Dictionnaire Dan - Français (dan de l'Est)

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Eastern Dan-French dictionary, preceded by a grammar sketch, is the first and only dictionary of this language spoken in Western C�te d'Ivoire by half a million people. Both in dictionary and in the grammar sketch, lexical and grammatical tones are marked throughout. Polysemy and idiomatics are broadly represented, dictionary entries include abundant illustrative examples reflecting the cultural specifics of Dan. The dictionary has a French-Dan index. The publication is oriented both to Dan languages learners and professional linguists; it can be also used by the native speakers of Dan.

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Date de parution 07 février 2015
Nombre de visites sur la page 7
EAN13 9780993996917
Langue Français

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DICTIONNAIRE DAN – FRANÇAIS








MUSÉE D’ANTHROPOLOGIE ET D’ETHNOGRAPHIE
ACADÉMIE DES SCIENCES DE LARUSSIE




VYDRINEValentin

KESSÉGBEUMongnan Alphonse





Dictionnaire Dan – Français
(dan de l’Est)
avec une esquisse de grammaire du dan de l’Est
et un index français-dan




1ère édition

St Pétersbourg
« Nestor-Istoria »
2008



Dictionnaire Dan – Français (dan de l’Est) avec une esquisse de
grammaire du dan de l’Est et un index français-dan. Valentin Vydrine,
Mongnan Alphonse Kességbeu. St Pétersbourg : Nestor-Istoria, 2008.
– 368 p.






Recommendé pour la publication par le Conseil Scientifique du Musée
d’anthropologie et d’ethnographie de l’Académie des Sciences de la
Russie




Éditeur : Thomas Bearth






Publication subventionnée par le Fonds National Suisse de la
Recherche Scientifique



978-0-9939969-0-0 (print)

978-0-9939969-1-7 (eBook)



© Valentin Vydrine, Mongnan Alphonse Kességbeu, 2008



Avant-Propos



Ce dictionnaire et l’esquisse grammaticale du dan de l’Est
(dialecte de Gouèta) sont adressés en particulier au peuple dan et ont pour
but de promouvoir l’alphabétisation et la scolarisation en langue dan.
Cependant, ce livre peut également servir à ceux dont la langue natale
est autre que le dan, et qui désirent l’apprendre, aussi bien qu’aux
linguistes qui s’intéressent à la langue dan.
L’élaboration du présent dictionnaire a été réalisée dans le cadre
d’un projet commun suisse-russe, en coopération étroite avec des
collègues ivoiriens. Il s’insère dans un projet qui a pour finalité la
description grammaticale et lexicographique des langues du groupe
mandé-sud parlées en Côte-d’Ivoire. Ce projet a été soutenu par deux
subventions du Fonds National Suisse de Recherche Scientifique (SUBJ
062156.00 et SUBJ 062156.00), ainsi que deux subventions de la
Fondation Russe des études en sciences humaines (04-04-00262a et
08-04-00144ɚ). Ce projet a également bénéficié d’un inestimable
support financier, moral et organisationnel de la part de Margrit Bolli et
Eva Flik, deux chercheuses de la Société Internationale de
Linguistique, et d’un sponsor anonyme. Notre gratitude s’adresse également à
Thomas Bearth, le coordinateur du Projet côté suisse, dont la
persévérance a rendu possible l’aboutissement de ce travail.
Le dictionnaire et la grammaire sont basés avant tout sur la
compétence linguistique d’un des auteurs, Kességbeu Mongnan.
Cependant, là où cela s’avérait nécessaire, d’autres locuteurs du dan-gouèta
ont bien voulu élucider nos nombreuses questions. Dans ce contexte,
nous tenons à remercier Gama Hubert et Diomandé Vassiafa, tous
deux de Santa, ainsi que Vassa Jonas de Tokpapleu. Nous exprimons
aussi ici notre gratitude à tous nos autres interlocuteurs: amis et
parents qui ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à ce travail de
longue haleine.
Nous tenons également à mentionner le nom d’Alyona
Tcherdyntseva, une étudiante russe de St-Pétersbourg, qui a entamé le
travail portant sur ce dictionnaire en 2001.

