste stable depuis une dizaine d'années et même tend à diminuer. Au 1er Janvier 1994 on comptait 1060 crèches familiales pour un accueil de 65.300 enfants.

6. INSEE

Première na 1132-Avril2007.

VIII

Les parents aux horaires partiels particulièrement du manque de crèches les. Les crèches associatives, notamment mais aussi les crèches municipales manquent elles aussi de ressources et sionnels.

ou flexibles pâtissent et de crèches familiales crèches parentales, et départementales, de personnels profes-

Quant au nombre desplaces d'accueil collectif, leur nombre a augmenté de 4% par rapport à 2004 (266 300 places en 2005, dont 9600 dans les DOM). Le nombre de places en crèche familiale a diminué de 0,5 % (62.300 places dont 180 dans les D.O.M.).7. Le nombre de places en « multi-accueil» continue d'augmenter à un rythme soutenu (+22% en 2005), essentiellement en raison d'une forte augmentation de l'accueil polyvalent (+41 %) rendu nécessaire notamment du fait du travail à temps partiel des femmes8 et de l'application des 35 heures pour une partie des salariés.

Dans la fonction publique, les femmes s'adressent plus souvent aux modes de garde collectifs (27% contre 18% dans le secteur privé). Cela peut s'expliquer par des horaires plus adaptables, mais aussi par l'existence d'équipements d'accueil des petits sur le lieu du travail et la réservation de berceaux dans les crèches municipales par ces employeurs publics. C'est aussi le cas des employés des hôpitaux ou du personnel de certaines grandes entreprises où existe une crèche gérée par le comité d'entreprise. Une disparité régionale persistante En 1979, lors de la sortie de notre livre « L'école des bébés », nous avons souligné les inégalités régionales impor7. Enquête annuelle auprès des services de PMI, Série statistiques n0111, mai 2007. 8. « L'accueil collectif et en crèche familiale des enfants de moins de 6 ans en 2005 », INSEE, Etudes et résultats, n° 548, janvier 2007-

IX

tantes dans l'accueil des tout-petits9. En effet, sur les 930 crèches collectives de l'époque, Lyon, Paris, les Hauts-deSeine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne totalisaient à eux seuls 419 crèches (dont 130 à Paris). Et sur 343 crèches familiales, les seuls départements des Yvelines, de l'Essonne, des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise en possédaient 96. D'une façon générale, à l'époque, les parents avaient recours aux nourrices, agrées ou non.

Les enquêtes actuelles continuent à signaler de fortes disparités régionales pour les crèches collectives et familiales. Ainsi, quand l'Ile de France propose 17S places pour 1000 enfants de moins de trois ans, d'autres régions offrent 36 places10. Les régions sud, notamment la Provence Alpes-Côte d'Azur, proposent plus de places qu'ailleurs: 93 pour 1000 enfants. A l'inverse, la région Nord-Pas-de-Calais a un taux d'équipement faible (36 places pour 1000 enfants), alors que les enfants âgés de moins de 3 ans sont plus nombreux qu'ailleurs. Dans les DOM, la disparité est très marquée: en Guyane seulement 2S places étaient disponibles contre 119 en Guadeloupe.
Nous observons une constante: d'une part une inégalité flagrante d'une région à l'autre et un manque évident d'équipements, surtout collectifs; et d'autre part une forte incitation des pouvoirs publics à la garde à domicile par des assistantes maternelles. Et ce, pour des raisons financières, car un équipement coûte cher, tant pour la construction que pour l'entretien et le fonctionnement. Bien évidemment une telle motivation n'a rien de pédagogique. Un document de synthèse de la Caisse nationale d'allocations familiales
9. Résultat du recensement de 1975, enquêtes de l'UNEDIC ct du Ministère de la Santé publique. 10. Enquête de l'Observatoire des inégalités du 15 Octobre 2006.

x (CNAF) note en effet que, malgré les aides apportées par les CAF, le coût des crèches reste élevé pour les collectivités locales, premiers promoteurs et gestionnaires de ces équipements11, Ces remarques, faites en 2000, restent parfaitement valables aujourd'hui.
Ajoutons à cela des raisons idéologiques non avouées mais toujours tenaces, à savoir qu'un enfant doit être élevé « par sa mère» et qu'en son absence il vaut mieux recourir à une « nounou» à domicile. Mais, qu'on le veuille ou non, les femmes de plus en plus nombreuses ont une activité professionnelle aujourd'hui, et les parents, mieux informés, souhaitent un accueil en crèche classique.

En 2006, avec 830 900 naissances et un taux de fécondité de près de 2 enfants par femme, la France figure parmi les pays européens où naissant le plus d'enfants. Le taux d'activité des femmes en âge d'avoir des enfants atteint 80% . Et 60% des enfants de moins de 6 ans ont des parents tous deux actifs. Le plus souvent lorsque les femmes restent à la maison ce n'est pas par choix. Le chômage les touche particulièrement, les transports sont longs et pénibles, les amplitudes horaires sont trop fortes, les conditions de travail trop difficiles, et elles ne trouvent pas de solutions pour faire accueillir leurs enfants.
Si le réseau de crèches collectives était suffisant, les mamans qui restent au foyer pour différentes raisons pourraient trouver pour leur petit, une place dans une crèche et lui faire ainsi bénéficier d'un accueil éducatif.

11. UNAF document de synthèse, Bruno Juigncr, 24 Avril 2000.

XI

Précarité et temps partiels Les femmes qui travaillent occupent le plus souvent un emploi à temps partiel contre leur gré. 50% des femmes qui n'ont pas repris leur travail après leur congé de maternité, auraient continué à travailler si on leur avait proposé des horaires aménagés ou s'il avait existé suffisamment de modes d'accueil12. Le temps partiel subi concerne 39% des mères de milieu modeste. Ainsi, sur 81,4% des femmes salariées ayant 1 enfant de moins de 3 ans, 51,5% seulement travaillent à temps complet.

Sur 56% des femmes salariées ayant 2 enfants (dont un de moins de 3 ans) 26% seulement travaillent à temps complet (88,5% des hommes. Sur 36,2% des femmes salariées ayant 3 enfants (dont un de moins de 3 ans), 12,6% seulement travaillent à temps complet (83% des hommes)13.
Autre handicap pour les femmes: les salaires féminins sont inférieurs de 20 à 30% à ceux des hommes.

Réclamations et initiatives Comme nous le montrons page 83, nous manquons de plus en plus de puéricultrices et d'auxiliaires de puériculture.
C'est une des raisons pour lesquelles on a connu une grève des agents de la petite enfance de la Ville Les intéressés réclamaient la création de 1344 postes toutes catégories confondues, non seulement pour en 2006 de Paris. d'agents, avoir de

12. Source: enquête Dares 2003, Ministère des Affaires sociales. 13. Source: Insee 2004.

XII

meilleures enfants.

conditions

de travail mais aUSSI dans l'intérêt

des

Pour répondre à la demande, il serait souhaitable que l'Etat investisse dans ce domaine crucial, et qu'un plan de recrutement soit engagé au plus vite, au niveau des académies, pour les lycéens, filles et garçons, titulaires d'un BEP sanitaire et social ou du baccalauréat. Ces jeunes, informés sur l'intérêt de la profession de puériculteur ou d'éducateur pour jeunes enfants, pourraient bénéficier d'une formation d'auxiliaire de puériculture en alternance ~ycée et crèche). Il serait nécessaire aussi de prévoir, pour ce type de formation « petite enfance », des bourses au mérite du second degré. L'OMEP-France14, qui œuvre en faveur des droits de la petite enfance, a créé à l'Université de Paris VIII un diplôme universitaire, le DESU« Droit de l'enfant ». Plusieurs personnes ont déjà acquis ce diplôme. Espérons que cette heureuse initiative fera boule de neige dans bien d'autres facultés. Les micro-crèches, une solution d'avenir? Le plan gouvernemental « petite enfance» de 2006 prévoit d'intégrer des micro-crèches dans l'offre existante et de réaliser ainsi une « expérimentation à grande échelle »15. Ce projet révèle ses motivations purement financières: le coût de fonctionnement d'une micro-crèche est inférieur d'un tiers, voire de moitié, à celui d'une crèche classique.
14. Organisation mondiale pour l'éducation préscolaire (OMEP) Ong fondée en 1948 au bénéfice des enfants de 0 à 8 ans. Buts et objectifs de l'OMEP : Promouvoir pour chaque enfant les meilleures conditions de vie pour son éducation familiale et sociale, porter aide et assistance à toute entreprise susceptible d'améliorer l'éducation préscolaire, encourager la recherche scientifique mise au service du bien être de l'enfant. 15. La Documentation française n+8 2007, rapport sur le service public de la petite enfance p. 19.

