Hybrides linguistiques

Hybrides linguistiques

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Français
260 pages

Description

Cet ouvrage présente un ensemble géographiquement contrasté de parlures hybrides, du point de vue de leurs fonctionnements sociolinguistiques, aussi bien pour leurs usages que pour leurs représentations. Il s'agit d'hybrides nés dans la migration, comme le Spanglish, ou plus largement de variétés interlectales apparues au sein d'une configuration pluri ou diglossique, comme le camfranglais, le castrapo, le chiac, le francitan, l'Hiberno-English, ou encore le jopara. Ils se distinguent des créoles, aussi bien par leur genèse que par leur statut ou leurs fonctionnements. Ces parlures ont une visibilité ethnosocioculturelle importante : on en parle et on les met en scène.

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Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 66
EAN13 9782296932623
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-11196-7
EAN:9782296111967

Henri BOYER

INTRODUCTION

« Bâtards linguistiques »?
Les parlures hybrides
entreinterlectesetinterlangues

D'entrée se pose la question de la catégorisation, disons
métalinguistique, de l'objet polymorphe auquel est consacré cet
ouvrage. La littérature du champ disciplinaire concerné est à cet
1
égard hésitante. Une fois écarté le terme decréolequi désigne
une langue au plein sens du termeayant acquis une complète
autonomie de fonctionnement, née cependant dans un certain
contexte : sociolinguistique (le contact inégalitaire de plusieurs
langues dont l’une est la seule dominante), historique (la
colonisation esclavagiste), et géographique (l'insularité)
(Chaudenson1992, 1995), on peut s'interroger sur lapertinence
désignative de termes commeinterlecte,inter-langues(Gardy 1988)
2
interlangueou encoreentrelangue .

1
Apropos dufrancitan, cependant,J.M.Auzias n'apas hésitéàutiliser le terme : « ce
n'est pas un patois […], ce n'est pas un dialecte.Ce n'est pas unargot.C'est uncréole,
comme lalangueantillaise! » (Auzias 1982 : 49).
2
PourD.Baggioni, il s'agit de désigner un type de valriété linguistique dont «a
stabilité dans le temps […], son caractère collectif (lavariation est relativement
indépendante de lavariation individuelle) et son statut social suggèrent qu'il est utile
7

Pour ma part, même si j'ai pu employer exclusivement le terme
interlecte(Boyer 1988), je considère qu'il est légitime d'accepter le
terme d’interlangueen lui adjoignant le qualificatif d'historique
pour pointer certes l'analogie avec le processus individuel (mais
également groupal) de construction de systèmes intermédiaires
et provisoires lors de l'apprentissage ou l'acquisition d'une
langue non maternelle par les adultes (voir par ex. Porquier
1986), mais pour montrer également la nature communautaire
et durable du cas qui nous occupe.Dans le cas de l'interlangue
historique,l’hybridation s'est fixée collectivement et présente une
relative stabilité sur une plus ou moins longue durée, dans ses
usages comme dans ses représentations.Ce qui n'exclut pas son
déclin voire sa disparition, en particulier parce que son statut
sociolinguistique reste problématique, lié organiquement à une
configuration de type diglossique et donc pris dans une
dynamique concurrentielle entre deux ou plusieurs languesen
conflit. On peut ainsi utiliser la désignation métalinguistique
d'interlangue historiquepour indiquer une installation
sociolinguistique durable et conserver la désignation d'interlecte
(ou deparlure interlectale) pour une version plus fraîchement
apparue (et peut-être moins étendue), ou encore en voie
d'extinction.