3

Nous remercions Klanniégbeu Gongblin, professeur de lycée en
service au Lycée Moderne de Duékoué, de l’important travail éditorial
bilingue accompli sur l’ensemble du dictionnaire. Nous exprimons
enfin notre gratitude à Chantal-Nina Kouoh (traductrice, Neuenhof,
Suisse) qui a assuré la relecture finale des traductions et textes
français.

Ka nuwȳȳ‘gbȳ

4


Esquisse de grammaire du dan (Gwȳȳtaa)


I. Informations générales
0.langue dan-gouèta (dans l’orthographe dan, La“dan-
“gwȳȳtaa) est parlée dans la région des Dix-Huit Montagnes dans la
sous-préfecture de Gouèta-sè (“Gwȳȳtaa “sȳ), Santa, dans l’Ouest de
la Côte-d’Ivoire. Le dialecte de la sous-préfecture de Gouèta-sè a été
choisi comme base de la langue littéraire dan (yacouba) pour la zone
nord-est, tandis que le dialecte de la sous-préfecture deBlo-sè aété
sélectionné pour la norme linguistique de la zone sud-ouest. La zone
compacte des Dan s’étale au-delà la frontière libérienne, où les Dan
sont connus sous le nom de Gio; leurs dialectes sont assez proches du
dan du sud-ouest de la Côte-d’Ivoire. Il existe aussi une enclave dan
dans la préfecture de Touba, près de la frontière guinéenne (y compris
4 ou 5 villages du côté guinéen); on y parle le dialecte kla, qui est
assez différent des autres variantes du dan.
Le dan est une des langues du groupe linguistique mandé-sud. Les
langues les plus proches du dan sont le mano (parlé au Libéria et en
Guinée) et le toura. Les autres langues de ce groupe sont le gouro, le
yaouré, le mwan, le wan, le gban et le beng ; toutes ces langues sont
parlées en Côte-d’Ivoire. Une parenté linguistique plus éloignée lie les
Dan avec les autres langues de la famille mandé, comme le manding
(dioula, bambara, maninka, mahou, etc.), le kpellé et le looma (toma),
etc.
La plupart des Dan sont des partisans des croyances
traditionnelles (cultes des masques, fétichisme, animisme), mais aujoud’hui le
christianisme se répand petit à petit, aussi bien que l’islam (à un degré
moindre).
Le nombre des Dan en Côte-d’Ivoire est d’environ un million,
dont à peu près la moitié se situe dans la zone Est.
Il y a des émissions en dan à la «Radio des Dix-Huit
Montagnes »à la Mission Catholique à Man et à deux autres radios,
« ONUCIFM »et «Tonkpi FM», ainsi qu’une émission
hebdo
5



La langue dan et ses dialectes ivoiriens

madaire d’un quart d’heure en dan à la télévision ivoirienne. Le dan
est utilisé dans les offices protestants. Le Nouveau Testament a été

6

publié en “dan- “gwȳȳtaaen 1991. Il existe aussi des livres
d’alphabétisation. Un journal mensuel–Pamȳamȳ (ou-Pamȳbhamȳ,
‘Le Réveilleur’) – en versions gouèta etblo – paraît depuis 2005.

II. Phonologie
2.1. Phonologie segmentale
2.1.1. Voyelles
Le système vocalique du dan-gwȳȳtaa12 phonèmes comporte
oraux et 9 phonèmes nasaux (en alphabet international phonétique) :

Orales Nasales
antéri- postérieurespostérieures antéri-postérieures
postérieures non- arrondieseures non-eures
arrondies
arrondiesarrondies
iϦ u̞ Ϧܕ ձ
eֽ o
ȳ ֺ ƥ ȳܕ ֺ ܕ oܕ
æ aĴ æܕ aܕ Ĵܕ

