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La recherche philosophique et l'organisation des masters en France et en Europe

De
232 pages
Voici un état des lieux de la formation et de la recherche dans une discipline de sciences humaines, la philosophie, mais il aborde aussi des questions aussi décisives que la place de la philosophie dans la culture, les contenus et les méthodes de la philosophie, et au-delà de la discipline, les questions relatives aux pratiques nationales de la recherche. Il constitue à la fois un livre blanc des réformes en cours en Europe, et une contribution aux débats publics sur les questions universitaires fondamentales.
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La recherche philosophique et l'organisation des masters en France et en Europe

Philosophical research and Master's Degree organization in France and Europe

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Dominique Château, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus Harold BERNAT-WINTER, Nietzsche et le problème des valeurs,2005. Sylvain PORTIER, Fichte et le dépassement de la «chose en soi », 2005. Dominique BERTHET, Jean-Georges CHALl, Le rapport à l'œuvre,2005. Edwin CLERCKX, Langage et affirmation, Le problème de l'argumentation dans la philosophie de Nietzsche, 2005. Augustin BESNIER, L'épreuve du regard, 2005. Pierre GOUIRAND, Tocqueville, une certaine vision de la démocratie,2005. Léopold MFOUAKOUET, Jacques Derrida. Entre la question de l'écriture et l'appel de la voix, 2005. Jean ZAGANIARIS, Spectres contre-révolutionnaires. Interprétations et usages de la pensée de Joseph de Maistre. XIXe -XXe siècles, 2005. Jean-René VERNES, Le principe de Pascal-Hume et le fondement des sciences physiques. François CHENET (textes réunis par), Catégories de langue et catégories de pensée en Inde et en Occident, 2005. Fabien TARBY, Matérialismes d'aujourd'hui, de Deleuze à Badiou, 2005. Fabien TARBY, La philosophie d'Alain Badiou, 2005.

Sous la direction de

Claude Debru et Jean-Jacques

Wunenburger

La recherche philosophique et l'organisation des masters en France et en Europe

Séminaire des 16 et 17 janvier 2004 École Normale Supérieure - Paris

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie

75005 Paris

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa
-

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 TOI'ino
ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadongou 12

1053 Budapest

RDC

Conception. réalisation: Julien LAMY

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00056-8 EAN: 9782296000568

SOMMAIRE

Préface

p. 7

Introduction

p.9

l - La recherche philosophique en Europe

p.13

11-L'organisation des Masters de philosophie en Europe

p.135

III- Comment communiquer? Comment harmoniser?

p.211

Synthèse finale

p.22!

Liste des participants

p.227

PRÉFACE
Cet ouvrage résulte de la rencontre tenue à Paris (École Normale Supérieure de la rue d'Ulm) les 16 et 17 janvier 2004, sur l'initiative des professeurs Claude Debru et Jean-Jacques Wunenburger, sous le patronage du Ministère de l'Education nationale (Direction de l'enseignement supérieur) et du Ministère de la recherche et de la technologie (Mission scientifique, technique et pédagogique). Les responsables remercient d'ailleurs M. le professeur Jean-Marc Monteil, directeur de l'enseignement supérieur, d'avoir accepté de présider l'ouverture du colloque. Ce séminaire fut l'occasion d'une rencontre entre une quinzaine d'enseignants-chercheurs de plus de dix pays européens, avec des représentants français, impliqués, de différentes manières, dans des responsabilités institutionnelles dans le domaine de la formation et de la recherche. Le livre permet de faire un état des lieux de la formation et de la recherche dans une discipline de sciences humaines, la philosophie, mais aborde aussi, à travers les débats retranscrits, des questions aussi décisives que la place de la philosophie dans la culture, les contenus et les méthodes de la philosophie, et au-delà de la discipline, les questions relatives aux pratiques nationales de la recherche, les différents découpages des cursus de formation, les variétés d'autonomie et de centralisation des systèmes universitaires, les formes de contrôle et de validation des formations, la politique d'évaluation des crédits (ECTS), le télé-enseignement et l' e-Iearning, ou la place des langues (en particulier de l'anglais) dans la recherche, etc.

