Glossaire du verlan dans le rap français

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Le présent ouvrage étudie chacun des mots du verlan employés dans le rap français afin d'établir son mode de formation lexicale, sa fréquence, sa prononciation, ses significations et ses emplois, sur la base de citations authentiques. Celles-ci émanant de centaines de groupes différents, il constitue également un véritable panorama du rap français.

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Date de parution 15 août 2015
Nombre de lectures 201
EAN13 9782336387949
Langue Français

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Ê ò

Va l é r yDE B O V

Glossaire du verlan
dans le rap français

Pr é f a c ed eCh r i s t o p h eRU B I N

24/06/15 17:53






































Glossaire du verlan
dans le rap français



Valéry Debov




















Glossaire du verlan
dans le rap français


Préface de Christophe Rubin
















































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05557-2
EAN : 9782343055572











À mes parents

PRÉFACE

Un certain nombre d’ouvrages ont abordé sous forme de dictionnaires
les spécificités du vocabulaire des jeunes dans les banlieues françaises.
Parmi les plus intéressants et les plus utiles, il faut mentionnerLe Dico de la
1
banlieue (1000 définitions pour tchatcher mortel)de Philippe
PierreAdolphe, Max Mamoud et Georges-Olivier Tzanos,Comment tu tchatches !
2
Dictionnaire du français contemporain des citésde Jean-Pierre Goudaillier
3
et, plus récemment, leLexik des cités illustré, fruit du travail d’une dizaine
de jeunes auteurs. Le chercheur russe Valéry Debov propose ici une
approche différente et complémentaire. Ce nouvel ouvrage est d'ailleurs le
complément indispensable duDiko des rimes en verlan dans le rap français,
4
récemment paruet salué par différents médias – généralistes, spécialisés et
universitaires, ce qui n'est pas chose courante.
L’introduction du présent ouvrage définit, avec une précision encore
inédite dans ce domaine, le champ linguistique dont il traite, en indiquant à
la fois un espace discursif (celui du rap français), un type de création lexicale
(le verlan), le principe qui régit cette création (les «créations lexicales
déviantes ») et le statut de cet ensemble de termes (ils constituent la base
lexicale d’un véritable sociolecte).
La notion de créativité pourrait sembler incompatible avec l’idée
même de repérer des constantes pour en faire un dictionnaire ; mais Valéry
Debov fait à cet égard une remarque essentielle : s’il y a bien déviation par
rapport à une certaine norme dans les «banlieues populaires des grandes
villes de France », ces dernières sont à leur tour « devenues des lieux de
production de normes culturelles bien spécifiques ». En effet, si le verlan est en
soi le fruit d’une (re)création lexicale, son emploi consiste surtout à utiliser
des termes déjà attestés et bien connus : de la même façon que les écrivains
limitent généralement la fréquence des néologismes qu’ils introduisent, un
rappeur mettrait en danger sa crédibilité, peut-être, et l’intelligibilité de ses
textes, sûrement, s’il utilisait trop de termes nouveaux en verlan. La forme
des mots est souvent déjà fixée : le verlan du motfemmeserameufmais pas
5
*meufa parexemple – un terme qui serait sans doute trop proche demifa.
Dans l’interview d’Alain Rey placée en exergue duLexik des cités, le plus
célèbre des lexicographes français, dialoguant notamment avec le rappeur
Disiz la Peste, confirme que «le verlan n’est pas du tout un procédé

1
Éditions La Sirène, 1995.
2
Éditions Maisonneuve et Larose, 1997.
3
Éditions Fleuve noir, 2007.
4
Éditions La Maison du Dictionnaire, octobre 2012.
5
Mifaest le verlan defamilleaprès apocope de ce mot.

6
libre »et il signale, plus généralement, que l’emploi d’un argot quelconque
par un étranger est encore plus délicat pour lui que l’usage standard d'une
langue, du fait de l’existence d’une norme de prononciation et de
signification à la fois très précise et extrêmement fluctuante dans le temps. Un tel
code est donc particulièrement difficile à appréhender dans la mesure où il
combine paradoxalement un formalisme aigu, presque inaccessible à tout
regard extérieur, et une labilité déconcertante.
L'une des clés pour en comprendre le principe est la notion de
subver7
sion :formelle bien sûr, avec l'inversion de l'ordre des syllabes , mais
également socio-linguistique. Par exemple, on apprendra que «ap[le verlan de
pas] ne s'emploie jamais avec l'adverbe de négationne». La hiérarchie
classique des registres de langue se trouve ainsi elle-même inversée, pour ne pas
8
dire carnavalisée, comme aurait dit, peut-être, Mikhail Bakhtine.
Un des mérites du livre de Valéry Debov est de combattre des
stéréotypes. Celui, donc, qui consiste à considérer que le verlan exclut toute norme
; mais aussi l’idée d’une pauvreté langagière, voire d'une coupure radicale
avec le passé. Voici un exemple de cette vieille idée – maintes fois assenée –
sous la plume de l’essayiste Jean-Claude Barreau : « Quand je vivais au
milieu des loubards, beaucoup étaient d'origine étrangère et maghrébine, mais
tous parlaient l'argot avec l'accent parigot, langue infiniment plus riche et en
9
continuité avec le passé populaire indigène que le pauvre langage du rap. » .
Face à ce type de préjugés, étayés par aucune analyse véritable,
l’existence même d’ouvrages, parfois écrits ou préfacés par des linguistes
célèbres, constitue déjà un argument. J’ai évoqué plus haut le rôle valorisant
d’Alain Rey, associé aux prestigieux dictionnaires des éditions Le Robert et
manifestant tout son intérêt, tout son respect pour le travail des rappeurs;
Jean-Pierre Goudaillier est quant à lui professeur de linguistique à la
Sorbonne, tandis que son préfacier, Claude Hagège, est professeur au Collège de
France.
Pourtant, tous ces ouvrages ont quand même pratiqué une légère
distanciation, consciemment ou non. Tous se situent en effet en partie sur le
terrain de l’humour, sans évidemment s’y limiter puisque le travail accompli
est bel et bien très sérieux, mais comme s’il s’agissait de trouver, grâce à
cette tonalité, une caution ou unecaptatio benevolentiaecar le lecteur ne –
semble pas considéré comme adhérent à l’univers linguistique décrit. Ce
caractère volontairement plaisant peut suggérer implicitement que le contenu

6
Op. cit.p. 15.
7
Valéry Debov montre que le mode de formation des mots en verlan est en fait
souvent plus complexe.
8
François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance
(Paris, Gallimard, 1982 – ouvrage publié pour la première fois en 1965 en URSS).
9
« La France va-t-elle disparaître ? » (article composé d'extraits de l'essai portant le
même titre),Le Figaro magazine, 01/02/1997, p. 47.

8

linguistique risquerait de ne pas intéresser un assez large public s’il n’était
mis en scène de façon humoristique, provocatrice ou du moins souriante. Le
choix des exemples, voire des polices de caractères, et la mise en page de la
couverture vont en général assez nettement dans cette direction, ce qui
rappelle d'ailleurs l’alternance des médias, se focalisant tantôt sur un rap léger et
festif, tantôt sur des productions plus véhémentes mais rarement sur la
profondeur des textes et du langage qu’ils réinventent. Dans le cas duLexik des
cités, ce sont plutôt les illustrations – d’ailleurs particulièrement inventives
et intéressantes par elles-mêmes – qui assument cette fonction humoristique
ou pittoresque, avec, sans doute, une volonté de séduire par l’exposition
méthodique mais plaisante d’une parole brute et savoureuse, plutôt qu’un désir
de la mettre à distance.
L’ouvrage de Valéry Debov échappe d’emblée à ces diverses
minorations inconscientes de l’objet dont il traite. Il faut remarquer, en premier lieu,
les dimensions importantes qu'a pris, peu à peu, son travail initial, grâce aux
divers enrichissements et à la prise en compte des textes récents. Ces
dimensions révèlent déjà que le vocabulaire des rappeurs n'est pas «pauvre »,ne
serait-ce que quantitativement, et même si l'on s'en tenait au seul verlan.
Il faut surtout noter qu'il s’agit bien d’une étude extrêmement sérieuse,
approfondie et universitaire mais aussi d'une documentation sans compromis
en ce qui concerne la réalité langagière traitée: présentée sans la moindre
10
censure et sans édulcoration. C’est déjà un hommage indirect à l’objet de
ce livre: le langage forgé par les rappeurs pour construire leurs textes.
L’introduction défend le rap en tant qu’activité langagière non anecdotique,
qui pourra «contribuer à métamorphoser (...) le paysage culturel et social
français » par un mode très particulier de créativité: au-delà du contenu des
propos tenus (à l'intérieur desquels on peut trouver tout et le contraire de
tout, comme dans toute expression artistique), c'est un certain type de rapport
au langage et en particulier à l'interlocuteur qui caractérise l'apport du rap.
Ses ancrages sont d’ailleurs précisés dans cette même introduction: aussi


10
À l'instar de la plupart des albums de rap américains, le livre aurait pu se présenter
avec le bandeau «Parental Advisory. Explicit lyrics»... Lesrappeurs revendiquent
d'ailleurs jalousement leurs rimes sales, lointain héritage desdirtydozens étudiés
notamment par le socio-linguiste William Labov auprès de jeunes Américains noirs
des ghettos urbains de l'époque. Le rappeur Dosseh, sur un titre de Niro (« Dans ton
kwaah ») présente ainsi la démarche et le ton de leur rap, dans la lignée du groupe
Ärsenik (qui revendique « un rap sponsorisé par les pompes funèbres » et qui « boxe
avec les mots »), dans une de ces inimitables, étonnantes et souveraines professions
de foi métapoétiques qui présentent la performance des rappeurs: « J'te conseille de
bien t'resserrer l'string avant d'monter sur l'ring / C'est Gueko, Niro, Bors et Dosseh
dans le fucking building / C'est l'récital des pules-cra, champ lexical qui pue l'crime /
En rap sale, le nec plus utra, les punchlineurs ultimes » (Bors désigne justement
Lino alias Borsalino, du groupe Ärsenik).

9

11
bien dans l’héritage afro-américainque dans les traditions françaises de la
12 13
« chansonpopulaire et réaliste» etdans l'argot le plus ancien, n'en
déplaise à certains, sans oublier une référence à Frantz Fanon, pour indiquer
une dimension politique importante et plus complexe qu’on pourrait
14
l’imaginer, dans un rap relevant rarement d’un discours militant classique.
Quant à la présentation de ce glossaire, elle suit l’ordre alphabétique
(ce qui n’a rien de si évident, concernant des mots en verlan…) mais il ne
s'agit pas d'un simple tableau de correspondances avec le langage usuel.
Chaque terme est suivi d’une définition (le verlan est traité comme un
système lexical autonome: le sens est donné sans faire immédiatement
réfé15
rence au mot-source), de la prononciation et d’un commentaire
extrême16
ment précis sur l’origine, sur la formation (apocopes, resuffixations et
17
autres redoublements hypocoristiquesaccompagnant la verlanisation) et
sur l’évolution du sens. La créativité apparaît ainsi très nettement à travers la
complexité des phénomènes de déviation lexicale: le «reverlan »,par
exemple, amorce une sorte de spirale étonnante, pour des termes dont le
ver

11
L’étude la plus approfondie de l’ancrage du rap dans l’esthétique afro-américaine
est sans conteste celle de Christian Béthune, notamment dansLe rap, une esthétique
hors la loi(Éditions Autrement, collection « Mutations », 2003) puis dansPour une
esthétique du rap(Éditions Klincksieck, collection « 50 questions », 2004).
12
C’est Anthony Pecqueux qui a proposé les explications les plus stimulantes
concernant cette source seconde du rap français, notamment dansVoix du rap, essai de
sociologie de l’action musicaleL’Harmattan, collection «Anthropologie (Éditions
du monde occidental », 2007) puis dansLe rapLe Cavalier bleu, collec- (Éditions
tion « idées reçues », 2009).
13
Le motverlanserait d'ailleurs lui-même attesté au moins depuis les années 1960
et défini par Jean Monod dansLes Barjots.Essai d'ethnologie des bandes de jeunes
(Paris, Julliard, 1968).
14
Il serait d'ailleurs intéressant que davantage de rappeurs lisent ce grand théoricien
de la décolonisation, notamment pour ses analyses des dérives post-coloniales, d'où
qu'elles viennent. Rocé et Casey expriment eux-mêmes cette demande : « La France
a des problèmes de mémoire. / Elle connaît Malcolm X mais pas Frantz Fanon, pas
le FLN » (Rocé, « Des problèmes de mémoire », inIdentité en crescendo, Universal
Music, 2006) ; «Connais-tu Frantz Fanon, Aimé Césaire / Eugène Monat et Ti
Émile ?» (Casey, «Chez moi» inTragédie d'une trajectoire, Dooe en Damage /
Anfalsh, 2006).
15
Ce choix pourrait sembler étrange mais il suffit de comparer les articles consacrés
à plusieurs mots en verlan formés à partir du même mot-source pour constater que
les significations conservées mais aussi dérivées ne sont pas toujours les mêmes.
Cela confirme le caractère relativement autonome des mots en verlan, qui vivent
rapidement de leur propre vie, aussi bien sur le plan formel (phonétique, graphique)
que sémantique ou encore pragmatique.
16
Troncation de la fin d’un mot.
17
Introduisant une dimension affectueuse ou une distance quelconque (c’est l’effet
du redoublement danschienchienpar exemple).

