5 minutes par jour pour ne plus faire de fautes

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Description

Une méthode simple et des résultats garantis !
La langue française nous tend des pièges au quotidien ! Grammaire, vocabulaire, conjugaison, orthographe et exceptions en tous genres rendent sa maîtrise compliquée. Jean Maillet vous propose une méthode simple, efficace et digeste pour venir à bout des fautes le plus souvent commises.
Chaque jour, Jean Maillet vous propose de consacrer 5 petites minutes à bien intégrer une difficulté orthographique, lexicale ou grammaticale. En partant d'exemples simples et d'anecdotes amusantes, il trouve les mots justes pour vous permettre d'enregistrer une bonne fois pour toutes la règle à retenir pour ne plus faire la faute !
Pédagogique, l'ouvrage de Jean Maillet "Cinq minutes par jour pour ne plus faire de fautes" est une méthode infaillible pour vous améliorer au quotidien.

Un ouvrage ludique et pédagogique qui vous fera faire des progrès rapidement.


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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2018
Nombre de visites sur la page 119
EAN13 9782360755592
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0400 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Direction éditoriale : Stéphane Chabenat
Éditrice : Pauline Labbé
Conception graphique et mise en pages :
Florence Cailly
Conception couverture : MaGwen



Les Éditions de l’Opportun
16 rue Dupetit-Thouars
75003 Paris

www.editionsopportun.comI n t r o d u c t i o n

BIEN PARLER POUR MIEUX VIVRE


La langue française est complexe, son orthographe, anarchique, sa grammaire, pleine d’embûches, sa conjugaison, impossible à maîtriser, bref, c’est
une langue… euh, que dire ?… Quel qualificatif cet apôtre du tout-anglais avait-il employé un soir de débat houleux ?… « Indubitable ? », non, mais
quelque chose de ce genre… « Imbitable », c’est cela : « imbitable » ! Élégant, non ? Au moins reconnaissait-il par ce qualificatif distingué que notre
langue est une maîtresse indomptable, inaccessible à qui veut la posséder sans égards. Chez cet ami, la sévérité du jugement n’était finalement que
l’expression d’un dépit amoureux.
Il confondait aussi complexité et richesse, car la richesse de notre langue peut impressionner les béotiens de telle sorte qu’ils se découragent et
préfèrent finalement opter pour la médiocrité, les approximations, les fautes. Se drapant d’un manteau de dérision doublé de mauvaise foi, ils vous
assènent alors de fausses raisons, des contre-vérités, des arguments totalement éculés comme celui qui, au motif que la langue est vivante, ouvre la
porte à tous les excès, maquille les erreurs en inventions, déguise les fautes en trouvailles et laisse le champ libre aux anglicismes les plus hideux, les plus
inutiles et les plus destructeurs, ceux que je nomme « lexicophages » parce qu’ils prennent la place de mots français plus précis, plus nuancés, plus
subtils, tant de mots qui vont se retrouver dans la basse-fosse d’un lexique oublié, qualifié de « vieilli » ou de « rare » dans les dictionnaires.
Par un bien étrange paradoxe, ces béotiens pensent se glorifier en adoptant les anglicismes à la mode, alors même que, de l’anglais, ils sont
généralement de bien piètres locuteurs. Quant à leur langue maternelle, celle qu’ils trouvent trop complexe et qu’ils revendiquent « vivante », ils la tuent à
petit feu et sont presque fiers d’en être les fossoyeurs.
Je crie donc « halte au feu ! », si petit soit-il. Il faut sauver notre belle langue française, en grand danger de s’éteindre à force d’être agressée. Les
fautes en tout genre se multiplient et s’étalent sur tous les supports médiatiques ; nos chers bavards des ondes hertziennes sont de plus en plus
nombreux à ne pas savoir construire leurs phrases de façon cohérente ; outre les anglicismes destructeurs, ils parsèment leurs interventions de « voilà »,
de « eh bien », de « en fait », ils répètent les tournures exaspérantes jusqu’à l’écœurement, ils font des liaisons là où elles sont interdites, ils ne lient pas
là où il faudrait lier, leur reconnaissance des « h » aspirés est défaillante, leur vocabulaire est indigent, à tel point que souvent, ces parleurs patentés
cherchent en vain le mot juste susceptible d’exprimer leur pensée avec précision, etc.
Pourtant, par qui veut vraiment la comprendre, la bien écrire, la bien lire, la bien parler, la langue française se laisse volontiers dompter ; sa syntaxe
devient alors cohérente, sa conjugaison, logique, sa grammaire, compréhensible. À qui cherche à en remonter le cours, le lexique se précise à la faveur
de l’étymologie et l’on fait de passionnantes découvertes.
En septembre 2014, j’ai publié Langue française, arrêtez le massacre ! J’y ai mentionné les fautes relevées chez ceux dont la fonction est principalement
de parler ou d’écrire. Mieux que de dénoncer journalistes et hommes politiques coupables, j’ai explicité la nature de leurs erreurs en les replaçant, aussi
souvent que possible, dans leur contexte étymologique.
En septembre 2016, Langue française, le massacre continue ! fut édité à son tour, venant compléter mon travail à partir de nouveaux exemples et de
quelques thèmes supplémentaires. Je disposais ainsi d’un inventaire sinon exhaustif, du moins bien rempli et bien représentatif des difficultés les plus
courantes rencontrées par nos concitoyens en matière de langue française. J’ai réparti ces difficultés en séquences regroupant chacune sept chapitres :
« Féminin ou masculin ? », « Pléonasmes », « Solécismes », « Barbarismes », « Anglicismes », « Tournures exaspérantes » et « Pataquès et fautes de
prononciation ». À partir de ce « riche » matériau et à la demande de mon éditeur, Stéphane Chabenat, j’ai réfléchi à la possibilité d’un ouvrage didactique
apte à rendre tout un chacun capable d’améliorer sa maîtrise du français en ne consacrant à ce projet que cinq minutes par jour et ce, pendant deux cents
jours. Vingt-neuf pages d’exercices corrigés permettent de vérifier les progrès accomplis.
Cet ouvrage n’est pourtant ni un traité de grammaire, ni un manuel scolaire, ni même un livre d’exercices type « cahier de vacances » (le bel
oxymore !). J’ai souhaité y joindre l’agréable à l’utile, ayant recours à des historiettes, des anecdotes, des références à certains faits historiques ou
d’actualité, de sorte que la mémoire soit aidée, chaque point de langue étant associé, aussi souvent que possible, à une particularité originale, de
préférence humoristique. Par rapport aux deux ouvrages cités, les exemples sont presque toujours nouveaux, essentiellement empruntés aux journaux et
magazines. Avec une divine générosité, cette presse écrite m’a donné chaque jour mon pain quotidien de solécismes, barbarismes, anglicismes, ceux-là
même qui correspondaient au sujet précisément traité, de sorte que l’on peut suivre l’avancée chronologique de mon travail aux dates de publication des
articles incriminés.
Rêvons ensemble d’une société où chacun s’exprimerait clairement, ayant acquis les moyens de mettre son langage en parfait accord avec sa
pensée. L’invective s’y ferait rare, car l’invective n’est qu’un triste expédient quand le langage est pauvre. La violence s’y atténuerait, car la violence suit
l’invective. Est-ce donc si utopique ?
Que ce livre soit à la fois utile et agréable, telle est mon attente. Son but n’est pas de faire des tribuns de nous tous, ni même des Saint Jean Bouche
d’or, mais au moins nous fera-t-il comprendre que l’aptitude à mettre son langage au service de sa pensée est la garantie du bien parler sans lequel il ne
saurait y avoir d’harmonie entre les hommes. À défaut d’être de brillants orateurs, sachons simplement exprimer nos idées de façon évidente, limpide, et
chérissons notre français, ce bel et riche idiome, modèle de raison et de clarté, qui nous permet d’atteindre un si noble objectif.