Ce livre veut donc servir à la fois de livre blanc des réfonnes en cours en Europe, et de contribution aux débats publics sur les questions universitaires fondamentales (fonnation et recherche). Il s'adresse donc non seulement aux lecteurs intéressés par le développement universitaire en Europe de la philosophie mais aussi à tous ceux qui, soucieux de réfonnes universitaires générales en Europe, sont conscients des nécessités, des problèmes, des critiques et des enjeux, largement abordés par les participants de ce séminaire international.

INTRODUCTION
Nous constatons que dans chaque pays se met en place un nouveau dispositif de formation avec comme principe l'harmonisation des études, surtout au niveau de Masters, mais il existe toujours à l'heure actuelle une grande disparité dans la mise en œuvre des calendriers et des contenus. Dans ce contexte actuel, en tant que responsables, il a semblé à Jean-Jacques Wunenburger et Claude Debru qu'il était utile de faire un état des lieux pour comparer nos systèmes et nos expériences et cela en vue d'amorcer des échanges qui permettraient de favoriser une meilleure harmonisation dans l'esprit de Bologne. Le Master semble le segment le plus approprié à cette harmonisation car là se trouve la meilleure articulation, comme l'a dit le Directeur des Enseignements Supérieurs, entre recherche et formation. La philosophie est apparue comme une discipline intéressante pour ce genre de démarche, pour plusieurs raisons: d'abord parce qu'elle est, par sa tradition, le plus souvent d'esprit très européen, et qu'aujourd'hui c'est l'une des disciplines les plus ouvertes aux autres disciplines dans la mesure où elle est en contact avec beaucoup d'autres filières dans les sciences et dans les humanités. Pour des raisons circonstancielles tous les pays du processus de Bologne ne sont pas encore représentés ici. Nous sommes heureux, Jean-Jacques Wunenburger et moi-même, de saluer tous les participants qui ont bien voulu faire le voyage jusqu'à Paris, et de saluer tout particulièrement Monsieur Alain Péguy, qui est membre de la Direction générale de la recherche à la Commission Européenne. Monsieur Rainer Gerold, Directeur de l'unité « Sciences et société» à la Commission Européenne, nous

a adressé une lettre concernant l'appel à proposition du programme «Sciences et société », qui a été lancé au printemps dernier par la Commission Européenne à Bruxelles. L'atelier se déroulera en trois sessions. La première session a pour titre «La recherche philosophique en Europe: organisation, tendances et thèmes ». Nous aurons à étudier la diversité des organisations et des orientations, ce qui est certainement une richesse. Au cours des échanges qui ont précédé l'atelier, un certain nombre de questions techniques ont été posées, ce qui ne nous empêche nullement d'aborder des questions plus de fond, plus philosophiques. Parmi les questions techniques se trouvent le financement, l'évaluation, les écoles doctorales, les budgets internationaux, les forces, les éventuelles faiblesses, les avantages et les inconvénients qui sont ressentis dans les pays. Telle est donc la première session, et la manière dont elle est un peu guidée. Chacun est libre de proposer tout autre commentaire utile. A la suite de cette session, nous aurons plusieurs présentations. Jean-Jacques Wunenburger, du Ministère de la Recherche, Jacques Dubucs, du CNRS, parleront de la politique de recherche philosophique en France. Jean Gayon parlera de la situation aux Etats-Unis, et pour finir Lambros Couloubaritsis nous présentera ses réflexions sur les perspectives européennes. La deuxième session «Philosophie au niveau des Masters» sera présidée par Monsieur Walter Tega, Recteur de l'Université de Bologne, et sera organisée d'une manière un petit peu différente: Jean-Jacques Wunenburger donnera une brève présentation de l'état présent des projets de Masters en philosophie dans les Universités françaises, puis chacun des participants pourra donner une description de l'état présent dans son propre