10

lan, usé, fait déjà l’objet d’une nouvelle inversion de ses syllabes, sans
toutefois revenir au mot originel. C’est le cas pour le célèbrerebeu, verlan de
beur, qui était lui-même le verlan du motarabe. Dans d’autres cas, diverses
hypothèses sont mentionnées : par exemple pour « blème » (forme apocopée
du verlanblèmeproou bien simple aphérèse deproblème?) ou pourcaille(à
partir deracaille, avec le même type d’hypothèses). Enfin, des particularités
syntaxiques et morphologiques diverses sont indiquées, par exemple le fait
que certains verbes en verlan se conjuguent et d’autres, non.
Mais l’auteur va plus loin que ses prédécesseurs sur d’autres plans
encore. Si le commentaire linguistique est souvent plus précis, l’intérêt se
trouve également dans l’abondance et dans la qualité des citations qui
attestent chaque terme et qui permettent d’en saisir mieux le sens et l’usage,
grâce à un contexte suffisant. Près de deux cents rappeurs ou groupes de rap
sont en effet cités de façon substantielle, avec référence au titre de la
chanson dont chaque citation est extraite. Ainsi, le corpus de Valéry Debov
semble à cet égard particulièrement cohérent et pertinent par la façon dont il
est exploité. Il introduit même une dimension diachronique, son corpus
allant des années 1980 aux années 2010. Trente ans, cela semble court dans
l'histoire d'une langue ; mais c'est une éternité dans l'histoire du rap. Que de
modes, de mouvements, d'évolutions et de transformations ont eu lieu depuis
les premières émissions de Dee Nasty sur Radio Nova... À l'heure où les plus
jeunes rappeurs connaissent parfois mal leurs ancêtres – généralement
encore bien vivants et souvent encore sur scène – il est plus utile que jamais de
signaler ces liens, linguistiques entre autres.
La fonctiond’attestation fait d’ailleurs l’objet d’une rubrique
spécifique, où sont mentionnés aussi bien les linguistes, auteurs d’ouvrages sur le
verlan ou sur l’argot, que les rappeurs eux-mêmes. Jean-Pierre Goudaillier,
quant à lui, avait donné un rôle plus secondaire à ce dernier type de sources,
préférant s’appuyer autant que possible sur une enquête réalisée par écrit
auprès de jeunes de banlieue, ce qui constituait un autre choix, les deux
pouvant se justifier par des raisons différentes. La démarche de Valéry Debov a
18
l’avantage d’exploiter un corpus déjà constitué, échappant ainsi à la
déformation nécessairement induite par la méthode de recueil des données
adoptée par Jean-Pierre Goudaillier, avec deux types d’influence: celle d’une
enquête scientifique (pouvant donner lieu à une censure inconsciente ou au
contraire à une sorte de provocation, un peu comme les mises en scène
autocaricaturales dont certains journalistes filmant les banlieues ont fait les frais)
et celle des représentations de l’écrit (le fait de passer par une
enquêtescripturaletend à déformer les donnéesoralesqu’elle veut faire émerger).


18
Il s'agit en fait d'un corpus mixte : à la fois oral – puisqu'il est puisé dans des
enregistrements – et scriptural – puisque les textes se trouvent sur la pochette des albums
et/ou sur différents sites internet.

11

Ces problèmes de méthodologie soulèvent d’ailleurs une autre
question intéressante : la créativité se situe-t-elle, à la base, du côté des rappeurs
dont les innovations lexicales seraient ensuite reprises par les jeunes qui les
écoutent ou bien les rappeurs se nourrissent-ils avant tout des inventions
faites au quotidien par tout un chacun ? Au-delà de l’évidence d’un échange
forcément fécond et réciproque entre ces deux sources langagières (qui
d’ailleurs se recoupent évidemment), le rôle du rap dans la création ou, selon
les cas, dans la fixation des mots semble assez évident.
Autre innovation dans un travail lexicographique portant sur ce champ
linguistique :la mention d’une fréquence d’emploi (variant de «mot très
largement utilisé» à «mot rare mais disponible»). Certes cette notion est
difficile à appréhender car les mots ont plus ou moins de succès selon les
moments, les quartiers,etc. ; mais l'évaluation qu'en propose Valéry Debov,
en rapport avec les nombreux textes analysés, est précieuse car aussi
objective que possible. Quant aux «mots rares mais disponibles», leur mention
est malgré tout très utile: l'auteur indique par là que la rareté révèle l'effort
langagier de rappeurs cherchant à personnaliser leur langage – là où une
oreille inattentive oubouchée par les préjugées pourrait n'entendre que des
suites stéréotypées de mots.
S'ajoute, pour beaucoup de mots, une liste de «synonymes
intraverlaniques »et des renvois à d’autres termes voisins (paronymes,
homonymes, antonymes... intra ou parfois extra-verlaniques). Tous ces termes mis
en relation se situent dans le même registre argotique et relèvent tous du
verlan, sauf mention explicite. Cela permet une description cohérente et
pertinente de ce que Valéry Debov considère à juste titre comme« unlangage
spécifique » :unsystèmecréations lexicales foi-, ouvert et fondé sur les «
sonnantes ». Fondé également sur des relations internes: un mot en verlan
n'est pas la simple inversion des syllabes d'un mot ordinaire: il révèle des
choix formels non abandonnés au hasard ; il prend également place parmi
d'autres mots en verlan, dont il se rapproche dans les textes, parce qu'il
évoque des réalités associées, parce qu'il s'y oppose... ou encore parce que
19
leurs sonorités attirent ces mots entre eux.
Bien conscient du caractère à la fois oral et scriptural des textes de rap
et du verlan, Valéry Debov a en outre souhaité faire des observations sur les
graphies. Cela permet d'identifier le cas échéant un mot qu'on n'aurait
peutêtre pas reconnu mais aussi de prendre consciencedu travail non seulement
vocal mais aussi graphique de modification d'un mot (mettre un K à la place
d'un C par exemple), ce qui n'a rien d'anodin, comme l'a signalé Christian
Béthune en décrivant la dimension scripturale, importante quoique peu
con20
nue, du rap.

19
Voir évidemment leDiko des rimes en verlan dans le rap françaisdu même
auteur, chez le même éditeur.
20
Notamment dans l'article « Sur les traces du rap » (Poétique, 2011/2, n° 166).

12

De façon plus générale, l’ouvrage semble d’ailleurs proche de
l’exhaustivité à l’intérieur du champ choisi par l’auteur : celui du verlan
employé par les rappeurs des banlieues françaises, des années 1980 à nos jours.
Les autres termes argotiques sont donc logiquement écartés, par exemple
ceux qui utilisent des codes chiffrés et qui sont également emblématiques de
la fonction traditionnellement reconnue de l’argot: la fonction cryptique –
21
celle qui permet par exemple aux initiés de reconnaître dans8.6une bière
de marque Bavaria caractérisée par sa haute teneur en alcool (8°6). Ces
autres termes argotiques apparaissent tout de même parfois sous leur forme
22
verlanisée, commezedou, qui a inspiré un texte à Busta Flex, cité par
l’auteur, lequel a d’ailleurs pris soin de faire référence à des rappeurs très
divers, par le style comme par l’époque. Au-delà de l’impressionnant travail
lexicographique accompli, cet ouvrage pourrait donc aussi se parcourir pour
le simple plaisir, comme une sorte d’anthologie d’extraits représentatifs du
rap francophone.
Cet ouvrage mérite ainsi une très large diffusion. Il constituera, après
leDiko des rimes en verlan dans le rap français, un outil précieux pour les
chercheurs, pour les amateurs de rap français et pour toute personne curieuse
des évolutions lexicales de notre époque ou des usages artistiques, divers et
féconds, qui peuvent en être faits.

Christophe Rubin


21
Voir la citation d’Expression Direkt, dans l’entrée «chanmé».
22
Le rappeur Busta Flex (albumBusta FlexLe, WEA, 1998), dans son rap titré «
zedou », joue de l'ambivalence sémantique du mot, désignant traditionnellement un
morceau de douze grammes de résine de cannabis mais désignant aussi, dans son
cas, un album comptant douze titres (« un zedou c'est un douze titres 200% peura »)
car il est justement « un dealer de rimes ». En effet, la version originelle de l'album
en question comptait bien douze titres si l'on ne compte pas les traditionnelles
plages-seuils :« intro » et « outro ». C'est un parfait exemple de la créativité
langagière assurée par la fonction cryptique de l'usage argotique du langage (on peut
tromper la police même quand elle croit connaître un terme argotique, en réactivant
d'autres potentialités sémantiques larvées: « les flics (...) ne savent pas qu'un zedou
c'est un douze titres») et par la fonction poétique débridée d'un rap relevant d'un
freestylebeaucoup plus subtil qu'il n'y paraît: il gère deux récits parallèles – l'un
étant la métaphore de l'autre – et, en plus, les passages de l'un à l'autre, par une
virtuosité langagière évoquant le passage d'une vie de dealer à l'univers du rap, ce qui
est sans doute le sujet sérieux du morceau en dépit de son air ludique. C'est sans
doute aussi pour cela que le «zedou »en question (l'album) porte comme titre le
nom du rappeur. En tout cas, on y observe que l'usage particulier d'un mot génère un
texte de rap qui régénère à son tour l'usage du mot, pour poursuivre les jeux de
transformation de forme et de sens embrayés par la verlanisation.

13

Bienvenue dans mon rap, fait de vers
lancinants / D'fierté d'fer et d'verlans d'ciment
1995

J’rape comme j’cogne, comme j’ken,
j’rape ma gamberge / Toute la rage qui
m’habite, toute la haine que j’héberge
Rohff

J’viens de là où le langage est en
permanente évolution / Verlan, rebeu, argot, gros
processus de création / Chez nous les chercheurs,
les linguistes viennent prendre des rendez-vous /
On a pas tout le temps le même dictionnaire mais
on a plus de mots que vous
Grand Corps Malade

Attends d’être un peu plus vieux pour
saisir mes paroles / Avant on parlait le même
verlan, on portait les mêmes vêtements / Quand tu
réfléchis y’en a trop qui sont morts bêtement
NAP

INTRODUCTION

Les cités (souvent considérées comme des zones d’exclusion appelées
« ghettos »),principalement localisées dans les banlieues populaires des
grandes villes de France, sont depuis un certain temps devenues des lieux de
production de normes culturelles bien spécifiques.
Parmi celles-ci figure en particulier un langage original inventé par les
23
jeunes des cités en galère qui a reçu l’appellation de «verlan »qui n’est
pas le « français populaire » tel qu’il a été décrit par F. Gadet.
Perçu comme l’expression d’une contre-culture populaire émergente,
le verlan traduirait, d’une part, une forte volonté d’autonomie langagière des
« cailleras des técis » (c’est ainsi que préfèrent s’appeler les jeunes d’origine
maghrébine, africaine et antillaise nés en France). De l’autre, le verlan
présenterait la symbolique d’une contestation juvénile permanente (« Moi, de ta

23
Méla V.,Parler verlan, règles et usages// Langage et société. 1988.ʋ45 ;
Méla V.,Le verlan ou le langage du miroir// Langages. 1991.ʋ101 ; Méla V.,Verlan
2000// Langue française. 1997.ʋ114 ; Boyer H.,Le « français des jeunes »
reconnu, les « langues régionales » reconsidérées : vers une nouvelle francophonie
hexagonale?Le francais au coeur des Amériques, une langue en partage. XIVe Sédi- //
frale. Bruxelles, 2007.

vie, j’en veux pas !»), d’une révolte contre l’exclusion à travers leur
néolangage à caractère non-conventionnel.
Face au français académique et administratif (considéré comme un
défi constant dans les cités) le verlan figure comme la langue populaire par
excellence, une langue vigoureuse et insolente (notamment en matière de
créa24
tions lexicales déviantes), une langue transgressive par essence. Elle se
parle avec une volonté affichée d’inverser/renverser les normes culturelles
dominantes tout comme le fait d’exhiber d’une façon ostensible sa casquette
ou son pantalon de survêt à l’envers. C’est d’autant plus vrai que les mots
argotiques (mais aussi populaires, familiers et même neutres) largement
uti25
lisés sont souvent presque tous «verlanisés ». L’apparente simplicité du
codage en verlan se révèle d’une grande efficacité pour pouvoir rendre le
discours hermétique aux non-initiés grâce aux reverlanisations, réductions et
26
troncations .
Le verlan, argot à la fois d’exclusion et de reconnaissance (le signe
d’une révolte, un refus et une dérision de l’ordre établi (j’emploie des mots
en verlan pour ne pas passer pour un blarf’,Tunisiano) incarné par dit
l’homme que la société traque et censure (selon Guiraud) est là pour
manifester une «fracture linguistique» issue de la «fracture sociale» en
27
France .Il permet de faire une langue « en miroir » qui manifeste la
diffé28
rence des jeunes locuteurs refusant de se reconnaître en français normé.
Jouissant d’un grand succès, le « cefran des técis » réussit à pénétrer dans
d’autres registres du français d’aujourd’hui (en tant qu’une source de son
enrichissement lexical) grâce notamment aux émissions des stations de radio et de
télévision ainsi qu’au phénomène musical nommé rap.
Le mouvement musical baptisé hip-hop apparaît aux États-Unis vers la
fin des années 70 dans le milieu des jeunes issus des ghettos. Peu de temps
après, le rap arrive en France où il commence à se répandre parmi la jeunesse
des cités. Il tombe à pic pour répondre aux exigences créatives de cette
catégorie de jeunes qui ne se reconnaissaient ni dans les produits préfabriqués
proposés par l’industrie des loisirs, ni dans les modèles culturels dominants imposés
29
à titre de norme unique par le biais de l’enseignement hexagonal. Grâce à
une puissante médiatisation le mouvement hip-hop devient largement connu et

24
Hatzfeld M.,La culture des cités.Une énergie positive. P., 2006.
25
Haddad J-D.,Le langage verbal des jeunes des cités. 1998.Mars. http: cndp.fr
/Revue DEES/ pdf/111/05305611.pdf
26
Méla V.,Verlan 2000// Langue française. 1997.ʋ114
27
Messili Z., Ben Aziza H.,Langage et exclusion.La langue des cités en France //
Cahiers de la Méditerranée. Vol. 69. Etre marginal en Méditerranée (XVI—XXIe
siècles). http : // cdlm.revues.org / document 729. html (10.05.2006).
28
Lexik des cités. P., 2007 ; Tengour A.,Tout l’argot des banlieues. P., 2013.
29
Béthune Ch.Le Rap, une esthétique hors la loi. P., 2003.