Sous le ton extra-haut, mais aussi après le ton extra-haut, les
voyellese,ֽ, oréalisent comme semi-fermées, [ se̸,ؑ,փ]
respectivement. Ces allophones sont désignés par des graphèmes séparés en
orthographe. Les voyelles nasalesȳܕ,ƥܕ,ֺ ܕportant le ton extra-haut ont
des variantes libres semi-fermées :“nƥnƥ[nۡܕƥnܕۡƥ ~nܕۡփnܕۡփ] ‘lait’,“mëng
[mۡІֺܕۡm ~ؑ ۡІۡ] ‘néré (Parkia biglobosa)’; cependant, cette différence
ܕ
n’est pas représentée dans l’orthographe. Ainsi, le système vocalique
se présente de la façon suivanteen orthographe(la nasalisation de la
voyelle est rendue par–naprès la voyelle) :

Orales Nasales
ng
i üu in ünun
̸ փܿ փ
e öo
ȳ ëƥ ȳn ënƥn
ȳaa aƥ ȳan anaƥn
7

L’élément nasal vélaireƾconsidéré comme une voyelle (à est
aperture zéro) à distribution limitée. En orthographe, il est désigné par
la combinaisonngà la fin du pied métrique, et parnpour le pronom
ère
non-subjectif de la 1pers. du sg.
Les voyelles longues se comportent, en ce qui concerne la
distribution des tons, de la même façon que les séquences des voyelles
hétérotimbres, elles sont donc interprétées comme des combinaisons de
voyelles identiques. Ainsi, la formebhȳȳ” ‘prière’ a deux voyelles
identiquesȳet est donc constituée de deux syllabes,bhȳ +“ȳ(de la
même façon quebhi딑corde’ =bhi+“ë).
Les voyellesȳa [æ],aƥ [Ĵ],ȳan [æܕ],aƥn [Ĵܕ] représentent un cas
spécial. Ces voyelles proviennent historiquement des combinaisonsȳ
+aet a+ƥ (oralesou nasales) respectivement. Elles posent deux
problèmes :
1) Dans de nombreux mots en"dan- "gwȳȳtaa, on observe une
variation libre entreȳaetȳȳ,ȳanet ȳȳn, aƥetƥƥ, aƥnetƥƥn: =gȳanou
=gȳȳn ‘veuvage’,dhaƥ ou dhaƥ ‘clochemétallique’, etc. Une
question se pose: est-il vraiment nécessaire d’établir ces phonèmes, ou
s’agit-il simplement des variantes automatiques deȳȳ,ȳȳn,ƥƥ,ƥƥn ?
Cependant, il s’avère que la variation en question n’est pas
automatique ; par exemple, le mot“bhȳȳ‘chemise longue’ n’a pas de variante
*”bhȳa(cf.bhȳȳ”ou bhȳa”‘prière’ qui a les deux variantes), ou
encoredaƥng‘dimension’ qui n’a pas de variante*dƥƥng(cf.‘dƥƥn-ou
‘daƥn-‘araignée venimeuse’). La variation en question n’est donc pas
prévisible, ce qui veut dire que les phonèmes en question doivent être
retenus.
2) L’orthographe du dan, qui désigne les phonèmes en question
par des digraphes, cache le problème de longueur. Il reste
sousentendu que ces voyelles sont toujours longues : /ææ/, /æܕæܕ/, /ĴĴ/, /ĴĴܕܕ/.
Si tel est le cas, on peut se poser la question suivante : s’agit-il, dans
ce cas, de « vraies » voyelles longues (plutôt que de combinaisons de
voyelles brèves identiques) ?
Cependant, les voyelles brèves existent tout de même. /æ/
apparaît dans la position devant une voyelle nasale–І : -dȳang /dæ۬І۬/
‘étranger’,“sȳang /sæۡІۡ/ ‘touffe de queue de porc-épic’, etc. /Ĵ/ bref
est attesté dans quelques formes redoublées: =zaƥnzaƥndhe /zĴ۬ܕzǙܕȘĴ۬/

8

intensif pluriel du -zaƥndhe[zĴ۬ܕĴܕ۬ǙȘ] ‘rouge’. La présence des voyelles
brèves en question est limitée, mais elle permet d’établir pour ces
phonèmes le même type de correspondance entre les voyelles brèves
et longues que pour tous les autres phonèmes.