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pays, concernant la réforme de l'enseignement supérieur en général et les Masters en philosophie en particulier. La troisième session: «Comment communiquer, comment organiser? » commencera avec une présentation de Monsieur Alain Péguy sur l'Action Treize de la Commission qui a pour but d'améliorer la perception de la science par la société dans son ensemble. A partir de cela nous pourrons nous interroger sur I'harmonisation entre nos structures, sur ce sur quoi peut porter cette harmonisation: s'agit-il des crédits, s'agit-il des contenus, ces choses-là sont variables et nous verrons comment peut-être les harmoniser. Nous verrons, s'il est possible, à la fin de cet atelier de travail, d'instituer une sorte de comité de pilotage pour le suivi des recommandations qui peut-être, et nous le souhaitons beaucoup, seront élaborées au cours de la dernière session. Nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet avec les présentations de nos collègues des différents pays d'Europe sur les questions à l'ordre du jour et éventuellement sur d'autres points et commentaires. Claude Debru et Jean-Jacques Wunenburger

PARTIE I La recherche philosophique en Europe

11 TABLE-RONDE 1.1/ La recherche philosophique au Danemark Steen Brock (Universitéd'Aarhus) Arne Carlsen (Universitéde Copenhague)
We represent Denmark and I will say a few words on philosophical research and the organisation and funding of philosophical research in Denmark. Denmark is a little country, with no more than 5 million people, but there are actually more than 8 State universities and I will try to count at least more than 15 departments doing extensive philosophical research on various topics: there are 3 traditional philosophical departments where all the disciplines of philosophy are represented. Research is funded mainly by the State, by national programs, although in Denmark the arts and sciences are also supported by the Carlsberg Brewers, and that is a good thing. The National Research Council provides funding and uses 60 % of its funding for personal grants, for both PhD and post-doc students. It uses 30 % of its funding for research centers and there are, I guess, 8 research centers in philosophy in Denmark. Then it uses 10% for various efforts and initiatives towards international co-operation. There is a Danish research school in Philosophy, which is funding and organising PhD courses and PhD studies. I guess there would be some 50 or 60 PhD students in philosophy in Denmark. Probably, there would be something like 2000 students in philosophy in Denmark. The research school has 9 departments or institutions in co-operation, including research in the foundations of mathematics, the history of science and the history of ideas. It is organised in 4 traditional parts: theoretical philosophy; practical philosophy; philosophy

