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L'impossible éradication : l'enseignement du français en Algérie

De
93 pages
L'auteur, ancien normalien, aborde ici le statut de la langue française à l'école et à l'université algériennes. Sans jamais s'opposer à la langue arabe, il dénonce la précipitation avec laquelle la politique d'arabisation a été menée à partir de 1981, ainsi que l'idéologie revancharde qui la sous-tendait. Faits et chiffres à l'appui, il examine les dégâts causés par le processus de dévalorisation systématique du statut scolaire de la langue française. Ce livre est un plaidoyer pour une une école qui favorise le bilinguisme précoce.
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HISTOIRE ET PERSPECTIVES MÉDITERRANÉENNES

Histoire et Perspectives méditerranéennes

Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

 

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

 

Déjà parus

 

Driss ABBASSI,La Tunisie depuis l’indépendance, Politique, histoire, identité,2017

Işil ZEYNEP TURKAN-IPEK,Chroniqueurs politiques en Turquie (1980-2014),2016.

Imane BENNANI,L’habitat menaçant ruine au Maroc, Les procédures administratives à l’épreuve des effondrements,2016.

Mokhtar KHELADI,L’Algérie pays immergeant, 2016.

Abdellah BOUNFOURMalaise dans la transmission, La crise de l’autorité familiale, scolaire et politique au Maghreb,2016

Riza SAYGILI,Un siècle de démocratisation innachevée, Partis et courants politiques en Turquie (1908-2008), 2016

Karim BEN YEDDER, Le fondouk al-ghalla de Tunis, Marché central (1891-1956), 2016.

Association Déméter-Coré (coord.),Travail et maternité dans l’aire méditerranéenne, 2016.

Zakaria FATIH,Le Maghreb à la croisée des chemins : l’enjeu de la tradition et le défi de la modernité,2016.

Hassan BANHAKEIA,Histoire de la pensée nord-africaine,2016.

Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, La fausse ouverture ou l’heure des illusions/désillusions, tome 2,2016

Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, Le temps du parti unique, tome1,2016.

Johara BERRIANE,Ahmad al-Tijâni de Fès : un sanctuaire soufi aux connexions transnationales, 2016.

Pascal CYR,Égypte, la guerre de Bonaparte, 2015

Philippe GAILLARD,Génération Algérie : Mémoire d’un quidam, 2015


Ahmed TESSA

 

 

 

 

 

 

 

L’IMPOSSIBLE ÉRADICATION :
L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS EN ALGÉRIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image 1

COPYRIGHT


Du même auteur

 

L’éthique éducative au service des élèves. Auto-édition, Collection Que Faire ?, 2012.

 

Le bouquet numérique de la scolarité. Auto-édition, Collection Que Faire ?, 2011.

 

Que Faire pour éradiquer les cours payants ?.Editions le Tremplin, 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

 

 

 

© L’Harmattan, 2017

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-79265-1


 

 

En hommage à :

 

Mouloud Feraoun, Max Marchand, Marcel Basset,

Salah Ould-Aoudia, Robert Eymard et Ali Hammoutène,

des éducateurs, martyrs du devoir.

Ils ont été assassinés à Alger le 15 mars 1962

par les commandos de l’O.A.S.

 

 

 

Ceux qui ont le privilège de savoir ont le droit d’agir.

Albert Einstein

 

 

 

Je ne suis pas un Diallobé distinct,

face à un Occident distinct, et appréciant d’une tête froide

ce que je puis lui prendre

et ce qu’il faut que je lui laisse en contrepartie.

Je suis devenu les deux.

Il n’y a pas une tête lucide entre deux termes d’un choix.

Il y a une nature étrange, en détresse de n’être pas deux.

Cheikh Hamidou Kane


 

 

 

 

Lors de l’inauguration de l’année judiciaire, en 2004,

le président de la République s’était indigné

devant la faiblesse linguistique de nos diplômés

universitaires, ceux des sciences humaines notamment.

Ici une phrase extraite de son discours :

« Ils ne maîtrisent ni l’arabe, ni le français. »

PRÉFACE
Une maladie algérienne !

Amin Zaoui*

 

 

L’école algérienne va mal !

