Des paroles, des langues et des pouvoirs

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Cet ouvrage explore la manière dont, dans des espaces sociaux diversifiés, le langage constitue un instrument de pouvoir, de non-pouvoir et de contre-pouvoir. Ces contributions s'efforcent de comprendre les processus sociaux complexes qui font du langage un terrain de lutte, de consensus ou encore de construction de la différence. À ce titre, langues et langages contribuent à structurer nos sociétés et les individus qui la composent, dévoilant alors les tensions et des rapports de pouvoir.

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Date de parution 01 janvier 2015
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EAN13 9782336364803
Langue Français

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Romaîn Colonna (éd.)
Des paroles, des langues et des pouvoirs
DES PAROLES, DES LANGUES ET DES POUVOIRS
Espaces discursifsCollection dirigée par Thierry Bulot La collectionEspaces discursifsrend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, lacollection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique. Derniers ouvrages parus Frank JABLONKA,Processus et différence en communication postcoloniale,2014. Fanny MARTIN,Pratiques langagières et basket-ball professionnel en France, 2014. Rada TIRVASSEN,Créolisations, plurilinguismes et dynamiques sociales, Conduire des recherches en contexte plurilingue : Le cas de Maurice,2014. Thierry BULOT, Isabelle BOYERet Marie-Madeleine BERTUCCI, Diasporisations sociolinguistiques et précarités. Discrimination(s) et mobilité(s), 2014. Julien LONGHIGeorges-Elia S et ARFATI(dir.),Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, 2014. Sabine GOROVITZ,L’école en contexte multilingue. Une approche sociolinguistique, 2014. Montserrat BENITEZFERNANDEZ, Catherine MILLER, Jan Jaap DERUITER, Youssef TAMER,Évolution des pratiques et
Romain Colonna (éd.) DES PAROLES, DES LANGUES ET DES POUVOIRS Ont contribué à la rédaction de cet ouvrage : Romain Colonna Claude Richerme-Manchet Rose-Marie Volle Phyllis Dalley Gaëlle Planchenault Pascal Ottavi Brigitte Marin Marie Salaün Camila Ribeiro Véronique Fillol Madhura Joshi Béatrice Jeannot-Fourcaud Kayoko Iwauchi Elatiana Razafimandimbimanana Nolwenn Lorenzi Jean-Michel Eloy Ofelia García Marielle Rispail Stéphanie Clerc Alain Di Meglio
© L'HARM ATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04951-9 EAN : 9782343049519
INTRODUCTION DES PAROLES, DES LANGUES ET DES POUVOIRS : DE L’ANALYSE AU POUVOIR DE LA 1 SOCIOLINGUISTIQUE Tel est le but de cet ouvrage : interroger et réinterroger les notions de « parole », « pratique linguistique », « langue », « locuteur »… et les rapports qu’elles entretiennent entre elles et avec la notion de « pouvoir ». Ou devrions-nous écrire toutes ces notions au pluriel tant ces rapports et ces dialectiques s’avèrent complexes, multiples et divers et sont susceptibles d’être interprétés également sous la forme de « non-pouvoirs » ou de « contre-pouvoirs ». 2 Tel était initialement le but recherché à travers le Congrès du 3 Réseau Francophone de Sociolinguistique (RFS) organisé conjointement avec l’UMR CNRS 6240 LISA (Lieux, Identités, 4 5 eSpaces et Activités) et l’université de Corse Pasquale Paoli . « Le Réseau Francophone de Sociolinguistique a pour but de fédérer les chercheurs qui, de par le monde, se reconnaissent un intérêt pour la sociolinguistique, et qui travaillent – principalement ou en 6 partie ou entre autres langues – en français » . 1 Romain Colonna (Université de Corse – UMR CNRS 6240 LISA). 2 Les locuteurs et les langues : pouvoirs, non-pouvoirs et contre-pouvoirs, Corti, 3-5 juillet 2013. 3  Dont le président, à l’époque du congrès, était Alexandre Duchêne. Qu’il soit vivement remercié pour son soutien permanent et indéfectible quant à la bonne réalisation du congrès et de cet ouvrage. 4 Nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble de son personnel et l’équipe directionnelle (Marie-Antoinette Maupertuis (directrice), Dominique Verdoni (directrice adjointe à l’époque du congrès) et Bruno Garnier (actuel directeur adjoint) pour le soutien à la fois financier, professionnel et amical de l’UMR et la confiance sans cesse témoignée, sans lesquels le congrès et par conséquent cette publication n’auraient pu voir le jour. 5  Une confiance qui a été également sans cesse accordée par les instances de l’université de Corse et notamment par son service de communication et évènements composé de Sylvia Flore, Dominique Grandjean, Gaëlle Piferini, Lesia Dottori et Philippe Rocchi. 6 Site du RFS : http://rfs.socioling.org/ [en vigueur en sept. 2014].