of science; history of science and history of ideas. But if you look at the content of these four pillars, as they call it, you will see that again mathematics and logic is a very central part of what is called theoretical philosophy, and within what is called practical philosophy the philosophy of religion and the philosophy of aesthetics have a big place. Interestingly, and this is new, studies in the philosophy of technology and the philosophy of business is also included. There is a general scheme for the evaluation of research. There is a research center or research institution, which is nationally governed; l think it is still in preparation. l know of no specific department, of no specific research, which has been actually evaluated. But we will all be evaluated, soon, according to what they call international criteria. The National Research Council runs a number of research centers. l will mention a few just to give you an indication on which topics the nation wants to be central in modern philosophy. We have actually two centers for studies in cognition and subjectivity. There is a research center, which is called NAMICONA that means Naturalised Mind Cognition Nature. It performs studies in cognitive sciences and naturalised epistemology. The new tendency is a very important co-operation between philosophers and neuroscientists. But interestingly enough, the other research center in subjectivity and mind is based mainly on a phenomenological approach. But here, again, even if phenomenology in the tradition of Husserl and Heidegger is the basic thing, the research is done in co-operation with neuroscientists and the idea is that the study of subjectivity, so to speak, has different dimensions and it is important that these dimensions are brought together.
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I would say that in Denmark, perhaps because we have at least these three important historical figures, Niels Bohr, Soren Kierkegaard, and Hjelmslev, so I would say that in Denmark, in general, the philosophy of science and the interest in German idealism and the philosophy of language are the three most general philosophical topics. Everyone knows something about that. But there are always new tendencies, and certain areas in Denmark are poorly represented. Unfortunately, these days, many forms of French philosophy are very poorly represented; many kinds of aesthetic studies are poorly represented. But of course there are initiatives and there are good people doing research in these areas as well. So, for instance, there is a new research center which is established and deals actually with two kinds of aesthetic approach: the analytic approach to the arts, where the philosophy of action in an Anglo-American sense is the basic thing; and a research in the philosophy of music, where the process metaphysics of Whitehead and Sellars is basic. In Denmark, the philosophy of medicine, and my colleague here is an example of that, has also a very strong place and also applied ethics. Many philosophers earn their living by being employed at centers for medical research and teaching medical philosophy. There is also a research center, run by my department, called « Center for health, culture and the human being ». A main part ofthat are the organisation and the strategy for healthcare planning in modern society. One last thing, given the occasion. There are two internationally minded or international journals of philosophy published in Denmark. The Danish Yearbook of Philosophy, which is published by the National Research Council. Then there is an other, which is the main Nordic Journal in Philosophy, which is a cooperation between thirty philosophers from all over the
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Nordic countries, including Iceland and Finland (but mainly Helsinki), and we hope someday also the Baltic countries. It is a co-operation between thirty researchers. We publish in French, in German and in English, and we receive actually papers from all over the world. I mention this not just because I happen to be part of it, but there is an urge and a tendency to make Danish philosophy more international and I think, and this will be my last words, that it is both good and also bad that Danish philosophers are so anxious to be in touch and to be in line with what is happening internationally, that we sometimes may forget our own cultural background and forget doing research and publishing things in our own language. In contrast to this, the Soren Kierkegaard Research Center in Copenhagen insists on publishing books on Kierkegaard and on editing and commenting any piece of paper they have found, and urges many philosophers from all over the world to stay in Copenhagen, learn Danish, and in that sense, the study of Kierkegaard is used as an opportunity and an example that you actually can do philosophy in Danish as well

