La direction des collèges et des lycées: une affaire d

La direction des collèges et des lycées: une affaire d'hommes?

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Le refus de la mixité après la création des lycées de filles en 1880 nécessite de confier à des femmes des postes de direction. Après la Deuxième Guerre mondiale, la proportion des directrices parmi les chefs d'établissements du second degré ne cesse de diminuer alors que la féminisation progresse chez les professeurs. Ce livre montre que chez les personnels de direction, les carrières des femmes, malgré leur niveau de diplôme, sont moins promotionnelles que celles de leurs collègues masculins.

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Ajouté le 01 octobre 2008
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EAN13 9782296206717
Langue Français
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La direction

des collèges et des lycées:

une affaire d'hommes?
Genre et inégalités dans l'Éducation nationale

Savoir et Formation Collection dirigée par Jacky Beillerot (1939-2004,) Michel Gault et Dominique Fablet
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Dernières parutions Philippe CROGNIER, VAE et professionnalisation des travailleurs sociaux, 2008. Bernard BALAS, L'apprentissage de la langue écrite par les adultes, 2008. Laurent TALBOT (coord.), Les pratiques d'enseignement. Entre innovation et tradition, 2008. Françoise GUILLAUME, L'enfant: petit homme ou petit d'homme ?, 2008. Dominique FABLET (coord.), Intervenants sociaux et analyse des pratiques, 2008. Xavier SORBE, Cinq défis pour l'école. Réflexions et propositions en faveur du système éducatif, 2008. Philippe SARREMEJANE, Faire l'histoire des théories pédagogiques et didactiques, 2008. Sébastien PEYRA T et Boris OZBOL T, La guerre des normes, enquête au cœur des collèges de cités difficiles, 2007. Jean-Luc PRADES (dir.), Intervention participative et travail social, 2007. antisémitisme Fabrice DHUME-SONZOGNI, Racisme, et « communautarisme » ?, 2007. André PACHOD, La morale professionnelle des instituteurs. Code Soleil et Ferré, 2007. Yves REUTER, Une école Freinet, 2007. Martine FIALIP-BARA TTE, La construction du rapport à l'écrit. L'écriture avant l'écriture, 2007.

Marlaine CACOUAULT-BITAUD

La direction

des collèges et des lycées:

une affaire d'hommes?
Genre et inégalités dans l'Éducation nationale

L'HARMATTAN

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-06401-0 EAN : 9782296064010

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier la FEN-UNSA qui par son soutien financier a permis la réalisation de ce travail qui porte sur des personnels de direction femmes et hommes en activité dans les années 1990. J'étais alors maître de conférences à l'Université de Bourgogne dans le département des Sciences de l'Éducation et membre de l'IREDU-CNRS. Nos remerciements s'adressent également à toutes celles et à tous ceux qui ont accepté de remplir un questionnaire d'enquête. Le nom de l'établissement dirigé et son adresse ne figurent pas ici afin de préserver l'anonymat des répondant(e)s. Les réponses ont été le plus souvent précises et développées, nous sommes consciente du temps qui fut ainsi dérobé. Certains et certaines l'ont d'ailleurs souligné, tout en nous prodiguant des encouragements. Un rapport a été publié dans Les Cahiers du Centre Henri Aigueperse en 1999, il est épuisé à l'heure actuelle. Une nouvelle publication de ce texte a donc paru nécessaire afin de tenir à la disposition des personnes intéressée e)s les principaux acquis de la recherche. En conséquence, nous exprimons notre gratitude aux Éditions L'Harmattan et tout particulièrement à Michel Gault et à Nicole Mosconi. Enfin, nous avons bénéficié de la collaboration de collègues et amiee)s qui nous ont fourni non seulement une aide technique au cours de l'exploitation des matériaux d'enquête, mais encore l'occasion d'échanger des idées, les opérations techniques étant, c'est bien connu, inséparables d'une réflexion sur l'objet même de la recherche et sur la problématique adoptée. Nous songeons ici tout particulièrement à Agnès Pelage avec qui le questionnaire a été discuté et à Frédéric Charles qui a procédé à la saisie informatique des données. Anne-Marie Dutertre a collaboré à la diffusion des questionnaires, à la réalisation des entretiens et aux opérations de codage.

INTRODUCTION

Dans le contexte français, les postes de direction des établissements secondaires sont occupés pour la majorité par d'anciens professeurs. Traditionnellement, la fonction de chef d'établissement est considérée comme une forme de promotion accessible à tous les enseignants, à condition de satisfaire à certaines exigences du point de vue de l'ancienneté, des titres et des qualités personnelles. Non seulement les femmes n'ont pas été écartées de ces postes, mais elle furent placées délibérément à la tête de tous les lycées et collèges féminins, jusqu'à la généralisation de la mixité en 1975. Or, malgré la légitimité acquise tout au long du vingtième siècle et l'élévation constante du taux de féminisation chez les professeurs agrégés et certifiés après la dernière guerre, on observe un phénomène de masculinisation des postes de direction aussi bien dans les collèges que dans les lycées. Les effectifs de femmes placées à la tête des établissements n'ont cessé de baisser entre 1950 et 1980, comme nous le verrons dans un premier chapitre. Dans les années 1990, l'administration scolaire est avant tout une "affaire d'hommes": les personnels de direction, chefs et adjoints, ne comptent que 30,5% de femmes en 1994-1995, les enseignants du second degré (toutes catégories confondues) 63,8%. L'appellation «personnel de direction» adoptée à partir de 1988 a pour effet de masquer des disparités qu'il est important de mettre au jour. La recherche présentée ici avait donc pour but d'expliquer ce phénomène et d'étudier les processus d'accès à des positions qui supposent l'exercice de l'autorité et qui impliquent des tâches d'encadrement. Il s'agissait de retrouver le déroulement des carrières et de comparer les trajectoires de femmes et d'hommes interrogés par questionnaire et entretien ainsi que les représentations concernant l'exercice du métier de chef d'établissement ou d'adjoint. Les adjoints des deux sexes ont été considérés comme des chefs potentiels. En nous appuyant sur ces constats, nous avons formulé une double interrogation: - quels sont les freins ou les incitations à la promotion qui relèvent de facteurs institutionnels comme les modalités d'accès aux fonctions et d'avancement dans la carrière? - comment jouent les représentations et les démarches -ou les renoncements- des intéressées elles-mêmes, étant donné qu'il faut demander un poste de direction pour l'obtenir?