6Romain ColonnaQuant à l’UMR LISA, elle « a pour objectif principal l’étude des relations sociétés-nature à la fois dans leur dimension spatiale, leur dimension temporelle et leur dimension symbolique. [Elle] concourt à une double finalité : - explorer sous un angle singulier – celui des espaces et sociétés insulaires – le paradigme du développement durable : l’espace insulaire devient un "lieu" d’analyse et de compréhension de la complexité que recèle ce concept. - contribuer à définir la gestion durable des territoires. Là encore l’espace insulaire peut être le "lieu" de simulation voire 7 d’expérimentation des politiques de développement durable » . Ce congrès de trois jours a réuni à Corti, à l’université de Corse, près de 150 chercheurs venus d’une trentaine de pays différents et représentant plus de 60 laboratoires et universités de par le monde. Par la suite, il nous a semblé impératif de poursuivre la réflexion qui était née à Corti en réunissant différents articles qui tous interrogent singulièrement la thématique du pouvoir liée aux locuteurs à travers leurs langues et leurs paroles et ce dans des contextes bien différents. La diversité et la richesse des contributions ont permis la 8 publication simultanée de deux ouvrages. Outre le présent volume , 7 Site de l’UMR LISA : http://umrlisa.univ-corse.fr/ [en vigueur en sept. 2014]. 8  Cet ouvrage rassemble des communications présentées lors du Congrès international du RFSLes locuteurs et les langues : pouvoirs, non-pouvoirs et contre-pouvoirs. Comité d’organisation du congrès: Romain Colonna (coordinateur), Alain Di Meglio, Jean-Michel Eloy, Marielle Rispail, Christophe Luzi, Véronique Lepidi, Aurélien Leoni et Johanna Casanova. Un grand merci aux organisateurs qui ont su humainement et scientifiquement trouver les moyens d’assurer la réalisation d’un tel congrès. Comité scientifique international du congrès et de l’ouvrage: Jules Assoumou (Univ. de Douala), Michelle Auzanneau (Univ. Paris Descartes), Marie-Madeleine Bertucci (Univ. de Cergy-Pontoise), Anette Boudreau (Univ. de Moncton), Josiane Boutet (Univ. de Paris VII), Raja Bouziri (Univ. de Carthage), Jacqueline Billiez (Univ. de Grenoble), Henri Boyer (Univ. de Montepellier III), Louis-Jean Calvet (Univ. d’Aix-Marseille), Stéphanie Clerc (Univ. d’Aix-Marseille), Romain Colonna (Univ. de Corse), Jean-Marie Comiti (Univ. de Corse), James Costa (Univ. d’Oslo), Phyllis Dalley (Univ. d’Ottawa), Alain Di Meglio (Univ. de Corse), Alexandre Duchêne (Univ. de Fribourg et HEP), Jean-Michel Eloy (Univ. de Picardie), Sabine Ehrhart (Univ. du Luxembourg), André Fazi (Univ. de Corse), Michel Francard
Introduction. Des paroles, des langues et des pouvoirs…7nous éditons chez Lambert-Lucas, l’autre partie des contributions sous le titre :Les locuteurs et les langues : pouvoirs, non-pouvoirs et 9 contre-pouvoirs. L’objectif du présent ouvrage est donc d’explorer – comme le rappelait déjà l’appel à communications du congrès – « la manière dont, dans des espaces sociaux diversifiés (institutions politiques, école, milieux de travail, milieux associatifs etc.), le langage (en tant que pratiques, discours et idéologie) constitue un instrument de pouvoir, de non-pouvoir et de contre-pouvoir. [Les contributions cherchent] avant tout à comprendre les processus sociaux complexes qui font du langage un terrain de lutte, de consensus ou encore de construction de la différence. En effet, la diversité des langues et leur variabilité intrinsèque s’inscrivent dans de véritables processus liés à la distribution du pouvoir, qu’il soit économique, social, politique ou symbolique. À ce titre, langues et langages contribuent à structurer nos sociétés, et les individus qui la composent, dévoilant alors des tensions et des rapports de pouvoir. On peut y trouver des dispositifs de domination et de minoration, des panoplies de représentations symboliques exprimant des outils et des postures, qu'il s'agisse de l'interaction, des activités métalinguistiques, des processus normatifs, de transmission des langues et d'éducation linguistique, de variationnisme et de co-variationnisme, de politique linguistique, d'élaboration des langues, et d'autres questions encore. Au sein des sciences du langage, la (Univ. de Louvain), Carmen Alén Garabato (Univ. de Montepellier III), Bruno Garnier (Univ. de Corse), Jean-Michel Gea (Univ. de Corse), Luca Greco (Univ. Sorbonne Nouvelle), Monica Heller (Univ. de Toronto), Anne-Marie Houdebine (Univ. Paris Descartes), Franck Jablonka (Univ. de Picardie et de Vienne), Attika Kara (LISODIP-ENS de Bouzaréah), Malika Kebbas (Univ. Saad Dahlab), Abdelouahed Mabrour (Univ. Chouaîb Doukkali), Zahir Meksem (Univ. de Bejaïa), Leila Messaoudi (Univ. Ibn Tofail), Claudine Moïse (Univ. de Grenoble), Pascal Ottavi (Univ. de Corse), Jean-Aimé Pambou (ENS/Univ. de Libreville), Marielle Rispail (Univ. de St-Etienne), Rada Tirvassen (Mauritius Institute of Education, IUFM national de Maurice), Véronique Fillol (Univ. de Nouvelle-Calédonie), Bruno Maurer (Univ. de Montpellier III), Sylvie Wharton (Univ. d’Aix-Marseille), Marinette Matthey (Univ. de Grenoble). 9  COLONNA Romain (éd.), 2014,Les locuteurs et les langues : pouvoirs, non-pouvoirs et contre-pouvoirs, Limoges, Lambert-Lucas.