J.M., le 8 décembre 2017




Attention ! Dans les pages qui suivent, ce pictogramme rappelant un sens interdit est toujours placé devant un mot fautif ou une phrase incorrecte.
N’empruntez jamais ces voies : elles sont impraticables !

1Solécismes Les chiffres placés en exposant à droite de certains mots renvoient au glossaire situé à la fin du livre.
indiquent les préceptes qu’il serait souhaitable de mémoriser.1
A P O G É E

FÉMININ OU MASCULIN ?



Doit-on dire « un apogée » ou « une apogée » ?
La terminaison « ée » peut nous induire en erreur en nous incitant à choisir le féminin. En effet, ne dit-on pas « u n e allée », « une année », « une
azalée », « une cheminée », « une dictée », « une fée », « une fumée », « une idée », « une journée », « une mosquée », « une orchidée », « une
panacée », « une pensée », « une vallée », « une dragée », « une gorgée », « une plongée », « une rangée », et toute une… flopée d’autres exemples ?
Oui, mais on dit aussi « u n lycée », « un caducée », « un camée », « un mausolée », « un musée », « un prytanée», « un scarabée », « un trophée »
et quelques autres mots d’un emploi plus rare dont « hypogée » (construction, notamment funéraire, située en dessous du niveau du sol).
« Apogée » n’est donc pas une exception, que le mot soit utilisé au sens propre de « point extrême de l’orbite d’un astre par rapport au centre de la
Terre » (en ce sens, son contraire, « périgée », est tout aussi masculin) ou au sens figuré de « plus haut degré ».
Comment donc s’y retrouver ? Existe-t-il un moyen mnémotechnique ? Savoir que ces mots masculins en « ée » sont d’origine grecque ou latine et que
« ée » y est un vestige de la finale latine « eum/eus » ne nous avance guère.
Alors ? Alors, le problème n’est, en l’occurrence, pas si épineux qu’il y paraît puisque la distinction féminin/masculin ne se pose que pour quelques
mots qu’il suffit, en fin de compte, d’apprendre par cœur.
En tout cas, gardons-nous d’invoquer une pseudo-théorie qui voudrait établir un lien entre genre grammatical et sexe (identification sexuelle), attribuant
une masculinité à certains objets ou concepts et une féminité à d’autres : le sexe des mots est aussi irréel que celui des anges et l’on chercherait en vain
dans un mausolée je ne sais quel caractère viril susceptible de s’opposer aux particularités féminines d’une mosquée. En outre, expliquer que le masculin
assume la fonction du genre neutre, qui n’existe pas spécifiquement en français, ne nous permet pas davantage de résoudre notre problème.
Soyons-en donc persuadés : le genre grammatical est, le plus souvent, tout simplement arbitraire, comme l’illustre cette historiette rapportée en 1830
par Dominique Joseph Mozin dans son Florilège d’anecdotes françaises et allemandes :
« Henri IV ayant dit “un cuiller d’argent”, tous ses courtisans se regardèrent. Il consulta Malherbe et lui demanda si cuiller était masculin. “Ce mot,
répondit Malherbe, sera toujours féminin, jusqu’à ce que Votre Majesté fasse un édit qui ordonne, sous peine de la vie, qu’il devienne masculin.” »
Le genre des mots n’a cependant jamais dépendu du bon plaisir des rois, jarnicoton !




Le genre d’un nom n’est pas nécessairement indiqué par sa terminaison.Le genre d’un nom ne marque pas nécessairement l’identité sexuelle de l’être que ce nom désigne.2
Au jour d’aujourd’hui

PLÉONASMES



L’expression est florissante. Elle se glisse dans les interviews, notamment au cours des micros-trottoirs. L’interviewé croit qu’elle lui attribue une
manière de supériorité intellectuelle, de celle que conférerait l’usage des formules dans le vent. « Au jour d’aujourd’hui », voilà qui fait bien, voilà qui en
impose, voilà qui vous distingue du commun des mortels. Illusion ! Prétention ! Vanité ! Plutôt que de vous grandir, « au jour d’aujourd’hui » vous rabaisse
au rang des m’as-tu-vu. Pire, car, au-delà de la pédanterie, de la suffisance, de l’afféterie que dénote son usage, l’expression est linguistiquement
incorrecte. En effet, elle n’est ni plus ni moins qu’un double pléonasme, une affreuse tautologie que le bon Émile Littré avait dénoncée en son temps
dans son Dictionnaire de la langue française : « Le jour d’aujourd’hui, pléonasme populaire et fort peu recommandable. »
Expliquons-nous.
eQuand le mot « aujourd’hui » fut forgé au XIII siècle, il constituait déjà un pléonasme, « hui » étant issu du latin ho die (hoc die voulant dire « en ce
jour »). « Aujourd’hui » signifie donc : « au jour d’en ce jour ». On ne saurait s’exprimer plus lourdement ? Eh bien si, en employant « au jour d’aujourd’hui »
qui équivaut, LITTÉRALEMENT, à « au jour du jour d’en ce jour ». N’en jetez plus !
Certains érudits tenteront d’apporter la contradiction en citant quelques auteurs, Lamartine en particulier qui, en 1820, parle de Dieu en ces termes :

« Il le sait, il suffit : l’univers est à lui,
Et nous n’avons à nous que le jour d’aujourd’hui. »
(L’Homme in Méditations poétiques)

Mais il s’agit là de poésie et le poète a recours à la fameuse licence poétique : « le jour d’aujourd’hui », double pléonasme volontaire souligne ici, de
façon justement opportune, le caractère éphémère et fugace du temps qui nous est accordé, caractère que des expressions tenues pour équivalentes,
telles que « le jour présent », failliraient à exprimer.
Évidemment, dans le langage quotidien, il ne saurait être question de licence poétique. Loin d’exprimer je ne sais quelle brièveté du temps humain, loin
7d’apporter une plus grande précision au repère temporel, « au jour d’aujourd’hui » ne dit que la pauvreté lexicale du locuteur .
Abandonnons donc cette expression au profit de « à ce jour », « à l’heure actuelle » ou encore « au moment où nous parlons », « de nos
jours », locutions simples et parfaitement compréhensibles.

Compte tenu de l’étymologie, l’expression « au jour d’aujourd’hui » constitue un double pléonasme.L’employer relève d’un certain pédantisme ; à moins que ce ne soit du panurgisme.Préférons-lui des locutions plus simples et plus intelligibles comme « à ce jour » ou « à l’heure actuelle ».3
MALGRÉ QUE

1SOLÉCISMES


On l’entend de plus en plus souvent. Les défenseurs de notre langue en appellent à la cohérence étymologique pour en condamner l’usage tandis que
les permissifs l’approuvent sans réserve :

« Malgré que » est souvent employé malgré que
le strict respect de la langue l’interdise.

Chœur des laxistes : « Cette phrase ne nous choque pas et tout le monde la comprend. »
Chœur des puristes : « Elle est incorrecte. Il faut dire “bien que (ou quoique) le strict respect de la langue l’interdise”. »

Éclairons donc les lanternes. Si nous décomposons « malgré » en « mal » et « gré », on en comprend mieux le sens : « mauvais gré » ; « malgré »
*est alors une préposition synonyme de « contre son gré », « à contrecœur », « contre la volonté de », « sans le consentement de », significations que
l’on retrouve dans des énoncés tels que :

Ils se sont mariés à l’église malgré le grand-père
Aristide qui est un incorrigible mécréant.