2.1.2. Consonnes
Labio-Labiales Dentales Palatales Vélaires Vélaires
labialisées vélaires
Occlusivesp t k kw kp
sourdes
Occlusivesb d g gw gb (gm)
sonores
Fricativesf s h
sourdes
Fricativesv z
sonores
Implosives/bh(m)dh(n)y(Є) w(wܕ)
sonantes
Sonante l
latérale

Les allophones apparaissant en contexte nasal figurent entre
parenthèses. Dans l’orthographe, /Ŷ/ et /Ǚ/ sontdésignés parbhetdh
respectivement ;metnsont utilisés pour les allophones nasaux devant
les voyelles nasales (et dans ce cas, la nasalisation des voyelles
suivantes n’est pas marquée par «n postvocaliqueon écrit») :‘në
‘enfant’ pour /ֺǙܕۛ/,-mƥƥ‘souris’ pour /Ŷܕ۬ƥܕ۬ƥ/ (et non pas*’nën, *-mƥƥn!).
Les allophones nasaux des consonnes implosives apparaissent
également après une voyelle–І,mais dans ce cas, cette nasalité étant
automatique, elle n’est pas marquée: on écrit=ya n bhloom’a ‘il
serré’,=ya “gang ‘dhƥa acheté une pioche’ et non pas * ‘il=ya n
mloo, *=ya “gang ‘nƥ.
Sauf aprèsm- etn-, la nasalisation vocalique est marquée par unn
qui suit la voyelle. Les allophones nasaux degb, y, wapparaissant
dans ce contexte ne sont représentés dans l’orthographe que par le
placement dunnasalisant après la voyelle qui suit.

9

Le phonèmelse réalise à l’intérieur du pied métrique comme [r]
après une consonne dentale ou palatale (t, d, s, z,Ǚ, y)et comme [l]
dans tous les autres contextes. À l’écrit, ces allophones sont rendus
parretlrespectivement.
Le phonèmehest très rare, il n’apparaît que dans quelques
interjections.
L’alphabet dan-gwȳȳtaa (enorthographe de Côte-d’Ivoire)se
résume comme suit :

a aƥb bh d dh e ëȳ ȳa f g gb gw h i̸k kp kw l m n o öƥp r s t
u üփ փܿv w y z

2.2. Tons
Le dan-gwȳȳtaaa cinq tonèmes simples, essentiellement réalisés
comme tons-registre :
1) extra-haut :“kaa‘gale’
2) haut :‘kaa‘vous’ (pronom négatif du présent)
3) moyen :kaa‘vous’ (pronom du prospectif)
4) bas :=kaa‘gratter’ (dans la construction « conjointe », cf.
cidessous)
5) extra-bas :-kaa‘roseau’.
S’y ajoute trois tons modulés qui sont désignés en orthographe
par des combinaisons de marques tonales :
1) haut – descendant :‘gban-‘fourmi grosse noire’
2) moyen – descendant :din-‘faim’
3) extra-haut – descendant :“tփ-‘arbre à bois très mou’.
Les deux derniers tons sont très rares.
Le ton joue un rôle grammatical très important en"dan- "gwȳȳtaa.
Le ton extra-bas sur le verbe marque le factatif (cf. la division
9. Verbes);le ton extra-bas sur le nom marque une fonction
syntaxique du nom dans un syntagme déterminatif ; des modifications tonales
marquent le pluriel et l’intensif des adjectifs, etc. Le suffixe tonal (un
ème
ton extra-bas final) peut représenter un pronom élidé de 3pers. du
sg. de la série non-subjective (-a), par exemple :… ‘yö- pö- -dhȳ‘Il le
lui a dit.’ Il sert de marque de l’infinitif (A –dho nu- dhia”. ‘Je
viendrai demain’) et du prohibitif.

10

Il faut donc retenir l’idée qu’un certain mot en"dan- "gwȳȳtaa
peut apparaître dans des contextes différents avec des tons différents
et que ce changement de tons n’est pas arbitraire. On peut toujours
établir le ton lexical du mot, dont les modifications obéissent à des
règles bien précises.