16

fortement apprécié en France qui se propulse progressivement vers la fin du
30
XXe siècle au rang de deuxième nation rap après les États-Unis.
Cette nouvelle culture de la rue issue des bas-fonds trouve un écho
favorable dans les milieux populaires ou toutes les angoisses se retrouvent
cristallisées autour des mêmes problèmes qui s’appellent l’injustice sociale,
le chômage, la discrimination, la violence, l’échec scolaire, l’éclatement
familial, la drogue.
Sur le plan linguistique, il est facile de constater que l’immense
majorités des chanteurs de rap ont recours dans leurs « lyrics », en plus du
français commun, à un langage spécifique propre au « tierquar » dans lequel ils
évoluent. Il s’agit, le plus fréquemment, du verlan parlé par l’ensemble de la
jeunesse urbaine («lascars des cités») qui permet ainsi de mieux raconter
leurs galères quotidiennes.
«J’viens de là où le langage est en permanente évolution / Verlan,
rebeu, argot, gros processus de création / Chez nous les chercheurs, les
linguistes viennent prendre des rendez-vous / On a pas tout le temps le même
dictionnaire mais on a plus de mots que vous» (Grand Corps Malade. « Je
viens de là »). Non seulement les rappeurs se livrent à des créations lexicales
foisonnantes en inventant des mots et des expressions nouvelles ou «des
variations linguistiques à l’aide notamment du verlan, mais en plus ils
per31
mettent de réactualiser certains termes argotiques ».
Lorsque les chanteurs rappent en verlan, ils indiquent clairement par
là leur appartenance (et donc leur authenticité) au milieu populaire le plus
démuni en se servant d’un outil de communication particulier
compréhensible et habituel pour une certaine catégorie de personnes. Donc, on est en
32
présence d’un « parler de classe ».
S’inscrivant ainsi dans la filiation de la chanson populaire et réaliste
française du XIXe et du début du XXe siècles, le rap, lui aussi, à sa façon,
propose un panorama d’une France «d’en-bas »contemporaine, jeune et
révoltée. En utilisant largement le verlan, les rappeurs hexagonaux affirment
fièrement le milieu auquel ils appartiennent («on parlait le même verlan, on
portait les mêmes vêtements», NAP) et revendiquent ainsi une certaine
« culturede classe» (parler une langue, c’est assumer un monde, une
culture, selon F. Fanon).
En effet, être rappeur cela signifie, d’une certaine façon, «créer des
liens », avoir le devoir de communiquer aux autres sa vision du monde. Et de
ce point de vue, tout en étant un messager, jouer le rôle d’un «éducateur
conscient » des masses.
Aujourd’hui, le rap français, comme le note M.Boucher, est
l’expression combative et offensive des descendants de tous les exilés, des

30
Bocquet J-L., Pierre-Adolphe Ph.,Rap ta France.P., 1997.
31
Vicherat M.Pour une analyse textuelle du Rap français.P., 2001.
32
Boucher M.Le Rap, expression des lascars. Significations et enjeux du Rap dans
la société française.P., 1998.

17

déracinés et des opprimés de «l’occident oppresseur», un contre-pouvoir
culturel adapté à la société hexagonale post-industrielle.
Il serait donc logique de supposer que s’il conserve aujourd’hui son
caractère marginal, ce phénomène rapologique (avec sa composante
verlanique) pourrait progressivement contribuer demain à métamorphoser d’une
manière non négligeable le paysage culturel et social français.

18

LISTE DES ABREVIATIONS

adj — adjectif
adj f — adjectif féminin
adj invar — adjectif invariable
adj m — adjectif masculin
adv — adverbe
f — féminine
ind — indicatif
interj — interjection
invar — invariable
loc — locution
loc adv — locution adverbiale
loc verb — locution verbale
m — masculin
m pl — masculin pluriel

Aa
Bb
Cc
Dd
Ee
Ff
Gg
Hh
Ii
Jj
Kk
Ll
Mm

n — nom
pl — pluriel
p p — participe passé
prép — préposition
près — présent
pron dém — pronom démonstratif
pron indéf — pronom indéfini
pron inter — pronom interrogatif
pron pers — pronom personnel
qch — quelque chose
qn — quelqu’un
vi — verbe intransitif
v invar — verbe invariable
vt — verbe transitif

ALPHABET FRANÇAIS

Nn
Oo
Pp
Qq
Rr
Ss
Tt
Uu
Vv
Ww
Xx
Yy
Zz

— A —

AÇ,as, asse[as]pron. dém. 1.Cela, ça.
Tu kiffes Adidas? / Reebok, Nike, tu kiffes aç(Assassin, «Esclave
2000 ») ;Maintenant avant de mettre un coup j’aime calculer et bah!
J’tire! C’est«As» bitch!Veux-tu cou-Sages Poètes de la Rue, « (Les
cher ») ;Et y a ce teu-bè* qui fourre une tasse* sans savoir qu’elle a le
das’* / Pas mettre de pote-ca* c’est yes mais jouer au con c’est
aç(Sniper, «Faut tout pour faire un monde») ;Faut du cash et des keu-ch* /
Pour pouvoir vivre mieux / Et des qu’ t’as aç / T’as des ennemis et des
pétasses sur tes beu-j* / Qui veulent prendre ta placeScientific, (45
« Reconstruire ») ;Mais j’taffe ces phases / Et j’m’arrête ap* d’parler
d’aç car mes tags s’effacent(1995, « On s’arrête pas ») ;Je vois la foule
acclamée / Ils ont la haine mais on vit d’aç / Avec la même rage que
Léonidas(Lacrim, « Spartiate » feat. Médine).
2.loc Comme aç, comme ça, de cette façon.
Donc ma parole face à la leur n’a aucun poids / Face à la loi, je pars
avec un hadicap / Maintenant voilà, on sait que c’est comme aç / Faut
pas s’voiler la face, y’a toujours cette angoisse(Sniper, « Fait divers ») ;
J’écris quelques rimes / Pour impressionner leurs ouies / Ça donne un
truc qui commençait comme aç / «Besoin d’un bic, d’un beat et d’une
bonne grosse basse »(Médine, « Candidat libre ») ;Maquiller l’cratère
en bombe sexuelle, / Et puis, c’est très bien, cette couche de fond de teint,
/ Tu es très belle comme aç, tu fais pas du tout pétasse (TTC, «
Nonscience »).
3.loc Ascom, aç-com,comme ça, ainsi, de cette façon.
A ta promesse tu faillis en ce moment, / Homme à l’existence de faience,
C’ est ça fils aç-comme, / T’y fies à ce code, fissa c’est le fiasco. (Saïan
Supa Crew, «Objectif ») ;Ça restera aç-comme / Un pour les platines,
deux pour le mic’phone(1995, « Comme un grand ») ;Ne crois / pas que
je déconne, ici les mômes ont guns, c’est « tu te plies ou je te dégomme »,
et à chacun son dogme. / Mini guerre pour petits trônes. / Ça a toujours
été aç-comme, chacun son royaume ou sa zone. / Personnage, jeu de rôle.
Carnages, jeux de Rome. / Petite vie sans arômes. Hypocrisie, sales
hommes : / ça se parle mal, ça se regarde pas, ça bave
grave(Appartement Mental, « Sale époque »).
Commentaire: verlan simple, régulier du pronom démonstratif
monosyllabique « ça ». Celui-ci fait par ailleurs partie de la locution reverlanisée «
ascom » obtenue à partir de « comm(e) as » issue par la verlanisation de la
locution dissyllabique « comme ça ».

ɧ

Attestations; Merle, 1996 ; Les Sages Poètes de la Rue; As-: Méla, 1988
sassin ;Goudaillier, 1997; Sniper; Dico de la zone. 2002-2005;
45 Scientific ; Médine ; 1995 ; Sexion d’Assaut ; Lacrim ; TTC ; Volts Face ;
Saïan Supa Crew ; Nysay ; Appartement Mental.
Fréquence: mot relativement peu répandu.
Homonyme extra-verlanique: as.
Paronyme extra-verlanique: hass.

AIF[İf]1. Forme verb. prés. ind.invar.réalise, fais/t.
Protège tes seufs*, chef, tes fesses / Et les méfaits n’cessent, regarde ce
qu’on aif(Lunatic, «») ;Le crime paieLes ren-ois* se testent comme
des chiens qui se croisent / La phase est tellement naze que les cerveaux
doivent être d’occase / Ça gaze plus que GDF et si les reufs* ont mef* et
sont f / C’est là que chacun est dans le zef* et ne sait plus c’qu’il aif /
Bref, FF meufs* coups d’bluffs histoires de seufs*« Pa- (Teemour,
risnoïa ») ;En calèche ou dehors la mentalité change pas./ C’est très dur
de cerper*dans l'illicite ou l’peura* / Donc maintenant vas-y dis-moi
comment j’aif? / Moi même j’sais ap, et ça me rend / ouf* avec un grand
F /. Bref. C’est comme ça y’ a d’autres choses à non céder(Jarod, « Rire
ou pleurer »).
2.ppréalisé / fait.
Le temps est si bref, je te jure dans la peau d’un chef / Bisso Na Bisso dans la
famille on a tout « aif »(Bisso Na Bisso, « Dans la peau d’un chef »).
3.loc adv Vite aif,très rapidement, en un clin d’oeil.
Il m’suce tellement la bite que vous finissez mes phrases / Et j’m’en fous
d’ta vie, je n’vis que pour Gy-cer* / J’vais t’couper la bite et t’rajouter
une schnek, vite aif’ / Ça va être fait en vitesse, écourter ta vie en finesse
gars (RapBlackapar vs SangoContenders, «») ;Voilà comment il
respecte toutes ces actrices qu’il baise / Pendant que son frère déstresse, en
se branlant vite aif / En pensant à cette fille de rêve qu’il ne peut pas
bouyave(Iguan, « À Serbian Film (Le Contrat) »).
Commentaire: verlan simple (sans modification phonétique)de la forme
verbale monosyllabique « fais/fait » du verbe «faire » utilisée indifféremment
comme forme du présent de l’indicatif ou du participe passé. Locution avec
un élément verbal verlanisé.
Attestations: Lunatic ; Teemour ; Bisso Na Bisso ; Jarod ; Iguan ; Rap
Contenders.
Fréquence: motrelativement rare mais disponible.

AINF[ܭf]n fbesoin, désir de manger.
Ѻ
Je me rappelle plus rien. Seul truc, je sais que j’ai ainf(Seth Gueko,
« Lunettes noires ») ;J’ai tellement ainf que mon ventre il bugue(Sexion
d’Assaut, « Black Shady Part 2 »).
Commentaire: verlan simple, phonétique du substantif monosyllabique
« faim ».
Attestation: Seth Gueko ; Sexion d’Assaut ; Les 10’.
Fréquence: mot rare mais disponible.