Dans certains énoncés, « malgré » peut être remplacé par « en dépit de » ou, dans des contextes plus soutenus, par « nonobstant » bien que
« nonobstant » soit obsolète :

Malgré son lourd handicap,
Philippe Croizon a traversé la Manche à la nage.

**« Gré » apparaît aussi dans des expressions figées comme « bon gré, mal gré », « de gré ou de force », qui opposent le bon vouloir au refus,
l’acceptation à la contrainte :

La cirrhose du foie guette Gérard Mambudleau ; bon gré, mal gré, il devra se soumettre à une cure de désintoxication. De gré ou de force, il lui faudra renoncer au
beaujolais.

L’incohérence de la locution « malgré que » devient alors évidente, car si l’on applique le mot à mot en tenant compte des équivalences, on obtient des
constructions où le charabia le dispute au galimatias.

« Malgré que » doit donc bien être banni. Préférons-lui « bien que » ou « quoique ».

« Malgré » est composé de « mal » et de « gré » : l’idée de « mauvais gré », d’« absence de consentement », de « contrainte », est donc bien présente.* La préposition apparaît dans la locution « Malgré-nous » qui s’est substantivée et qui a désigné les Mosellans et Alsaciens enrôlés de force (contre
leur gré) dans la Wehrmacht et les camps de travail allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Les « Malgré-nous » étaient Français de cœur.
** Notons aussi l’expression littéraire et archaïque « malgré qu’on en ait ». On la trouve déclinée chez Molière, Madame de Sévigné, Mérimée ou
encore George Sand. Elle équivaut à « quelle que soit la réticence (l’insatisfaction, la contrainte) que l’on éprouve ».
« Malgré que » est syntaxiquement incorrect.4
ACHALANDÉ
APPROVISIONNÉ

2BARBARISMES



L’étymologie est toujours d’un bon secours : qu’est-ce qu’un « chaland » ? Le mot n’est plus guère utilisé. Forgé sur le participe présent du verbe
« chaloir » signifiant « être important », « susciter l’intérêt », que l’on trouve notamment dans l’expression littéraire et archaïque « peu me chaut » voulant
dire « peu m’importe », un « chaland » est un client, précisément un acheteur fidèle à un même marchand, un même commerce, pour lesquels il éprouve
un intérêt particulier. Un magasin fréquenté, en nombre, par de tels acheteurs est donc un magasin bien « achalandé ». De « chaland » sont issus
« chalandage » (qui nous permet d’éviter l’anglicisme « shopping ») et « chalandise », essentiellement utilisé dans l’expression « zone de chalandise »,
c’est-à-dire « zone d’attraction commerciale ». « Achalandé » peut aussi s’appliquer à la « patientèle » d’un médecin, d’un dentiste, d’un kinésithérapeute,
etc.

3Le sens exact de « chaland » n’étant plus perçu, le phénomène que les linguistes nomment métonymie s’est appliqué : la clientèle a fait place aux
marchandises et « bien achalandé » a pris le sens de « bien approvisionné » en produits divers.

*Attention, « chaland », synonyme de « client (fidèle) », n’a rien à voir avec le « chaland » qui désigne le grand bateau à fond plat utilisé sur rivières et
canaux pour transporter des marchandises. C’est ce chaland dont il est question dans la chanson à succès Le Chaland qui passe, créée par Lys Gauty
en 1933, reprise l’année suivante par Tino Rossi :

Le chaland glisse, sans trêve
Sur l’eau de satin
Où s’en va-t-il ? Vers quel rêve ?
Vers quel incertain
Du destin ?
* Rien à voir ? Pas si sûr. On peut en effet supposer que l’un est issu de l’autre par le biais d’une métonymie : il est question, pour le bateau comme
pour le client, d’aller chercher des marchandises.

« Achalandé » vient de « chaland », vieux mot pour « client ».Un magasin bien achalandé a donc une nombreuse clientèle.« Bien achalandé » ne signifie donc pas « bien approvisionné », « qui offre un grand choix d’articles ».5
COACH

ANGLICISMES



eEn Hongrie, dans le district de Tata, à quelque 65 km à l’ouest de Budapest se trouve le village de Kocs (prononcer [kotʃ]). Au XV siècle, les
charrons de Kocs inventèrent un véhicule hippomobile qui acquit très vite une grande popularité. La voiture et le nom de la ville par lequel on prit l’habitude
de la désigner s’exportèrent dans toute l’Europe. Ainsi, on se mit à parler de K o t s c h e, puis de K u t s c h e, en Allemagne, de c o c c h i o en Italie transformé en
c o c h i o dans le parler vénitien, etc.
De cette forme vénitienne est issu notre « coche », apparu en 1545 pour nommer d’abord une voiture hippomobile transportant des voyageurs puis
toute voiture tirée par des chevaux. « Coche » a donné « cocher » et « cochère » (une porte est dite « cochère » quand elle peut laisser passer un
coche).
Les Anglais nous ont emprunté « coche » dans les années 1550, et l’ont phonétiquement puis orthographiquement transformé en « c o a c h ». Vers
1830, les étudiants britanniques ont intégré « c o a c h » dans leur argot universitaire pour désigner un professeur qui, assistant personnellement un étudiant,
le « transporte » d’un niveau N à un niveau N+ lui permettant de passer ses examens. Avec ce sens d’assistant personnel, nos voisins d’outre-Manche ont
très vite utilisé « c o a c h » dans le domaine sportif. Fort de cette acception précise, « c o a c h » nous est revenu vers 1930.
Le snobisme aidant, « c o a c h » a fait des ravages dans notre lexique puisqu’il s’est progressivement substitué à des mots français plus précis comme
« entraîneur, assistant, conseiller, moniteur, répétiteur, précepteur, instructeur, guide, mentor »… bref ! tout substantif désignant une personne
qui, ayant quelque compétence dans un domaine donné, obtient licence d’en faire profiter une clientèle. Dans une société où l’on se soucie prioritairement
de son développement personnel et professionnel, les « c o a c h e s » ont pignon sur rue et le « c o a c h i n g » fait florès tandis que les mots eux-mêmes
4agissent en anglicismes lexicophages (mangeurs de lexique), mettant à l’écart et au rancard toute une partie de notre vocabulaire.


L’anglais c o a c h vient du français « coche », lui-même issu du hongrois K o c s, via le vénitien c o c h i o .K o c s est le nom d’un village hongrois qui donna son nom à la voiture hippomobile qui y fut inventée.Le français possède quantité de mots précis qui rendent l’emploi de c o a c h tout à fait inutile, voire nuisible dès lors que ces mots sont ipso facto mis aux oubliettes.6
ON EST SUR…

TOURNURES EXASPÉRANTES



Le procédé est souvent à l’œuvre qui permet à des expressions du langage parlé d’évoluer d’une innovation originale vers une répétition exaspérante.
De telles tournures séduisent en effet d’abord par leur nouveauté, de sorte que tout un chacun se les approprie et, à la faveur de la chambre d’écho que
constituent les médias, l’expression est reprise à l’infini, jusqu’à devenir banale et parfaitement insupportable.

Tel est le cas de « On est sur ». Demande-t-on à l’expert œnologue ce qu’il pense de la nouvelle cuvée de Chasset-Montrachagne qu’il déclarera
éventuellement : « On est sur un millésime exceptionnel », affirmation qui sera étayée par : « On est sur des notes boisées, des arômes de fruits rouges,
on est aussi sur des nuances de violette. » Le spécialiste justice de Bavard-TV sollicité à propos du meurtre de la richissime veuve Delorembart
commencera son propos par « On est sur une affaire d’une grande complexité. » Le porte-parole des dentifrices A l a g o m m e s’exprimant sur la propriété
antalgique de leur dernière pâte termine ainsi son message publicitaire : « On est sur une vraie bonne nouvelle pour les personnes souffrant de dents
sensibles. » Les mêmes professionnels de la communication interrogés il y a quelques années auraient dit : « Il s’agit de… », « Nous sommes en
présence de… », « Nous avons affaire à… », « Nous faisons face à… », « Il est question de… », mais en aucun cas « On est sur… ».