2.3. L’organisation rythmique : pieds métriques
Dans les langues du monde, il va de soi que les mots se
subdivisent en syllabes. Normalement, le noyau d’une syllabe est la voyelle ;
tant de voyelles dans un mot, tant de syllabes. Ainsi, le
mot-gënnggënngkloo‘esp. de liane’ a 6 voyelles (ën, ng, ën, ng, o,
o), donc 6 syllabes.
Il s’avère cependant que la seule subdivision en syllabes ne
permet pas de bien comprendre le fonctionnement du système
phonologique du dan. En fait, certaines syllabes sont beaucoup plus fortement
liées entre elles que d’autres. Par exemple, dans le mot'manggloo
[maۛІۛgloܮoܮ] ‘mangue’ la liaison entre les syllabes‘ma et‘ng estplus
forte que celle entre les syllabes‘ng etglo. Les séquences comme
'manget gloodes sontpieds métriques, unités intermédiaires entre
les syllabes et les mots ; leur rôle en dan (comme dans les autres
lan1
gues du groupe mandé-sud) est prépondérant.
D’après leurs structures, on note les types suivants de pieds
métriques en"dan- "gwȳȳtaa:
2
a) pieds légers, consistant en une syllabe : V,ƾet CV .
b) pieds lourds, consistant en deux syllabes chacun : CVV,CVІ,
ClV, ClVV, ClVІ
c) pieds extra-lourds, consistant en trois syllabes : CVVV, CVVІ
Un pied métrique se caractérise par
– l’harmonie de nasalité: dans le cadre d’un pied, toutes les
voyelles peuvent être soit nasales, soit orales; une combinaison des


1
Dans les travaux linguistiques sur les langues mandé-sud, ces unités
sont traitées tantôt de «syllabes »,tantôt de «syllabèmes »,ou encore de
« monèmes ».
2
C représente une consonne initiale, V représente une voyelle (autre que
ƾ).
11

3
voyelles orales et nasales est impossible.En orthographe, la marque
de nasalisation (-n) porte toujours sur l’ensemble du pied, plutôt que
sur une seule voyelle :-pƥƥn‘hernie’ ([pܕƥ۬۬ܕƥ], et non pas *[pܕ۬ƥ۬ƥ] !),ziaan
‘route’ ([zܮܕaܕܮaܮܕ], et non pas *[zܮaܮaܮܕ] ou *[zܮaܕܮaܕܮ] !) ;
– des restrictions concernant les combinaisons tonales.
Naturellement, un pied léger ne peut porter que les tons énumérés dans la
division 2.3 (tous les cinq tons-registre, plus trois tons descendants).
Mais dans les pieds lourds et extra-lourds, beaucoup de combinaisons
tonales, théoriquement imaginables, ne sont pas attestées. Les règles
des combinaisons tonales dans un pied lourd peuvent se résumer
comme suit :
a) toutes les combinaisons des tons registre identiques
(HautHaut, Moyen-Moyen, etc.) sont admises ;
b) tous les tons initiaux se combinent avec le ton final extra-bas
("mƥƥ- ‘marabout’,‘gbaa-sorte de banane plantain, grosse et ‘une
longue’,gƥƥn-‘homme’,=keng-‘après’) ;
c) le ton moyen initial du pied se combine avec les deux tons plus
élevés à la finale (Moyen-Haut:bhƥƥ’Moyen- ‘espèced’abeilles’ ;
Extra-haut :bhiaa”‘piège au singes’);
d) dans quelques rares cas, dans les pieds d’origine composée
(résultant de la fusion des noms avec des postpositions), on trouve la
combinaison Extra-haut-Moyen (comme“siaa+ [sۡaܮaܮ] ‘par terre’, le
cas subessif du“sȳ ‘terre’)ou Haut-Moyen (‘bhlaa+ [Ŷláþ] ‘au
champ’, le cas locatif du'bhlaadhȳ‘champ’);
– des restrictions concernant les combinaisons vocaliques. Ainsi,
dans les pieds du type ClVV les deux voyelles sont toujours
identiques. Dans les pieds des types CVV et CVVƾdeux voyelles sont les
soit identiques, soit la première voyelle est la plus fermée (i, u) et la
deuxième est postérieure non-arrondie et non-fermée (ö, ä, a). Dans
les pieds de structure CVVV, les deux dernières voyelles sont toujours
identiques, mais différentes de la première voyelle, qui est
pratiquement dans tous les casiouu.