Il est cohérent de penser qu'un phénomène d'auto-exclusion écarte une partie des professeurs de la compétition pour les postes de direction. Les travaux menés sur les enseignants de type lycée (on ne dispose pas d'étude équivalente sur les professeurs d'enseignement général de collège ou PEGC), montrent en effet qu'il existe plusieurs profils d'enseignants qui correspondent à des formations, à des conceptions, à des pratiques du métier et à des modes de vie hétérogènes (Cacouault, 1986; Chapoulie, 1987 ; Hirschhorn, 1993; Cacouault-Bitaud, 2007). En outre, une image ambivalente s'attache en France aux fonctions administratives, le chef d'établissement ou l'adjoint étant soupçonné par ses collègues enseignants d'avoir "fui" l'épreuve de la classe pour "se réfugier" dans un bureau. Même si cette image est devenue moins prégnante à mesure que les missions du chef d'établissement se complexifiaient et que ses responsabilités augmentaient, il apparaît que de nombreux professeurs ne sont pas attirés par ce type de promotion ou d'évolution dans la carrière 1. En conséquence, celles et ceux qui accèdent aux fonctions de direction auraient en commun des caractéristiques sociales, professionnelles et personnelles qui les distinguent de leurs collègues restés dans l'enseignement. La comparaison toutefois ne s'arrête pas là car les chefs d'établissement forment un groupe mixte où les femmes se trouvent minoritaires. Aussi, avons nous formulé une deuxième hypothèse: les itinéraires des administratrices ressemblent à ceux de leurs homologues masculins sous certains angles, mais ils présentent aussi des traits originaux qui expliquent, par ricochet, la sous-représentation du personnel féminin. Cette perspective implique de prendre en compte les traits de la vie personnelle et familiale au même titre que ceux de la vie professionnelle, dans le cas des hommes et dans celui des femmes. En effet, les facteurs liés à la vie personnelle jouent non seulement sur le rapport à la promotion, mais encore sur l'exercice et l'interprétation du métier, interprétation qui peut conduire des enseignante e)s à solliciter un poste de direction. Un divorce, par exemple, constitue un facteur déterminant pour une femme professeur qui hésitait dans une phase antérieure de sa carrière et de sa vie familiale à emprunter cette voie. La négociation au sein du couple n'a plus lieu d'être, la qualité de femme seule avec des enfants ne constitue pas un obstacle, au contraire, puisque la mère réside sur son lieu de travail. Les reconversions, ou semi-reconversions (l'enseignante qui devient personnel de direction a déjà une connaissance du milieu de travail) sont
1 L'enquête par questionnaire menée par nous même auprès d'enseignants du secondaire entre 1993-1994 et 1994-1995 montre que les candidats à un poste de direction sont peu nombreux parmi les 250 personnes interrogées. Les justifications données par ceux et celles qui n'envisagent pas cette éventualité sont le manque d'intérêt pour la fonction, le sentiment de ne pas avoir les capacités nécessaires, le manque de goût pour les tâches administratives et l'autorité, la préférence pour l'enseignement. 10

préparées, que l'intéressée en soit parfaitement consciente ou non. C'est pourquoi nous utilisons la notion de stratégie à laquelle se rattache l'idée de plan élaboré en vue d'une fin et, si l'on se réfère à l'étymologie, en vue de gagner une bataille! Nous ne voulons pas dire que le passage dans l'administration a été un projet délibéré, résultant d'un calcul qui aurait pris en compte tous les coûts et bénéfices de l'opération. L'hypothèse retenue est la suivante: une opportunité s'offre aux professeurs et à d'autres catégories de fonctionnaires (parfois sous forme de sollicitation directe et personnalisée), cette opportunité n'est saisie, et ne peut être saisie, que par celles et ceux qui possèdent des dispositions particulières, dispositions construites tout au long d'une histoire individuelle et collective. D'où la nécessité de s'intéresser, entre autres, à la famille d'origine et d'appartenance, aux activités qui se déroulent hors de l'espace et du temps scolaire. Pour se contenter d'un exemple, le type de qualification acquise dans l'enseignement et dans la vie associative influe sur la décision de devenir chef d'établissement pour les femmes aussi bien que pour les hommes. Or l'investissement dans les associations et les organisations réclame une disponibilité qui dépend, en partie du moins, de l'état des rapports sociaux entre les sexes dans le couple et la famille. Les usages du temps dans la sphère professionnelle entendue au sens large (le militantisme syndical, par exemple, y est rattaché) ne sont pas sans effet, et réciproquement, sur les usages du temps dans la sphère domestique. Enfin, les différences de trajectoires chez les chefs d'établissement sont susceptibles de créer des inégalités sur le plan des salaires. Pour ce qui est des différences de revenus entre sexes, nous disposons de données sur les postes occupés par les unes et par les autres. On sait que les établissements sont classés selon plusieurs catégories et qu'une partie des émoluments versés dépend justement de la catégorie attribuée à l'établissement. Cette orientation générale de la recherche et ces hypothèses de travail ont des implications méthodologiques que nous allons préciser maintenant. Des compléments d'information sur l'enquête sont par ailleurs proposés en annexe. L'importance accordée à la dimension de l'histoire personnelle, qui se trouve être aussi celle des groupes sociaux dont sont issus les chefs d'établissement et auxquels ils se rattachent, la valeur explicative conférée à la dynamique des rapports sociaux entre les sexes, impliquent des instruments de recherche appropriés. Un questionnaire a été adressé en 1994 aux personnels de direction de trois académies, Dijon, Orléans-Tours et Paris. Les académies ont été choisies en raison de leurs caractéristiques propres. L'académie de Dijon comporte des départements ruraux et des zones qui connaissent un déclin industriel. Orléans-Tours est également une académie "rurale" mais elle est plus riche en villes universitaires et en lycées qui accueillent des classes préparatoires. Les villes d'Orléans et de Tours sont relativement proches de 11