 

Dans ce livre courageusement intitulé L’impossible éradication : l’enseignement de la languefrançaise en Algérie, le chercheur et pédagogue Ahmed Tessa met le doigt sur la blessure encore béante de la réalité linguistique en Algérie. Le livre ne s’arrête pas à l’analyse des raisons qui ont engendré la faillite de l’enseignement de la langue française dans notre pays, il nous conduit plus loin, plus profond, en accusant toute la classe politique responsable de cet échec d’intelligence. Échec qui a engendré des retombées mortelles sur la culture et sur la nouvelle génération d’intellectuels algériens.

 

Cette dérive, il le dit et le démontre très clairement, a commencé avec l’arabisation bâclée et idéologisée du système éducatif. En énumérant sans complaisance les victimes de ce processus, des deux sexes et de tous âges, tous nos enfants tombés sur le chemin de l’école algérienne, le livre nous plonge comme dans un roman historique cauchemardesque !

 

Cet ouvrage, que j’ai accepté, avec plaisir, de préfacer, appartient à la communauté des livres intelligents ! Dans le monde livresque, comme dans la vie, il existe des catégories : les naïfs, les souffrants, les médiocres, les mauvais. Assurément, à l’image des êtres humains intelligents, il existe aussi des livres intelligents. Et ces livres sont rares ! L’impossible éradication : l’enseignement de la langue française en Algérie en fait partie. C’est un travail intelligent, d’abord par sa thématique brûlante d’actualité, ensuite par son audace intellectuelle dans l’approche analytique, enfin, par la sagesse pédagogique engagée.

N’oublions pas que ce livre est le fruit d’une longue expérience – une vie entière consacrée à la recherche, à l’enseignement et à la pédagogie sous toutes ses formes.

*

En comparaison avec les autres pays maghrébins ou arabes, la place qu’occupe la langue française en Algérie est spécifique. Unique. Elle est différente de celle qu’occupe le français au Liban par exemple. Dans le pays d’Amin Maalouf membre de l’Académie française, le français demeure la langue parlée par les Chrétiens maronites et par une petite partie de la bourgeoisie sunnite et chiite. Elle perd de plus en plus sa place dans les champs culturel et universitaire au profit de la langue anglaise.

En Tunisie, pays d’Abdelwahab Meddeb et d’Albert Memmi, cette langue, sur le plan sociétal, demeure l’outil permettant d’évoluer et d’exister dans l’univers et l’économie touristiques. Le bilinguisme est bien présent dans ce pays – l’un des plus proches de l’Occident depuis l’ère laïque de Bourguiba.

 

Au Maroc, bien qu’il existe de grands auteurs écrivant en langue française, de générations et de sensibilités politiques et esthétiques différentes, à l’image de Mohammed Khaïr-Eddine, Tahar Benjelloun ou Abdellatif Laâbi, elle demeure une langue d’échange avec l’autre, la langue des grandes villes. Une langue culturellement très élitiste.

 

L’Algérie est considérée comme le premier pays francophone après la France. Et dans ce deuxième pays francophone, le français vit une situation exceptionnelle relevant de la mémoire collective mal cicatrisée, liée à l’histoire amère d’une colonisation terriblement traumatisante, et d’une guerre de Libération atroce.

Deux siècles ou presque d’antagonisme, de vivre-ensemble, de haine, de passion, de mariage, de divorce, telle est la situation de la langue française en Algérie.

En Algérie, on réfléchit et on gouverne en français. Le français est la langue du pouvoir et pour le pouvoir. Langue de la décision !

En Algérie, on prie et on prêche en arabe. L’arabe est la langue de la religion musulmane et du religieux.

En Algérie, on milite et en chante en tamazight. Le tamazight est une langue de résistance et de la chanson engagée. Chant juste et de justice.

À l’occasion de la célébration des fêtes nationales, le peuple, à l’image de sa classe politique, critique la langue française, l’attaque, alors même qu’il utilise cette langue pour la dénoncer !

Tant d’Algériens souhaitent envoyer leurs enfants au Lycée international Alexandre Dumas de Ben Aknoun, à Alger, seul établissement pédagogique français existant sur le territoire national indépendant. Tel est le rêve pédagogique et linguistique algérien !