Est-ce à dire qu’il faut refuser les « nouveautés lexicales » et s’en tenir aux expressions existantes (j’entends déjà les accommodants et les laxistes
nous seriner la vieille rengaine selon laquelle la langue est vivante) ? Certes non, mais encore faut-il que les innovations soient sensées et linguistiquement
correctes, ce qui n’est pas le cas de « On est sur… », car la préposition « sur », malgré les multiples emplois qu’elle admet, ne permet pas celui qui nous
intéresse : l’idée de contact avec « le sol ou bien un support quelconque où s’exerce la pesanteur » n’est notamment pas présente, pas plus au sens
propre qu’au sens figuré.

Alors, abandonnons cette formule : elle abâtardit notre langue !

« On est sur… » fait partie de ces formules d’abord originales qui, à force d’être répétées, deviennent exaspérantes.Dans l’emploi qui en est fait, « on est sur… » est impropre sur le plan linguistique.Préférons-lui des tournures comme « Nous avons affaire à … », « Il s’agit de… » et quelques autres, parfaitement françaises.7
DES ÊTR’ HUMAINS

5PATAQUÈS ET FAUTES DE PRONONCIATION



Il ne s’agit pas d’un pataquès à proprement parler mais cette faute de liaison n’en est pas moins insupportable. En quoi consiste-t-elle ? En
l’escamotage de la terminaison grammaticale du premier élément : en l’occurrence, la marque du pluriel n’apparaît plus à l’oral. De telles fautes de
liaisons se doublent donc de fautes d’accord.
On devrait ici dire et entendre :

Des êtres [z] humains.

Les ondes hertziennes véhiculent, hélas, quotidiennement et de plus en plus souvent, des illustrations de ce type de faute ; en voici une sélection
(colonne de gauche) avec, en regard, les liaisons qu’il aurait fallu prononcer.

On ne comprend pas que des lieux de culte puiss’ être profanés. On ne comprend pas que des lieux de culte puissent [t] être
profanés.
Les migrants qui n’ont pas obtenu le droit d’asile doiv’ être reconduits à la Les migrants … doivent [t] être reconduits à la frontière.
frontière.
Des chiffr’ et des lettres. Des chiffres [z] et des lettres.
Des racin’ et des ailes. Des racines [z] et des ailes.
Des parol’ et des actes. Des paroles [z] et des actes.
Les conséquences peuv’ être très graves. Les conséquences peuvent [t] être très graves.
Ce qui frappe les autr’ élèves. Ce qui frappe les autres [z] élèves.

Ces fautes ne sont qu’un aspect d’un phénomène plus général qui connaît une ampleur grandissante : l’absence de rigueur dans l’emploi des liaisons.
On ne lie plus là où il faudrait lier, on lie là où il ne le faudrait pas ; on commet maint pataquès (singulièrement lorsqu’il est question de prix en euros) ; à
l’initiale des mots, on ne distingue plus les « h » aspirés des « h » muets ; on ne tient pas compte des signes de ponctuation (les virgules, notamment),
etc. Il en résulte une véritable anarchie touchant l’oralité de notre langue française, pourtant si belle quand elle est bien dite !
Ces différents points font l’objet de fiches spécifiques dans le présent ouvrage.


Faire une liaison sans tenir compte de la terminaison grammaticale du premier mot est une faute.Cette faute de liaison se double d’une faute d’accord.TESTEZ-VOUS !

1. Choisissez « un » ou « une » selon le mot qui suit les points de suspension.
… azalée ‒ … orchidée ‒ … caducée ‒ … camée ‒ … prytanée ‒ … hypogée

2. Remplacez le pléonasme par une expression correcte.
a) Au jour d’aujourd’hui, les relations humaines dépendent trop de l’argent.
b) Au jour d’aujourd’hui, personne ne peut précisément prédire le temps qu’il fera dans un an et un jour.
c) Au jour d’aujourd’hui, il ne faut guère attendre de la politique qu’elle améliore votre vie.

3. Réécrivez, si nécessaire, les phrases suivantes dans un français correct.
a) Bien que ce livre ait été publié chez un petit éditeur, vous le trouverez sûrement chez C a l l i g r a m m e s : c’est une librairie bien achalandée.
b) La mercerie T o u c o u s u e a dû mettre la clé sous la porte ; il faut dire qu’elle était bien mal achalandée : le client se faisait rare.
c) Que Madame la comtesse se rassure : Benoît est très compétent et saura faire progresser les enfants de madame la comtesse dans toutes les
disciplines. Il fera un excellent c o a c h.
d) « On est cette année sur un virus grippal particulièrement agressif », a déclaré le professeur Lasseringue dans le magazine de la santé.

4. Connaissez-vous les deux premiers vers de La Ballade des pendus de François Villon ?


8
APRÈS-MIDI

FÉMININ OU MASCULIN ?



Émile Zola nous donne involontairement la réponse en utilisant l’un et l’autre : masculin dans Une page d’amour, féminin dans L’Argent.

« Et, à partir de ce jour, ses plus heureux après-midi
furent ceux où son amie l’abandonnait. »
(Émile Zola, Une page d’amour, deuxième partie,
ch. 3, 1878)

« Deux mois plus tard, par une après-midi grise
et douce de novembre, madame Caroline monta
à la salle des épures […] »
(É. Zola, L’Argent, ch. 7, 1891)

« Un après-midi », « une après-midi » : l’un et l’autre se disent ou l’un ou l’autre se dit indifféremment, sans que le sens ni la forme d’« après-midi » en
soient affectés. « Après-midi » fait donc partie de ces noms français qui sont à la fois féminins et masculins.

Voici une liste de ces noms :
*alvéole, après-midi, enzyme (féminin pour l’Académie), éphémère (féminin pour le TLF ), goulache (goulasch ; ragoût de bœuf à la hongroise), imago
(forme adulte d’un insecte à métamorphoses ; masculin chez Larousse, féminin pour le TLF), malvoisie (vin grec), mérule (champignon lignivore), météorite
(féminin dans l’usage commun mais masculin pour les scientifiques), palabre (au pluriel, le plus souvent), parka, perce-neige, phalène, réglisse (le féminin est
plus logique, compte tenu de l’étymologie), thermos.