XIII

Mais une micro-crèche n'est ni une crèche, ni même une mini-crèche! Celles-ci accueillent de 15 à 60 enfants dans un équipement à la mesure de l'enfant avec un personnel professionnel (voir page 48). Or, selon un décret du 20 Février 200716, dans les microcrèches une puéricultrice à demeure n'est plus obligatoire. Le personnel se compose de trois assistantes maternelles ayant 5 années d'expérience ou le CAP petite enfance avec deux ans d'expérience. Une personne physique assure le suivi technique. La micro-crèche nécessite la location d'un local ou d'une maison ou d'un appartement pouvant accueillir neuf enfants. Une municipalité, une association ou une entreprise privée gérant une ou plusieurs micro-crèches peut créer et gérer l'équipement. Il semble que les sociétés privées s'intéressent précisément à ce mode d'accueil.

Pour les parents, dès que les service de la PMI auront validé l'agrément pour l'ouverture de la micro-crèche, le paiement pour l'accueil de l'enfant sera convenu avec le gestionnaire. Le parent ne sera plus l'employeur de l'assistante maternelle. Les parents ayant recours à une micro-crèche reçoivent pour chaque enfant une aide PAJE (prestation d'accueil du jeune enfant) comme s'ils employaient une garde à domicile.
On comprend que certaines assistantes maternelles soient favorables à cette formule car elles n'ont pas beaucoup de solutions pour se regrouper et accomplir le métier qu'elles ont choisi, souvent faute de mieux pour éviter le chômage.

16. Décret n° 2007-230 du 20 février 2007 relatif aux établissements et services d'accueil des enfants de moins de six ans et modifiant le code de la santé publique (dispositions réglementaires).

XIV

Cette solution «expérimentale» ne nous paraît pas être une solution innovante et d'avenir mais plutôt un recul. La qualification des personnels est très inférieure à celle des crèches traditionnelles. Le service public n'intervient ici que pour donner des agréments, sans être maître d'œuvre. Il laisse la part belle au privé, alors que les créations de crèches collectives stagnent. Le présent et l'avenir de nos enfants n'ont rien à voir avec la rentabilité. Les besoins non couverts en matière de petite enfance avoisinent 20% des enfants de moins de trois ans ce qui représente 480 000 enfants. Les équipements ou services hétérogènes financés sur fonds publics, tendent à s'adapter aux situations familiales et salariales. Mais la privatisation, encouragée par le gouvernement actuel, va de la petite enfance aux universités en passant par les hôpitaux, ce qui , , nest guere rassurant. Faire garder son enfant malgré le déficit en structures d'accueil, reste donc un problème majeur pour tous les parents qui travaillent.

A propos des crèches interentreprises Nées avec le travail salarié des femmes demeurant près de l'entreprise et soucieuses de pouvoir allaiter leur enfant, les crèches d'entreprises ont bénéficié des progrès sociaux de 1936 et 1946.
Dans notre ouvrage de 197917 nous avions indiqué que sur les 930 crèches françaises, 154 étaient des crèches d'entreprise dont 47 privées, gérées par le comité d'entreprise ou par l'employeur. On en trouvait dans les banques, les hôpitaux,
17. Suzy Cohen « L'école des bébés », Editions sociales, 1979, p. 129 à 146.

xv
les P.T.T. et dans la métallurgie, et même pour les enfants des personnels des pouponnières. C'est encore le cas aujourd'hui. En 1994, sur les 1958 crèches classiques françaises, 235 étaient des crèches de personnel d'entreprises (dont 80% en milieu hospitalier). Pendant plusieurs années, on a constaté une baisse de ces équipements, probablement dûe aux fermetures d'entreprise. Aujourd'hui on peut noter un renouveau de la création de crèches d'entreprises privées avec le soutien de la Caisse nationale des Allocations familiales. Il y a aussi une tendance à l'élargissement du parc des crèches aux crèches inter-entreprises dans les départements, y compris au niveau rural, alors que la plupart du temps elles se situaient dans la région parisienne. Les crèches d'entreprises, une solution discutable La meilleure solution pour un enfant et pour ses parents est l'admission dans une crèche proche à la fois de son domicile et de l'école maternelle avec une liaison entre les deux équipements et des rencontres entre parents et personnels. Mais les crèches de quartier ne sont ni assez nombreuses ni suffisamment disséminées géographiquement, ni même construites près d'une école maternelle. De plus, leurs horaires constituent parfois pour les parents un obstacle insurmontable, compte tenu de la longueur des trajets pour se rendre au travail. Pourtant, certains parents, si longtemps absents du domicile, sont heureux d'avoir leurs enfants avec eux pendant leurs voyages quotidiens, malgré les difficultés que cela comporte.

La proximité du bébé est la raison pour laquelle 84% des mamans d'enfants de 0 à 24 mois se déclarent favorables aux

XVI

crèches d'entreprises18. A la question « si vous aviez le choix entre la crèche d'entreprise et des allocations plus importantes?» 55% des mamans (61 % dans les grandes villes) choisissent la crèche d'entreprise. Il n'y a donc pas lieu d'opposer crèches de quartier et crèches d'entreprises si toutes les conditions d'accueil sont respectées. Les unes comme les autres, d'ailleurs, sont en trop petit nombre aujourd'hui. On peut regretter que les pouvoirs publics suscitent la création de crèches privées au lieu de prendre les mesures qui s'imposent: financement, construction, recrutement de personnels dans le service public. Depuis 2003, à la suite d'une initiative gouvernementale19, des sociétés privées proposent aux entreprises la création de crèches. Les motivations du patronat sont décrites dans une enquête du 21 Novembre 2007 de l'Institut pour la Ville en Mouvement ~'IVM): 91% des entreprises s'estiment confrontées aux problèmes de transport, de logement et de garde des enfants de leurs personnels. Elles souhaitent fidéliser leurs salariés, réduire l'absentéisme et offrir des crèches adaptées aux rythme de travail des parents, en particulier à la diversification des horaires. Pour créer ces crèches, les sociétés doivent respecter les normes des équipements fixées par un décret du 1cr août 2000, ce qui répond à l'attente des parents.

Qui sont les gestionnaires des crèches d'entreprise? L'institution des comités d'entreprise à la Libération a favorisé la création de certaines crèches gérées de manière
18. Sondage Sofres du 12 Septembre 2005 pour le magazine « Parents» 19. Conférence de la famille de 2003, proposition de M. Raffarin de constnille des crèches privées avec un crédit d'impôt « famille» et la participation de la Caisse nationale des allocations familiales.

XVII

indépendante par les représentants des travailleurs. Dans les hôpitaux publics, la gestion relève de l'administration de l'assistance publique. Dans notre ouvrage «L'école des bébés », paru en 1979, nous donnions des exemples de crèches d'entreprise, situées pour la plupart dans la Région parisienne. Elles étaient édifiées généralement sur le terrain des entreprises, mais dans des locaux indépendants donnant parfois directement sur l'extérieur. A l'époque, ces crèches accueillaient essentiellement les enfants du personnel féminin de l'entreprise et, dans la limite des places disponibles, les enfants du personnel masculin. Aujourd'hui cette sélection n'existe plus. Par la suite, plusieurs de ces crèches d'entreprise ont fermé leurs portes du fait des délocalisations ou restructurations. Le cas Renault à Boulogne-Billancourt En 1944, à la Libération, la direction de l'usine Renault à Boulogne- Billancourt, dans l'île Seguin en région parisienne, gérait elle-même une petite crèche, place du marché à Boulogne ainsi qu'un patronage près de l'église. En 1953, elle accepta de construire un bâtiment moderne, hors des murs de l'usine, destiné à accueillir les enfants de moins de 18 mois. Les représentants du personnel souhaitaient la construction d'un deuxième corps de bâtiment. pour élargir l'accueil jusqu'à trois ans mais la Régie s'y refusa. En 1954, le comité d'entreprise prit en main la gestion de la nouvelle crèche et obtint l'autorisation administrative d'y accueillir 100 enfants âgés de deux mois à deux ans et demi, tout en recevant 35 enfants dans l'ancienne crèche de la place du marché.