 

Tous les parents s’inquiètent du niveau catastrophique de la langue française chez leurs enfants. Tout Algérien souhaite voir ses enfants scolarisés dans une école privée où le français est encore respecté et mis en valeur – du moins les en assure-t-on… Tout le monde s’inquiète du manque flagrant d’enseignants de français, surtout dans les villes de l’intérieur ou du Sud, mais, au même moment, tout le monde considère que le français est la langue du colonisateur – langue à soupçonner et à critiquer, donc. Paradoxe !

 

La classe politique algérienne, depuis la guerre de Libération et jusqu’à nos jours, de génération en génération, appartenant à la gauche comme à la droite, n’hésite pas à utiliser le français comme moyen de communication même avec le peuple, jusque dans les villages et les douars les plus reculés ! Même les islamistes ne font pas exception.

Dans tout le pays, l’administration, aussi bien étatique que privée, continue à fonctionner en français.

Seules les mosquées, maisons d’Allah – dix-sept mille, selon les statistiques du ministère des Affaires religieuses, beaucoup plus dans la vérité de notre réalité religieuse chaotique –, prient en arabe. Mais dans un arabe étrange et étranger. Un arabe oriental ou divin, peu ou mal compris par les bons croyants !

*

Parce qu’il y a beaucoup d’hypocrisie politique, parce que l’audace intellectuelle fait cruellement défaut et parce que l’université est à la dérive, tout débat autour de la place de la langue française en Algérie demeure miné. Débat idéologisé qui n’avance pas. Piétine. Tourne en rond. Impasse !

Les Algériens vivent à l’égard du français une situation de pure schizophrénie, de clivage linguistique. Ils aiment parler cette langue, la désirent, tout en la qualifiant cependant de « langue du colonisateur ». Dans cet état conflictuel, entre amour et haine, l’Algérien développe une sorte d’agressivité, voire de violence à l’égard de cette langue. Viol linguistique qui est le résultat du poids de l’Histoire, source d’un complexe psychoculturel et psycho-politique.

 

Cependant, malgré la faillite généralisée de l’enseignement de la langue française, la création littéraire dans cette langue prend de plus en plus d’ampleur. Paradoxe ! Et c’est un phénomène purement algérien ! Une nouvelle génération d’écrivains de langue française est née. Miraculeusement, la décennie noire – ou rouge – qu’a traversée le pays entre 1990 et 2000 a fait éclore une belle floraison d’écrivains, femmes et hommes confondus ! Une autre écriture. Une autre sensibilité esthétique. Un autre rêve. Les enfants de l’amertume nationale !

*

La langue arabe, langue nationale et officielle en Algérie – selon la Constitution, toutes les Constitutions depuis l’Indépendance ! – n’est, aux yeux des politiques, qu’un instrument idéologique. Langue des saisons politiques ! Des haltes politiques ! Des guerres politiques !

En Algérie, la langue arabe est de plus en plus contaminée par le discours religieux, depuis les écoles primaires jusqu’aux instituts de formation des Oulémas, et cela depuis l’envahissement, dans les années soixante et soixante-dix, de l’école républicaine par les Frères musulmans égyptiens. Depuis la montée des islamistes extrémistes, cette langue si belle, la langue d’Al-Mutanabbi et de Darwich, se détache de plus en plus du temporel. Son processus de sécularisation a été interrompu : elle est confisquée par les discours politico-religieux de tous acabits.

Dès la première rentrée scolaire de l’Algérie indépendante, la langue arabe s’est retrouvée ravie, accaparée par les fondamentalistes.

Elle est passée des mains des réformistes nationalistes de la période coloniale aux mains des obscurantistes.

Telle est l’histoire de la langue arabe en Algérie.

Dans les manuels scolaires, dès qu’il s’agit de littérature et de langue arabes, la distance entre le littéraire et le religieux s’estompe, se brouille. On enseigne aux élèves la littérature arabe moderne ou classique noyée dans une « sauce religieuse » qui idéologise tout. La primeur est accordée au texte religieux, tout discours s’ouvre sur des versets coraniques ou des hadiths prophétiques.

À cause de l’omniprésence de l’idéologie religieuse, et parce que tous les aspects de la vie temporelle et citoyenne ne sont pas véhiculés par la langue arabe enseignée à l’école, celle-ci s’est mise à fabriquer des élèves-bombes à retardement ! Quelques-unes ont explosé durant la décennie noire – ou rouge. L’école a formé des bombes humaines pour les maquis terroristes. Elle a fourni des moudjahidine partis en Afghanistan, en Bosnie, en Irak et aujourd’hui, en Syrie.