3
La voyelleƾ; elle sehors du système de l’harmonie de nasalité est
combine avec les unes comme avec les autres.
12

Il convient de souligner que le pied métrique est différent du
morphème :il y a des morphèmes qui comportent plus d’un pied
(comme-draaka[-draa 'ka] ‘petit-déjeuner’ ou"gbëëloo["gbëë -loo]
‘serpent rouge’), et il y a des pieds qui résultent de la fusion de plus
d’un morphème et qu’on peut donc considérer comme comportant
deux morphèmes (commegȳȳn‘avec le pied’, historiquement*gܕ۬ȳ +
ká).
III. Morphologie
3. Parties du discours
4
Les parties de discourssont des classes de mots (plus
précisement, des lexèmes) qui se distinguent par des critères formels:
morphologique (le type de flexion; l’aptitude à adjoindre les auxiliaires)
et syntaxique (les fonctions syntaxiques que le mot peut assumer). En
établissant la liste des parties de discours, le critère sémantique (donc
le sens du mot) ne peut être pris en compte que secondairement.
Chaque langue a son propre inventaire des parties de discours.
En"dan- "gwȳȳtaa, d’après les critères formels, on obtient
l’inventaire suivant des parties de discours :
3.1. Noms (substantifs). Ilspeuvent assumer (sans aucune
marque morphologique supplémentaire) les positions syntaxiques du sujet,
du complément d’objet direct, et, accompagnés d’une postposition, du
complément d’objet indirect ou circonstant. Dans le cadre d’un groupe
nominal, le nom peut occuper les positions du déterminant et du
déterminé dans un syntagme du type génitif, et du déterminé dans le
syntagme attributif.
Les noms locatifsse distinguent des noms « propres » par le fait
qu’ils ont une catégorie morphologique du cas; autrement dit, ils se
déclinent. Ils peuvent donc, à la différence des noms, apparaître dans
la fonction syntaxique du circonstant ou du complément d’objet
indirect sans être accompagnés de postposition.
Les pronoms personnels sontproches des noms par leur
comportement syntaxique ; ils assument les mêmes rôles syntaxiques, sauf
celui du déterminé dans un syntagme du type génitif. Ils se distinguent

4
Dans la tradition linguistique française, le terme « catégories
grammaticales » est souvent utilisé. Nous l’éviterons à cause de son ambiguïté.
13

radicalement du nom par le critère morphologique : les pronoms
personnels ont un paradigme flexionnel très riche. Dans le cadre de ce
paradigme, des valeurs grammaticales différentes sont opposées: le
cas, l’aspect, la polarité (affirmatif vs. négatif), les modes, les statuts
pragmatiques…
Les adjectifsse distinguent des autres parties du discours à la fois
par leur morphologie (ils ont des catégories morphologiques du pluriel
et de l’intensif, d’ailleurs assez irréguliers) et leur syntaxe (les
fonctions attributive, prédicative et quasi-substantive, voir la division 7).
Les numérauxproches des adjectifs en ce qui concerne sont
leurs fonctions syntaxiques. Leur différence principale est du côté
morphologique :d’une part, ils n’ont pas de catégories
morphologiques du pluriel et intensif (ce qui est compréhensible, compte tenu de
leur sémantisme); d’autre part, ils dérivent régulièrement des
numéraux ordinaires par l’adjonction du suffixe-nçç.
Les déterminatifspas de flexion ; ils occupent la position n’ont
après un groupe nominal. Si un groupe nominal comporte un adjectif
ou un numéral, le déterminatif ne peut jamais le précéder, il ne peut
que le suivre. Les déterminatifs constituent une classe fermée ; ce sont
en fait des auxiliaires.
Les verbesles caractéristiques suivantes ont: ils assument la
fonction du prédicat à valeur d’action, événement ou état en
combinaison avec toutes les séries subjectives des pronoms personnels. À la
différence des adjectifs, ils changent leurs tons lexicaux à extra-bas
suivant le pronom sujet de la série existentielle.
Les copules.Il n’y en a que deux :-müet=nȳ.Elles assument la
fonction prédicative et expriment la valeur existentielle. À la
différence des verbes, elles ne demandent pas des pronoms subjectifs en
affirmatif.
Les adverbesla fonction syntaxique du circonstant assument
sans être accompagnés d’une postposition. À la différence des noms
locatifs (dans leurs formes des cas obliques), l’adverbe ne peut pas
avoir un déterminant nominal à sa gauche.
Les postpositions sontdes marqueurs de la fonction syntaxique
de circonstant ou du complément d’objet indirect. À la différence des
adverbes et des noms locatifs, ils ne peuvent pas remplir seuls ces