Pour de tels noms, la faute de genre n’est donc pas possible. Cool, non ? (Petite concession au parler des jeunes). Une ou un après-midi ? À chacun
de choisir mais, féminin ou masculin, ce nom composé est INVARIABLE : « des après-midi ». L’académicien Jean-Marie Rouart nous offre un bel
exemple :

« Seul dans son petit appartement de l’île Saint-Louis
par un de ces après-midi glacés et venteux de janvier,
il était agité par des affres. »
(Avant-Guerre, ch. XVI)

**Notons toutefois que les préconisations de 1990 admettent le « s » à la fin de « midi ».

« Après-midi » est aussi bien féminin que masculin.* TLF : Trésor de la langue française, dictionnaire établi par une unité de recherche du Centre national de la recherche scientifique.
** À l’initiative de Michel Rocard, Premier ministre, le Conseil supérieur de la langue française s’est réuni en 1990 pour statuer sur des rectifications
orthographiques pouvant être apportées à notre langue. Les résultats de ces travaux ont été publiés au Journal officiel de la République française du
6 décembre 1990, dans les « documents administratifs » et non dans les « lois et décrets ». Ils ne constituent donc pas une « réforme » à proprement
parler. D’ailleurs, l’« ancienne » orthographe est toujours de rigueur.
Rares sont les noms qui peuvent ainsi être utilisés au féminin ou au masculin sans que la forme ni le sens en soient affectés.9
S’AVÉRER EXACT

PLÉONASMES



Le latin adverare est constitué du préfixe ad- et du radical verare issu de verus, « vrai ». Adverare a donné « s’avérer » qui signifie donc,
étymologiquement, « se révéler vrai, juste, se vérifier, se confirmer ». « S’avérer vrai » est donc un pléonasme. « S’avérer exact » en est également un,
tout comme « s’avérer juste ».
Ce pléonasme est fréquent, y compris dans des ouvrages édités, et notre San-Antonio national ne démentira pas :

« Tout ce que vous avez décrit s’est avéré exact. »
(Frédéric Dard, Du plomb pour ces demoiselles,
Fleuve noir, 1951).

Quant à « s’avérer faux », c’est une contradiction dans les termes, donc, une tournure fautive dont l’emploi « risque d’être mal accueilli », selon
Jacques Capelovici, alias « Maître Capelo ». Elle n’est pourtant pas absente de certaines « littératures ». Contrairement à ce que certains prétendent,
6elle ne peut pas être considérée comme un oxymore , car l’oxymore est une figure de rhétorique censée enrichir un discours. À vous de juger si, dans ces
exemples, le discours est enrichi :

« Mais tout cela s’est avéré faux,
ce qu’on a reconnu après la guerre. »
(Jacques Sémelin, Purifier et détruire. Usages politiques
des massacres et génocides, Le Seuil, 2005.)

« […] le diagnostic initial de schizophrénie
s’était avéré faux. »
(Henri Grivois, Luigi Grosso, La Schizophrénie
débutante, John Libbey Eurotext, 1998.)

Évitons donc « s’avérer exact, s’avérer vrai, s’avérer juste » que l’on remplacera par « se révéler exact… ».
Abandonnons sans regret « s’avérer faux, s’avérer inexact » auxquels peut se substituer « être infirmé » ou « se révéler inexact ».


« Avérer » vient du latin adverare où verare est de la famille de verus, « vrai ».« S’avérer vrai » est donc un pléonasme, « s’avérer faux », une ânerie.10
Plus pire ; moins pire ;
aussi pire

SOLÉCISMES

Je me souviens qu’étant écolier, une telle faute était l’abomination des abominations, du type de celles qui déclenchent des réactions outrancières : les
camarades se tournaient vers le maître, se mettaient la main gauche devant leur bouche bée tout en agitant la droite de haut en bas et en proférant
l’onomatopée d’indignation : « Oh, la la ! » Il était alors clair que le maître allait lourdement sévir : « Vous me copierez 500 fois… »

O tempora, o mores ! Depuis, on prit l’habitude de proférer ces horreurs grammaticales par amusement, par dérision, les faisant toutefois suivre ou
précéder, pour montrer que l’on n’est pas dupe, de « Comme on dit ! » ou « Comme dit l’autre ! », formules consacrées.

O tempora, o mores ! Aujourd’hui, on use de ces tournures hideuses sans sourciller, sans s’émouvoir, sans prendre conscience qu’il s’agit de fautes
lourdes, du moins, il semble que l’on fasse comme si…

*Illustration par l’exemple : voici quelques perles sorties de la bouche de ministres, journalistes, animateurs, députés, etc. :

« Peugeot, c’est moins pire que Renault. »
« Est-ce que j’ai dit que […] c’était très pire avec la gauche ? »
« C’est moins pire que ce à quoi vous vous attendiez. »
« On ne vote pas pour le meilleur mais pour le moins pire. »

Un petit rappel à l’ordre grammatical peut donc ne pas être superflu.

« Pire » est le comparatif de supériorité (ou le superlatif) de « grave », « mauvais », « mal », et tout autre adjectif exprimant l’idée d’imperfection, tout
comme « meilleur » est celui de « bien » et de « bon ». Il ne peut donc être précédé ni d’un adverbe de comparaison (« plus », « aussi », « moins »), ni
d’un adverbe d’intensité (« très », « beaucoup », « peu », « assez », etc.). Il ne viendrait à l’esprit de personne de dire « plus meilleur » ou « moins
meilleur » ! Alors, dans nos exemples, remplaçons « pire » par « grave », « mauvais » ou « mal », selon les cas.
* Noms et références sur demande.

« Plus pire », « moins pire », « aussi pire » sont des abominations.À force d’être commises volontairement, par plaisanterie, ces fautes se sont banalisées et semblent ne plus choquer personne.« Pire » est le superlatif ou le comparatif de supériorité de « mal », « mauvais », « grave », etc. ; il ne peut donc pas être précédé d’adverbes comparatifs (plus, moins, aussi) ou
d’intensité (très).1 1
A V A T A R M É S A V E N T U R E

BARBARISMES



L’initiale « av » nous renvoie à d’autres mots comme « avarie », « avanie », « aventure », mots chargés d’une connotation péjorative, l’idée d’aléa
fâcheux, d’incident désagréable, s’imposant à l’esprit. « Avatar » revêt alors une signification qui n’est pas la sienne, il devient synonyme de
« mésaventure », « péripétie » : la consonance nous fait commettre un contresens relevant du barbarisme. Avatar, le film de James Cameron sorti en
2009, peut-il nous aider à retrouver le véritable sens de ce mot ? En tout cas, certains écrivains ont commis ce contresens. Pierre Benoît, par exemple,
dans L’Atlantide (1919), met en parallèle « avatars » et « péripéties » :

« Mais n’attends pas de moi que je complique
une histoire déjà assez fertile en péripéties
par le récit des avatars de cette manucure. »
(p. 225)

Dans Mort à crédit (1936), Louis Ferdinand Céline fait d’« avatar » un synonyme d’« aléa » :
« Ça faisait partie des aléas, des avatars du métier. »
(Mort à crédit, 1936).

D’autres encore… Mais qu’est-ce donc vraiment qu’un « avatar » ?
Issu du sanskrit Avatãra, « descentes », le mot est d’abord lié au Bhagavad-Gita (« Chant divin »), texte sacré de l’Inde écrit il y a 2 500 ans. On y
apprend que Vishnou serait déjà descendu dix fois sur terre sous dix incarnations différentes. Les plus célèbres sont Râma dont les exploits héroïques
sont relatés dans le Râmâyana (« Le Parcours de Râma »), Krishna, né d’un cheveu noir de Vishnou et Siddharta Gautama, fondateur du boud-dhisme,
connu comme le « bouddha historique ».
« Irruptions de dieu sur terre » et « incarnations de Vishnou », telles sont les significations originelles avec lesquelles le mot « avatar » s’est introduit
e *en français au début du XIX siècle. Le mot a ensuite revêtu les acceptions plus générales de « transformation », « métamorphose », « incarnation ».

Grâce aux logiciels, aux forums de discussion et, surtout, aux jeux vidéo, le mot « avatar » a quelque peu retrouvé son sens initial : il désigne en effet
l’apparence qu’un internaute choisit de revêtir afin d’évoluer dans les espaces virtuels et ludiques que l’informatique permet de créer.
* En 1856, Théophile Gautier publia une nouvelle justement intitulée Avatar. Il y est réellement question d’incarnation.