22

ɧ


AIN-P[ܭp]n m1. Aliment fait de farine pétrie, fermentée et cuite au four.
Ѻ
2. loc. verb. Gagner son ain-p,gagner son pain, gagner sa vie.
Mais si tu grimpes et qu’ tu gagnes bien ton ain-p/Certains te coupent
les ailes(Lim, « Si on réussit »).
Commentaire: verlan simple, phonétique du substantif monosyllabique
« pain ». Locution avec un élément nominal verlanisé.
Attestation: Lim.
Fréquence: mot rare mais disponible.
AL, àl[al]1. advLà.
J’suis toujours au-dessus de ce qu’est ton idéal /j’te note pas par intérêt
alors on va s’quitter al / on m’a dit quet’étais al / mais tu t’es fait ket-ra*
/ ok t’es armé mais que à GTA / OP comme l’armée mais caressant mes
garsLa douille») ;(Sexion d’Assaut, «T’as capté espèce de tassepé*? /
Emballe toute ta quincaillerie / tous tes trucs pharaoniques et ta merde /
Dégage de al / Voici les bests qui s’installentreste under-« Je (Sheryo,
ground »).
2.loc. verb. Être àl,être là, être présent.
Génération 80, on a grandi sans trop d’exemple, / Obligés de prouver, de
pleurer en silence, / De faire savoir qu’on est «al» quoi (Diam’s,
« 1980 ») ;Et la pine tranquille, il est toujours foncedé* pour une
meilleure approche / Eh ouais mon pote, il est violent / Les Mc s’méfient quand
il estàl / Mon son c’est King Kong, / Parle-lui, il avance à grands pas
sans sucer quiconque(Booba, « Mon son ») ;Tu vois c’est l’son des
youvois*, timal, / Aujourd’hui j’suis àl, hier j’suis mort de 41 balles (Booba,
« Indépendants ») ;30.01.2001 la machine s’met en route /2003 toujours
le biz le succès rien à foutre / Maintenant qu’on est àl / On compte bien y
rester / Gravés sur la dalle aimés ou détestés (Sniper,« Gravédans la
roche ») ;J’pourrais faire court sur la Négritude mais v’là j’en ai fait un /
bum-al*, car après tout on est encore àl(Abd Al Malik, « Pas venu pour
perdre ») ;T’sais que tant qu’on est àl / On risque pas d’quitter les halles
(45 Scientific, « Reconstruire ») ; On est trop àl, t’es ouf* toi, c’est notre
tour donc / pousse-toi / Pe-ra* menaçant, terrassant, bref tu souffres quoi
(Sultan Paré, « Croma ») ;Et j’suis encore al et j’fais encore mal(Black
Kent, «Bart Simpson») ;Le Phaal est àl, toujours aussi mal (1995,
« Bouffons du roi ») ;Le best est al et il est bestial, une véritable usine de
style(Sheryo, « 9.3.(à côté d’ça) »).
Commentaire: verlan simple, phonétique de l’adverbe monosyllabique
« là ». Locution traditionnelle avec un élément adverbial verlanisé.
Attestations; Dico de la zone. 2002—; Goudaillier, 1997: Méla, 1988
2005 ; Lexik des cités, 2007 ; Booba ; Diam’s ; Sadek ; Sniper ; Abd Al
Malik ; 45 Scientific ; 2 Larmes ; Fatal Bazooka ; Sexion d’Assaut ;
SultanParé ;Black Kent; 1995; Dixon; Sheryo; Nysay; Red Cross; Soundkail;
Jarod ; 3010.
Fréquence: mot assez largement répandu.
Homonyme extra-verlanique: halle.

23

ɧ

ANCH[ã] n mpièce de terre cultivable.
Donc MC détends ton string, wallah que t’as rien d’étrange ! / Moi la
violence, j’la défends pas, j’la vis, j’la lis dans des tranches ! / Solitaire
comme les tanches , aucun mépris sur les ens-g* ! / J’fais mes diez, Dieu
me protège, pas besoin de grigris sur les hanches. / On s’croise pas sur
les anch, j’suis trop en mode ghetto !(Abis, « A.B.I.HESS » (guest Said
Taghmaoui)).
Commentaire: verlan simple, phonétique du substantif monosyllabique
« champs ».
Attestation: Abis.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Homonyme extra-verlanique: hanche.
Paronyme extra-verlanique: ange.
Paronyme intra-verlanique: enge*.
AN-IENC[ãjܭs]n mprédécesseur dans un métier.
Ѻ
Ils sont obligés d’être plus hardcore que les an-ienc / car la vie elle est
traître les premiers qui partent c’est les gens ienb* / cette fois-ci j’laisserai
mes empreintes sur le mic du crime(Mister You, « La vie c’est dur ») ;On
n’est pas c’que tu vois dans ton téléviseur / Pour cette France désabusée,
le clip de "Justice" est un teaser/ Tout l’monde se met à tiser,
vague-àl’âme dans la liqueur / Les an-ienc’ dans l’peura seront toujours les
meilleurs kickeurs(Mac Tyer, « Hustler »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantive dissyllabique « ancien ».
Attestations:Mister You ; Mac Tyer.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Antonyme intra-verlanique: nejeu.
AN-SSE[ãs]n mliquide rouge circulant dans l’organisme par un système de
vaisseaux.
Et dégomment des bonshommes joufflus, crament des coups fumant /
d’came, / Shit et autres substances à des grands, / Leurs laissant au pire
quelques grammes dans du an-sse(Zoxea, «Contrôle ») ;Un tel sort et
voit les gens en an-ss / Voilà c’qu’on appelle changement d’ambiance
(Sexion d’Assaut, « Changement d’ambiance »).
Commentaire: verlan simple, phonétique du substantif monosyllabique
« sang ».
Attestations: Zoxea; Sexion d’Assaut.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Homonymes extra-verlaniques: anse, Hanse.
ANTI-DEP[ãtidİp]adjqui est dirigé contre les homosexuels.
Eux y sont p’tits comme une cellule / Pourtant j’suis qu’une petite vedette
/ Toujours anti-deps, insolent contre les agents, les médailles d’argent
(Booba, « Repose en paix »).
Commentaire: préfixation (en «anti- »)du substantif apocopé verlanisé
« dep » obtenu à partir de« pédé » (< « pédéraste »).

24

Attestation: Booba.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Remarque: intégration morphologique du terme verlanisé.
Antonymes intra-verlaniques: dep, dépé.

ɧ

ANTI-KEUF[ãtikœf]adj qui est dirigé contre les forces de l’ordre.
Oh !Yeah !J’aime l’argent sales, démarre le BM / Si l’commissaire a
l’nez casse alors j’ai du sang sur mais T-N / Sur mes AirForce neuf
antijuge, anti-keuf, anti-anti-anti-porc / Les euros sont mes anti-corps
(La Fouine, « La dance ghetto »).
Commentaire: préfixation (en « anti- ») du substantif verlanisé « keuf »
obtenu par apocope à partir de « keufli » (< « flic »).
Attestation: La Fouine.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Remarque: intégration morphologique du terme verlanisé.
Synonyme intra-verlanique: anti-vilci.
=>feukeu, keuf.
ANTI-TESS[ãtitİs]adj invar qui est dirigé contre le mode de vie, les
conditions d’existence dans la cités.
Les keufs* tabassent et ces tard-bâ* t’empêchent de t’évader / Leurs lois
sont anti-tess / Mais ces pétasses n’y sont jamais allées(Sinik, « Tard le
soir »).
Commentaire: préfixation (en «du substantif apocopé verlaniséanti- »)
« tess » obtenu à partir de « téci » (< cité).
Attestation: Sinik.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Remarque: intégration morphologique du terme verlanisé.
Paronyme extra-verlanique: antithèse.
=> téci, tèce, tiéquar.
ANTI-VESQUI[ãtivİski]adj invar qui est dirigé contre toute tentative de
s’échapper.
J’vois que l’État censure mes types, un petit pas de danse qui t’fait rire nan /
t’as pas de chance si t’es riche / Jeune, joli, je m’faufile dans tes jambes si
t’es clean / Anti-vesqui nan joue pas la grande hystérique han / Toute mon
enfance à rôder dans le 15 / 21 balais faut que j’arrête de frauder dans
l’train / Ne minimise pas le rôle des anciens / Piste un procès sans fin / La
France humilie l’Islam(Nekfeu, « La tête dans la baignoire »).
Commentairedu verbe dissyllabique verlanisé: préfixation (en «anti- »)
« vesqui »* obtenu à partir de l’infinitif« esquiver ».
Attestation: Nekfeu.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Remarques: a) intégration morphologique du terme verlanisé, b) passage du
mot de la catégorie des verbes dans celle des adjectifs invariables.
=>vesqui.
ANTI-VILCI[ãtivilsi]adj invar qui est dirigé contre les forces de l’ordre en
civil.

25

ɧ

Lève ta main si t’as l’charme du ghetto char , charme du ghetto // si t’as
connu la galère du frigo vide les barres de céréales leader pas la douceur
des fruits confits / anti-victime j’apporte le rap anti-vilci / en p’tit viking
j’fais ma conquête histoire d’squatter MTV cribs(Grödash, « Charme du
ghetto »).
Commentaireanti- »): préfixation (en «du substantif verlanisé
dissyllabique « vilci » obtenu à partir de « civil ».
Attestation: Grödash.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Remarque: intégration morphologique du terme verlanisé.
Synonyme intra-verlanique: anti-keuf.

AP, aps[ap] adv de négationpas.
J’veux tout niquer dans l’industrie du disque avec des lyrics dits / stricts,
kicker l’arbitre, récuperer tous les titres, / dealer ça m’intéresse ap,
J’préfère m’faire du fric dans l’rap, sans baisser mon froc(Booba,
« Animals ») ;C’est l’genre de femme dominatrice percée des deux seins
/ J’aime sous les cousins tout ça ap trois on sera 15 / quoi y’ a même les
voisins ?(Les Sages Poètes de la Rue, «Oublie-moi ») ;te feras des Tu
adversaires qui croiront même tu mitonnes / et même des mecs que tu
connais aps(La Caution, « À l’index ») ;Dring, bonjour, je postule pour
le job vacant l’employeur me regarde avec un air de direva t’en !, faut
être blanc ou dep*, mon gros / ne lui plaît ap« Lagueule de (Flynt,
l’emploi ») ;/ Et j’m’arrête ap d’parler d’aç* carMais j’taffe ces phases
mes tags s’effacent(1995, « On s’arrête pas ») ; Tout le monde veut
mener mais en vrai ça bouge ap(Black Kent, « Bart Simpson ») ;C’est pas
pour rien qu’on s’mélange ap / 90% d’zoulousdans l’rap (Niro,
« Dans ton kwaah »).
Commentaire: verlan simple, phonétique de l’adverbe de négation
monosyllabique « pas ». Ne s’emploie jamais avec l’adverbe de négation « ne ».
Attestations: Giudicelli, 1991 ; Favier, Kassovitz, 1995 ; Goudaillier, 1997 ;
Booba ; Busta Flex ; Les Sages Poètes de la Rue ; Dico de la zone. 2002—
2005 ;Tengour, 2013; Youssoupha ; Sexion d’Assaut; La Caution;
L’Armée des 12 ; Flynt ; Despo Rutti ; Alibi Montana ; 1995 ; Tiv ; Sofiane ;
Nekfeu ;Niro ;Lino ;Volts Face; Black Kent; Hydra; The Shin Sekai;
Joke ; Jarod ; L’Entourage ; Kenyon.
Fréquence: mot très largement répandu.
AS> aç.
ASCOM> aç.
ASÉ-BU[azeby]vi invarfaire un usage excessif ; violer.
La go n’a pas l’air de chipoter / C’est pas l’moment de tripoter, on va
tripoter les obus sans asé-bu / Elle a assez bu, j’sens qu’elle est bien
dechau* / Résultat, on a fini tout nu sous les draps(Sniper, « La rumba »).
Commentaireavec: verlan irrégulier du verbe trisyllabique «abuser »
l’inversion de la 2ème et 3ème syllabes (sans modification phonétique).
Ces

26

ɧ


sant de se conjuguer, il devient une forme invariable utilisée au présent, mais
aussi comme participe passé dans les temps composés et surtout comme
infinitif.
Attestation: Sniper.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonyme intra-verlanique: le-vio.

ATTISOR[atisǣr]adjqui est en harmonie avec qch.
J’suis avec les Mzé et avec les Tchomba / C’est pas rhénné t’es fada c’est
la bomba / Le tier-quar* est ti-sor* / Pour une fois ça fait un effort car
les sapes sont atti-sor / Peu importe département ou
arrondissement(Sultan, « Zbeul tonight »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) de
l’adjectif dissyllabique « assorti ».
Attestation: Sultan.
Fréquence: mot rare mais disponible.