de ne pas la considérer comme uneinterlangue[qui intéresse au premier chef la
psycholinguistique et la linguistique appliquée] mais plutôt commeentrelangue »
(Baggioni dansMoreau éd. 1997 : 141).Dans un ouvrage intituléLe français adultère
(Publibook, 2005)P.Wignands fait l'inventaire d'un certain nombre de "langues
mixtes de l'altérité francophoneauxappellations diverses et variées : "pidgins,
langues mixtes, parlures, idiomes hybrides, sabirs, charabias, parlers métis" ce quia
au moins le mérite de ratisser large.Parailleurs, le termeanglais "creoloid" semble
avoir été utilisé pour rendre compte d'objets linguistiquesaux fonctionnements
proches de ceux qui sont interrogés ici, et dont lasimilaritéavec les créoles est
clairement pointée.VoirPlattJohn (1975), “TheSingapureEnglish speech
continuumand its basilect "singlish"asacreoloid”,Anthropological Linguistics17, 7 :
363-374, cité dansH.LópezMorales,Sociolingüística,Madrid,Gredos, 1993.
8

En général la parlure en question participe d'uncomplexus
1
(diglossique) (G. Qu'elle soit fixée et transmiseardy 1985)
(Prudent 1981) depuis longtemps, qu'elle soit liée à un seul
groupe linguistique (au sein d'une société plurilingue), qu'elle
soit d'apparition récente au sein d'un réseau ou qu'elle participe
au répertoire commun de l'ensemble des membres d'une
communauté linguistique, elle présente un fonctionnement
sociolinguistique pourvu d'une certaine autonomie
communicationnelle, faible mais parfaitement repérée.

Il sera donc question ici d’interlecteset/ou d’interlangues
historiques, de parlures que l'air du temps qualifierait demétissées
et qui sontautant de manifestations d'unehétérogénéité intégréeà
base de matériaux linguistiques bi ou plurilingues, d'interférences,
donc demarques transcodiques(calques, emprunts…) et de
phénomènes denéocodage(Matthey etDePietro 1997),
constitutifs d'une réalité linguistiquebricoléequi ne peut être
considérée comme essentiellement d’ordre diatopique, pas plus
du reste que d’ordre diastratique, mais bien fondamentalement
2
comme d’ordre interlectal.Il ne s'agit donc pas d'authentiques
systèmes linguistiques, comme les créoles, mais d’ensembles
dont les discours épilinguistiques (ordinaires etautres) qu’ils

1
On peutaussi parler decontinuumcomme l'on en observe dans les situations
créolophonesoù les productions dites mésolectales se situent entre un créole
basilectal et l'acrolecte, que représente le standard de lalangue dominante.
2
Lanotion deconvergencelinguistiqueaété proposée parG. deGranda àlasuite de
Gumperz etWilson pour rendre compte "de processus […] qui conduisentau
développement de structures grammaticales homologues dans des langues qui ont été
en situation de contact intense durant des périodes particulièrement prolongées"
(Granda1996 : 181; je traduis).VoirJ.J.Gumperz etR.Wilson, "Convergenceand
creolizacion :acase fromIndo-Aryan/Dravidian border", dansD.Hymes (éd),
Pidginization and Creolizacion of Languages,Cambridge, 1971, 151-167.
9

suscitent mettent en lumière la singularité, et qui font l’objet de
1
mises en scène diverses et variées (artistiques, médiatiques…).

On n'a pas retenu ici d'interlangue de migrants, comme le
« melandjao »,par exemple, qu'a excellemment décritCh.
Lagarde (Lagarde 1996).Car s'il est également question dans ce
cas de figure d'une parlure interlectale, le plus souvent elle ne
survit pas (massivement)àlapremière génération de la
migration.Elle est bien plus proche de l'interlangueau sens
didactologique du terme que des variétés qui sont traitées dans
cet ouvrage.Cependant lespanglish(voir l'étude deSophie
Sarrazin) dont lagenèse n'est pas fondamentalement étrangèreà
celle du « melandjao » (laproximité linguistique en moins, quia
son importance) témoigne du fait que ce type d'interlangue
normalement transitoire peut s'installerau sein d'une
communauté, en particulier lorsqu'elle est garante de lavisibilité
d'un groupe qui prétendàune identification communautaireà
2
pa.rt entière