14

fonctions, ils doivent forcément accompagner un groupe nominal. Les
postpositions peuvent également servir de marques de liaison
syntaxique entre les noms.
Les particules phrastiquespas de flexion. Elles occupent n’ont
la position à la fin d’une phrase et expriment des valeurs modales.
Elles se distinguent des adverbes par leur comportement syntaxique lors
de la nominalisation des verbes.
Les conjonctions marquentla liaison syntaxique entre les mots
ou les phrases.
Les interjectionsdes mots-phrases, donc des mots équiva- sont
lents de phrases entières. Elles expriment les valeurs modales.

3.2. Conversion(passage d’un mot d’une partie du discours à une
autre sans aucune modification de sa forme, « dérivation zéro »). Elle
existe en"dan- "gwȳȳtaa, mais elle est beaucoup moins courante que
dans certaines autres langues mandé. On peut mentionner des relations
conversionnelles suivantes :
1) verbe – nom, la direction de la conversion n’est pas toujours
claire :gaƥ‘donner cadeau’ – ‘cadeau’,=gloo‘se réposer’ – ‘répos’,
“gbla ‘crier’– ‘cri’,“suփܿ ‘avoirpeur’ – ‘peur’,“w̸ ‘parler’– ‘son’,
etc.;
2) verbeÆadjectif :“blë‘s’user’Æ‘pourri’,see-‘gâter, se
gâter’Æ‘gâté’,tröö‘s’assombrir’ – ‘sale’, etc. ;
3) nomÆ postposition:“dhiփܿ ‘bord,sommet’Æ ‘devant’,-gƥ
‘tête’Æ‘à’, etc. ;
4) déterminatifÆnom :‘bha‘autre’Æ‘beau-frère cadet’ ;
5) adjectifÆ adverbe :-dee ‘nouveau’Æ ‘récemment’,‘gb̸̸-
‘important, difficile’Æ‘très’, etc. ;
6) adjectif – nom (la direction de la conversion souvent n’est pas
claire) :“piëënpiëën‘mous et denses’Æ‘barbe de plume’,-sȳa‘frais’
(temps)Æ‘fraîcheur’,“sënng‘or’Æ‘de l’or’, etc.
Passons maintenant à une analyse plus détaillée des particularités
de chaque partie de discours.