la capitale. Paris est davantage "la ville dont le chef d'établissement est une femme", avec un taux de féminisation des personnels de direction égal ou supérieur à 40% alors que 25% des proviseurs (et 23,5% des principaux) sont des femmes dans l'académie d'Orléans-Tours l'année de l'enquête, 12% des proviseurs et 21% des principaux dans celle de Dijon (Annexe, tableau I). L'enquête par questionnaire visait à recueillir des données sur plusieurs aspects des itinéraires personnels et des carrières. Une série de questions portait sur le statut professionnel et l'activité des ascendants et des conjoints, sur les diplômes des frères et sœurs ainsi que sur la profession exercée. Ces données permettent se situer les familles d'origine et les enquêtés eux-mêmes par rapport aux phénomènes de mobilité sociale et en fonction de valeurs qui caractérisent tel ou tel milieu. On se demandait notamment si les fonctionnaires étaient nombreux dans ces familles et si l'attachement au service public représentait une tradition pour une partie au moins des personnes interrogées. On sollicitait aussi des informations sur la gestion du quotidien (recours ou non à une aide ménagère) et sur l'investissement dans la vie collective et publique, qu'il s'agisse des pratiques en vigueur dans les milieux d'origine ou chez les chefs d'établissement et adjoint(e)s interrogés. Il était important de savoir si le travail salarié était fréquent chez les mères, si les femmes personnels de direction de leur côté ont l'habitude de confier des tâches domestiques à une personne rémunérée. Un deuxième ensemble de questions portait sur la qualification académique et professionnelle, étant entendu que les chefs et les adjointee)s sont titulaires de diplômes et ont occupé une autre position avant d'accéder à la direction d'établissement. Des questions avaient pour objet le déroulement de la carrière d'enseignant et de personnel de direction, les stages de formation suivis, les aspirations en matière de demandes de mutation. Un troisième volet concernait le rapport à la profession, c'est à dire les représentations du rôle professionnel d'une part, l'expérience concrète du métier d'autre part. Des disparités sont-elles observables en fonction du type d'établissement, de l'histoire professionnelle et du sexe? Les répondante e)s étaient libres de formuler dans leurs propres termes les opinions qui touchaient à la fonction de direction, à leurs motivations personnelles, au rôle qu'ils estimaient devoir ou pouvoir jouer. Les termes employés fournissent un matériau précieux pour l'analyse et l'interprétation, nous pensions qu'ils étaient susceptibles de varier en fonction de l'âge et du sexe. L'attachement au service publique, par exemple, est-il plus fréquemment exprimé par les personnes les plus âgées? Les femmes valorisent-elles plus que les hommes l'aspect relationnel de leur métier en vertu d'une "culture féminine", fruit de la socialisation dans la famille et dans d'autres lieux de formation? 12

Les analyses présentées ici s'appuient sur l'exploitation de 361 questionnaires, 137 ont été remplis par des femmes et 224 par des hommes. Toutefois, la récurrence de certaines réponses et la possibilité de les quantifier n'épuise pas la quête du sens. Si l'on a décidé d'être attentif à la succession des événements qui déterminent le choix d'une "seconde carrière", seul l'entretien à caractère biographique permet d'évaluer le poids de tel ou tel événement (devenu facteur explicatif), la signification d'une pratique ou d'une situation (le fait pour une adjointe, par exemple, de considérer cette position comme définitive). Le divorce, nous y avons déjà fait allusion, peut modifier les projets et la carrière des femmes; il est difficile de savoir à partir des réponses au questionnaire comment et quand cette rupture a joué. S'agissant des conceptions du métier, l'importance accordée par l'interviewée e) à tel ou tel thème au cours d'un entretien semidirectif indique qu'il ou elle privilégie un aspect de la pratique quotidienne, par exemple les relations avec les partenaires extérieurs à l'établissement ou la connaissance rapprochée des élèves. Vingt-cinq entretiens approfondis ont été menés avec des proviseurs, principaux et adjoints, hommes et femmes2. Par ailleurs, des documents officiels ont été analysés. En effet, les modalités de recrutement et d'avancement des chefs d'établissement et adjoints sont fixées dans le cadre d'un statut, l'administration centrale précise ses exigences en matière de diplômes et d'expérience professionnelle, elle définit des possibilités de promotion. Les textes législatifs, en outre, rappellent les obligations auxquels les personnels sont assujettis ainsi que leurs droits. Il est important de repérer les changements qui affectent ces dispositions car les circulaires brossent le portrait du fonctionnaire idéal aux yeux de l'administration, et de celui qu'elle consent à recruter pour faire face aux besoins. Des mesures sont prises également en fonction des revendications émises par le corps de professionnels concerné. Nous allons préciser dans une première partie quelles sont les conditions de recrutement des responsables dans les établissements secondaires, depuis la création des lycées au XIXème siècle. Avant la deuxième guerre mondiale, des lycées et des collèges publics préparent les élèves au baccalauréat. Des postes de proviseur et de censeur sont prévus dans les établissements pour garçons, fondés en 1802, des postes de directrice dans les lycées et collèges de jeunes filles après 1880. Les réformes opérées pendant la guerre (les écoles primaires supérieures ou EPS sont intégrées aux collèges modernes) et à partir des années 1960, vont entraîner des modifications. Les collèges comme les lycées accueillent des élèves de premier cycle et leur nombre s'accroît. Enfin, une série de
2 Pour cette réédition de notre rapport de recherche, nous avons féminisé les noms de fonction dans le texte (proviseure, principale), mais nous n'avons pas modifié ce qui était écrit ou dit par les personnes interrogées qui, à l'époque de l'enquête et peut-être encore à l'heure actuelle, utilisent le masculin. Le terme professeur n'a pas été féminisé. 13