1.2/ La recherche philosophique en Belgique Lambros Couloubaritsis(Universitélibre de Bruxelles)
En Belgique, l'organisation de la recherche se fait au niveau des Universités mais aussi au niveau du Fonds National de Recherche Scientifique, le FNRS. Le FNRS est un organisme indépendant, mais se trouve de plus en plus, au point de vue scientifique, sous la tutelle des Universités. Cela veut dire que les Universités doivent essayer d'intégrer tous ceux qui sont nommés au FNRS, sans quoi l'Université n'a plus la capacité d'avoir des chercheurs supplémentaires. Donc la stratégie doit être que tous les chercheurs qui deviennent permanents, définitifs,
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doivent avoir une politique d'intégration dans les Universités. Au point de vue de l'organisation au FNRS, on trouve trois niveaux: les aspirants (qui ont trois ans effectifs et une année supplémentaire pour préparer leur promotion), les chargés de recherche (deux à trois ans), les chercheurs qualifiés et définitifs. En philosophie, les Universités francophones et flamandes ont actuellement une politique différente. Les Universités néerlandophones essayent de ne plus avoir de chercheurs définitifs. Il faut que tout chercheur soit intégré à l'Université. Les Universités francophones gardent encore le système de chercheurs définitifs, ce qui veut dire que si un chercheur ne parvient pas à entrer à l'Université il peut rester chercheur définitivement. Il y a donc deux stratégies différentes dans les communautés. En second lieu: les commissions sont mixtes, c'est dire qu'aussi bien la commission francophone que néerlandophone comprend des professeurs des autres Universités. Donc tout le monde vote au même niveau. Au niveau de la commission francophone nous avons aussi des professeurs des Universités flamandes. La commission est nationale et non pas régionalisée, ce qui est un des cas rares en Belgique. Deuxième point: les recherches se font aussi au niveau des Universités et là la situation est un peu anarchique parce que la recherche se fait d'abord au niveau des centres, car les centres sont crées en fonction des initiatives personnelles. En effet, ce sont les gens dynamiques qui créent les centres. Ce qui veut dire que nous avons en philosophie des centres qui vont de la bioéthique jusqu'à, par exemple à Louvain, vous avez le Centre Blondel. Donc il est possible d'avoir un centre même avec un philosophe. Il n'est pas nécessaire d'avoir des centres qui soient thématiques ou bien orientés sur des courants de philosophie. Nous avons des centres de phénoménologie, des centres de philosophie ancienne. La
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situation est différente dans chaque Université. Il est très rare que l'on ait des centres semblables, à part la phénoménologie que l'on retrouve maintenant dans les trois Universités francophones. Chez les néerlandophones vous avez tout de même les archives Husserl à Leuven, donc il y a une institution bien ancrée. On ne trouve pas nécessairement l'équilibre. En ce qui concerne la philosophie des sciences, en philosophie il y a une collaboration très active parce qu'il y a aussi les séminaires communs entre les Universités. Mais cela est nouveau. Il y a un niveau qui n'est plus interne à l'Université mais il y a une collaboration. Cela veut dire qu'il y a des séminaires communs, qui vont même, au niveau des Masters et au niveau des Ecoles Doctorales, arriver à être pratiquement communs. Cela est nouveau, commence, fait l'ouverture vers l'avenir. Dernier point: où trouve-t-on l'argent? Cela est important aussi au point de vue des institutions. Les Universités essayent d'avoir une certaine collaboration permanente avec le Fonds National qui donne beaucoup d'argent. Ce sont les commissions du Fonds National qui attribuent une partie de l'argent. Mais le gouvernement, en tout cas chaque gouvernement, donne énormément d'argent au niveau de la recherche, et du côté néerlandophone beaucoup plus que du côté francophone, ce qui signifie que la politique des Universités néerlandophones est une politique de recherche. La politique du côté francophone est une politique de potentiel humain, c'est-à-dire que l'on veut nommer plus de chercheurs. Ce sont deux politiques très différentes. La politique néerlandophone consiste à dire qu'il faut faire des unités de recherche avec plus de chercheurs mais puissantes. La politique francophone est une politique plus socialisante en disant qu'il faut beaucoup de chercheurs et qu'il faut que les Universités se débrouillent pour trouver
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l'argent. Ce qui signifie, dernière chose importante, que l'Université doit essayer de trouver de l'argent dans ses propres budgets et dans les accords ministériels ou autres. L'Europe aussi joue un rôle, mais encore faible, parce que le problème est que nous ne sommes pas capables de demander de l'argent à l'Europe. On ne parvient pas à faire des dossiers. Il faut dire les choses objectivement. Il y a une difficulté sur la question «comment faire des dossiers? ». Nous avons de très grosses difficultés parce que nous ne sommes pas formés pour cela. On fait autre chose, on fait des recherches, on ne peut pas faire du marketing. On a un problème sérieux, on a besoin d'argent mais on a une difficulté objective. Et ce que fait la Belgique au fond c'est que chaque Université a ses propres entrées. Par exemple l'Université de Bruxelles a une technique et une politique avec Cambridge et Oxford. On a des bourses spéciales pour Cambridge-Oxford, par exemple. Et dans ce cas c'est une institution extérieure, une sorte de mécénat, qui donne cet argent. A l'intérieur de l'Université il y a chaque année des bourses. Il s'agit de petits programmes d'un chercheur ou de plusieurs chercheurs. Enfin, dernière chose importante, les centres de recherche sont de plus en plus favorisés parce qu'ils deviennent de plus en plus des unités de recherche officielles de l'Université. Le rôle d'un centre de recherche est d'effectuer des travaux communs avec les autres Universités. Par exemple, dans le cas de mon Centre de philosophie ancienne, nous faisons des