De même lesargots, que PierreBourdieu considère comme des
marchés francs(Bourdieu 1982, 1983), en marge des diverses
variétés linguistiques qui constituent le répertoire courant d'une
communauté linguistique donnée, et qui s'opposent
précisément aux usages et aux représentations dominants qui
régissent ladite communauté, ne sont pas abordés ici, même s'ils

1
Pour reprendre la terminologie proposée parRobertLafont dans sonanalyse des
fonctionnements diglossiques, ces mises en scène, en général très prisées par les propres
usagers, sontautant detextualisations de la diglossie(Lafont 1976), qui ont en général un
caractèreambivalent : elles relèventàlafois de ladérision (et de l'autodérision)
socioculturelle et de laconnivence identitaire.
2
Lasociolinguistique suisseadécrit, sous l'appellation deparler bilingue, les divers
fonctionnements (socio)linguistiques interlectaux observables dans les interactions
langagières exolingues (en contexte migratoire en particulier).Mais on peut
considérer également qu’il ne s’agit que d’une pratique transitoire, instable, bien que
généralisée,àpartir de répertoires plurilingues (voir par exempleDePietro 1988,
Matthey etDePietro 1997).
10

peuvent participer d'un «bricolage ethnosociolinguistique» tel
que le «français des jeunes» - ou mieux : «des jeunes des
cités »(cf. par ex.Boyer dir. 1997), à propos duquelJ-P.
Goudaillier paprle de «arler véhiculaire interethnique»
(Goudaillier 1998 : 7).Concernant ce français l'hybridation est
bien là, de même que des mises en scène de tous ordres
(sketches, films,articles de presse…) mais doit-on considérer
celacomme une seule et même parlure ou bien plutôt comme
une mosaïque deparlures de réseaux, circonscritesàune cité, voire
àun quartier, et même si les pratiques néologiques (qui relèvent
du reste de procédures habituelles du français ordinaire) sont
communes?Parailleurs lastabilité resteàconfirmer.Cependant
ce «nouveau frança« pis »,arler jeune», «la»…ngue des cités
présente des fonctionnements qu'on retrouve dans bon nombre
de parlures du type de celles qui sont étudiées dans cet
ouvrafonctionnements cryptique, identitge :aire, ludique.On
peut même considérer que ladimension identitaire (et ce n'est
pas une découverte pour les sociolinguistes) est bien l'un des
moteurs de ces hybrides linguistiques qui peuvent d’ailleurs
perdurerau travers de formes résiduelles (bien que
conséquentes) essentiellement motivées par ce fonctionnement
ethnosocioculturel-là.C’est me semble-t-il ce qu’on peut d’ores
et déjàobserveravec lefrancitan, hybride franco-occitan
(Couderc 1974,Mazel 1980,Boyer 1988) quiaprèsavoir
présenté une stabilité exemplaire durant les deux derniers
siècles, tendàmonavis en ce début deXXIe siècleàse réduire
àdes unités lexicales en nombre très limité etàquelques
1
variations grammatica.les et surtout phonétiques-prosodiques
Ainsi on peut faire l’hypothèse que le statut langagier de ces
hybrides qui naissentau sein d’une configuration diglossique

1
C’est ce que semblent indiquer les résultats d’une enquête réalisée en milieu étudiant
en 2008-2009 enLanguedoc (voir ici-même macontribution sur lefrancitan).
11

(ou pluriglossique) comme ensemble interlectal dans un premier
temps (dans lequel on observe une importante variabilité),
parfois qualifiées de «troisième langue» (c’est le cas pour le
joparaparaguayen ou même semble-t-il pour lecamfranglaisau
Cameroun) ou de troisième « langage » (Merle 1988àpropos du
francitan) est celui de vernaculaire mais que leur fonctionnement
identitaire, parfois même nationalitaire (lejoparapar exemple),
est toujours présentàl’état plus ou moins latent, plus ou moins
ostensible, voire ostentatoire.