dispositions réglementaires autorisera progressivement l'extension de la mixité qui deviendra une obligation dans tous les établissements d'enseignement public en vertu de la loi du Il juillet 1975. Ces changements ont bien entendu des répercussions sur les corps enseignants et sur les chefs d'établissement qui en sont issus. En évoquant le passé des fonctions étudiées, nous mettrons l'accent sur la volonté institutionnelle de distinguer les directrices des proviseurs. Le but ici n'est pas de reconstruire l'histoire de l'administration scolaire et de son personnel, mais de souligner la continuité qui caractérise les critères adoptés pour le choix des chefs d'établissement. Cette continuité, qui se traduit par la volonté de recruter des enseignants sur les postes de direction, n'est pas a priori un facteur d'exclusion des femmes, bien au contraire. En même temps, le recul historique permet d'appréhender des changements qui concernent les agents ou l'institution et qui ne seraient pas sans conséquence sur les chances d'accès des enseignantes aux fonctions d'administratrice. Ainsi, l'Éat a transféré depuis les lois de décentralisation un grand nombre de compétences aux collectivités locales, notamment dans le domaine de l'enseignement; les relations et les négociations avec les pouvoirs locaux sont-ils plus difficiles pour les femmes que pour leurs collègues masculins? Existe-t-il des lieux, des contextes où le "chef" dans l'esprit des usagers de l'école et des partenaires extérieurs est censé être un homme? Notre étude se divise en quatre parties. La première porte sur le cadre législatif qui régit les fonctions étudiées, la seconde s'intéresse aux caractéristiques socioprofessionnelles des personnels de direction, la troisième au déroulement des carrières, la dernière partie focalise l'attention sur les représentations et l'expérience du métier. La conclusion sera prolongée et enrichie dans le cadre de cette publication par un bilan de la présence des femmes et des hommes au sein du personnel de direction des établissements secondaires (collèges et lycées d'enseignement long) dans les années 2000. La répartition selon le sexe et la fonction sera considérée dans un cadre national et dans deux académies qui offrent des traits contrastés. Les lectrices et les lecteurs pourront ainsi juger des progrès accomplis et du chemin qui reste à faire pour que les femmes se sentent aussi légitimes que les hommes dans les fonctions d'encadrement.

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" 1ère P ar t le

Entre tradition et changement: la fonction de chef d'établissement dans différents contextes de création et de réforme des institutions scolaires

Chapitre I Proviseurs et Directrices de lycée aux XIXème et XXème siècles

Le lycée de garçons institué sous le Consulat de Bonaparte en 1802 devance le lycée de filles qui verra le jour presque un siècle plus tard en 1880. Les textes législatifs précisent la manière dont les établissements doivent être administrés, les fonctions créées dans cette perspective, et les exigences de l'Administration centrale concernant le recrutement des fonctionnaires. Ces rappels historiques serviront à décrire ce qui constitue en France une tradition, des principes et des critères qui ont été maintenus dans une large mesure jusqu'à l'époque actuelle. Les formes de la division du travail entre les membres de l'administration, d'une part, une définition de la qualification et des compétences des proviseurs et des censeurs d'autre part, apparaissent en filigrane à la lecture des lois et décrets publiés au XIXème siècle et dans les premières décennies du vingtième. Nous verrons dans la suite du développement comment sont indiquées de la même façon les règles qui fixent le recrutement des directrices et les attentes de la hiérarchie à leur égard.

1.1 Proviseurs et censeurs des Lycées de garçons après 1802 Conformément à la Loi du Il Floréal an X, 1er mai 1802, "l'administration de chaque lycée (est) confiée à un Proviseur", mais cette administration est "collégiale comprenant le proviseur, le censeur et le procureur gérant les affaires de l'école". Néanmoins, les pouvoirs de la direction sont importants puisque le proviseur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel, "tous les autres fonctionnaires lui sont subordonnés en ce qui concerne leurs fonctions". Il donne des ordres et attend du censeur qu'il lui rende compte de la manière dont se déroule la vie quotidienne dans l'établissement: "le censeur est le surveillant spécial et immédiat de tout ce qui concerne l'enseignement et la discipline. Il reçoit ses ordres du proviseur, et lui rend compte de l'exécution". La division des tâches et des responsabilités entre chef et adjoint est clairement définie dans cette Ordonnance de 1821. Le censeur exerce une surveillance rapprochée sur les élèves et les maîtres d'études, qui de leur côté écrivent des rapports sur la conduite et le travail des enseignés; en collectant les notes des