AUCH,och[o] invar 1. adj Qui est à une température élevée, qui a chaud.
Coup de poing ou coup de gueule / À plein ou tout seul IV My People sort
la picole j’garde le cap sans boussole / Fous la clim si t’es auch (Iv my
people, « Come back »).
2. adjChauffé, excité.
Vous êtes chauds à Valence ? J’vois que ça balance / Un tout petit peu à
gauche, un tout petit peu à droite, / Le public n’est pas très auch’, je
stresse, j’ai les mains moites(Saïan Supa Crew, « G Padpo »).
3. adjDangereux (dans le cas d’une situation explosive).
J’écris c’texte avec Ali coach et Hakim que toutes les cités auch / auch la
tête avec ma tribu (Kamelancien,») ;de guerrier« DanseC’ que t’es
auch ? nous on l’est encore / N, au fond du coeur, on repart en guerre
(Sniper, «Processus 2003») ;Ils défiaient avec la danse, maintenant
c’est à coups de hache. / Que ça mashe-up tout le monde est auch dans
les halls(Disiz la Peste, « Le poisson rouge »).
4.adv D’une manière dangereuse.loc. adv. Jouer auch,jouer, agir
dangereusement (cf. loc. verb. jouer les cromas* ;jouer le dé-blin*;jouer les
stocmas*).
À c’t’âge là pour moi le monde était dans ma poche / Manque de peau
j’ai rien, j’crois j’ai loupé le coche / C’était pas sérieux jouer auch à
place carrée(NAP, « À 16 ans »).
5. loc. C’est auch,c’est dangereux.
J’marche qu’avec des hommes, rappe avec les proches/ Parle avec le
zob, rate jamais le coche tu peux ranger ton glock / Dehors c’est auch
sors pas sans ta paire de couilles(Grödash, «J’attends mon heure») ;
sachant que la cam fauche les stups ont la haine la crima honte / diiix
neuvième c’est auch (MisterYou, «Itinéraire d’une caille») ;Ça
surveille pas son lexique comme dit nass Belleville c’est auch / y’ a plus

27

ɧ

d’keufs* qu’à l’avenue Foch / Les RG ça pourrait être tes proches alors
conseil : surveille tes poches(Mister You, « J’commence tout doux »).
6.nPersonne dangereuse, violente.
Pour toi c’est mort, parce que j’suis riche, toi t’es pauvre / J’suis beau,
toi t’es moche, moi j’suis un auch, toi t’es bof (Sinik, « L’assassin »).
Commentaire : verlansimple, phonétique de l’adjectif monosyllabique
« chaud ». Terme polysémique. Locutions familières avec un élément
nominal verlanisé.
Attestations : 1,2, 3. Méla, 1988;; Giudicelli, 1991; 4. Vandel, 1993
Merle, 1996 ; Seguin, Teillard, 1996 ; Goudaillier, 1997 ; Merle, 1998 ; Dico
de la zone, 2002—2005; Lexik des cités, 2007; Tengour, 2013;
Kamelancien ;NAP ;Sinik ;Sniper ;Disiz la Peste; 45 Scientific; Sexion
d’Assaut ;Mister You; 1995; Nakk; Iv my people; L’Entourage; Saïan
Supa Crew ; Black Kent ; Black M ; Grödash ; Jarod.
Fréquence :mot largement répandu.
Remarque :assez peu usité, selon Merle, 1996.

AY-ÉP[İjep]vt invar1. Remettre l’argent dû.
2.Obtenir au prix de sacrifices.
T’en as marre des films porno direction les grands / boulevards …/ Il y a
pas à chier si tu as du / seille-o* tu prends ton ye-p* sauf quand tu
craches trop / vite t’as beau pleurer mais t’as déjà ay-ép
(ToutSimplement Noir, « Aimesanzamour »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
verbe dissyllabique « payer»qui, cessant de se conjuguer, devient une forme
invariable utilisée au présent, mais aussi comme participe passé dans les
temps composés et surtout comme infinitif.
Attestation: Tout Simplement Noir.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: cai-ra, yep.
=> tuit-gra.

28

— B —

BABTOU, babtoo[babtu]n 1.Personne d’origine française, Français(e) de
souche.
Nous acceptons les femmes juives et musulmanes / Dans notre école, elles
sont assises aux côtés des dreads man ./ Il y a aussi des babtous
descendant des colonisateurs / Qui veulent remettre les pendules de l’Histoire à
l’heure« Entre (Assassin,») ;dans la classe Dansma rue on a des
babtou qu’ont perdu la boule / Ils s’en battent les yeukou*, parce que
leur propre bled les refoule(Rohff, « Génération sacrifiée »).
2.Personne blanche de peau.
Mec j’rappe tout pour blacks, beurs* et babtous / Jusqu’ à Katmandou
(Passi, «Respecte ma rime») ;... reubeu* renois* babtoo Chinois tout
l’monde est présent(Rohff, « Get down samedi soir ») ;J’ suis sur qu’il
était plein d’oseille de merde pour s’acheter son matos. / C’ vieux babtou
<...>Personne kiffe ses sons, sauf le babtou qui fait ses sousla (Disiz
Peste, «Fuck Disiz») ;toi dans le ghetto les faces de babtou sont Pour
des indices ou ballos parce que leur peau est trop rose(Sefyu, « Intro ») ;
Ça bouge de partout: Renois*, Rebeus*, Babtous (LordKossity,
«Morenas ») ;On arrive des favelas / Les noirs babtou rebeu* négro(Rim K,
« Espoirdes favelas») ;Babtous, kerlouches, on t’nourrit d’son /
Criaveurs d’hérissons / Pousse à fond, pousse la fonte! (25G, «Cabochards
feat. Seth Gueko ») ;Je ne comprends pas , je retenterai demain, / Je ne
suis qu’un babtou, sur ma peau ça gaze partout, / On base tous les mots,
vices, fléaux sur moi, / Tout y passe, tout (Saïan Supa Crew, « La preuve
par trois») ;tu dis qu’il parle mal, mais le mal est partout /
regardenous renoi*, rabza*, noich*, babtou / si on râle c’est qu’on a rarement le
moral d’un chant de choral(Hifi, « Je suis ») ;Aujourd’hui ça rappe de
partout, / reunois*, reubeux*, babtous / chacun se fait sa compil sur son
i-pod / perso, j’m’en tape de ton département / du moment, que tu
fracasses tous sur les battements !(Kizito,«Souvenirs »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique « toubab » d’origine wolof au sens de « le colon ou le
blanc ». S’accompagne d’une extension de sens.
Attestations: Giudicelli, 1991 ; Seguin, 1994 ; Merle, 1996 ; Goudaillier,
1997 ; Merle, 1998 ; Passi ; Rohff ; Booba ; Disiz la Peste ; Dico de la zone,
2002—2005 ; Lexik des cités, 2007 ; Tengour, 2013 ; Canardo ; Despo
Rutti ; Sefyu ; Lord Kossity ; Rim K ; Ol Kainry ; Idir ; 1995 ; Saïan Supa Crew ;
Leck ; 25G ; Dontcha ; Guizmo ; Nysay ; Kizito ; Hifi ; Abis ; L’Entourage ;
Kennedy.
Fréquence: mot relativement largement répandu.

B

Remarque: mot très largement utilisé, surtout en banlieues, selon Merle,
1998.
Synonymes intra-verlaniques: 1.ɋéfran, loigo
=> beur, cainfri, cainri, feuj, noich, noichi, oinich, renoi, reubeu
BA-CASE[bakaz] n f 1.Quartier ancien des villes d’Afrique du Nord.
2.Loc verb Foutre le feu dans la ba-case, mettre le désordre.
V’là le per-Sni, des mecs qui mouillent le maillot / Flow pétillant comme
le champagne / Qu’on manquera pas de faire péter àl’occas’ / Tant
qu’à faire, on va se mettre à l’aise, on fout l’feu dans la / ba-case / Ton
masque àgaz, merci à la maison Mercolo pèreQuand on te(Sniper, «
dit » feat. J-Mi Sissoko).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique « casbah » d’origine arabe. Locution familière
traditionnelle avec un élément nominal verlanisé.
Attestation: Sniper.
Fréquence: mot rare mais disponible
Synonymes intra-verlaniques: ban-ka,rakba, son-mai
=> deblé ; llage-vi, tèce, téci, tiek, tiéquar
BALLES-DIX[baldi]npièce de dix francs.
J’ai passé des après-midi à faire des coups du caddie / De balles-dix en
balles-dix* on a pouille-dé* le Franprix(La Brigade, « Get da shit »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) de « dix
balles » au sens de « dix francs ».
Attestation: La Brigade.
Fréquence: mot relativement rare mais disponible.
Remarque: mot vieilli depuis le passage à l’euro.
=> gen-ar, gen-gen ; iasse-ca, keusse, némo, ous, seillo.

BAN-CA [banka]n f 1.Habitation provisoire et misérable, maison mal
bâtie.
2.Loc verb Faire péter (casser) la ban-ca,casser la baraque, remporter un
succès fracassant.
Attention le ladre prépare un mauvais coup / Un larcin, un truc de
merde, un encas / Nada, tu connais Sentenza / Qui donc fait péter la
banca ?(Fonky Family, « Le retour du shit squad»).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique « cabane ». Locution familière traditionnelle avec un élément
nominal verlanisé.
Attestation: Fonky Family.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: rakba, son-mai.
=> ba-case, tèce, téci, tiek,tiéquar.

30

B


BARGE, barje [barȡ]1. adj invarse comporte d’une façon peu sensée, Qui
anormale ; fou, farfelu.
Dans certains coins à quinze ans, on est déjà bargevise« Je (NTM,
juste ») ;Même si j’ suis oh un petit peu barge / Y a trop de pits à la
maison, il faut que je décharge(ATK, « Mangeur de pierres») ;On a la rage
mais comment rester sage / On vit en marge, en gros on est tous barge
(113, « Les princes de la ville ») ;Si après la maille on cavale / C’est que
ça devient urgent, l’argent manque / Et le bénévolat finit par rendre
barge« Sniper processus ») ; (Sniper,La joie et la gaieté sont bien trop
rares / Il me faut des barres avant de devenir trop barge (Tandem,
« Bouge ») ;Mais on se sent vide, comme si dans nos corps il y avait plus
/ d’organes / Alors on se forge, on s’endurcit pour pas devenir barge /
Hautes études : certains y arrivent au regret des bourges et de leur État
(Antilope Sa, « Chacun sa croix ») ;Le rap allaite mes phrases, ça copie
comme au collège / Hein, tir à vue sur les sur Mc, trop lège, j’suis trop
large, trop barge, trop despi*(Ali Montana, «Le rap ne sera jamais
mort ») ;Une fille ça rend complètement barge / Plus je grandis, plus je
l’ai compris avec l’âge(Jhr & Sfn, « Double face »).
2. adj(chosesla raison, à la sagesse, à la prudence.) Contraire à
On / fonce dans un plan barge, y’aura du people comme au village et du /
son du Demilune Zoo /Plus on est, plus on est de fous/ Faut pas croire
/ qu’on joue si tu cherches, on t’arrache la joue (Mafia K’1 Fry, « En bas
des tours »).
3.adj (choses) Énorme, extraordinaire ; très fort, assourdissant.
Mes ennemis / je m’en charge / une charge explosive / barge, rime,
pousse au crime, au carnage(Ärsenik, « Boxe avec les mots »).
4. nPersonne atteinte de troubles, de désordres mentaux.
Cette même envie de prendre le large / Avant de crever de la maladie de
vache folle / Ou de finir chez les bargesOn(Fonky Family, «
s’adapte ») ;Ça date pas d’hier qu’on est des barges / Ce que t’appelles
la paix, c'est le moment où tes ennemis rechargent(Taïpan, « Le Monde
est flingué »).
5. nPersonne qui se comporte d’une manière déraisonnable, extravagante.
Pour ça fallait longer les tuyaux 50 cm de large 500 m de long si je le
fais, je suis une barge(Dontcha,«Le Schizophrène ») ;Le fusil à portée
d’main, c’est des barges, / Engueulés par la patronne, le patron s’en
charge(Mc Circulaire, « Demain c’est trop tard »).
Commentaire-o ») du substantif verlanisé dissylla-: forme apocopée (de «
bique « barjo » obtenu à partir de « jobard ». Terme polysémique.
AttestationsDemure, 1988;L’auto-stoppeuse »,1979 ;: 1.Renaud, «
2. Tramber, Jano, 1984 ; Merle, 1996, 1998 ; Ärsenik ; NTM ; ATK ; Fonky
Family ;113 ;Sniper ;PR 2003; Tengour, 2013; Tandem; Antilope Sa;
Mafia K’1 Fry ; Lacrim ; La Cliqua ; Ali Montana ; Dontcha ; Mc Circulaire ;
TTC ; Taïpan ; Brasco ; Nekfeu ; Swift Guad ; Jhr ; Bigflo et Oli.
Fréquence :mot largement utilisé.

31

B

Synonymes intra-verlaniquesFoncedé,Barjo, guedin, mé-cra, ouf 2.: 1.
guedin, ouf.
=> cheul, gogol, zarb, zarbi.
BARGEOT> barjo.