8Romain Colonnasociolinguistique est en position d'éclairer cette thématique, dont on ne saurait trop souligner les enjeux sociaux, et donc la responsabilité que doivent assumer les chercheurs en travaillant à produire des résultats 10 socialement pertinents » . Dans un tel but et bien que la thématique annoncée brasse de très nombreux sujets, le présent ouvrage s’articule autour de deux parties composées chacune de sept chapitres : La première partie,La parole ou la prise de pouvoir : contexte universitaire, scolaire et discursif, s’intéresse aux discours et aux enjeux et rapports de pouvoirs qui y sont liés de manière à la fois consciente et inconsciente. Cet axe met en relief les manifestations constantes dupouvoir langagier et ce dans les interactions et les actes lesplus anodins de la vie discursivequotidienne des individus, la nôtre donc. Ainsi Rose-Marie Volle dans un texte éclairant se livre à une analyse des discours universitaires de « résistance » aux réformes universitaires, notamment celle concernant la Loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Universités (LRU). L’auteure propose une analyse de discours « centrée plus spécifiquement sur la question du mot comme terrain de lutte » et sur les mécanismes de manipulation à travers le « double langage ». Ce qui intéresse l’auteure, c’est également « la place du sujet dans le langage » et les moyens de « redonner au langage sa pleine fonction ». Toujours dans le cadre universitaire, Gaëlle Planchenault insiste quant à elle, sur le parler des professeurs à travers l’« articulation » qu’elle définit comme un possible instrument de pouvoir symbolique, le tout nourri d’imaginaire linguistique. L’auteure précise que sa réflexion « ne cherche pas à analyser les pratiques langagières telles qu’elles ont cours à l’université mais que son but est plutôt de mettre en lumière les idéologies linguistiques qui s’y rattachent ainsi que les représentations partagées sur ces manières de parler (en particulier celles qui prennent place lors du cours magistral […] ». À travers la contribution de Brigitte Marin, nous opérons une première incursion dans le domaine scolaire. L’auteure s’intéresse aux 10  Extrait de l’appel à contribution rédigé par le comité d’organisation du congrès. Disponible sur : http://rfs.socioling.org/historique-des-congres-rfs/ [Adresse en vigueur en sept. 2014]
Introduction. Des paroles, des langues et des pouvoirs…9implicites du discours scolaire et au passage à l’explicite. Elle articule son analyse autour de la « polyphonie du discours » à travers une situation pédagogique précise : le cours dialogué. Sans ambages, l’auteure rappelle qu’« en contexte scolaire, [la langue] peut constituer un instrument de domination symbolique si l’enseignant ne prend garde à l’usage qu’il en fait dans la transmission des savoirs ». Toujours selon une approche discursive, Camila Ribeiro analyse le discours médiatique s’appuyant sur le traitement d’une affaire de corruption par un journal télévisé brésilien. Elle démontre à quel point les faits historiques peuvent être « élaborés » et « construits » au nom d’un « nous », par celui qu’elle appelle le « locuteur médiatique ». Madhura Joshi analyse quant à elle les discours liés à la pratique sociale que représente le mariage en Inde, institution très fortement normée qui inscrit le mariage « dans un continuum de discours sociaux ». L’auteure propose « de voir comment les discours normatifs émergent dans les récits de mariage et comment les processus de subjectivation sont à l’œuvre dans l'énonciation du choix matrimonial ». Autre pays, autre contexte : Kayoko Iwauchi s’intéresse quant à elle à la manipulation du langage par les femmes japonaises. Elle évoque d’emblée la répartition langagière en la résumant ainsi : « le langage des hommes est le langage du pouvoir et celui des femmes le langage du non-pouvoir ». Mais s’arrêter à ce seul extrait ne saurait rendre compte de toute la richesse et la complexité liées à l’usage des répertoires langagiers en fonction des sexes et des représentations. Cette première partie se clôt avec la contribution de Nolwenn Lorenzi. L’auteure interroge les notions de « menace » et d’ « insulte » afin de mieux comprendre ce qui se joue d’un point de vue discursif dans les processus de domination et de prise de pouvoir. Elle place volontairement son étude au sein de l’enceinte scolaire, dans la classe précisément, puisque « la relation entre les interlocuteurs […] est définie par l’institution comme dissymétrique ». Elle ajoute que « la violence verbale ramène alors à un combat symbolique et territorial pour la prise de parole où il s’agit de ne pas perdre la face». La seconde partie de l’ouvrage s’intituleLes langues en contexte scolaire : entre représentations, formations et instrumentalisations. Les sept chapitres qui la composent traitent tous du domaine scolaire