professeurs qu'il remet au proviseur "le samedi soir", il permet à ce dernier de contrôler, fût-ce indirectement, l'activité des enseignants. Le censeur, en conséquence, cumule des tâches de surveillance et d'organisation, ou de contrôle des enseignements, qui seront réparties à la fin du siècle entre luimême et le surveillant général. Le proviseur a la lourde responsabilité de faire vivre une institution nouvelle (les Directrices seront placées dans une situation identique), aussi doit-il entretenir des relations avec l'extérieur, parents d'élèves, notables locaux, supérieurs hiérarchiques. Les desiderata de l'administration en matière de qualification et de compétences des futurs proviseurs correspondent à l'étendue des missions qui leur sont confiées. La qualification exigée pour devenir chef d'établissement est liée aux diplômes et à l'expérience professionnelle acquise dans un emploi d'enseignant. On distingue ici qualification et compétence en utilisant chacune de ces notions dans le sens suivant: - le futur proviseur est qualifié pour une fonction de direction s'il possède des diplômes et des titres, c'est la qualification académique, et s'il a exercé pendant quelques années comme professeur - il est compétent aux yeux de l'administration de tutelle s'il a manifesté en tant que professeur des qualités et des aptitudes vérifiables par l'observation dans le cadre scolaire, par le biais d'une inspection et de rapports établis par l'autorité locale. Qualités professionnelles et qualités personnelles sont ici étroitement imbriquées, le savoir-faire pédagogique étant allié au sens moral et à celui des convenances: "Tel professeur qui, tout en dirigeant habilement les exercices de sa classe, sait réprimander sans emportement et louer sans faiblesse, qui s'empare de l'esprit des enfants en excitant dans leur âme des sentiments nobles et purs, qui les moralise en instruisant et enfin qui apporte dans ses relations avec ses collègues et le dehors, le tact et la prudence, principales qualités de l'administrateur, celui-là peut être hardiment placé à la tête d'une maison d'éducation" (Gerbod, 1965). Le statut professionnel n'est pas sans effet sur la condition personnelle des professeurs, et surtout des administrateurs, puisqu'en 1842 la majorité du personnel (52,6%) est célibataire, et presque la moitié encore en 1880 (45%)" (Prost, 1967). En 1902, un décret relatif aux conditions de recrutement des proviseurs de lycées et des principaux de collèges communaux publié dans le Bulletin Administratif, rappelle que le comité consultatif de l'enseignement public assisté des recteurs, donne son avis sur toutes les candidatures aux fonctions de proviseur. Le recteur assisté des inspecteurs d'académie donne son avis sur les candidatures aux fonctions de principal. Du point de vue des titres, des grades et de l'expérience professionnelle, l'agrégation est exigée ainsi qu'une ancienneté en qualité de professeur titulaire de lycée pour devenir 18

proviseur; il faut posséder la licence et une expérience d'enseignant titulaire de collège ou de chargé de cours de lycée, pour occuper un poste de principal. Toutefois, l'ancienneté dans la fonction de censeur permet à une minorité de ces fonctionnaires d'accéder au rang de proviseur sans être agrégé ("dans la proportion maxima d'une nomination sur trois"). Les chefs d'établissement continuent de faire partie d'un corps de professeurs: "tout proviseur est rangé, s'il ne l'est déjà, dans une classe de l'ordre des professeurs de lycée et reçoit le traitement afférent à cette classe. Il peut obtenir des promotions dans les mêmes conditions que les professeurs, mais sur un crédit distinct de celui qui est affecté aux promotions des professeurs. Outre le traitement fixé ci-dessus, les proviseurs reçoivent une indemnité de direction... ". Une certaine stabilité dans le poste est souhaitée par l'administration, il est permis de demander une mutation à condition d'avoir effectué cinq ans au moins dans le même établissement. Les mesures énoncées vont perdurer jusqu'à la deuxième guerre mondiale, et même au-delà. Le proviseur doit être un agrégé, on admet toutefois dans la fonction un petit nombre de censeurs et de principaux de collèges qui ne possèdent pas ce titre mais justifient d'une longue expérience professionnelle. En 1918, un décret étend la possibilité de devenir proviseur "dans la proportion maxima d'une nomination sur dix... aux principaux de collèges importants justifiant de dix ans de principalat". Cette prise en considération des caractéristiques de l'établissement mérite d'être soulignée. Toutefois, une circulaire de 1945 relative à l'établissement de la liste d'aptitude aux fonctions administratives de l'enseignement secondaire, stipule qu"'il y aurait intérêt à retenir si possible une proportion élevée d'agrégés en vue des fonctions de proviseur, directrice et censeur des études". On notera au passage l'emploi du conditionnel: le proviseur, la directrice, le censeur, sont dans l'idéal des agrégés, mais il sera sans doute nécessaire de puiser parmi les non-agrégés qui ont l'habitude des fonctions administratives. De fait, selon le tableau de classement des proviseurs, censeurs et directrices de lycées au 31 décembre 1951, 72% des proviseurs sont des agrégés, 28% des licenciés ou certifiés; le pourcentage des Normaliens s'élève à 5% seulement (Sazerat, 1986). Les élèves de la rue d'Ulm ont déserté la fonction de proviseur de lycée. Au cours des décennies qui suivront, ce sont les agrégés qui montreront de moins en moins d'intérêt pour cette position. Ainsi, en 1976-1977, les proviseurs agrégés ne représentent que 21% de l'effectif des chefs d'établissement3. Par voie de conséquence, des hommes et des femmes moins titrés se verront offrir des
3 Source: Statistique du personnel de direction, lycées classiques, modernes et techniques, personnel à service complet, France métropole, année 1976-1977. MEN, Sous-Direction des enquêtes statistiques et des études. 19