XVIII

En 1978, la crèche Renault accueillait 126 enfants âgés de deux mois à trois ans. Puis, la situation économique de l'établissement changea. Du fait des suppressions de postes, le nombre des salariés passa de 36 000 en 1955 à 28 700 en 1979. Le comité d'établissement consacrait plus d'un tiers de sa subvention aux enfants du personnel, mais l'entretien des locaux laissait à désirer et la direction n'exécutait qu'une partie infIme des travaux demandés. Pourtant, nous avons pu le constater à l'époque lors d'une visite, les locaux de la crèche étaient agréables et le cadre accueillant. Dans les années 60, la Régie avait imposé ses couleurs offIcielles « vert et blanc ». Les parents n'avaient pas le droit de pénétrer dans les locaux. Les vitres étaient peintes pour les empêcher de voir leurs enfants. Le personnel était obligatoirement vêtu de blanc. Puis, au cours des années qui ont suivi, les blouses blanches ont fait place à des blouses de couleur. Le matériel a été modernisé. Les «corsets» pour attacher les bébés ont été remplacés par des lits parcs. Les vitres ont été grattées et rendues transparentes. Attenant à la crèche, un beau jardin avec bac à sable, toboggan, cage à écureuils, pataugeoire, permettait les jeux de plein air. Un personnel professionnel se préoccupait de l'éveil éducatif des enfants et les parents purent enfIn pénétrer dans la crèche. Cela demanda beaucoup d'efforts, fInanciers notamment, aux élus du personnel. L'usine Renault ferma ses portes en 1992 et la crèche aussi. La Régie comprenait une quinzaine de sites en France, notamment au Mans dans la Sarthe et à Douai dans le Nord, et l'installation de crèches y était fortement réclamée.

XIX

La fermeture de la belle crèche Renault Billancourt montre bien que les crèches d'entreprise, aussi utiles soient-elles face à la pénurie, restent aléatoires.

La crèche privée inter-entreprises de Douai Depuis septembre 2005, une crèche interentreprises est ouverte à Douai aux salariés de Renault, près de l'usine2o. Ouverte de 5 heures du matin à 22 heures, elle permet un accueil des enfants, adapté aux horaires en deux équipes des parents. Elle reçoit des enfants jusqu'à l'âge de 3 ans. Sa capacité est de 38 places dont 20 places pour les enfants des salariés de l'usine. Renault Douai a participé à la construction de la crèche. Le projet a été mené en commun avec le Service Action Sociale inter-entreprises CS.A.S.LE), la C.A.F. et la municipalité de Lambres-Iez-Douai (Nord).21 A la suite d'une visite de cette crèche, le ministre du travail a avancé l'idée, en 2008, d'un «droit opposable» à la garde des enfants, à partir de 2012, sur le même modèle que le droit opposable au logement. Mais à quoi servirait de saisir un juge? Il Y a pénurie de crèches et de logements. Ce droit opposable aboutirait à quoi? Le ministre reconnaissait luimême, le 16 janvier 2008 que la mise en œuvre de ce droit impliquait la création de 350 000 places de crèches! Or le plan petite enfance de novembre 2007 ne prévoit que 40.000 places supplémentaires en crèche d'ici à 2012. On est loin des 350 000 annoncés trois mois plus tard! Ces promesses peu sérieuses masquent les réalités aux parents. Nous reviendrons d'ailleurs sur le mot «crèche» qui «noie le poisson» car il englobe divers équipements qui ne sont pas de vraies crèches collectives. Il y a de quoi être sévère.
20. En 2006 l'usine comptait 6124 salariés dont plus de 9 % de personnel féminin (doublement en 10 ans). 21. Renault, Direction de la communication, communiqué de presse du 9 nov.200S.

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Les orientations ministérielles favorisant privées étant relativement récentes, il est difficile de connaître le nombre exact de ces crèches. La d'une crèche s'étend en général sur deux ans, d'importants investissements. Des entreprises activité ou délocalisent leur production, ce qui chiffres. En outre, les projets de suppression hôpitaux entraîneront également la suppression de leurs personnels. les crèches aujourd'hui construction et nécessite cessent leur brouille les de certains des crèches

Les aides au patronat Les crèches privées, si elles sont agréées par la Caisse d'allocations familiales, peuvent être financées par des fonds publics. La CNAF prend à sa charge environ de 40 à 80% du financement des travaux de construction et 55% maximun des frais de fonctionnement dans la limite d'un plafond fixé par elle-même. Le crédit d'impôt familles permettra aux entreprises de se faire rembourser 25 % des sommes investies au moyen de déductions fiscales. Elles pourront également déduire du montant imposable de leurs bénéfices 35 % des charges de création et de fonctionnement. En outre, depuis le 1er avril 2007, les structures privées d'accueil pour les enfants de moins de 3 ans sont exonérées de T.V.A22

En visite à Montreuil « Les gazouillis» Créée en concertation gazouillis)) a été ouverte 60 enfants, répartis en bambins et les grands.
22. Article 46 de la Loi 2007-290

dans la crèche

inter-entreprises

avec la municipalité, la crèche « Les le 17 Septembre 2007. Elle accueille trois sections: les nourrissons, les

du 5 Mars 2007.

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Ouverte de 8 h à 22h 30 pour tenir compte des horaires de travail des parents, cette crèche est multi-accueil. Les mamans ont la possibilité de venir y allaiter leur petit. Les entreprises participantes (Air France, le siège national de la c.G.T, le ministère des finances, les Offices agricoles, la RA TF, le CNAM, la Commission de reC01)rs des réfugiés, et la ville de Montreuil) y ont chacune 3 à 10 places réservées. Visiter cette crèche inter-entreprises provoque une agréable surprise: le confort, l'espace, les couleurs magnifiques, la salle de jeux d'eau, tout concourt au plaisir des yeux des adultes et des enfants, tout répond à l'intérêt des enfants. Lors de notre visite les activités éducatives prévues pour l'année avaient pour thème les cinq sens. La Directrice, une jeune femme dynamique, s'informe régulièrement des activités ludiques extérieures, et organise des sorties, par exemple à un spectacle de marionnettes, ou à la bibliothèque pour les plus grands. Elle envisage l'installation d'un jardin potager pour les enfants. Elle pense aussi à amener les petits dans une école maternelle pour leur montrer les lieux et les préparer à la maternelle, même s'ils n'iront pas tous à la même école. Cela répond bien à l'une de nos préoccupations: la liaison crèche-maternelle pour une continuité éducative. Les crèches inter-entreprises et les autres Nous pensons que les crèches inter-entreprises ont en général les mêmes activités que les crèches de quartier. C'est le cas, par exemple, à la crèche « Saperlipopette », au quartier de la Défense à Paris (40 berceaux pour les enfants de 2 mois et demi à 3 ans). Cette crèche, créée au printemps 2006 et ouverte de 8 heures à 20 heures, organise des petits groupes de 6 enfants avec une personne diplômée. Le coût pour les

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parents d'un accueil à la journée est le même que dans une crèche municipale, c'est à dire selon un barème familial. L'équipement de ces crèches favorise l'éveil du tout petit. Le personnel est attentif au sommeil de l'enfant, au calme, à sa nourriture, à ses jeux libres ou organisés, aux jouets et matériels pouvant aider l'enfant dans son développement psychomoteur. Ces crèches, souvent de 40 à 60 places, comprennent trois sections: les petits nourrissons; les bambins (les « moyens ») et les plus grands de 2 à 4 ans. Les personnels, des professionnels attentifs au bien-être de l'enfant, organisent des activités d'éveil, des jeux et des animations diverses qui enchantent les enfants. Mais il faut regretter leur caractère privé. Car, bien qu'elles mettent en œuvre un accueil d'éveil pour les tout-petits, les sociétés à but lucratif n'ont rien de philanthropique et il faut veiller à ce que leur personnel reste composé de professionnels bénéficiant d'une formation continue. Qui peut assurer en outre que ces crèches privées aux jolis noms de «Petits Chaperons rouges », «Crèches attitude », «Petits câlins », « Saperlipopette », etc. perdureront? En cas de diminution des effectifs ou de fermeture de l'entreprise, la perte de l'emploi entraînera évidemment la perte de la place en crèche. Les parents au chômage peuvent difficilement prétendre à une place en crèche municipale face à la pénurie des équipements. Et s'ils trouvent par chance un nouvel emploi, ils devront courir à nouveau pour faire accueillir l'enfant.

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Si les crèches privées répondent à un besoin face à la pénurie de crèches publiques, elles suscitent néanmoins certaines inquiétudes soulignées ainsi par un rapport officiel: «Les conditions d'interventions de ces nouveaux acteurs privés restent toutefois encore à préciser afin de garantir la neutralité des aides apportées aux différents opérateurs, ces aides restant conditionnées à l'application du barème national de tarification des participations familiales. Enfin, certaines craintes se font parfois entendre quant au comportement de ces opérateurs, soupçonnés de se livrer à une course aux bénéfices défavorable aux intérêts des familles et des enfants et de profiter des pénuries locales de l'offre au risque de renforcer les inégalités d'accès. »23 Les enquêtes le confirment: 70% d'établissements de plus de 20 salariés cherchent réduire l'absentéisme et 62% visent à améliorer vité et les performances.24 des chefs avant tout à la producti-

Cela dit, le secteur public est en avance sur le privé puisque seules 2% des entreprises ont une crèche. Mais le secteur privé s'engouffre dans un secteur public en perte de vitesse qu'il concurrence avec l'aide de l'Etat. Quel financement pour les crèches? Comme pour tous les services publics et toutes les activités sociales et culturelles, le besoin de crèches soulève la question de leur financement.