BARJO, barjot, bargeot [barȡo]1. adj invar Quise comporte d’une façon
peu sensée, anormale ; fou, farfelu.
On est bargeot et si t’as chaud , tu peux enlever le haut./ Mais après ça si
t’as froid sur moi tu peux téfro* (Les Sages Poètes de la Rue, « Tout le
monde fait oh») ;On grimpe sur les toits, là Paris s’élargit / Tous jeunes
et barjots est-ce la ville qui nous donne tant / d’énergie ?(Triptik, «
Panam»).
2.adj(choses) Contraire à la raison, à la sagesse, à la prudence.
T’emplit de joie, ma voix, chaque fois que submerge, / De large de la
berge ou se forment mes barges / Mes idées bargeot, qui germent nettes
en adagioDans ma tête(La Cliqua, «») ;Allah y rahmo le rap, Lacrim
est venue baiser votre son / Approche de ma zone barjot, 2 millions de
périples(Lacrim, « Ripro 2») ;Dans l’93 c’est barjo, on fait notre argent
/ Coup d’cross aux rageux, casse-pipe on est partant (Sadek,
« Niuuum»).
3.Excessif.loc De barjo,extraordinaire ; très fort, assourdissant.
Les sales gosses aux dents longues prêts à tout pour le pèze./ Ouvrez les
portes de la zonz* pour que les ghettos se taisent. / Viens pas dans nos
blocks bâtard tu vas te faire guez. / Un son de barjo pour les enragés. /
On prend l’inspi dans les marécages on élimine les baltringues sur / le
trajet.(Noyau Dur, « On est trop»).
4.nPersonne qui se comporte d’une manière déraisonnable, extravagante.
Peut-être qu’après ce morceau en sortant du studio, je serais amené à la
cible / d’un de ces barjots(Kamelancien, « Dieu seul le sait»)
;Appellemoi le barjeot, le malade qui marche en /solo. / Accompagné de mon calibre,
de mon couteau, je te / troue la peau(113, « Truc de fou») ;C’est pour les
Jean Valjean, les gros barjos / Les rajeules* qui roulent en B.M. à
l’ancienne avec les / phares jaunesPour ceux(Mafia K’1 Fry, «») ;
J’suis un barjot, j’ai toujours un coup d’avance / Je pisse directement
dans la chasse d’eau (Taïpan, « Mi-queue, mi-tête»).
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif / adjectif dissyllabique
« jobard » avec une modification phonétique se traduisant par le passage du
« o o» ouvert à « » fermé dans la syllabe finale. Invariable au féminin.
Terme polysémique.
Attestations: 1, 2. Sandry-Carrère, 1957; Fallet, 1975; Cordelier, 1976;
Andreini, 1985 ; Merle, 1996 ; PR 2003; Dico de la zone. 2002—2005 ;
Tengour, 2013 ; Les Sages Poètes de la Rue ; Noyau Dur ; 113 ; Mafia K’1
Fry ; Kery James; Kamelancien ; Triptik ; Beat de Boul ; Lacrim; La
Cliqua ; Taïpan ; 1995 ; Sadek ; Relic ; Saké.
Fréquence: mot assez largement utilisé.

32

B


Synonymes intra-verlaniques:1. Barge, gueudin, ouf 2. Foncedé, fonsdar,
gueudin, mécra, ouf.
=> zarb, zarbi.
BE-BAR, beubar[bøbar]n f 1.Poils du menton et des joues.
Laisse pousser ma be-bar,petit frère d’Oussama / Vois le monde dans le
noir depuis Barack Obama / Rien n’a changé depuis Zyed et Bouna
Larami et Moushin, je perpétue le combat (Alpha5.20, «Oussama 2
Dakar ») ; Préviens le rappeurs que leur rap ici ne peut leur / rapporter que
quelques barres. / Tant ça disparait quelque part comme / un père Noël
noir on nous a mis une bête de bebar(Ali, « Préviens les autres »)
;Encore une ramification d’bagnard, cicatrices clarification d’bagarres,
fausse / be-bar falsification d’paplards nique la RATP leur tarification
d’bâtard !(Seth Gueko, « Dodo la saumure »).
2. adjBarbu (vue comme signe d’appartenance à l’islam).
Un fils che-la qui ché-la* des info chelou* / Un fils de chien nous dit shut
up / Alors qu’on est chez nous / Un fils de lâche qui tire sur toutɫ’qui est
/ Be-bar*, Djellaba / Un fils de lâche qui dit aux keufs*/ ils sont cachés
là-bas(Sexion d’Assaut, « Fils de lâche »).
Commentaire: verlan simple du substantif monosyllabique « barbe »avec
une modification phonétique se traduisant parle passage de « e » muet finale
a [ø].
Attestations; Sexion; Alpha 5.20 ; Ali ; Seth Gueko: Tengour, 2013
d’Assaut ; Kaaris.
Fréquence: mot relativement rare mais disponible.
Paronyme extra-verlanique: Bébert.
Paronyme intra-verlanique: bébar.
=>stach-mou.
BÉBAR, berbar, ber-bar [bebar]vt, vi, invar1.Escroquer, soutirer par des
manoeuvres frauduleuses.
Agis, ça sert à rien d’le-par* / Moi j’suis toujours en train d’bé-bar
c’pays d’clebars / Écoute mon son, prends ton pied avec la faucheuse /
Laisse rappeurs et rappeuses / Désossés sur la chaussée(Booba, «La
faucheuse »);la prochaine fois je te servirai / mieux OK ? / rote-ca*
rote-ca rote-ca, comme un te-bê* tu t’es fait sé-pha* sé-pha sé-pha / il t’a
même berbar ta thune ta caillasse ton gent-ar,* mais tu ne diras / rien
(Expression Direkt, « Mon esprit part en couille »).
2.Commettre des vols.
Et tu joueras le mec hardcore / Te-bé*, y’ a pas d’ mérite à avoir fait du
placard / Si t’es béton* c’est qu’ t’as pas été en m’sure de les ber-bar
(Sniper, «Y’ a pas de mérite») ;Dégoûtés, les jeunes sont paumés /
Shootés par le Tier-Quar* / Ils sont envoûtés / Goûter aux délits / Aux
histoires de thunes / Si tu Bé-bar, Tu Lé-par*/ Pour un regard il te fume
(Tunisiano, « Dégoûté »).

33

B

3.loc verb Se faire bébar, selaisser tromper, se faire escroquer (syn. loc.
verb.se faire carna*;se faire ken*;se faire keni*;se faire rot-ka*).
On a donc dû relever les manches, taffer dur même les dimanches, quitte
à se faire bébar / Et dans nos têtes on se répétait en boucle « t’inquiète,
un jour ça va chémar* » ! (Grand Corps Malade, « Ça peut ché-mar ») ;
J’ai presque perdu espoir de tomber sur la bonne go / j’ai fait le
salopard, j’ai payé plein pot / J’me suis fait bé-bar / j’finis en solo / comme
ce solo ou j’raconte mes déboires (Aketo, « Déception ») ;À moi toutes
les cités d’or/ Et l’on veut pas s’faire “bébar”/C’est la loi ohohoho! /
Et l’on rêve, tous du “gen-ar”* Le génie») ;(Amine, «On veut faire
partie d’un gang pour brasser des barres / Placer un berretta dans la
manche pour pas s’faire bébar(Youssoupha, « Scénario »).
4.Dire des mensonges, mentir.
Après la timinico certains n’ont que le / rap et le sport / carottent bébar
de Barbès à Arnaud / Bernard(KDD, « L’organisation »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
verbe dissyllabique « barber » au sens de « voler » qui, cessant de se
conjuguer, devient une forme invariable utilisée au présent, mais aussi comme
participe passé dans les temps composés et surtout comme infinitif. Terme
polysémique. S’accompagne d’une évolution de sens. Locution familière avec un
élément verbal verlanisé.
Attestations: Seguin, Teillard, 1996 ; Goudaillier, 1997 ; Booba ; KDD ;
Sniper ; Ali ; Dico de la zone. 2002—2005 ; Lexik des cités, 2007 ; Tengour,
2013 ;Expression Direkt ; Grand Corps Malade ; Aketo; Youssoupha ;
Amine ; Tunisiano ; Hifi.
Fréquence: mot relativement peu utilisé mais disponible.
Remarque: apparition du deuxième sens grâce à un rapprochement avec le
mot argotique « bobard », selon Goudaillier.
Paronyme extra-verlanique: Bébert.
Paronyme intra-verlanique: bebar.
Synonymes intra-verlaniques: 1. Pécho, péta, pouilledé, rotka, vailletra
2. (se faire) ken.

BE-BOM> beubom.

BÉ-CHTAR[betar]adj invarfou, idiot.
Ma jeunesse est trop bé-chtar / Se sape en G-star / Insulte le proviseur et
caillasse les côtés chtar(Cifack, « À la dure »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) de
l’adjectif argotiquedissyllabique « chtarbé » obtenu à partir de « chtar ».
Attestation: Cifack.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonyme intra-verlanique: barge, barjo, bil-dé, foncedé, guedin, ouf.

BE-DOU[bødu]n m 1.Indicateur de police.
2.Personne sans valeur.
Oh Babylone, ton système est conçu pour nous enterrer plus tôt / mais y a
des soldats, des vrais guerriers dans les ghetto / avoir la foi, garder la

34

B


tête oh c’est ça qu’il faudrait faire lever / l’bedou yagayooo (Sniper,
« Nique le système »).
Commentaire: verlan spécifique du substantif monosyllabique argotique
« daube »au sens de «mouchard ».S’accompagne d’une évolution
sémantique.
Attestation: Sniper.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Paronymes extra-verlaniques: bedeau, bedon.
Synonymes intra-verlaniques: 1. cave-pou, lanceba, tet-rai ; 2. blarfon,
donbi, fonb, fonblard, fonbou, relou.
I BÉFLAN[beflã]n f fanfaronnade, forfanterie, frime.
J’aime l’argent facile / la keflan* habile / la béflan subtile (Ministère
Amer, « Les rates aiment les lascars ») ;Bé-flam quand tu m’croises mais
tu connais notre apport / « Au centre des polémiques » c’est là que je
remonte le score / C’est « Hardcore comme reconnaitre ses torts » / Faire
face à ses faiblesses sans que son âme s’évapore(Assassin, « Classik ») ;
Teck un sumo géant suant sautant t’éprouvant, / Cuiz éternel ado béflan*
tisant til-gen / Tid’ le maso bâtard plaisant fouinant trouvant des vrais
collectors / au pays du / soleil levant(TTC, « Ebisu Rendez-vous »).
Commentairebéflan »: substantivation du verbe dissyllabique verlanisé «
obtenu à partir de « flamber ».
Attestations: Giudicelli, 1991 ; Ministère Amer ; Assassin ; Passi ; Dico de
la zone. 2002—2005 ; Tengour, 2013 ; TTC ; Black Mamba.
Fréquence: mot relativement rare mais disponible.
Homonyme intra-verlanique: béflan II.
Synonyme intra-verlanique: 2. Beuflan.
=> beurflan.
II BÉFLAN, bé-flam, ber-flan[beflã]invar 1. viSe montrer en public en se
donnant un air avantageux, supérieur, crâner, parader.
Baskets blanches on s’tue au taff et c’est du rap qu’on mange / J’ai
démarré comme ma relève / Avec le rêve cain-cain*, bé-flan devenir
quelqu’un;« Ex-nihilo ») (Passi,Tous testent, bé-flam tout le temps
(Passi, «HipHop crazy») ;Sorti du néant, j’ viens ber-flan, presser la
détente / Oppressé, vivant comme un chien errantIl (BlackMamba, «
n’en restera qu’un »).
2. advDe façon à produire une grosse surprise, un grand effet, en crânant.
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du verbe
dissyllabique argotique «flamber »qui, cessant de se conjuguer, devient une
forme invariable. Celle-ci peut être utilisée au présent, mais aussi comme
participe passé dans les temps composés et surtout comme infinitif.
Attestations: Andreini, 1985 ; Giudicelli, 1991 ; Passi ; Goudaillier, 1997 ;
Tengour, 2013 ; Black Mamba.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Homonyme intra-verlanique: béflan I.
=> beuflant, beurflan.

35

B

BÉGER, bé-ger, bégère[beȡİr]vi invar 1.Avoir des vomissements.
Viens bégère, viens bégère, si t’aimes bégère (FatalBazooka, «Viens
bégère »).
2.loc verb Avoir envie de béger,éprouver du dégoût, de la répugnance.
On oublie vite la salat pour embrasser le scal-ap* / La salade, montagne
d’erreur on en fait l’escalade / Chacun son rythme, j’ai envie de bé-ger
ramène un sachet Speed ou comment les rêves s’achèvent (Ali,
« L’impasse ») ;J’ai envie d’béger / Si tu n’protèges pas tes arrières, tu
devrais. / B2O j’arrête les carrières pour de vrai / J’veux r’gagner du
public, élève de CPPN / Enlève ta paire de faux chicots, renfile ta paire
de TN(Booba, « TLT »).
3.loc verb Donner envie de bégère, donner envie de vomir, soulever le
coeur (de dégoût).
Les belles paroles: on y croit pas, / Tu nous la f’ras pas car on a pas
2 ans ! / Scred connexion, c’est des valises plutôt légères, / Des paroles
vénères*, vu qu’ le rap donne envie d’bégère(Scred Connexion, « Partis
de rien») ;La France est raciste, elle me donne envie de bégère(Mac
Tyer, « Ils veulent m’enlever ce que j’ai »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
verbe dissyllabique familier « gerber » au sens de « vomir » qui, cessant de se
conjuguer devient une forme invariable utilisée au présent, mais aussi comme
participe passé dans les temps composés et surtout comme infinitif.
Locutions familières traditionnelles avec un élément verbal verlanisé.
Attestations: Dico de la zone 2002—2005 ; Tengour, 2013 ; Ali ; Fatal
Bazooka ; Scred Connexion ; Booba ; Sexion d’Assaut ; Mac Tyer.
Fréquence: mot relativement rare mais disponible.
=> goutte-dé.
BEHER >beuher.