15

4. Noms
4.1. « Noms relationnels » et « noms libres »
Les noms en"dan- "gwȳȳtaa sesubdivisent en deux classes:
« noms relationnels » (une autre appellation : « noms inaliénables ») et
« nomslibres »(autres appellations: «noms autosémantiques»,
« nomaliénables »).La différence entre ces types s’exprime
formellement comme suit : lorsqu’un nom libre apparaît comme le déterminé
(possédé) dans un syntagme de type génitif, une marque
connectivebha (souventsous forme simplifiée-a) doit être intercalée entre ce
nom et le nom précédent (le déterminant):dhebënë -bha ‘wëëga
‘l’argent de femme’ vs.dhebënë wë‘le visage de femme’.
Les noms relationnels forment deux groupes sémantiques :
a) noms des parties du corps («noms inaliénables proprement
dits ») ; il s’agit ici des relations « partie d’un ensemble » ;
b) termes de parenté et le vocabulaire limitrophe (comme‘yaƥ-
‘ennemi’,"t̸ma ‘camaraded’âge’, etc.), donc « les noms relationnels
proprement dits » : le sens d’un tel nom n’est valable que par rapport
au nom déterminant. Ainsi, la personne désignée par le syntagme–Yƥ
dë‘père de Yo’ ou–Tokpa ‘yaƥ-‘ennemi de Tokpa’ n’est père ou
ennemi que par rapport à Yo ou Tokpa, à part ces relations lapersonne
en question n’est ni « un père », ni « un ennemi ».
Il convient de dire qu’en dan, les limites de ces groupes
sémantiques sont floues, dans le sens où il y a des noms qui, d’après leur
valeur sémantique, devraient se trouver parmi les noms relationnels mais
ne s’y trouvent pas. Ainsi, le motwunne se trouve pas ‘chevelure’
dans le groupe des noms relationnels (on dit–a –bha wun‘sa
chevelure’, et non pas *–a wun), tandis quekaa-‘poil’ (y compris le poil de
corps humain) s’y trouve (dhebë kaa-de corps d’une femme’). ‘poil
Les termes de parenté'bȳȳ-‘neveu, nièce’ (enfant de sœur)
et‘në‘enfant’ ne sont pas des noms relationnels, tandis quedhuëë-‘oncle
maternel cadet’ etbhang‘enfant’ le sont :-Gbato dhuëë-‘oncle de
Gbato’, mais“Sita –a ‘në‘enfant de Sita’.
Une autre précision importante est qu’en"dan- "gwȳȳtaale
comportement différent entre les noms relationnels et les noms libres ne se
manifeste que si le nom déterminant désigne une personne. Ainsi,
nous avons :

16

mȳ -gȳnd’un homme’ vs. ‘jambemȳ -bha‘kƥ ‘maisond’un
homme’;
-maa –gȳn ‘patte d’un oiseau’ vs.–maa ‘kƥ‘nid d’un oiseau’.
Cela nous permet de dire que les noms des humains et des
nonhumains forment en"dan- "gwȳȳtaagroupes qui se distinguent deux
formellement (bien que d’une façon indirecte).

4.2. Pluriel
4.2.1. La marque standard du pluriel est un auxiliaire-nuqui suit
le nom. Si le nom est suivi d’un adjectif,-nu peutêtre placé après le
nom ou après l’adjectif, et parfois il peut être répété deux fois en
occupant les deux positions. Ainsi, nous avons trois syntagmes qui
ren5
dent le même sens, ‘enfants bêtes, abrutis’ :
‘në -nu “mƥƥmƥƥ
‘në “mƥƥmƥƥ-nu
‘në -nu “mƥƥmƥƥ-nu
Le pluriel peut également être exprimé par la flexion de l’adjectif
(voir ci-dessous).
Il y a des noms qui ont une valeur collective et ne s’adjoignent
pas la marque-nu(zluu‘fourmis magnan’ ; *zluu -nune se dit pas). Il
faut cependant admettre que l’aptitude de se conjuguer avec la marque
du pluriel est souvent lexicalisée; ainsi, les noms des autres espèces
des petits insectes l’acceptent:=zȳ ‘termitemaçon’ (à valeur plutôt
collective) –=zȳ-nu‘termites maçons’.
La tendance générale en"dan- "gwȳȳtaade ne pas utiliser la est
marque du pluriel dans les contextes de neutralisation, donc les
contextes génériques et peu concrets.
4.2.2. Il y a un groupe de noms, désignant des représentants
masculins des professions (surtout peu prestigieuses) et les parents (cadets
ou du même âge) qui forment leur pluriel de manière plus compliquée.
À part la marque–nu,ils adjoignent le suffixe–zë.Si un tel nom a le
suffixe du représentant de profession–mi,ce suffixe est remplacé par
–zë:


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Il y a des restrictions d’ordre lexical concernant la position de
l’auxiliaire-nu.
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