23. Centre d'analyse stratégique, Rapport au Premier Ministre sur le service public de la petite enfance, La documentation française nOS -2007, p.21. 24. Enquête auprès de 2500 établissements de plus de 20 salariés, INED (Institut national d'études démographiques), Population et sociétésn° 440,12 Décembre 2007

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Des parlementaires avaient abordé la question. . .il Y a plus de 30 ans! A l'Assemblée nationale comme au Sénat, les commissions des affaires sociales avaient donné un avis favorable à une proposition créant une contribution-crèches de 0,50 % de la masse salariale, à la charge des entreprises de plus de 50 salariés25. Mais ces propositions l'époque, un tel financement crèches par an. n'ont jamais été votées26. A aurait permis de construire 600

A la Conférence de la famille de 2003, l'idée d'une contribution de 0,50 % a été relancée27. Mais le gouvernement Raffarin n'y donna aucune suite
Il y a pourtant là une solution aux difficultés tant des employeurs de main-d' œuvre féminine que des femmes salariées.

LA PAROLE AUX TÉMOINS
Le phénomène original expérimental de la crèche rend loquace tous les utilisateurs. Les témoignages qui suivent ont été recueillis par nous au cours de nombreuses conversations,

25. Proposition du groupe communiste au Sénat le 28 juin 1972, à l'Assemblée nationale le 3 octobre 1974. 26. Pas plus que n'a été voté d'ailleurs en 1991 un projet de loi du gouvernement Rocard instituant une contribution minimale de 0,20 % de la masse salariale pour les activités sociales et culturelles dans les entreprises. 27. Proposition de la CGT du 17 mars 2003.

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de débats ou de visites dans les crèches, tant à Paris qu'en province. On y trouve toujours de la chaleur, une certaine passion parfois, mais aussi une grande lucidité sur des améliorations nécessaires, les obstacles à surmonter et, comme un fil rouge, l'amour de l'enfant, non pas seulement parce qu'il est beau ou «mignon », mais parce que c'est un petit être qui se développe au contact d'un centre social que l'on souhaite hautement pédagogique..

Une adaptation difficile
(( Ma petite EvelYne a eu du mal à s'adapter à la crèche car elle avait

huit mois en y entrant, il ny avait pas de place. Et il a fallu attendre.

Ma femme a dû prendre un congésans solde; f'CIn'a pas arrangé nos finances.
EvelYne a tellement été habituée à sa mère qu'elle ne s'est pas adaptée à présent. Elle pleure moins. tout de suite. Ca commence à aller mieux

Au début ma femme était découragée. e lui ai dit de patienter. La J
directrice nous a aidéJ. Mais elle a convenu que le meilleurs moment pour l'entrée en crèche se situe dans les premiers mois. Nous avions fait le choix de la crèche ('CIl" os amis y ont mis leurs deux enfants et ils en n )) étaient ravis. Frère et sœur dans la même crèche « Stéphane se plaît à la crèche. Il a deux ans et demi et sa sœur six mois. Il vont dans la même crèche et àst bien pratique. Nous avons de la chance ma femme et moi ml" nous avons les mêmes horaires. Nous pouvons donc nous en occuper ensemble. (( L'inconvénient, c'est lorsqu'ils sont malades. Quand il y en a deux f'CIdouble les problèmes car à la crèche ils ne prennent pas les enfants malades. Bien sûr il vaut mieux les garder à la maison. Mais au travail cela n'est pas totgours compris. Il devrait y avoir plus de souplesse ml" les etifants ont beaucoup defièvre pour un oui ou pour un non. Nous avons cotifiance dans la crèche. Il y a une organisation qui convient à nos

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etifants et c'est agréable de rencontrer d'autres parents. etifants se connaissent entre eux. ))

Et puis,

les

Mon fils unique sera moins égoïste « Gaël a appris à parler assez vite à la ~rèche. Je suis heureuse d'avoir pris la décision de lj; placer. Le personnel est qualifié. Et puis Gaël est fils unique,. fa lui fait beaucoup de bien d'être avec d'autres etifants. Ainst~ tl sera moins égoïste. D'ailleurs il seplait à la crèche. (( Pourtant j'ai un problème: l'horaire. Même s'il est assez étalé (1 heures- 19 heures) fa ne me convient pas totalement car mon trqjet est très long. J'am've to,!jours en retard, le soir, à la crèche et on me fait des remarques. ))

On ne cherche pas à me remplacer
Je suis catégorique: la crèche est ce qu'il y a de mieux! En haut (( sen'ne)) que la nourrice c'est mieux, et qu'elle remplace la lieu on nous mère. Justement je ne veux pas être remplacée. A la crèche on ne cherche pas à me remplacer. ((

La ~rÙ'he est un ~'omplément de la famtlle. J'adore ma petite Chn'stine, qui a dix huit mois. Mais même quand je joue avec elle et que je la dorlote, il y a des tas de choses qui sefont à la ~rèche et que jamaÙ, ni mon man~ ni mot~ nous ne Jerions. Nous nj; penserions même pas tout simplement parce que c'est le métier du personnel. Encore que les emplqyées s'estiment mal formées. Elles ont raison probablement mais je ne peux pas tozgours bien appréder. D'ailleurs c'est un reproche que je fais: il nj; a pas assez de réunions. J'avoue pourtant que la seule foÙ où ily a eu une réunion, je n 'aiPas pu y aller. La Directrice s'est plainte, à juste titre, que la moitié des parents étaient absents. Il faut dire qu'avec la vie qu'on mène, c'estpas facile avec un enfant. ))

J'aurais fait une bêtise de ne pas inscrire Sylvain «Avant que Sylvain naisse j'étaÙ très préoCtupée: nourrice ou ~rèche? Crèche ou nourrice? Au bureau, les avis étaient partagés.

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Certains m'inquiétaient en me disant qu'à la crèche on met les petits au garde- à- vous.. (( j'ai eu de la chance: une crèche s'est ouverte dans mon quartier. Je suis allée voir la directrice qui fut surprise de mes appréhensions. Elle m'a proposé de venir visiter la crèche avant la naissance du bébé. Elle a d'ailleurs été très franche: tout n'allait pas a son gré car le fonctionnement dépend de l'équipe et de l'installation matérielle. Ellemême, m'a-t-elle dit, évolue enfaisant son métier etfait évoluer la ~'rèche. At!jourd'hui, non seulement je ne regrette rien mais je pense que j'aurais fait une bêtise de ne pas inscrire mon Sylvain. Je connais de très bonnes noum'ces qui aiment les etifants. Mais je suis convaincue que la crèche c'est mieux. ))

J'entends rarement pleurer à la crèche (( J'ai trois etifants. Mon mari et mon aîné m'aident bien.
Heureusement car avec mesjumeaux, &"estdu travail. « Ils se plaisent bien à la ~'rèche.Le personnel est comPétent et très sérieux. C'est agréable de retrouver mes petits propres et heureux. Le soir, j'entends rarement pleurer à la crèche. j'admire le mobilier qui est spécialement fait pour les etifants. Ils ont des petites tables, des petites chaises, des coins à eux pour jouer. Ce n'est pas comme fa à la maison: on est plutôt les uns sur les autres. Dommage que trop peu d'enfants pro/itent des crèches!. ))

Une maman en colère « Une de mes amies met son garfon à la crèche mais elle a l'air
mécontente du personnel. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Il arrive qu'on ne se comprenne pas bien. Pourtant cette amie reconnaît l'utilité de la crèche pour les enfants, surtout dans l'apprentissage de la vie sociale. Quant à moi, ma petite Béatrice aime tellement la compagnie des enfants que c'est l'idéal pour elle. Quelquefois elle se bagarre parce qu'elle est agressive. Elle a même mordu un autre petit garfon. Elle ne se rend pas compte etj'ai été bien ennt!}ée pour le petit Jérôme. Je ne savais que dire à la maman en colère.