« Avatar » vient d’un mot sanskrit signifiant « descente ».On confond souvent « avatar » et « mésaventure ».« Avatar » a d’abord désigné chacune des incarnations de Vishnou ; le mot est ensuite devenu synonyme de « métamorphose », « transformation ».12
LOW COST

ANGLICISMES



Cet anglicisme destructeur a fait ses premières apparitions dans le domaine des compagnies aériennes où il est de bon ton de parler de vols low cost.
Son emploi s’est rapidement étendu à toute la société de consommation : le qualificatif s’y applique à tout produit ou service dont le superflu a été
supprimé pour que le prix en soit allégé ; par exemple, les passagers d’une compagnie aérienne low cost ne bénéficient plus de collations, boissons ou
repas gratuits pendant le vol, la prise en charge de leurs bagages peut être payante, leurs billets ne sont ni échangeables ni remboursables, etc.

Si l’on peut comprendre l’utilisation de « low cost » dans le cas d’offres commerciales à caractère international, ce que sont, à l’évidence, les moyens
et longs courriers, on ne peut guère l’admettre pour des articles et services commercialisés dans le seul Hexagone. Un produit cosmétique ou
pharmaceutique, des cours par correspondance, une chambre d’hôtel, du matériel de bricolage, une coupe de cheveux, un service de déménagement ou
de pompes funèbres (pour ne prendre que quelques exemples récents) ne doivent pas être qualifiés de low cost dès lors que les clients potentiels sont
français ; ils ne peuvent être que bon marché, pas chers, à prix réduit, à petit prix, à bas coût, etc.

Notre langue française est riche, elle peut se passer d’anglicismes quand ceux-ci sont illégitimes et si le contexte, le snobisme, la cuistrerie, le
panurgisme ou toute autre « raison » nous incite à employer « low cost », faisons au moins l’effort de le bien prononcer.
La voyelle de « low » est diphtonguée : [lou], celle de « cost » ne l’est pas, elle ne se prononce pas non plus comme le [o] fermé de « holocauste »
mais comme le [ɔ] ouvert de « poste » : [kɔst].

Précisons enfin que « cost » vient du français « coût », du moins de ses formes anciennes : « cust » et « coust » apparaissent dans des ouvrages du
eXIII siècle, époque où le mot est aussi intégré au lexique anglais.


« Low cost » a d’abord légitimement qualifié des vols moyens et longs courriers.Il est toutefois illégitime dans un contexte commercial exclusivement français puisque des expressions comme « bon marché » ou « à bas coût » sont disponibles.« Low cost » est un anglicisme « lexicophage ».13
(FAIRE) BOUGER
LES LIGNES

TOURNURES EXASPÉRANTES



Elle est à la mode, les journalistes de l’audiovisuel en sont aussi friands que les hommes politiques, elle émaille chroniques, interviews et débats
auxquels elle donne un ton à la fois moderne et magistral, mais elle laisse l’auditeur perplexe et dubitatif : que veut donc dire le beau parleur par « faire
bouger les lignes » ? De quelles « lignes » s’agit-il ? Celles que Myriam El Khomri prétendait vouloir faire bouger le 8 octobre 2015 sont-elles les mêmes
que celles dont parlait Jean-Marc Ayrault un mois et demi plus tôt ? Le 11 mai 2011, Jean-Pierre Chevènement souhaitait-il faire bouger les mêmes lignes
que François Hollande quand celui-ci, selon Gilles Bouleau lors de l’interview du 11 février 2016, nomma Emmanuel Macron au ministère de l’Économie ?

Certains emploient la locution sans le verbe « faire », comme dans cette question de Laurent Delahousse à Édith Cresson :

« Vous rêviez de bouger les lignes ? »

L’expression devient alors deux fois plus exaspérante puisqu’exprimée dans une syntaxe familière. En effet, le verbe « bouger » se retrouve transitif,
ce qu’il ne peut être qu’avec un complément d’objet direct désignant une partie du corps : bouger la tête, le pied, ne pas bouger le petit doigt, etc.

Bien sûr, on va vous expliquer que, dans tous les cas, « (faire) bouger les lignes » est une métaphore, une expression imagée qu’il faut prendre au
sens figuré. Admettons, mais à quoi l’image renvoie-t-elle ? À des réformes qu’il faudrait engager ? À des frontières entre partis politiques qu’il faudrait
déplacer ? À des idées ou des lois qu’il faudrait modifier ? À des mentalités qu’il faudrait faire évoluer ? À tout cela à la fois ? À force d’être imprécises,
les lignes en question sont mouvantes, de sorte qu’il est finalement inutile de les faire bouger. Elles bougent d’elles-mêmes ! Bref, « faire bouger les
lignes » ne veut pas dire grand-chose ; c’est en cela un bel exemple de langue de bois.

« Faire bouger les lignes » est une expression qu’affectionnent politiques et journalistes.Sa signification est particulièrement vague.Plutôt que de recourir à la langue de bois dont elle est un exemple, mieux vaut employer une locution plus précise, en accord avec le contexte : « engager ou réaliser des
réformes », « remettre en question les partis politiques », « faire évoluer les idées », etc.14
VOUS [Z] HURLEZ
DE DOULEUR

PATAQUÈS ET FAUTES DE PRONONCIATION



7Voilà une liaison sinon dangereuse (elle risque d’attirer sur le locuteur ridicule et moquerie), du moins fautive. Le « h » du verbe « hurler » est ASPIRÉ ; en
conséquence, il empêche à la fois l’élision (on dira « arrêtez de hurler » et non « arrêtez d’hurler ») et les liaisons [(on ne peut pas dire « elle pouvait [T] hurler à la vue
d’une araignée » ni « En entendant de tels propos, on [N] hurlerait au fascisme. ») Bien sûr, ces règles s’appliquent aussi aux mots de la même famille : « hurlement »,
« hurleur », « hurleuse », « Les Hauts de Hurlevent » (« Hurlevent » est un néologisme créé pour traduire le titre du roman d’Emily Brontë, W u t h e r i n g H e i g h t s).

14Ces liaisons fautives s’expliquent par le désamour que notre langue française éprouve à l’égard de l’hiatus , c’est-à-dire la rencontre de deux sons vocaliques. Les
consonnes [T], [Z] ou [N], que l’on insère spontanément, empêchent l’hiatus. Elles sont, pour cette raison, qualifiées d’« euphoniques ». Cependant, le pataquès qu’elles
engendrent l’emporte sur l’évitement de l’hiatus. On doit donc vraiment dire : « Vous [H] hurlez de douleur ».

J’entends quelques protestations à ma droite : si le français rejette les hiatus, pourquoi les accepte-t-il devant les « h » aspirés que l’on ne prononce pas plus que les
« h » muets ? La réponse fait appel à l’histoire : si les « h » aspirés ne se distinguent plus aujourd’hui des « h » muets que par l’interdiction des élisions et des liaisons, ils
efurent, jusqu’au XVI siècle, vraiment aspirés, à la manière des « h » d’outre-Manche, accédant ainsi au statut de consonnes.

Les experts en étymologie vous diront que les mots commençant par un « h » aspiré sont issus du germanique ou du latin médiéval (le « h » n’étant, dans ce cas, pas
originel : « hurler » en est un bon exemple puisqu’il vient du bas latin u r u l a r e). Les mots commençant par un « h » muet sont, eux, d’origine latine.

Le « h » de « hurler » est aspiré : il interdit donc toute élision et toute liaison.Pour éviter l’hiatus et croyant bien faire, on prononce la liaison entre « hurler » et le mot qui précède, commettant ainsi un pataquès.eEn français, le « h » aspiré le fut vraiment, jusqu’au xvi siècle ; il était alors assimilé à une consonne.TESTEZ-VOUS !