possibilités de promotion par le biais d'une carrière dans l'administration scolaire. Deux périodes se dessinent, en résumé. La première correspond aux années de fondation, les pouvoirs du proviseur sont très étendus, il doit montrer "la gravité de ses mœurs" et son aptitude aux relations sociales. Au cours d'une seconde période, à partir des années 1880, l'institution se définit par une grande stabilité (les effectifs d'élèves augmentent peu), les administrateurs se répartissent les tâches, ce sont désormais des hommes mariés. Les lois qui régissent le recrutement des directrices après 1880 sontelles identiques à celles qui organisent l'accès des proviseurs à la fonction de chef d'établissement? Les attentes de l'administration centrale sont-elles les mêmes quand il s'agit des femmes et des hommes, des lycées féminins ou masculins?

1.2 Les directrices des lycées de jeunes filles après 1880 Le refus de la mixité chez les élèves et chez les professeurs impose l'organisation d'un corps enseignant féminin et l'ouverture aux femmes de la fonction de direction. L'absence de mixité est en ce sens-là positive pour les diplômées: le professorat constitue quasiment l'unique débouché professionnel au début du siècle et même entre les deux-guerres, la position de directrice est l'une des rares fonctions d'encadrement et d'autorité accessible à la gent féminine. Comme l'a établi Guy Thuillier, l'administration n'était pas favorable à l'attribution d'emplois à responsabilités aux femmes autour de 1914, arguant d'un "lien indissoluble entre l'exercice des droits politiques et l'exercice d'une fonction publique". Il fallait, prétendait-on, avoir satisfait aux obligations militaires qui ne concernaient que les hommes. On trouvait quelques inspectrices générales des services administratifs au Ministère du Travail (chargées, comme par hasard, des établissements de bienfaisance et des services d'assistance), des inspectrices du travail, 19 en 1914 sur 114 inspecteurs, et elles étaient assimilées à des sous-chefs de bureau de l'administration centrale (Thuillier, 1988). Le personnel de l'enseignement secondaire en 1887 compte 633 fonctionnaires femmes (les hommes sont presque dix mille à cette date, avec les maîtres d'études) ; il n'en compte que 1647, tous types d'établissements confondus, en 1907 (Mayeur, 1977 ; Prost 1967). Au moment où les lycées féminins viennent d'être créés, le vivier des directrices est défini de façon large car on ne dispose pas encore d'un assez grand nombre d'enseignantes agrégées susceptibles de pourvoir les postes. Outre les agrégées, les professeurs femmes munies du certificat d'aptitude pour l'enseignement secondaire, de la licence, du certificat d'aptitude à la direction des Écoles normales et même d'un diplôme de fin d'études 20

secondaires des jeunes filles ou d'un brevet supérieur, peuvent être nommées à la tête d'un établissement. Un décalage existe entre les administratrices des lycées de filles et les administrateurs des lycées de garçons: le titre d'agrégé est exigé pour les proviseurs, il est un des titres souhaités, s'il s'agit des directrices, selon un arrêté de 1884, "portant règlement pour les lycées et collèges de jeunes filles". Par ailleurs, la fonction de censeur n'existe pas dans les lycées de jeunes filles avant 1945. Le personnel "se compose de la directrice, de l'économe, des professeurs titulaires ou déléguées, des maîtresses chargées de cours, des institutrices primaires et des maîtresses répétitrices". En conséquence, la définition des tâches est significativement différente dans les établissements féminins et masculins au début du siècle. La directrice a l'oeil sur tous les aspects de la vie du lycée, elle prend part à l'enseignement et "se réserve le cours de morale", alors que la division du travail est plus poussée, nous l'avons vu, dans les lycées de garçons: "La directrice doit surveiller par un contrôle régulier et personnel, l'exécution des mesures prescrites par les règlements, la conduite et le travail des élèves, la marche et la bonne direction des études. Elle visite les classes et les salles d'études. Elle examine chaque jour lejournal de classe sur lequel les professeurs inscrivent les notes des élèves, et unefois par semaine les cahiers de texte." (Arrêté du 28 juillet 1884) La liste des responsabilités et des tâches de la directrice est impressionnante. Comme le proviseur, elle doit représenter l'institution et inspirer confiance aux parents d'élèves pour qu'ils choisissent l'enseignement secondaire laïque de préférence aux institutions religieuses. Les supérieurs hiérarchiques, inspecteurs, recteurs, accordent une importance particulière à la "moralité" et à la "distinction" des directrices. Le célibat est bien vu car on craint la présence d'un mari qui s'occuperait de politique, par exemple, à l'intérieur du lycée (Mayeur, 1977). La fonction à ses débuts est donc marquée au sceau du féminin: les exigences de qualification académique sont moindres que pour les hommes, le volume de travail "domestique" est plus important. On met davantage en avant pour les femmes "le jugement, le cœur, la fermeté et l'élévation du caractère, la bonté, le dévouement sans bornes, et cette sollicitude toute maternelle qui s'applique à préserver de toute souillure ce qu'il y a de plus précieux chez une jeune fille" (rapport d'un recteur cité par Françoise Mayeur). Il s'agit non seulement d'instruire les élèves, mais encore d'avoir sur elles une influence morale et de les surveiller; l'objectif des lycées de filles n'est pas de former des femmes qui exerceront une profession, mais des épouses et des mères "éclairées". Il n'est pas question de favoriser une émancipation par le savoir qui conduirait à mener une vie de "femme libre". Une certaine élégance est néanmoins bien vue chez une directrice si l'on n'a 21