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« Mon mari aime bien conduire Béatrice à la crèche. Il y a beaucoup plus de papa qu'on ne croit. Il trouve qu'il y a de l'ambiance, que c'est animé. Il y a de la gaîté. Je ne sais pas si c'est ainsi dans toutes les crèches, mais Ù;t:nous, nous sommes satiifaits. )) Gérard ne dort pas assez « Mon petit Gérard se dépense sans compter à la crèche. Je suis contente et le personnel est infatigable et qfJectueux. Je n'ai qu'un regret. Gérard est très fatigué le )) soir. Il s'endort presque avant de prendre sa purée de légumes ou bien il est agité. Je crois qu'il devrait dormir plus à la crèche, mais il faudrait probablement un dortoir supplémentaire. Ca devrait exister pour les enfants qui sont gros dormeurs. Pendant le weekend, il dort beaucoup. Il faut dire que je viens le chercher à 7 heures moins le quart. La directrÙ;eme dit qu'il fait bien la sieste mais que c'est à partir de 17 heures qu'il sefatigue le plus avec lesjeux. Ce qui nous frappe le plus avec notre entourage, c'est la capacité d'autonomie que Gérard a acquise à la crèche. ))

A la maison, Olivier n'aurait pas pu découvrir tout cela
« Mon mari et mot: nous disons souvent que la crèche c'est la sécurité

pour trois ans. Mais c'est surtout l'éducation. Olivier nous étonne, tellement il est éveillé. Je suis persuadée que sij'étais restée à la maison pour le garder, j'aurais eu certes une satiifaction personnelle et Olivier

aurait été heureux avec moi, mais il n'aurait pas fait toutes les
découvertes qu'il fait la pâte à modeler, des dessins, d'enfants à la crèche. Non seulement il apprend, mais il crée. La directrice insiste sur ces aspects. Il fait il apprend à tourner lui-même des tas de choses avec beaucoup totgours

ou avec de la laine. Il colle des bouts de tissu et en fait les pages des livres. Comme mais à la crèche il peut

il se lasse vite de tous les jeux, changer et il est heureux. ))

Une bonne préparation à l'école maternelle
« David comprend qu'tj va à la crèche. Sur la route, il y va avec plaisir. Je crois que la qualité première de la crèche c'est la sécurité.

XXIX

« Ma femme et moi nous somme)) 's enchantés par les progrès du petit. If est épanoui et nous sommeJ certains qu'il s'adaptera très vite à l'école maternelle. Je ne cherchepas defaire de David un personnage hors ligne, maÙ je pense que l'es progrès viennent probablement du groupe d'enfantJ. LeJ petits Je stimulent entre eux et c'eJt trh bénijique pour tous car notre David n'est pas exceptionnel. )) En déménageant nous perdons la crèche « Nous n'avonJ qu'un seul problème maÙ il eJt de taille: nous sommes obligés de partir en province après PâqueJ et danJ la ville où nOUJallons il ny a pas de crèche.JocelYne a dix huit moÙ. Elle est trèJ bien habituée à son entourage et à l'el'petits compagnons garçom et filleJ. Nous craignons pour elle une perturbation. Elle commençait à bien marcher et ça lui donnait del'pom'bilités danJ lesjeux. S'il y avait un
vote sur les crèches, nous voterionJ Pour. ))

J'aimerais voir le pédiatre
« Ma femme a un travail dont leJ horaires ne correspondent pas à ceux de la crèche. C'eJt moi qui vient chen'her Nathalie. Je suÙ content de voir que l'a Janté eJt bonne. Le docteur suit très bien leJ erifants etj'en JUÙ informé par la directrice. Pourtant, j'aimeraÙ bien voir le médecin pédiatre le Joir. If reçoit dans la journée et ça ne m'arrange pal'. If devrait tenir une permanence de temps en temps à la crÙ'he, le soir. (( Je senJ que Nathalie ut Jodable. Quand nous sortonJ chez del' amÙ ou dans la famille, nOUJ constatom une différence avec d'autreJ )) erifantJ. C'est évident: la crèche a beaucoup d'avantages.

Mon petit est dans la crèche où je travaille « Je suÙ auxiliaire depuériculture.j'ai d'abord travaillé dam un
service de pédiatrie, Mon fifJ dans un hôpital, avant de travailler dans une crèche. âgé de vingt moÙ, est accuezlli dans la crÙ'he où je travazlle. Je Patrice

doÙ avouer que ça pose quel quel' problèmeJ. . . (( La crèche ut si intéreJsante que j'ai hâte que mon petit

entre dam la Je('liondesgrandJ. If y a une éducatrice pour jeunes erifantJ

xxx

qui connaît bien son métier et fait faire aux petits des jeux, de la musique et du dessin. Je n'ai jamais appris cela à l'école etje le regrette a,!jourd'huz: Dommage qu'il ny ait pas beaucoup de crèches. Notre directrice est submergée par les demandes d'admission. ))

On voit bien qu'il vient de la crèche
(( Je suis une grand-mère Les Ùifirmières et j'adore mon petit fils

Eric qui a deux ans

azg'ourd'hui. l'hôpital.

Il va à la crèche. Cet hiver il a dû passer huit J'ours à (( on voit tout de suite que ce petit m'ont dit: il mange bien tout seul à la et il sait

va à la crèche. Il ne pose aucun problème: cuillère, il est observateur,

il a de l'adresse dans ses mouvements J'ouer avec les autres erifants )). Cela a facilité son so/'our. ))

Pourquoi pas du personnel masculin? (( Notre Christine ne tient pas en place à la maison. Il paraît qu'à la crèche c'est pareil. Chez une nourrice cela aurait été dijJicile. Mais je pense que les nourrices il en faut. En général, elles s'occupent bien des erifants. De toute façon heureusement qu'elles existent: lorsqu'il ny a pas de place en crèche, comment lesparents feraient-ils? Ils ne pourraient pas travailler! Ma femme et moi nous nous estimons heureux d'avoir une place en crèche. Ce que j'apprécie le plus, c'est lejardin et les sorties. Les enfants ne sont pas tozg'ours entre quatre murs. Le personnel est comPétent et surtout il est disponible pour les enfants, c'est inestimable. Pourtant, je crois que ce qui manque le plus dans les crèches, ce sont les hommes. Je me sens un peu perdu paifois devant toutes ces dames. Pour les erifants, vous ne trouvez pas que ce serait mieux s'il y avait aussi du personnel masculin? ))

Ça coûte cher d'être heureuse
Je suis contente de la crèche. Vous en voulez une preuve? Le soir je dois attendre que les autres papas et mamans viennent chercher leurs enfants car mon fils veut continuer à J'ouer. Alors je reste encore un peu ((

avec lui. Je crois que c'est sa façon à lui de me montrer qu'il est aussi

XXXI

heureux Ùi qu'à la maison et qu' zl aime bien les gens qui l'entourent. Mais tout de même, que la crèche est chère! ))

La crèche devrait être gratuite
(( Les gens qui sont contre les crèches devraient y aller voir. Mon mari et moi nous pensons que la crèche devrait être gratuite comme à l'école. Nous dont la fille de plaœ à gratuitement. pqyons cher pour Sabine qui a deux ans. Or j'ai une amie a deux ans et demi. Elle était en nourrice car elle n'a pas eu la crèche. Maintenant sa fille va à l'école maternelle C'est illogique œtte différenœ. ))

Ma belle-sœur

est nourrice

« Depuis que j'ai mis mon petit garçon à la crèche,je suis encoreplus attentive aux mqyens de développement dont disposent les etifants que garde ma belle-sœur. On l'appelle (( assistante maternelle)) à préJent, mais j'ai remarqué qu'elle ne peut pas t0t!jours sortir les etifants car elle a son appartement à entretenir. Et puis elle doit totgours vezller à œ que les petits ne c{usent rien, ne tachent pas les murs, ne salissent pas la moquette. A la crèche zl ny a pas toutes œs craintes. Grâce à la crèche, notre petit nous fait découvrir lui-même bien des choses et cela enrichit ma vie defamille. ))

Il ne parle pas, mais quel bavard!
(( Mon petit Joel a deux am, il ne prononce)) encore que quelques mots, mais la crèche l'a rendu très dégourdi, très sûr de lUt: Il sait faire seul ce qu'il entreprend Je connais des erifants de trois ans qui n'ont pas été à la crèche et je remarque des différences dans la façon dont Joël se tient à table, mange, range ses affaires, regarde un autre etifant dans la rue. Grâce à la crèche, il sait un tas de choses que je ne lui ai pas
apprises: fisses pour peux zl reconnaît son pot, le rinœ et le range lui-même, de la peinture. A il montre SeJ être essl!)lé et il sait faire la maiJon je ne

lui donner que des crqyons et du papier.

XXXII

((

Il n'a aucun mal à me raconterpar mimes ce qu'il a fait dans la
nous demande de la musique pour danser comme à la crèche. comprendre qu'at!jourd'huijour de grande ~'haleur, il a joué et il m'a montré ses cheveux tout mouillés. Au nom de (( )), l'éducatrice qu'il ciffedionne, tl mime les danses qu'elle lui ))

journée. Il Il m'a fait dans l'eau Mauricette a apprises.