1. Corrigez, s’il y a lieu.
a) Les prophéties de Nostradamus se sont-elles avérées exactes ?
b) Celle de Paco Rabanne sur la chute de la station Mir s’est bel et bien révélée fausse.
c) La politique du gouvernement Schmoll est bien plus pire que celle du gouvernement Schmurtz.
d) On peut dire que Mr Hyde est un avatar du docteur Jekyll.
e) Cette chaîne d’épiceries propose des produits low cost de qualité.

2. Remplacez l’expression exaspérante par une expression française simple et plus précise.
a) Droit du travail, impôt sur la fortune, loi sur la moralisation de la vie politique, loi sur la lutte contre le terrorisme, hausse de la CSG, etc.,
décidément, le gouvernement a fait bouger les lignes !
b) Propos sexistes, harcèlement sexuel, autoritarisme, refus des tâches ménagères : chez certains hommes, il faudrait faire bouger les lignes.

3. Quel est le titre français généralement adopté pour le roman d’Emily Brontë, Wuthering Heights ?

4. Corrigez, si nécessaire.
a) L’hurlement du loup inspire la crainte et la tristesse.
b) « Cessez de hurler ! » lança le surveillant aux élèves turbulents.

5. Dans la phrase « Les alouates sont des singes hurleurs d’Amérique tropicale », il faut faire la liaison entre « singes » et « hurleurs ». Vrai ou faux ?


15
PÉNATES

FÉMININ OU MASCULIN ?



Question existentielle : à la fin de son odyssée, Ulysse fut-il content de retrouver « ses chères pénates » ou « ses chers pénates » ?

Rappelons d’abord le sens de « regagner ses pénates ». C’est un équivalent familier de « rentrer (revenir) chez soi ». Quelle est donc la signification
de « pénates ». ? Chez les Étrusques puis, chez les Romains, les pénates étaient les dieux protecteurs du foyer. Ces divinités, chargées de protéger la
maison, les biens, le feu utilisé pour cuire les aliments, etc., étaient représentées par des statuettes d’argile disposées dans un lieu servant d’autel.
Attachées à la famille, elles la suivaient lors de ses déplacements et déménagements.
Alors, masculin ou féminin le mot « pénates » ?
Qu’en est-il des autres noms se terminant par « -ate » ?
UNE agate, une cantate, une frégate, une patate, une prostate, une régate, une sonate, une sourate, une tomate, etc.
Oui, mais…
UN acrobate, un aromate, un automate, DU bicarbonate, un mainate, du phosphate, un stigmate, du sulfate, un suricate, etc.
On intégrera « pénates » à la liste des noms masculins, mais il faudrait aussi l’intégrer à une autre, celle des noms communs toujours employés au
pluriel comme : affres, calendes, condoléances, décombres, environs, fiançailles, funérailles, honoraires, miscellanées, mœurs, obsèques, prémices,
ténèbres, vêpres, etc.

À la fin de son odyssée, Ulysse fut donc bien content
de retrouver « ses chers pénates ».



Chez les Étrusques et les Romains, les « pénates » étaient les dieux protecteurs du foyer.
« Pénates » est du genre masculin.« Pénates » s’emploie toujours au pluriel.16
PANACÉE UNIVERSELLE

PLÉONASMES

Il ne saute ni aux yeux ni aux oreilles, en tout cas pas à ceux de Richard Anthony, interprète et parolier de Sirop Typhon, chef-d’œuvre incontestable
de la chanson française des années 1960, modèle de poésie et de pensée humaniste. En voici le refrain :

Buvons, buvons, buvons
Le sirop Typhon, Typhon, Typhon,
L’universelle panacée, eh ! Eh !
À la cuillère
Ou bien dans un verre,
Rien ne pourra nous résister.

« Universelle panacée » est un pléonasme ; ne le saviez-vous pas ? Pourquoi ce pléonasme n’est-il pas immédiatement perçu ? Parce que l’étymologie
à laquelle il est lié est grecque : panakeia, où les hellénistes peuvent reconnaître pan, « tout » et akos, « remède ». Une panacée ne peut donc qu’être
universelle, un remède absolu, ce dont d’autres auteurs, bien avant lbrahim Richard Btesh (vrai nom de Richard Anthony), n’ont pas semblé s’émouvoir.
Ainsi, à la troisième scène du premier acte de Carmosine, comédie qu’Alfred de Musset publia en 1865, maître Bernard s’exclame :

Ne croirait-on pas que j’ai dans ma boutique la panacée universelle, et que la mort n’ose plus entrer dans la maison d’un médecin ?

Si maître Bernard est féru de latin, il ne semble pas l’être de grec, pas plus que Musset, son créateur. Chateaubriand aussi parle de « panacée
universelle » (dans son Essai sur les révolutions), tout comme Balzac (dans César Birotteau) ou Eugène Sue (dans Les Mystères de Paris).

Notons que « panacée » dans ses toutes premières acceptions, désigna une « herbe des prés » (Ronsard), une « plante servant de remède » (idem)
et aussi, dans l’Antiquité, une herbe que l’on brûlait avec d’autres pour éloigner les serpents.

Aujourd’hui, évitons le pléonasme en parlant de « remède universel », de « remède absolu » ou, simplement, « de « panacée », tout court.



« Panacée universelle » est un pléonasme.Le mot vient du grec p a n a k e i a formé de p a n, « tout » et a k o s, « remède ».17
« EN MÊME TEMPS »
ET « À LA FOIS »

SOLÉCISMES



« Il faut aujourd’hui renforcer nos frontières,
avoir une politique réaliste en matière migratoire
et en même temps faire notre devoir. »
(Emmanuel Macron)

L’expression vient de connaître un regain de popularité grâce à l’élection présidentielle et au coup de projecteur porté sur l’usage par trop fréquent que
le président en fait, ce « en même temps » étant pris pour le signe de fâcheuses tendances politiques : promettre tout et son contraire et ménager la
chèvre et le chou. Soit ! Mais si la critique peut être recevable sur le plan politique, si la répétition de l’expression relève du tic de langage, l’usage qu’en
fait l’ex-présidentiable (ou, si vous préférez, l’actuel président) est correct. En revanche, doubler dans une même phrase « en même temps » d’un « à la
fois » crée une bien laide redondance qui vaudrait à la tournure de figurer dans cette rubrique et en même temps dans la précédente. Ouvrons donc le
Petit Larousse :
• En même temps, dans le même instant, simultanément ; à la fois.
• À la fois, tout à la fois, en même temps.

Voilà qui est clair. Si « à la fois » est mentionné comme synonyme de « en même temps » et « en même temps » comme synonyme de « à la fois »,
c’est bien que les deux locutions adverbiales sont interchangeables et qu’il n’est nul besoin d’employer l’une et l’autre à l’appui d’une affirmation multiple ni
de répéter l’une ou l’autre. Voici quelques citations qui illustrent cette lourdeur de syntaxe. Qu’elles aient été prononcées par des hommes politiques ne
rend pas la faute plus vénielle :

« Il y aura deux expressions à la fois parfaitement
en ligne et à la fois complémentaires. »
(Édouard Philippe)

« L’Europe est une chance à la fois diplomatique,
à la fois politique, à la fois économique. »
(Karine Berger)

« Jean-Marc Ayrault était à la fois très lucide
et en même temps très combatif. »
(Najat Vallaud-Belkacem)

« Et en même temps on fixe des priorités
et en même temps on décide de redonner de la compétitivité aux entreprises. »
(Stéphane Le Foll)

Convenons ensemble que ces déclarations sont à la fois lourdes et navrantes. Leurs auteurs sont pourtant censés avoir une pensée logique, en même
temps qu’une langue cohérente et maîtrisée.