pas affaire à une jolie femme trop séduisante: la figure de la tentatrice et de la mondaine perturbe la société locale. Jeanne Ancelet-Hustache dresse un portrait de "Madame la Directrice" dans son recueil de souvenirs, Lycéenne en 1905. Elle souligne que toute la charge du lycée de Dijon, qui abrite un internat, repose sur la directrice, secondée par une Surveillante générale. Madame la Directrice est une Sévrienne, agrégée, fille d'instituteur, elle a effectué une promotion intellectuelle et sociale grâce à l'excellence de ses résultats scolaires. Elle "suit la mode et change souvent de toilette". Elle emmène les élèves au théâtre ou au concert, elle est "prête à accueillir à tout moment, même en plein travail, n'importe laquelle de ses internes", elle visite les dortoirs, fait la lecture aux élèves le dimanche soir comme Madame Jules Favre avait coutume de le faire à l'École de Sèvres. Il est clair qu'une telle pratique du métier requiert une disponibilité totale. En contrepartie, la directrice est nantie d'un réel pouvoir puisqu'elle contrôle la vie de l'établissement sous tous les angles; elle a aussi pour mission de superviser l'action pédagogique au cours des années de fondation. Quand la qualification des professeurs augmente, l'autonomie dans le domaine pédagogique dont bénéficient les enseignantes confère à la directrice un rôle de contrôle purement externe. Enfin les rémunérations des chefs sont nettement supérieures à celles des professeurs (selon Françoise Mayeur, "une directrice de lycée agrégée ou licenciée en fin de carrière peut être payée presque deux fois plus qu'elle ne l'aurait été en restant professeur ou chargée de cours de lycée"). L'administration centrale reconnaît par là même au cours des premières décennies de l'enseignement féminin l'importance qu'elle accorde à la réussite du nouvel enseignement et les efforts qu'elle exige des femmes qui dirigent les établissements. À partir du moment où le lycée de jeunes filles devient une institution reconnue et avec lui son personnel, une fois réalisée l'assimilation à l'enseignement masculin après 1924 (Réforme Léon Bérard), les critères de recrutement adoptés pour les proviseurs valent aussi pour les directrices. La qualification académique est considérée comme un atout pour qui a un rôle d'autorité, le chef d'établissement étant ainsi l'égal des professeurs les plus diplômés, primus ou prima inter pares. En 1927, il est dit que les agrégées exerçant ou ayant exercé les fonctions d'enseignement en tant que professeur titulaire de lycée peuvent être désignées pour exercer la fonction de directrice de lycée ainsi qu' "à titre exceptionnel et dans la proportion maxima de deux nominations sur dix, les directrices de collèges de jeunes filles pourvues seulement d'un certificat d'aptitude à l'enseignement secondaire ou d'une licence, qui justifient de dix années de service, dont cinq en qualité de directrices, et qui ont dirigé un établissement important, soit par le nombre des élèves, soit par sa situation dans le département".

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Les titres requis pour diriger les collèges ou les cours secondaires4 sont l'agrégation, la licence, le certificat d'aptitude. Les conditions sont donc les mêmes pour les hommes et pour les femmes, à cette exception près que ces dernières n'ont pas la possibilité de passer du censorat à la direction d'établissement. La circulaire de 1945, déjà citée, recommande de recruter en priorité des agrégées pour les fonctions de direction, dans les établissements féminins. Il est manifestement impossible de reconduire à propos des lycées de filles et de leurs directrices, le découpage par période qui a été retenu pour les lycées de garçons. La phase de fondation où la directrice supervise tout dure jusqu'en 1924, quant au célibat des professeurs et des directrices il est encore fréquent trente ans plus tard (selon les données du recensement de 1954, 56% des professeurs femmes sont des célibataires pour la tranche d'âge 55-60 ans, 47% pour les 45-54 ans, 43% pour les 35-44 ans) (Cacouault, 1984). En 1976, dans les lycées classiques, modernes et techniques, les directrices comptent une proportion plus importante de professeurs agrégés que leurs homologues masculins: 19,1 % des chefs hommes ont le titre d'agrégé, 26,2% des chefs femmes; au sein des proviseurs agrégés on compte 32,1% de femmes alors qu'elles ne représentent que 23,8% des proviseurs certifiés. Le même phénomène est observable pour les censeurs, 39,1 % des femmes censeurs étant agrégées et 35,7 % certifiées. Les femmes sont néanmoins très minoritaires dans l'administration des lycées puisqu'elles ne représentent que 23,5% des proviseurs et 36% des censeurs (Annexe, tableaux III et IV). Quelles sont les étapes de ce qu'il faut bien appeler une masculinisation des postes de direction au cours des décennies de l'après-guerre?