Un débat récurrent: la maternelle des moins de trois ans La demande d'accueil des enfants à l'école maternelle intervient quand cela est possible avant l'âge de trois ans. Il en est ainsi en raison du manque de crèches, mais aussi parce que l'accueil y est gratuit. Les institutrices de l'école maternelle, qui ont en charge les moins de 3 ans, ont la confiance des parents. Les parents savent que leur petit bénéficiera d'un climat affectif, que ses repos et son sommeil seront respectés et qu'il bénéficiera d'activités d'éveil. Ils savent aussi que la rencontre avec d'autres enfants développera sa sociabilité, son autonomie et son développement psychomoteur. Le rôle de l'école maternelle est aujourd'hui connu et reconnu, y compris pour les moins de trois ans, et les parents l'apprécient. (voir page 135). Bien entendu, comme le réclament les syndicats d'enseignants, il ne devrait pas y avoir plus de 15 enfants par classe et il faudrait des aménagements spécifiques ainsi qu'une formation particulière des enseignants et des assistants territoriaux socio-éducatifs (ATSE)

XXXIII

Mais aujourd'hui la maternelle est en danger. L'école subit des dommages en raison des fermetures de classes et des projets de non remplacement des instituteurs de maternelles et primaires partant à la retraite (Plus de 12 000 dès 2008). Certes, la crèche et l'école maternelle ne peuvent tout à elles seules et n'effacent ni les difficultés économiques ni les inégalités sociales et culturelles. Cependant, le bénéfice de la préscolarisation, confirmé par diverses enquêtes, devrait inciter l'Etat à prendre des mesures d'urgence. Plus un enfant est scolarisé tôt et longtemps, mieux il réussit sa scolarité ultérieure. En 1983, le taux de scolarité normale était de 79% après 4 ans de préscolarisation .Il baissait à 77% après 3 ans, puis à 72 % après 2 ans et tombait à 63,1 % en l'absence de préscolarisation28. Même constat en 1988 concernant le taux de redoublement au CP, sur un échantillon de 20 000 élèves des écoles selon la durée de préélémentaire29. « La scolarisation à deux ans offre un avantage en terme d'acquisitions par rapport à la scolarisation à trois ans Les élèves scolarisés à deux ans entament le cycle primaire avec un niveau d'acquisition plus élevé et maintiennent et même augmentent cet écart initial au long du cycle» et ceci sans distinction entre les différents milieux sociaux. » Encore le même constat au début de l'école élémentaire. L'observation pendant les premières années de scolarité primaire d'un panel de 8661 écoliers montre que les chances d'accéder au CE2 sans redoubler sont d'autant plus grandes que l'élève est entré précocement à l'école maternelle30.
28. Education et formation, 1er trim. 1983,page 14. 29. N°31 Avril/juin 1992 Page3 30. J-P Caille, Education etformations n° 60, juil.- sept. 2001.

XXXIV

L'OMEP-France Paris, souhaite que tous les enfants accueillis à l'école maternelle, quelles que soient leurs cultures, leurs origines et leurs différences, puissent profiter des apports essentiels proposés par l'école: la socialisation, le langage, la gestion des émotions, l'interrogation, l'éducation, les apprentissages, le bien-être physique et moral. L'accueil dès deux ans, s'il se fait dans de bonnes conditions et s'il répond au choix des parents est une porte ouverte à la rencontre de l'autre, rencontre qui stimule le développement de la pensée par la « mise en mots31. Aujourd'hui, pratiquement tous les enfants âgés de 3 ans vont à l'école maternelle. Près de 35% des enfants de 2 ans sont scolarisés et bon nombre attendent une place. Ce qui fait dire au SNUIPP : « la scolarisation des enfants de 2 ans est une question sérieuse qui a des incidences sur la scolarité ultérieure. Il faut que cela se fasse dans de bonnes conditions. Qu'est-ce que cela signifie? Tout d'abord une reconnaissance des 2 ans et notamment par les Inspecteurs d'Académie lors de l'élaboration de la carte scolaire. Cela nécessite ensuite des effectifs réduits par classe, la création et/ ou l'aménagement de locaux et une prise en compte des problématiques dans la formation initiale et continue. Autant de décisions de bon sens qui permettraient de passer des discours aux actes. »32 Faut-il croire que le Ministre de l'éducation nationale fait peu de cas de ces enquêtes, puisqu'il a commandité en 2007 un rapport qui réclame purement et simplement l'abandon de la scolarisation à 2 ans ?33.A terme, on assisterait à la ferme-

31. Lettre ouverte de L'Organisation Mondiale pour l'éducation préscolaire (OMEP), Bureau de la section de Paris, 2006. 32. Snuipp,(Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des écoles et Pegc. 33. Rapport sur les maternelles de M. Bentolila au Ministre de l'éducation nationale, déco 2007.

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ture de ces classes et aux licenciements des instituteurs, au motif fallacieux que ces classes ne seraient que « des garderies ». C'est une réelle méconnaissance des besoins de la petite enfance et de l'apport éducatif de la crèche et de la maternelle.

Notre enquête de 1988 Notre enquête de 1988 avait déjà montré les résultats positifs de la préscolarisation. Les enquêtes postérieures les ont confIrmés. Mais il faut regretter qu'elles passent sous silence la présence à la crèche qui est pourtant un milieu éducatif.
Cette lacune nous semble due au fait que les crèches dépendent du Ministère de la Santé tandis que les écoles maternelles relèvent de l'Education nationale. Il faut espérer qu'un jour interviendra la reconnaissance du milieu éducatif de la crèche et que celle-ci, mal dénommée aujourd'hui, intègrera l'Education nationale. Telle n'est pas l'orientation oŒcielle actuellement, mais on peut néanmoins souhaiter un peu plus de liaison entre les ministères, pour plus de cohérence. Car les trois premières années de l'enfant sont capitales pour son devenir. Pour comprendre les raisons des diŒcultés scolaires, on ne peut pas occulter les données de la prime enfance. En effet si les conditions de vie du petit enfant n'ont pas été favorables à son éveil et à son épanouissement, les diŒcultés risquent de le gêner jusqu'à la fIn de sa scolarité et au delà. En revanche, notre enquête confIrme que lorsqu'un établissement favorise une bonne adaptation du petit à l'espace scolaire et au groupe d'enfants de la classe, on observe une réduction remarquable des retards scolaires.

XXXVI

Notre enquête franco-belge (Ùifrapage 136) visait à sortir la crèche de la nébulosité qui l'enveloppe trop souvent et à montrer ses avantages pour le tout-petit. Les activités ludiques éducatives, tout en amusant l'enfant, auront une influence sur son devenir scolaire. Equipement remarquable pour l'éveil du nourrisson, la crèche classique est conçue à la mesure du petit enfant, dotée d'une équipe attachée au développement psychomoteur des tout-petits. Elle stimule leur activité autonome et sociale dans un climat affectif et de bien être, sans viser des performances élitistes. Notre enquête souligne aussi l'efficacité de l'apport pédagogique des séjours successifs à la crèche puis à la maternelle, et leur incidence favorable sur le devenir scolaire du petit enfant. Finalement, bien que les populations étudiées ne soient pas les mêmes, nos enquêtes vont dans le même sens.

Suzy COHEN avril 2008

Chapitre

premier

DES NOURRICES DU MOYEN ACE AUX CRÈCHES MODERNES
Une lente évolution
Au Moyen Âge
Des femmes ont toujours travaillé parallèlement à leurs tâches au foyer familial. Déjà au Moyen Âge le recours aux nourrices était courant. Un premier bureau des nourrices est né en 1184. En 1350, un édit du roi Jean II le Bon règlemente la garde des enfants et fixe les salaires des nourrices. Deux siècles plus tard, en 1545, on interdit aux nourrices sous peine de fouet et de 50 livres d'amende d'avoir deux nourrissons. Au XVIIIe siècle, ce mode de placement se généralise dans toutes les couches de la population urbaine. On note à Paris en 1780 que, sur 21 000 enfants nés dans l'année, 19 000 sont placés en permanence chez des nourrices soit en banlieue, soit dans la région parisienne, et jusqu'à 200 km de la capitale. Mais la plupart des enfants

14 DE LA CRÈCHE À L'ÉCOLE

mouraient
traitements.

en route ou en raison de mauvais Victor Hugo a bien reflété ce constat.