 

Ce livre décrit le « mal » qui frappe l’Algérie. Le mal algérien ! C’est un livre sur l’Algérie malade, frappée d’une maladie appelée : École. Un livre-cri ! Un livre-plaie !

 

L’école dite républicaine en Algérie a été étouffée par l’idéologie fondamentaliste. Asphyxiée par la politique et l’opportunisme.

 

Or la langue arabe est bel et bien la langue du réformisme musulman ! Or, elle est la langue d’une religion, celle d’Allah et de ses paradis. Mais promouvoir une langue et apprendre à l’aimer est un savoir-faire. Mieux : un art et une conviction politique.

 

Parce que la langue arabe a été manipulée et contaminée par le religieux, elle s’est retrouvée stigmatisée et handicapée : ainsi, le français, malgré la manière catastrophique dont il est enseigné, s’est retrouvé à prendre en charge, à relayer le temporel et la modernité de la société algérienne. À cause de l’absence – ou plutôt l’exclusion – de la langue tamazight, la langue française, comme un fait accompli, et par sa présence généralisée, est devenue une sorte de langue fédératrice pour les Algériens.

 

La révision en cours de l’actuelle Constitution apportera – sans doute, et sans surprise –, du nouveau sur la question du statut des langues. Les grandes formations politiques, celles appartenant au camp de la coalition présidentielle comme celles de l’opposition, toutes, appellent, sans ambiguïté aucune, à l’officialisation de la langue tamazight. Avec cette officialisation depuis si longtemps attendue, depuis si longtemps réclamée, le champ linguistique sera indubitablement modifié.

*

En matière de littérature, depuis, déjà, un demi-siècle – peut-être un peu plus, qu’importe – la mort de la littérature algérienne d’expression française a été maintes fois déclarée. Le roman et la poésie « des Gwer » sont en voie d’extinction, prédisent, dès qu’ils le peuvent, quelques esprits arriérés. Esprits empierrés. Aux idées cailloutées. Depuis que Malek Haddad – je ne sais ni à quelle occasion ni dans quelle circonstance, mais je sais que cela s’est produit dans les premières années de l’Indépendance –, a annoncé son divorce d’avec l’écriture en langue française, quelques écrivaillons ou plumitifs, qu’importe, enroulés dans la farine d’un nationalisme périmé, se sont faits les chantres, les berrah, de la mort de la littérature algérienne de langue française, le proclamant haut et fort, sur les places publiques, dans les bazars culturels, médiatiques et littéraires.

Mais le génie des écrivains algériens dans cette langue n’a besoin d’aucune autorisation pour écrire la société et dire les rêves. Après le silence de Malek Haddad, d’autres grands écrivains sont apparus. Des textes de grande qualité n’ont cessé de jalonner l’histoire de la littérature algérienne : ceux de Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, Tahar Djaout, Youcef Sebti, Yamina Mechakra, Abdelkader Djemaï, Yasmina Khadra, Anouar Benmalek, Hamid Grine, Youcef Merahi, Youcef Zirem, Slimane Aït Sidhoum…

Et de très jeunes écrivains aujourd’hui s’essayent à la création littéraire fertile, foisonnante !

*

Les Algériens algérianisent la langue française ! Même si l’école tourne le dos à la langue française, la société, quant à elle, se cramponne de plus en plus, et par tous les moyens, à cette langue. À travers les paraboles greffées sur toutes les terrasses et les balcons, les Algériens, toutes couches sociales confondues, sont branchés sur les chaînes de télévision françaises. Certes, il y a d’autres canaux pour apprendre la langue. Une pédagogie s’impose. Mais la nouvelle société apprend la langue à sa manière, pour, enfin, la pratiquer à sa manière, aussi.

 

Il y a peu, en février 2015, nous avons perdu deux grands écrivains : Assia Djebar, membre de la prestigieuse Académie française, et Malek Alloula. Tristesse. Douleur. Mais la scène littéraire algérienne nous confirme que la relève est assurée. Inexorablement, une nouvelle génération littéraire s’installe dans la lecture universelle, tantôt tranquillement tantôt douloureusement ! Dans l’attente de gagner et de conquérir un lectorat international, à l’échelle mondiale.