BEJAM[bøȡam] n f membre inférieur entre le genou et le pied.
2012 j’dé-dé-dégaine, à peine rentré j’bé-bé-bégai / Poto ça découpe
dé-dédécoupe des bejam des labels / Jeryzoos tu connais Uzi Mac ten ça sent les /
Disques d’or Wati-B j’vais les charger comme un bulldozer(Sexion
d’Assaut, « Disque d’or »).
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif monosyllabique
« jambe »avec une modification phonétique se traduisant par le passage du
« e » final muet à [ø] dans la syllabe initiale.
Attestation: Sexion d’Assaut.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonyme intra-verlanique: beuj.
=> che-bou,ssecui, teuté, treven, yep, zen.

BELLE-POU[bİlpu]n f récipient destiné à recevoir les ordures ménagères.
J’ai vu l’monde à l’envers / 2, 3 pervenches dans un parcmètre /
L’éboueur dans une belle-pou / Un gars qui tape une belle pute(Sexion
d’Assaut, « Le monde à l’envers »).

36

B


Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique « poubelle ».
Attestation: Sexion d’Assaut.
Fréquence: mot rare mais disponible.
BER-BAR >bébar.
BER-TOM> béton.
BESBAR[bİzbar] n propre quartier Barbès (Paris).
J’habite le 18 Besbar partout j’ai tourné des journées entières / mais au
case départ faut retourner(Koma, « La peur du lendemain »).
Commentaire: verlan simple, régulier du nom géographique dissyllabique
« Barbès » s’accompagne d’une sonorisation de « s ».
Attestation: Koma.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Paronyme intra-verlanique: bé-bar.
=>bourstra, ce-fran, logne-bou, nesei, ri-pa, roc-ma, ry-fleu, seille-mar,
ssesui, tilles-an.
BÉTON, bé-ton, ber-tom, bétom[betܧ]1. vt invarTomber.
Ѻ
Je titube, je manque de bé-ton / C’est peut-être un manque de teu-teu,* /
Totto est-ce que t’as ta beu* ? / T’as tiré sur tout mon spliff(Lord
Kossity, « Morenas »).
2. viSe faire arrêter par la police ; être condamné à une peine de prison.
Le 7ème art est mal exploité / tandis que d’autres béton, n’ont pas assez
de veine comme Beto / Un gars qui bute un autre gars dans sa té-ci* est
estimé(ATK, « 7ème art ») ;Pendant ce temps, des jeunes béton pour un
bloc de teuchi* (Suprême NTM 1) ;Ça y est, c’est fini / ça m’ arrivera
pas, pas à moi, j’ pourrais pas béton!») ;maton me guette« Le (Passi,
Trop bête de béton pour un vulgaire larcin / Je ne veux béton que pour
quelque chose qui vaille bien la peineDirekt, « (ExpressionMon esprit
part en couille ») ;Nous on baisse pas la tête on est pas près de s’avouer
vaincus / Des frères béton tous victimes de trahison <...> Mes potes je les
aime c’est pour ça que je les laisserais / jamais béton : même si il y en a
qui béton, tu sais qu’on est tous des jeunes du / béton (Sniper,«
Sniper ») ;Mais pour les pascals / trop d’mes rhos bé-ton en taule (45
Scientific, «Reconstruire »);J’ai évité les sales plans / On peut dire
qu’j’suis protégé / Pendant que d’autres sont béton / Moi j’ai toujours
avancé oh oh avancé avancé(Singuila, « Evite ») ;J’parle des reufs* qui
béton / Une fois qu’ils sortiront / C’est soit ils s’calmeront / Ou bien ils
récidiveront(Sniper, « Pourquoi ») ;Et tu joueras le mec hardcore /
Tebé*, y’ a pas d’ mérite à avoir fait du placard / Si t’es béton, c’est qu’
t’as pas été en m’sure de les ber-bar* (Sniper, « Y’ a pas de mérite ») ;tu
parles de keufs*, tu parles de gun mais sur la péniche t’avais toi / et ta
grande gueule t’es qu’un boloss, t’es qu’une balance. Ce / petit con il est
bé-tom pour des amendes(Kizito, « Brandon et Branda »).

37

B

3.loc. verb. Faire béton, dénoncer à la police, envoyer en prison.
Y a cette meuf* qui joue la tasse* et qui t’a kiffé / Donc t’es parti à la
chasse tu l’as fait bluffer et tu l’as niquée / Par la suite elle t’harcèle
mais quand tu lui dis qu’t’es déjà casé / Cette grosse pute te fait ber-tom
quand elle t’accuse de l’avoir violée(Sniper, « Faut de tout pour faire un
monde »);J’reste militant mais c’est le berger qui tient le bâton / Qui
nous le met dans les roues et qui nous mène en bateau / Nous fait béton
quand on marche encore à tâtons(Sniper, « Nique le système »).
4.loc. verb. Laisser béton, laissertomber, abandonner qn., arrêter de f.
qch.
Mes potes je les aime c’est pour ça que je les laisserais / jamais béton :
même si il y en a qui béton, tu sais qu’on est tous des jeunes du / béton
(Sniper, «Sniper »);Laisse-la béton / Non, non / Elle la pète / J’m’en
bats(Singuila, « Aïcha ») ;C’est pour Niko mon reuf* en prison béton* /
rêve de meuf*, de seuf */ de pouvoir caresser un téton / on sait qu’ton /
quotidien c’est dur comme du béton / ce son pas une leçon mais pour qu’
tu saches qu’on / t’laisse pas béton(GSI-BDF, « La rate »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
verbe dissyllabique «tomber »,qui cessant de se conjuguer, devient une
forme invariable utilisée au présent, mais aussi comme participe passé dans
les temps composés et surtout comme infinitif. Terme polysémique.
Locutions familières traditionnelles et nouvelles avec un élément verlanisé.
Attestations: Renaud, 1977 ; Andreini, 1985 ; Caradec, 1989 ; Expression
Direkt ; Goudaillier, 1997 ; Passi ; ATK ; NTM; Sniper ; Singuila ; PR
2003 ; Dico de la zone. 2002—2005 ; Lexik des cités, 2007 ; Tengour, 2013 ;
Lord Kossity ; GSI-BDF ; Sinik ; 45 Scientific ; Relic ; Disiz ; 1995 ;
Layone ; Lacrim ; Saïan Supa Crew ; Bakar ; Kery James ;Àl’Ouest ;
Hostile ; Kizito ; Hifi ; Joke ; MZ.
Fréquence: mot assez largement utilisé.
Homonyme extra-verlanique: béton.
Remarque: locution verbale «laisse béton» apparaît également sous sa
forme réduite « laisse bét’ ».
=>tarmi, zon-pri, zonz, zonzon.
BETU[bøty]n mchanson, disque à succès.
Pour faire un betu pas besoin de baisser mon calçon / Passe un stylo, une
feuille, un gros beat d’animal son / On fera toujours des tueries, on fera
toujours des sons lourds(La Fouine, « On fait l’taf »).
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif monosyllabique
« tube»une modification phonétique se traduisant par le passage du avec
« e»final muet à [ø] dans la syllabe finale.
Attestation: La Fouine.
Fréquence: mot rare mais disponible.
=>ress, re-sta, skeud, skeudi ; ter-chan.
BEU> beuh.

38

B


BEUBON, be-bom[bøbܧ]n fjeune fille d’une grande beauté.
Ѻ
Fessier bombé, c’est une be-bom, aie caramba / Je sors mon bimbo, pour
la go c’est la rumba <…> Maintenant qu’j’suis devenu bon, qu’on voit
ma tête, j’suis rien qu’avec des be-bom(Sniper, « La rumba ») ;j’ai d’la
be-bom des tas d’surnoms/ belek / qui te terrasseront, / on s’permet
d’être en état second, / montre pas tes fesses c’est la te-hon*(Al K-Pote,
« Allez boom »).
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif monosyllabique familier
« bombe »avec une modification phonétique régulière se traduisant par le
passage du « e » final à [ø] dans la syllabe initiale.
Attestations: Goudaillier, 1997 ; Tengour, 2013 ; Sniper ; Al K-Pote.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: gosse-belle, leub.
Antonymes intra-verlaniques: cheum, skeud.
=> feumeu, meuda, meuf, tasse, tassepé, tassepèche, tera ; gossebeau.
BEUFLAN, bef-lan, be-flam [bøflã]1. adj invar Crâneur,fanfaron; génial,
super.
Bé-flam quand tu m’croises mais tu connais notre apport / «Au centre
des polémiques » c’est là que je remonte le score(Assassin, « Classik ») ;
J’ai démarré comme ma relève / Avec le rêve cain cain, béf-lan devenir
quelqu’un(Passi, « Ex-nihilo »).
2. n f Fanfaronnade, forfanterie, frime.
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif monosyllabique
argotique « flambe » avec une modification phonétique se traduisant par le
passage du «e »final à [ø] dans la syllabe initiale. S’accompagne d’une
extension de sens. Graphie : « m » remplacée par « n » en position finale.
Attestations: Andreini, 1985 ; Merle, 1996 ; Assassin ; Passi ; Ministère
Amer.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes inter-verlaniques: 1. chanmé, gossebeau, onb. 2. Béflan.
=>beurflam.
BEUH, beu[bø]n f 1. Feuilles de cannabis, chanvre indien.
Mon rap t’attrape par l’col, nouvelle école / Mes frères déconnent,
nouvelle école / Passe-moi la beuh qu’j’décolle, nouvelle école(Booba,
« Nouvelle école ») ;Vite arrache ton cul des tribunes 2, vas-y roule un
gramme de beuh(Booba, « Indépendants ») ;Le sac rempli de substances
illicites :bière, beu, shit et pastilles qui excitent« Artifices ») ; (KDD,
À l’époque,allez smoke ta beu, Stabeu, déballe les stocs d’aya, / Et si
y’en a plus on smoke cailla(Zoxea, « La ruée vers le roro ») ;Y a comme
un goût de peur chez les meufs* de l’an 2000 / y a comme un goût de
beuh dans l’oxygène que l’on respire(Diam’s, « La boulette ») ;Ce que
je veux c’est qu’on foute moins le sbeul* / Pour que je puisse
tranquillement cultiver ma beu(Tandem, « Bouge ») ; ils nous contrôlent à bras
levés / génération gun grenade / la cité d’dieu / scarface au 900 star nine /
ça veut de shit et d’beu») ;L’anti-force de l’ordre(Black Marché, «

39

B

Mais qu’est ce tu veux que / j’ te dise / Que mes khos kiffent la beuh, la
tise, les tures-voi*, les tass-pé*(45 Scientific, « Reconstruire ») ;J’aime
pas ce pays la France le latin, son système son baratin / J’aime pas
quand j’ai pas de beu / J’aime pas quand j’ai pas de pot / J’aime pas
quand y a pas de pot / J’aime pas le rap à l’eau(Sniper, « Gravé dans la
roche ») ;Mes vêtements sentent l’herbe grasse et mon frigo pue la beuh
(La Caution, «Changer d’air») ;Voilà pourquoi,/ Je souris pour
oublier qu’j’ai pas d’raisons d’le faire / Odeur de beu, des noirs et des
rebeu*(Nakk, « Voilàpourquoi »).
2.loc. verb. Semultiplier comme l’odeur de la beuh, augmenter,se
répandre à une vitesse vertigineuse(cf. loc. verb. se reproduire comme des
farca*).
Le mal se sert de nos peurs, la menace plane, / Se multiplie comme
l’odeur de la beuh, / V’là l’arnaque, les scarlas* jactent, y a en marre de
la BAC, / Les macs s’adaptent, la nète-pla*, j’la capte(La Caution, «
Retrospectives »).
Commentaire: forme apocopée (de « -er ») du substantif dissyllabique
verlanisé «beuher *»obtenu à partir du mot «herbe ».Locution comparative
avec un élément nominal verlanisé. Graphie : « h » souvent conservée en
position finale.
Attestations: Andreini, 1985 ; Jano, 1987 ; Goudaillier, 1997 ; Merle, 1998 ;
Booba ; KDD ; Zoxea ; Diam’s ; Sniper ; C’est po ce que c ; Dico de la zone,
2002—2005 ; Tengour, 2013 ; Sinik ; La Caution ; Lord Kossity ; Ali ; Black
Marché ; Tandem ; 45 Scientific ; Les Cautionneurs ; Iron Sy ; James Deano ;
Bakar ; Oxmo Puccino ; L’Armée des 12 ; Alonzo ; Nakk ; 1995 ; Falcko ;
Volts Face ; 2-zer Washington ; Odezenne ; Taïpan ; Sadek ; Kaaris ;
Kennedy ; L’Entourage ; MZ.
Fréquence: mot largement utilisé.
Synonyme intra-verlanique: beuher.
=> fe-spli, feuchnou, keco, kecra, pedo, teuteu.