Les raisons de ces placements en nourrice, à l'époque, sont différentes selon les milieux sociaux. Dans les milieux mondains, le nouveau-né est un gêneur qu'on n'hésite pas à éloigner. Pour les femmes de condition modeste, celles qui travaillent en association avec leur époux artisan ou commerçant, l'allaitement semble impossible. Par contre, les femmes les plus pauvres, aux petits métiers précaires, allaitent leurs enfants faute de pouvoir payer une nourrice. De façon générale près de 80 % des parents (jusqu'au début du XXe siècle) plaçaient volontairement leurs enfants. Catherine Rollet note le placement en nourrice d'enfants nés hors mariage, de nouveaux-nés abandonnés ou d' orphelins3. Le Siècle des lumières sera aussi celui qui fera émerger, grâce à Jean-Jacques Rousseau notamment, le sentiment de l'enfance en tant que période et l'intérêt pour son éducation. Le sentiment de l'enfance n'existait donc pas dans la société médiévale. Mais nous retiendrons la remarque d'Ariès4 qui nous invite à ne pas confondre le sentiment de l'affection avec celui de l'enfance. « Le sentiment de l'enfance correspond à une conscience de la particularité enfantine. Cette particularité qui distingue essentiellement

l'enfant de l'adulte même jeune. » Ariès situe l'apparition
3. Catherine Rollet, « Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940 » in Population, 6, 1978, 1189-1202.
(parmi les enfants de moins d'un an, 29 % en 1898),31 4. Philippe Ariès, L'Enfant Éd. Plon. et la vie familiale % en 1913). sous l'ancien régime, 1960,

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

15

du sentiment de l'enfance au XVIIe siècle. Georges Snyders5 considère que l'évolution du sentiment de l'enfance a été plus longue et reporte au XVIIIe siècle la nouvelle conception de l'enfance. On peut en effet remarquer, dans les iconographies du XVIIIe siècle, en France et à l'étranger, que les enfants sont représentés avec des visages adultes. Lélite savante du XVIIIe siècle commence à de l'effrayante mortalité des enfants. A Fécamp, Maritime, le Docteur Léon Dufour crée en première goutte de lait» dans le but de fournir s'inquiéter en Seine1884 « la aux mères

du lait stérilisé pour leur petit, « qui paraît avoir obtenu de
très heureux résultats au point de vue de la diminution de la mortalité des nourrissons par an té rite »6. Des associations philanthropiques organisent la surveillance des mères et les aident à soigner leurs bébés.

La loi du 23 décembre 1874 énonce diverses mesures pour la protection des enfants placés hors de leur milieu familial. Les premiers articles de la loi concernent les enfants placés en nourrice, âgés de moins de deux ans. Ceux-ci se trouvent désormais sous la surveillance de l'autorité publique commandée par les préfets.

5. Georges Snyders, La Pédagogie en France au XVIF et au XV/IF siècle, 1965, Paris, PUF.
6. Extrait de la Revue des Établissements de bienfaisance 16" année, 1900, Librairie administrative Berget-Levrault. et d'assistance,

16 DE LA CRÈCHE À L'ÉCOLE

Les premières crèches et « salles d'asile» en France et en Belgique
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un Francais sur deux vit de l'agriculture. C'est aussi l'époque où près de 600 000 femmes travaillent dans les manufactures. Quant aux bambins qui restent au logis, ils restent parfois privés de lait pendant 15 ou 17 heures. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que la mortalité infantile ait été considérable dans les foyers ouvriers. Les notions de puériculture et de pédiatrie font alors leur apparition. Le terme « puériculture» fut utilisé en 1865 par le médecin français Caron. À l'époque et pour des décennies, l'étude du développement du tout petit enfant concernera principalement l'hygiène et la santé7. Tout montre que, déjà au XIXe siècle, le problème de la garde est crucial et s'ajoute à la misère et à la malnutrition. C'est au cours de cette période que les premières crèches publiques municipales voient le jour. Certains commerçants, même, ouvrirent des garderies à but lucratif dans leur boutique. Mais les crèches sont très rares et en outre, leurs conditions d'hygiène sont déplorables. Aucun contrôle sanitaire n'est exercé. La première « salle d'asile» 18 mois à 6 ans avait été fondée on en compte une centaine. Le de Louis-Philippe, une circulaire nombre des écoles relevant du accueillant les enfants de à Paris en 1828. En 1836, 6 avril 1836, sous le règne classe les salles d'asile au ministère de l'Instruction
le diplôme d'État

7. Ce n'est que le 13 août 1947 qu'un décret instituera de puéricultrice.

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

17

publique. L'ordonnance du 22 décembre 1837 cialise en établissant la Charte des salles d'asile considérait comme des établissements charitables. décennies plus tard, elles sont enfin reconnues décret du 21 mars 1855 sous le second Empire,
« des établissements

les offiqui les Deux par un comme

d'éducation

où les enfants des deux
leur développement

sexes reçoivent les soins que réclame physique et moral ».

En 1879, sous la troisième République, Jules Ferry attire l'attention des préfets sur la nécessité de créer des salles d'asile dans toutes les communes de plus de 500 âmes. La formule « salle d'asile» continuera à être employée pendant un certain temps, bien qu'un arrêté du ministre Hippolyte Carnot du 28 avril 1848 utilise l'expression « école maternelle ». Le 2 août 1881, est publié le décret supprimant les salles d'asile pour instituer les écoles maternelles. De 1880, date de sa nomination à

l'inspection

générale des « salles d'asile»

jusqu'en

1917,

année de son départ à la retraite, Mme Pauline Kergomard jouera un rôle considérable en faveur de l'école maternelle, de son rôle éducatif et de la formation des maîtres. Son nom reste attaché à cette institution dont l'importance sera reconnue, non seulement en France, mais au-delà de nos frontières. L'histoire parallèle des crèches est également édifiante. Le 14 novembre 1844, s'ouvre à Paris la crèche de Chaillot. Deux ans plus tard sous l'égide de Firmin Marbeau, magistrat, une Société des Crèches, dont il est président, groupe quatorze crèches. Elle avait pour devise « Secourir, à peu de frais, l'enfant, sa mère, sa famille, par le travail, sans humiliation et moraliser en secourant ».

18 DE LA CRÈCHE À L'ÉCOLE

de l'exposition universelle de 1900 dans le pavillon « Économie sociale» on pouvait lire: « le nombre de journées de présence dans les crèches du département de la Seine a été de près de 160 000 en 1850, pour redescendre à 80 000 en 1870, l'année de la guerre, et suivre, depuis cette époque, une progression régulièrement ascendante : 260 000 en 1880, 404 000 en 1890, et 653 856 en 1897 ». Nous empruntons ces chiffres à un tableau graphique très intéressant exposé par la Société des Crèches; ce document est complété par deux tableaux indiquant sous forme d'arbres historiques les crèches de la Seine et les crèches des autres départements; puis une grande carte des crèches en France avec ce conseil du président de la Société: « Visiteurs, cherchez votre ville, et, si elle n'a pas de crèche, fondez-en une.8 ». Au milieu du XIXe siècle, la congrégation des sœurs de
«

Lors

Saint-Vincent-de-Paul
Nouvelle s'ouvrent donnent comme à

participe à la création de

:LŒuvre

des crèches parisiennes» et quelques crèches à Paris et en province. Souvent, les médecins gratuitement leurs soins quotidiens à la crèche la crèche de Saint-Louis d'Antin à Paris.

Le 15 mars 1862, Napoléon III promulgue le premier décret sur les crèches. Ce décret traduit une reconnaissance des services rendus par les crèches et asiles du premier âge et décide une surveillance officielle. Un règlement spécial détermine les mesures d'hygiène à prendre. Pour la première fois des secours d'État sont institués. Il fallut attendre ensuite treize ans pour que paraisse, en 1874, la première loi sur la protection des enfants du premier âge et
8. Description de la salle concernant les crèches dans le pavillon « Économie sociale» de l'Exposition universelle de 1900, Revue des établissements de bienfaisance et d'assistance, 1900, Éd. Berger Levrault.

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

19

des nourrissons en particulier. Ainsi s'amorce timidement, dans les textes, un début de protection infantile. Les crèches belges ont une histoire identique. La première crèche est créée à Bruxelles en 1845 et dans la région liégeoise en 1849. Les crèches étaient alors des œuvres de bienfaisance.

A l'époque, comme en France, chaque berceau portait une plaquette au nom du généreux donateur. La première crèche à Liège avait été créée en 1867 par une association de quartier. Puis la ville de Liège prit en charge les trois. premières crèches. Par la suite furent également instituées des consultations de nourrissons. Il faudra attendre 1919, date de la création de l'Office de la Naissance et de l'Enfance, pour que l'État intervienne dans le financement des crèches et en assume toutes les charges. Essentiellement destinées, à l'origine, à sauver les enfants pauvres de la misère et de la mort, les crèches belges prenaient les petits totalement en charge: on les lavait, on les habillait, on les nourrissait et on remettait même aux parents biberons et soupes pour le soir et le dimanche. En échange, la crèche exigeait une arrivée ponctuelle, et des enfants propres. Et, comme dans les autres œuvres pour indigents, elle exigeait aussi des parents une moralité suffisante, garantie par le curé ou un notable.

Le projet de 1871
Les 15 et 17 mai 1871, au nom de la Société des Amis de l'Enseignement, Marie Verdure, Félix et Élie Ducoudray présentèrent à la Commission de l'Enseignement de la

20 DE LA CRÈCHE À L'ÉCOLE

Commune l'on trouve aujourd'hui.

de Paris, un projet de création de crèches où les prémices de l'institution telle qu'elle existe

Faisant preuve d'une réflexion remarquable pour l'époque, ces enseignants surent déjà dépasser le simple problème de la « garde» des enfants. Ils considérèrent l'accueil éducatif du tout-petit, son éveil, l'affection à lui prodiguer, sa sécurité, les soins, son entourage comme essentiels. Ils proposaient un environnement à sa mesure, et le placement de ces nouveaux équipements le plus près possible des lieux d'habitation et de travail.