1.3 La masculinisation l'après-guerre

des postes de direction au cours des décennies de

Avant la généralisation de la mixité dans les années 1970, les postes de direction des lycées et collèges de jeunes filles étaient occupés par des femmes. Il y a donc en France une tradition, une figure légitimée par une longue histoire, celle de la Directrice de Lycée ou de Collège communal. On pouvait penser que la présence féminine serait de plus en plus affirmée dans les postes de direction des établissements de second degré, appelés à se multiplier au cours des décennies de l'après guerre. Il semble au contraire que la progression des femmes ne soit pas spectaculaire si l'on s'intéresse aux postes de responsabilité et d'autorité.
4

Les cours secondaires publics destinés aux jeunes filles et organisés dans des locaux
des municipalités, sont institués par Victor Duruy en 1867.

dépendant

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Dans la catégorie A de la fonction publique, elles constituent 46% des effectifs, mais elles n'occupent que 15% des emplois de direction (Rouban, 1995). Dans l'administration de l'Éducation nationale, les femmes occupent dans des proportions aussi restreintes les positions les plus élevées 5. Quand la mixité est devenue la règle dans les écoles, le nombre des femmes chefs d'établissement de second degré a commencé à baisser relativement à celui des hommes, alors que l'effectif des enseignantes du secondaire a augmenté tout au long des années soixante et soixante-dix. En effet, le taux de féminisation des agrégés était de 41,5% en 1950-1951, il atteint 53,7% en 1976 ; chez les certifiés, 45,3% des professeurs sont des femmes en 19501951 et 60% quinze ans plus tard (Cacouault, 1986, 1994). Si l'on tient compte du fait que les professeurs de type collège peuvent être recrutés pour des postes de principaux, la présence minoritaire du personnel féminin dans ces postes continue de faire problème puisque chez les PEGC, la part des enseignantes est égale ou supérieure à celle des enseignants (51,9% en 1960-1961,57,8% en 1975-1976) (Chapoulie, 1987). Il est donc surprenant de constater que la participation des femmes à la direction des établissements de second degré n'a cessé de décroître depuis la dernière guerre. René Sazerat note que parmi les 152 lycées métropolitains recensés au début des années 1950, dix sont mixtes et qu'''un seul lycée mixte, celui de Chalon-sur-Saône, est confié à une directrice". Les directrices représentent 37,5% des chefs d'établissement dans les lycées en 1947 et 31,4% en 1963-1964 (elles sont encore "protégées" par l'absence de mixité) (Annexe, tableau V A). La baisse du taux de féminisation déjà sensible en 1968-1969 (29,4%), se trouve confirmée en 1976-1977 et aggravée en 1983-1984, date où les proviseurs femmes ne forment plus que 23% de la catégorie (Annexe, tableau VI). Quelle place occupent-elles dans les collèges? Ces derniers connaissent en 1959 (Loi Berthoin) et en 1963 (Loi Fouchet) des changements de dénomination qui correspondent à des changements de fonction: le CEG, puis le CES, sera désormais un établissement de premier cycle équivalent des premiers cycles des lycées, qui accueillera tous les enfants à l'issue du cycle primaire. Les données nationales montrent que le taux de féminisation des principaux de collège a baissé légèrement entre 1968-1969 et 1974-1975, passant de 34,6% à 32,4% (Annexe, tableau V B). Par la suite, la présence des femmes diminue régulièrement pour se stabiliser autour de 20% dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. En effet, les principaux de collège sont des femmes pour 24% d'entre eux en 1984, le taux de féminisation des principaux adjoints atteint seulement 26%, alors qu'il s'élève à 42% et 48% chez les conseillers principaux d'éducation.

5 En 1994-1995, 13,5% des recteurs, 16% des directeurs, sous-directeurs et chefs de service sont des femmes. Cf. Repères et références statistiques, MEN-DEP, 1996. 24

En 1990, dans les lycées d'enseignement long, général et technologique, 22% des proviseurs sont des femmes, et le taux de féminisation chez les principaux de collège est de 23%. Les adjointes elles-mêmes ne représentent alors que 36% des censeurs et proviseurs adjoints de lycée (le chiffre est resté stable, toutefois, depuis 1976) et 33% des principaux adjoints des collèges. Ici la présence féminine a plutôt augmenté même si elle est restreinte, passant de 26% en 1984 à 33% en 1990 (Annexe, tableau VI). Les données qui portent sur l'année scolaire 1995-1996, indiquent que les "personnels de direction" du second degré comptent 30,5% d'administratrices; aucune distinction n'est opérée entre les chefs et les adjoints d'une part, entre les types d'établissement d'autre part, ce qui a pour effet de masquer les disparités internes. Le nouveau statut des personnels de direction entré en vigueur depuis 1988 et la volonté politique de ne pas faire de différences entre les établissements (notamment entre les lycées d'enseignement long et les lycées professionnels) détermine ici les critères retenus par la statistique officielle. Tous (et toutes) sont des "personnels de direction", quels que soient la fonction et le poste, tous les établissements sont des "lycées", qu'on y prépare un bac S ou un CAP. Les inégalités de prestige entre les filières continuent pourtant d'exister derrière cette unité de façade (Cacouault et Oeuvrard, 1995). Dans le même ordre d'idée, la présence féminine au sein du personnel de direction varie selon la position occupée, chef ou adjoint, le type d'établissement et sa situation géographique. Ainsi observe-t-on des disparités sensibles entre les académies, celles de Paris et de la Région parisienne faisant figure d'exception, au sens où la masculinisation des postes est nettement moins affirmée que dans le reste de la France. Un examen du tableau VII (en annexe), nous apprend que 20,4% des personnels de direction sont des femmes dans l'académie de Caen, 29% dans celle d'Aix-Marseille, 41,8% à Créteil et 51,8% à Paris au premier janvier 1994. En dehors de Paris, Créteil et Versailles où le taux de féminisation dépasse les 40%, et de Lyon où il s'élève à 34,3%, la part du personnel féminin équivaut généralement à un quart, parfois moins, des effectifs globaux. De fait, les postes de direction, et ceux de chef en particulier, ont été plus souvent demandés ou obtenus par des hommes que par des femmes, alors même que le nombre de postes à pourvoir augmentait.

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