BEUHER,beu-her,beu-hère, be-her, beher[bøİr]n f feuilles de cannabis.
Et dès que j’galère j’appelle mes potes pour fumer de la beu-her / Du bedo,
d’la beu-her et des dealers en masse / Sur toutes les places skunk, popo,
Afghan et Thai grasse(113, « Truc de fou ») ;Si t’es pas un moka soutiens
nous les planta / Et sache que la beuhère vient du ventre de la terre notre
mère(Pierpoljak, « Cultivateur moderne ») ;Ils disent on encule la France
moi j’encule leurs feumeu* / je te parie que dans le car il va cramer de la
beuher(C’est po ce ke c, « Anti-sniper ») ;Dans ma boîte à gants d’la
beher à défoncer un régiment / D’rebelles afghans(Monsieur R, « À qui la
faute ») ;ça pue la / beher / dans les couloirs toujours souriant avec les
locataires(Rim-K, « Terrain vague »).
Commentaire: verlan simple, régulier du substantif monosyllabique
« herbe » au sens de « drogue » avec une modification phonétique se
traduisant par le passage du « e » final muet à [ø] dans la syllabe initiale. Graphie
du mot: « h » souvent conservée en position médiane.

40

B


Attestations: Margerin, 1985 ; Merle, 1998 ; 113 ; Pierpoljak ; C’est po ce
que c ; Dico de la zone, 2002—2005 ; Lexik des cités, 2007 ; Tengour, 2013 ;
Monsieur R ; Sadek ; Rim-K ; Zekwé Ramos ; Bisso Na Bisso.
Fréquence: mot relativement peu utilisé.
Synonymes intra-verlaniques: beuh.
=> fe-spli, feuchnou, keco, kecra, pedo, teuteu.

BEUJ, beu-j[bœȡ]n fmembre inférieur entre le genou et le pied.
R. A. P. c’est la révolution à Paname/Essaie pas d’m’arrêter bonhomme
ou ça canarde / 10 ans d’pratique sur une beuj au bord du gouffre / C’est
Lunatic ici, ex-membre du groupe(Booba, « R. A. P. ») ;Faut du cash et
des keu-ch* / Pour pouvoir vivre mieux / Et des qu’ t’as aç* / T’as des
ennemis et des pétasses sur tes beu-jReconstruire »)(45 Scientific, «;
J’roule avec des p’tites feujs* / Des splendeurs aux fines beujs(1995, «
J’roule avec »);négro mon pèrej’m’endors au son du coup d’feu /
j’écoute peu / j’ai disstilé des bouts d’beuh*/ qui je suis ce bout d’buzz
qui peut partir à coups d’beuj /ici c’est triste tize tize(Volts Face, « Qui
suis-je ?»).
Commentaire: forme apocopée (de « -am ») du substantif dissyllabique
verlanisé « beujam » obtenu à partir du mot « jambe ».
Attestations: Booba ; Dico de la zone, 2002—2005 ; Tengour, 2013 ; Despo
Rutti ;45 Scientific ; 1995 ; Volts Face ; Vald.
Fréquence: mot peu répandu mais disponible.
Paronyme extra-verlanique: beige.
Synonyme intra-verlanique: bejam.
=> che-bou,iep, ssecui, teuté, zen.

BEUR, beurre[bœr]1. adjD’origine arabe.
Ici c’est la jungle / B2oba son daron black blanche beur(Booba, « Mon
son »).
2. nJeune Maghrébin né en France de parents immigrés.
Juste au micro, j’te fais la misère / Voici la pègre avec un / Mec, un
nègre avec un beur») ;Sans ratures(Booba, «Tous les jeunes, les
blancs, les blacks, les beurs / Unis par les HLM et par la rage au coeur
(Saliha, « Enfants du ghetto ») ;On mène une vie de malheur, une vie de
négro ou d’beur / Une horreur qu’tu mates pas l’soir au journal de
20 heures(Mafia K’1 Fry, « Je désole mes parents ») ;la France des
renois*, rebeus*, renois*, babtous*, chinois, beurs / On se rassemble, on se
ressemble c’est l’unité de toutes nos couleurs(Idir, « La France des
couleurs ») ; Tu peux pas tester toujours ghettos / Tu peux pas faire peur à
mes blancs, mes beurs et mes négros / On est pas là pour servir ta
campagne(Alibi Montana, «») ;Bienvenue à la Courneuve, Sarkozy Entre
l’exploitation d’un peuple / Et quelques caisses qui crament, on fait vite
la balance / Hé, Marianne, dis-moi de quoi t’as peur ? D’être victime
d’une tournante par des blacks et des beurs ?Peco, «Tu te (Al
trompes »).

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B


3. n mParler, langage beur.
Accusé à tort : aucune paluche sur l’arme du tireur / Justice à deux
vitesses, l’argent c’est l’huile dans l’moteur / Ça vient d’Auber, on traîne
au fé-ca, on jacte des mots en beur* /Rancunier, j’oublie pas l’époque
du bruit et odeur(Mac Tyer, « Hustler »).
Commentaire: forme apocopée (de «-a ») du substantif
verlanisédissyllabique « beu(a)ra » obtenu à partir du mot « arabe ». S’accompagne d’une
restriction de sens: ayant désigné au début «Arabe »au sens générique, il
commence à signifier ensuite « jeune maghrébin né en France de parents
immigrés ».
Attestations: 1. Caradec, 1989 ; Colin, 1990 (Le Monde, 1983) ; Seguin,
Teillard, 1996 ; Goudaillier, 1997 ; Merle, 1998 ; Booba ; PR, 2003 ; Dico de
la zone. 2002—2005 ; Tengour, 2013; Triptik; Saliha ; Mafia K’1 Fry;
Despo Rutti ; Axiom ; Alibi Montana ; Sexion d’Assaut ; El Matador;
Al Peco ; James Deano ; Layone ; Leeroy ; Idir ; Grand Corps Malade ;
Bakar ; Médine ; Soundkail ; 3010.
Fréquence: mot largement utilisé.
Remarque: ce terme semble être de plus en plus remplacé par le mot
“rebeu”*.
Homonyme extra-verlanique: beurre.
Synonymes intra-verlaniques: rabza, rasba, reubeu.
=> babtou, cainfri, caincain, cainri, cefran, feuj, loigo, noich, noichi, oinich,
renoi, tange, tangi.
BEURETTE[bœrİt]n fd’origine maghrébine née en France de personne
parents immigrés.
Tout le monde lève les bras même en fouettant des aisselles fanstastique
scientifique les beurettes disent bsahtek j’suis dedans depuis l’époque la
khnouna et les serre-tête le rap est ma vie(Alibi Montana,
« Àl’ancienne »feat. Rohff) ;2.40, rap à fond dans maJ’arrive à
caisse / Laissez-moi représenter la tess*/ Mes négros, mes négresses, mes
rebeus*, mes beurettes, mes babtous*, mes blanchets, les cools, les
youv’*, mes zoulous, mes zoulettes, /J’reste anti-poulet(Kennedy,
« L’Ouragan »).
Commentairedu mot monosyllabique verlanisé: suffixation (en «-ette »)
« beur »* obtenu à partir de « arabe ».
Attestations: Tengour, 2013 ; Alibi Montana ; 3010 ; Kennedy.
Remarque: intégration morphologique du mot verlanisé.
Fréquencerare mais disponible.: mot
=> beur; babtou, cainfri, caincain, cainri, cefran, feuj, loigo, noich, noichi,
oinich, renoi, tange, tangi.
BEURFLAM, beurflan[bœrflam]adj1.Qui concerne la frime.
2. n mPersonne qui cherche à en imposer, frimeur.
Dès mon jeune âge, je nage dans ces océans je surfe du break au smurf /
Aux beurflams d’vant les meufs* je revois mon turf (nuff) / Ruffneck pour
mes reufs* nègs sortis des ténèbres(Ärsenik, « L’enfer remonte à la
surface »).

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B


Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique familier « flambeur».
Attestations: Andreini, 1985 ; Seguin, Teillard, 1996 ; Ärsenik.
Fréquence: motrare mais disponible.
Remarque: le terme en question semble posséder une nuance péjorative.
Synonyme intra-verlanique: beuflan.
=> béflan.
BEUTE[bøt]n f membre viril, pénis.
J’crée l’émeute, mon feutre imbibé d’sang, pédé, / J’te descends du rouge
à lèvres sur la beute / Et c’est bandant d’être indépendant(Booba, «
Indépendants »).
Commentaire: forme apocopée (de « -eu ») du reverlan simple, régulier du
substantif verlanisé monosyllabique « teub » (< teubi ) avec une modification
phonétique régulière se traduisant par l’adjonction du «e »final muet qui
passe à [ø]. S’accompagne d’une évolution sémantique.
Attestation: Booba.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: 1. euq, teub.
BIL-DÉ, biledé[bilde]adj invarstupide, idiot.
T’es un méchant / Arrête, même ta petite soeur / elle tape tu débarques
avec ton flow bil-dé / mais vas-y retourne montrer ton cul à la télé(Fatal
Bazooka, « Auto-clash »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) de
l’adjectif dissyllabique « débile ».
Attestation: Fatal Bazooka.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: barge, barjo, bé-chtar, foncedé, fonsdar,
gogol, guedin, onc, ouf, tebé.
BIS-HAT[bia]n m pl vêtements.
Le désespoir est grand trop de jeunes s’tapent et s’tirent dessus /
S’embrouillent entre quartiers pour des bis-hat même pas de sous (La
Brigade, « Qu’est-que tu veux »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique « habits ».
Attestation: La Brigade.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniques: vêt-sur, pessa.
=>re-cui, starco, ste-vé.
BLARF[blarf]n m individu ridicule, misérable (terme de mépris).
Emploie des mots en verlan pour ne pas passer pour un blarf’ / Faire le
show l’a rendu important») ; (Tunisiano, « Leregard des gens Nique
l’Opac et la CAF de Paname / Les gros blarfs ont les farfes!(25G, «
Cabochards » feat. Seth Gueko) ;J’rape sans thème, baisse la tête quand les
blarfs t’engrainentLune ») ;(Vald, «Appelle les keufs, on verra bien

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B

c’qui s’passera / Espèce de kharba, t’es qu’un petit blarf’(L’Entourage.
« Fout la merde »).
Commentaire-on: forme apocopée (de «») du substantif dissyllabique
« blarfé»* issu de la verlanisation du mot « faiblard».
Attestations: Tengour, 2013 ; Seth Gueko ; Tunisiano ; 25G ; L’Entourage ;
Vald.
Fréquence: mot relativement peu répandu.
Synonymes intra-verlaniques: blarfé, blarfon ; donbi, fonb, fonbou, relou,
varcreu.
BLARFÉ[blarfe]adj, n m qui est de constitution physique faible (terme de
mépris).
Ma fille va grandir c’est moi qui fais sa sécu wallah* qui va / falloir la
protéger de ce que j’ai vécu même les blarfés se mettent à / jacter et dire qu’ y a
5 ans je pouvais marcher peinard à Chatêlet(Sinik, « Mort ou vif »).
Commentairefai-: verlan simple, régulier du substantif dissyllabique «
blard »avec une modification phonétique se traduisant par la fermeture de
« e » ouvert.
Attestation: Sinik.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-verlaniquesblarfon ; donbi, fonb, fonbou, relou,: blarf,
varcreu.
Antonymes intra-verlaniques: lèzba, lidso, stocma, stoco.
BLARFON[blarfܧ]n m individuridicule, misérable (terme de mépris).
Ѻ
Le phénomène de mode a fait de toi un pion / un blarfon qui dans ses rêves
aimerait scotcher l’plafond(2 Larmes, « Blokage total »).
Commentaire: reverlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif dissyllabique verlanisé et suffixé «fonblard »obtenu à partir de
« fonbou »*issu à son tour de la verlanisation du mot «bouffon ». Graphie
simplifiée suite à l’omission de « d » finale.
Attestation: 2 Larmes.
Fréquence: mot rare mais disponible.
Synonymes intra-: blarf, blarfé, blarfon ; donbi, fonb, fonbou, relou,
varcreu.

BLE-CA[bløka]n m 1.Conducteur électrique.
2.loc. verb.Péter un ble-ca,péter le câble, perdre le contrôle de soi ;
devenir fou.
Tu viens de Paname ou de Bordeaux viens m’check / Si tu pètes un ble-ca
sur ce morceau viens m’check(Black Kent, « Alter ego » 2 feat. Sifoor) ;
On a besoin de coco dans la go-va* / Besoin de se procurer de la drogue
mon gars / On a besoin de vodka, de whisky-coca / On a besoin de
prendre de l’argent pour pas péter un ble-ca(Nysay, « Besoin de »).
Commentaire: verlan simple, régulier (sans modification phonétique) du
substantif monosyllabique « cable » avec une modification phonétique se
traduisant par le passage du « e » final muet à [ø]. Locution traditionnelle
familiere avec un élément nominal verlanisé.

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