« À la fois » signifie « en même temps » et « en même temps » veut dire « à la fois ».Employer les deux locutions dans une même phrase engendre donc une laide redondance.Que des hommes politiques la commettent souvent n’excuse pas la faute.18
COMMÉMORATION
CÉLÉBRATION

BARBARISMES



Que faisons-nous avec notre mémoire ? Nous nous souvenons, nous nous remémorons (M. de La Palisse dixit), c’est-à-dire que nous convoquons des
images, des odeurs, des saveurs, des sons liés à des événements passés (tout le monde a une chanson, un air, un visage ou une petite madeleine en
tête !)
La mémoire peut être individuelle si elle n’intéresse qu’une personne, collective si tout un groupe est concerné. Toute mémoire collective se nourrit de la
somme des souvenirs qu’une population convoque sur un événement donné. Dans tous les cas, les souvenirs convoqués sont commémorés, du latin
classique commemorare, « évoquer » (littéralement, « se rappeler ensemble »). Naissances, mariages, morts, victoires, réussites, etc. peuvent en effet
donner lieu à des commémorations où il est bien question de « se souvenir ensemble ». Étymologiquement solennelles (une seule fois l’an) et logiquement
fixées aux dates anniversaires, elles sont l’occasion d’assemblées, de cérémonies, de discours, de banquets, de danses, de fêtes, etc. Mais sachons bien
distinguer l’événement lui-même de son anniversaire :

L’événement est commémoré, mais l’anniversaire est célébré ou simplement fêté.

La confusion entre « commémoration » et « célébration » est pourtant fréquente, chaque anniversaire de portée nationale donnant l’occasion à nos
chers parleurs professionnels de se mélanger les pinceaux. Exemple :

« Cette année, vous le savez, on commémore
le centenaire du génocide arménien. »
(Thierry Beccaro, France 2, le 16 juillet 2015)

Erreur ! Ce que nous savons, c’est que l’on commémore le génocide et que l’on en célèbre le centenaire (sans toutefois le fêter, compte tenu du
caractère dramatique de l’événement).

« La cérémonie, célébrée en l’abbaye
ede Westminster, commémorait le 60 anniversaire
du couronnement de la reine. »
(Pauline Gaillard, article publié dans Gala le 4 juin 2013)

eFaux ! La cérémonie ne commémorait pas le 60 anniversaire du couronnement de la reine ; elle commémorait le couronnement et célébrait
l’anniversaire, qui pouvait d’ailleurs être également fêté, mais pas dans l’abbaye de Westminster !

« Commémorer », du latin c o m m e m o r a r e, signifie « ramener en mémoire ».On commémore un événement.On célèbre un anniversaire.19
ALTERNATIVE

ANGLICISMES



Quoi ? « Alternative » serait un anglicisme ! N’est-ce pas un mot bien français ? Si, si ! et même depuis 1401 si l’on en croit le Trésor de la langue
efrançaise. On le trouve alors dans l’expression « par alternative », signifiant « alternativement ». À la fin du XVII siècle apparaît le sens actuel : « choix
entre deux propositions ou deux solutions ».
*Cette définition est aujourd’hui , avec diverses nuances, la seule valable. Si le choix est difficile, le mot « dilemme » est alors équivalent. Une citation
extraite du Journal d’André Gide l’illustre de façon plaisante en même temps qu’elle nous donne de Paul Valéry une image peu flatteuse :

« Après une telle «conversation», je retrouve
tout saccagé dans ma tête. La conversation
de Valéry me met dans cette affreuse alternative :
ou bien trouver absurde ce qu’il dit, ou bien trouver
absurde ce que je fais. » (9 février 1907)

Afin que rien ne soit saccagé dans votre tête, précisons bien les choses. Une alternative est cette obligation de CHOISIR entre DEUX partis, deux
solutions, deux possibilités. Elle entraîne l’emploi de « ou bien » ou de « soit » ou, simplement, de « ou ». Pourtant, le mot « alternative » est aujourd’hui
souvent utilisé à tort en lieu et place, selon les cas, de « solution de remplacement » ou d’« alternance ». En cela, « alternative » est bien un
anglicisme. La confusion est particulièrement fréquente dans le monde politique en période électorale. Illustration par l’exemple :

« La seule alternative qu’on propose,
c’est le repli national. »
(Laurent Wauquiez, le 5 mai 2014 sur France 2 dans
l’émission Mots croisés).

L’ancien ministre aurait dû dire :
« La seule solution de remplacement qu’on propose… »

Sur France 2, dans l’émission Envoyé spécial du 17 octobre 2013, Marion Maréchal-Le Pen parle d’alternative alors qu’il s’agit d’alternance :

« Nous préparons l’alternative. »


En français, « alternative » désigne une situation où l’on doit choisir entre deux solutions.* Cette nouvelle acception du mot « alternative » sera peut-être un jour officiellement reconnue par l’Académie française qui l’intégrera alors dans son
dictionnaire. Pour l’heure, ce n’est pas le cas !
Employé dans le sens de « solution de remplacement », « alternative » est un anglicisme.20
Pendant notre séjour à Paris
NOUS AVONS FAIT LE
MUSÉE D’ORSAY

TOURNURES EXASPÉRANTES



Quel énorme mensonge et quelle incroyable prétention ! Ils ne sont que quelques-uns à pouvoir, à la rigueur, revendiquer cette réalisation : l’architecte
Laloux qui a établi les plans de la gare monumentale d’Orsay, gare d’abord conçue pour amener jusqu’au cœur du Paris 1900, les visiteurs de la fameuse
Exposition universelle, l’entrepreneur Chagnaud qui en a exécuté les travaux, le président Giscard d’Estaing qui décida de réaménager la gare en musée
edestiné à abriter des œuvres d’art du XIX siècle, restructuration confiée aux architectes Philippon, Bardon et Colboc. Ces six-là et, bien sûr, tous les
ouvriers, ont vraiment FAIT le musée d’Orsay, mais vous, dérisoires échantillons d’une foule anonyme, n’avez rien fait d’autre que le visiter.

« Nous avons fait le musée d’Orsay » ! Cette tournure est d’autant plus exaspérante qu’elle est devenue monnaie courante. C’est encore un exemple
de la polyvalence du verbe « faire », factotum taillable et corvéable à merci, sorte de passe-partout linguistique appelé à la rescousse pour cacher la
misère lexicale de celui qui parle et c’est là que le bât blesse, car, dans de telles situations, « faire » se substitue à des verbes plus précis, plus
signifiants, mais moins immédiatement disponibles à l’esprit de qui cherche ses mots sans jamais les trouver vraiment ; mais pourquoi se creuser les
méninges puisque « faire » est là, à la disposition du parleur paresseux ? « Faire » est bon à tout faire, « faire » fait tout et cela plaît bien à notre
interlocuteur qui a presque tout fait quand il a fait la capitale : d’abord le musée d’Orsay qu’il a fait avec sa femme après avoir fait Notre-Dame, ils ont
aussi fait le musée du quai Branly pendant que leurs voisins, M. et Mme Chapouillot, préféraient faire la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe et les
ChampsÉlysées. Ils devaient se retrouver tous les quatre pour faire le Père-Lachaise, mais, morts de fatigue, ils ont abandonné l’idée pour ne faire finalement que
le tombeau de l’Empereur aux Invalides, terminant ainsi leur séjour parisien dans la joie et la bonne humeur. Tout cela en une seule journée : il faut le
faire !

Halte ! C’en est trop ! Vous tous, touristes de tous poils, explorateurs d’opérette, globe-trotters à la petite semaine, cessez de « faire » ! Choisissez
donc plutôt, selon les cas, de visiter, voir, explorer, parcourir, découvrir, admirer, etc.