La demande pressante de crèches depuis 1880
industriel attire une main-d' œuvre féminine dans les manufactures. En 1891 au congrès de la Fédération des travailleurs des tabacs, des femmes réclament l'installation de crèches dans les manufactures sous la responsabilité des

L essor

municipalités.

En 1892, elles précisent:

« les crèches

seront approvisionnées sa surveillance».

aux frais de l'administration

et sous

Au début du XXe siècle, il est déjà fait état de l'existence de crèches dans de nombreuses manufactures. De 1880 à 1910, en l'espace de 30 ans, le nombre des places de crèche a triplé. Chaque mode de garde correspond à une demande socialement différenciée: les nourrices dites « sur le lieu» c'est-à-dire au domicile des parents, plus onéreuses, sont choisies par les familles aisées. Les crèches, dont beaucoup sont gratuites, accueillent surtout les enfants des ouvrières.

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

21

En 1914, les femmes au travail sont déjà nombreuses. Elles représentent 37 % de la population active et commencent à demander des équipements sociaux, des crèches, des garderies enfantines. Pendant la guerre, elles entrent massivement dans l'industrie pour remplacer les hommes qui sont au front. On compte 10 millions de femmes au travail, dont 700 000 dans les usines d'armement. Dans le meilleur des cas, lorsque les enfants n'ont ni parents, ni nourrice pour les accueillir, ils sont ballotés d'usine en usine. Dans les autres cas, ils restent livrés à eux-mêmes dans les pires conditions dues à la guerre. Cette situation provoqua une relance de la demande de crèches. De plus en plus, ces réclamations sont liées à la protection de la maternité, au repos, à la santé. Si bien qu'en 1928, une loi prévoit enfin la création obligatoire de chambres d'allaitement dans les entreprises occupant plus de 100 femmes âgées de plus de 15 ans. Cette disposition, longtemps inscrite dans le Code du travail, est restée le plus souvent lettre morte. Quant aux crèches créées, la plupart d'entre elles font alors souvent office de garderies sans confort, voire sans hygiène.

Le décret de 1945
La formule de la crèche moderne date des lendemains de la Libération. Le préambule de la Constitution de 1946 proclame que la Nation garantit à l'enfant la protection de

22 DE LA CRÈCHE À L'ÉCOLE

sa santé, la sécurité matérielle accès de l'enfant à l'instruction

et les loisirs, ainsi que l'égal et à la culture.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la mortalité infantile suscite de graves inquiétudes. Les nourrissons âgés de moins d'un an étaient particulièrement touchés. Le 21 avril 1945, un décret réglementera les crèches, les pouponnières, les consultations de nourrissons

et les « gouttes de lait ». Ce décret prévoyait l'aménagement des locaux, les soins à donner aux enfants, les garanties à exiger du personnel et les modalités du contrôle administratif. La même année, le 2 novembre, paraît l'ordonnance sur la protection maternelle et infantile. Dans son article 31, l'ordonnance soumet au contrôle des services du ministère de la Santé, tous les établissements qui « concourent à la protection, la garde ou au placement des enfants du premier et du second âge », dont les crèches. Les enfants de 2 à 6 ans scolarisés à l'école maternelle n'étaient pas concernés par ce texte mais par l'ordonnance du 18 octobre 1945 posant le principe de l'organisation du service national de l'hygiène scolaire et universitaire. L'ordonnance sur la PMI prévoyait que des décrets institueraient une coordination entre les ministères de la Santé et de l'Éducation pour la surveillance des enfants fréquentant les écoles maternelles9.

9. Voir en Annexe le tableau n° 1 sur la Protection

Maternelle et Infantile.

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

23

PMI et « gouttes de lait»
Comment agir pour enrayer la mortalité enfantine? Sous l'égide de personnalités telles que les professeurs R. Debré et H. Wallon se tinrent au printemps 1947 les Assises nationales de l'Enfance. Les participants proposèrent notamment que s'ouvrent dans les communes de plus de 10 000 habitants des « gouttes de lait ». Il s'agissait de distribuer des « bons de lait» aux mères, qui obtenaient du lait pasteurisé en bouteille cachetée et datée. L'industrie laitière se modernisait et commençait à commercialiser des produits de qualité. Le premier lactarium fut créé en 1947 par l'Institut de Puériculture de Paris10. la polémique était vive entre les partisans de l'allaitement maternel, notamment les pédiatres, et ceux qui préconisaient l'attribution de lait artificiel en raison du travail professionnel des mères. Toujours est-il que le premier plan gouvernemental de modernisation et d'équipement en 1947 prévoyait, outre les divers équipements en direction de la prime enfance, l'ouverture de 100 « gouttes de lait ». Alain Norvez note qu'« un recensement de l'équipement, effectué en 1956, après 10 ans d'activité de la PMI, dénombrera un peu plus de 9 000 consultations infantiles et 800 consultations pré et post-natales. Ces moyens importants joueront un rôle essentiel dans la lutte victorieuse contre la mortalité infantile11 ».
10. Institut de Puériculture, 26, bd Brune, Paris 14e créé en 1919. Aujourd'hui, le lactarium est toujours en activité. Il reçoit le lait maternel et le distribue notamment dans les services de néonatalité et de pédiatrie des hôpitaux, pour les enfants prématurés. 11. A. Norvez, « De la naissance Documents, cahiers n° 126, p. 84. à l'école ", INED-PUF, Travaux et

A l'époque

24 DE LA CRÈCHE A L'ÉCOLE

Les gouttes de lait qui avaient pour objet d'assurer notamment la distribution d'un lait contrôlé au point de vue chimique et bactériologique, stérilisé et mis en biberons tout préparés et dosés selon les besoins de chaque enfant, ainsi que des préparations diététiques, ont aujourd'hui pratiquement disparu. Elles ont fait place à des centres de vaccination, puis à des centres municipaux de santé. Dans certaines entreprises comme l'usine Alsthom à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), la chambre d'allaitement devint « goutte de lait» en 1948, puis fut transformée en crèche en 1972 pour les travailleurs de l'entreprise, gérée par le comité d'entreprise. La construction des crèches (364 au 31 décembre 1946), accompagnera tout l'édifice social des lendemains de la guerre: Sécurité sociale, aide sociale, œuvres sociales des comités d'entreprise, ete. En que la 1992 10 000 1993, les résultats provisoires de l'INSEE indiquent baisse de la mortalité infantile s'est accélérée en : 68 décès d'enfants de moins d'un an pour naissances contre 73 les années précédentes.

Feu les préjugés
Le travail et la famille
Les femmes ont toujours travaillé. Mais au )(Xe siècle elles sont de plus en plus souvent salariées. En 1962, 84 % des femmes actives sont salariées. Les femmes travaillent hors

DES NOURRICES DU MOYEN ÂGE AUX CRÈCHES MODERNES

25

de leur foyer. ~image de la « femme mère au travail»
imposée dans la société.

s'est

Les femmes mères de famille sans conjoint, de 25 à 44 ans sont aussi actives que les hommes du même âge (plus de 90 %). ~activité des mères de 2 et 3 enfants s'est aussi fortement développée. Le recensement de 1990 note que les femmes mères d'un enfant travaillent dans une proportion de 85 % (plus de 73 % avec deux enfants, et plus de 40 % avec trois enfants). Au recensement de 1982, les taux s'élevaient à 60 % pour un enfant, 43 % pour deux enfants et 20 % pour trois enfants. La croissance de la population active est presque entièrement le fait des femmes. Le développement de l'activité féminine se poursuit maintenant depuis plus de 30 ans, et de façon sensible entre 1982 et 1993. Aujourd'hui travailler avec deux enfants même petits est devenu la norme, particulièrement pour les femmes les plus qualifiées ou pour celles qui élèvent seules leurs enfants. En 1993, 9 642 000 femmes travaillent, représentant 46,8 % de la population active contre 44 % en 199012. ~ activité féminine continue de progresser. Onze millions de femmes travaillent ou recherchent un emploi, soit 5 millions de plus qu'en 1962. Entre 25 et 30 ans, 4 femmes sur 5 sont actives. Entre 35 et 45 ans, le taux d'activité se situe à 75 %. La féminisation croissante du salariat est liée aux velléités émancipatrices des femmes en même temps qu'aux nécessités économiques et sociales. 88 % des femmes estiment ne pas pouvoir réussir leur vie sans

métier.

« L'image

multiséculaire

de la femme

mère,

12. Enquête de l'INSEE

1988 : 36,2 % en 1962, 38,7 % en 1975.