séminaires avec les Universités de Louvain, de Liège, de
Lille. Ce sont des séminaires réels, parce que Lille est dans une proximité géographique. Nous avons donc des accords spéciaux qui se traduisent par plusieurs séminaires de recherche communs. Et nous faisons même des recherches avec l'Université néerlandophone, l'Université flamande néerlandophone. Cela se fait en français. Les Flamands
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souvent parlent français et les francophones ne parlent pas le flamand, donc souvent cela se fait en français, ou bien pour la science cela se fait en anglais. Tout se fait pratiquement en anglais actuellement. Maintenant pour ce qui concerne la Grèce - nous reviendrons sur la question de la Grèce parce qu'elle pose de gros problèmes; au point de vue du programme, je vous dirai cela demain. Quant au processus de Bologne, les Grecs n'ont rien fait pour le moment. Ils en sont presque au point zéro. Les Universités n'ont pas encore commencé à faire des programmes alors qu'en Belgique nous avons terminé le BA, nous sommes à peine au niveau des MA, parce que notre programme en Belgique est un autre programme qu'en France ou dans les pays anglophones: c'est un programme de quatre années. Il faut donc réformer tout le programme. Il s'agit d'une modification complète. Mais pour la Grèce, il n'y a pas encore de décret. En Belgique, les décrets sont à l'étude. Les néerlandophones vont voter le décret en avril, les francophones ne sont pas encore arrivés à un accord. Nous sommes dans une situation extrêmement difficile, et cela pour des raisons non seulement linguistiques, mais souvent confessionnelles en Belgique: il s'agit de savoir comment vont se regrouper les Universités. En Belgique, il existera un regroupement des Universités selon ce qu'on appelle des Académies. Il y aura trois Académies en Belgique, qui vont réunir les neufs Universités. Les Facultés universitaires vont se réunir à ces trois Académies. Pour le moment, la position de la Ministre Françoise Dupuis, qui gère ce dossier qui est bloqué pour le moment, est gênée par le problème des regroupements. Elle a un grand problème parce que les regroupements sont faits entre Liège et Luxembourg, les Universités confessionnelles catholiques se sont unies de leur côté, ce qui pose des problèmes parce que notre
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réaction est qu'il ne faut pas que les regroupements se fassent d'une manière confessionnelle mais qu'ils se fassent pour d'autres raisons. Donc il y a aussi en Belgique cet énorme problème: comment regrouper? Il est important de regrouper pour deux raisons: pour les recherches mais aussi pour des programmes communs à toutes les sections de recherche qui n'ont pas suffisamment d'étudiants, qui ne peuvent pas être financées par le gouvernement, qui seront obligées de se regrouper. Les Universités vont avoir un certain nombre de sections. Imaginons une de ces sections, disons la section classique. Etant donné qu'on a très peu d'étudiants, tout cela va se regrouper dans une Université et une autre Université va prendre une autre section. Cela va se faire au nom des Académies, qui constitueront la nouvelle structure, structure qui va transcender pratiquement les structures universitaires pour toutes les sections de recherche. Cela est important parce que c'est la seule manière de sauvegarder des unités de recherche et où on a très peu d'étudiants. C'est une politique de sauvegarde, par exemple des choses qui paraissent inutiles ou même des choses qui sont de pointe au point de vue de la science, mais qui n'ont pas la possibilité d'avoir beaucoup d'étudiants. C'est donc une politique en vue de sauver les deux. Tel est donc le cadre général dans lequel on fonctionne. La tactique actuellement en Belgique est malheureusement d'avoir deux structures différentes. Le monde néerlandophone et le monde francophone n'ont pas encore de collaboration importante à cause de la langue. Mais dans chaque structure il y a de plus en plus de collaborations. Il y aura donc des regroupements assez importants.

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