C’est généralement le cas pour les parlures traitées ici : lechiac
(parAnnetteBoudreau etMarie-EvePerrot), lecamfranglais(par
Marie-DésiréeSol),l’Hiberno-English(parLiseCarrel), le
Spanglish(parSophieSarrazin), lejopara(parHedyPenner), le
francitan, du moins ce qu’il en reste (parHenriBoyer) et le
castrapo(parCarmenAlénGarabato).Apropos de cet hybride
ordinairement stigmatisé de galicien et de castillan, peu étudiéà
lavérité, on doit observer que si son statut de vernaculaire est
dominant, lanormalisation sociolinguistique (modeste mais
effective) enGalice n’apas tardéàmettre en évidence (et
surtout en scène – musicale en premier lieu) son
1
fonctionnement identitaire .Il en estallé d’une manièreassez
procheavec lefrancitan :ce sont les occitanistes, les enseignants
en particulier, qui ont contribuéàdéplacer lareprésentation
ethnosocioculturelle vers plus de considération (en particulier
pédagogique).

1
Qu'aexploité le mouvement "Bravú" (voirM.RecaldeFernández, "Laconstrucción
lingüísticade laidentidad social enGalicia: introducción de variedades
deslegitimadas en el mercado lingüístico",Actas delVI Congreso deLingüística
General,Santiago deCompostela, 3-7 de mayo de 2004/ coord. porPabloCano
Lopez,Vol. 3,2007 (Linguisticay variacion de las lenguas) etC.AlénGarabato : “A
textualización dosfuncionamentos diglósicosnas cancións doRockBravúe no discurso
queacompañaeste movemento ”,Verba28, 2001.

12

Si bien qu’on peut dire qu’en diachronie (qu’il s’agisse de
plusieurs siècles ou de quelques décennies) les
interlectes/interlangues concernés oscillent entre deux pôles : le
pôle vernaculaire, et ici les fonctionnements observés font en
général l’objet de représentations linguistiques négatives de la
part des tenants de lapureté de lalangue dominante (maisaussi
de lapart des défenseurs de l’intégrité de lalangue dominée), et
lepôle identitairequi ne concerne évidemment que certains
usagers de l'hybride, qui n'hésitent pasà affirmerainsi leur
différence.

J'ai parlé delangue dominanteet delangue dominée: enaccordavec
lasociolinguistique dont je me réclame, laquelle considère que
ladiglossien'est pas un partage pacifique et stable des fonctions
sociales de deux langues (ou variérés de langues) en contact
mais plutôt une coexistence conflictuelle (que le conflit soit
avéré ou potentiel) etàterme linguicide,au seul profit de la
langue dominante (ce qui n’exclut pas «àlabase » des pratiques
de coopération qui neutralisent occasionnellement ladimension
1
conflictuelle du marché linguistique global) .Et il se trouve que
dans de nombreuses situations de diglossie (plus ou moins
agressive), si le changement de langue ne se produit pas
brutalement (ce qui est en général le cas)apparaît donc ce que
le linguisteAugusteBruna appelé un « bâtard linguistique », qui
vient complexifier laconfiguration linguistique en vigueur (sur
2
le plan des usages comme sur celui des représentations).Ce

1
Sur ce positionnement théorique je renvois pour l'Espagneaux sociolinguistes
catalans (cf. pour uneapproche parfaitement documentéeVallverdú 1980 et 1994) et
pour la Franceàlamouvance sociolinguistique symétrique conduite parRobert
Lafont (Lafont 1997,Boyer 1991).Sur le débat entre les tenants du modèle
consensualisteet ceux du modèleconflictualistevoir par ex.Boyer éd. 1997.
2
On peut faire du reste l'hypothèse que pendant la(plus ou moins longue) réduction
du faceàface entre les deux langues en concurrence, ladynamique diglossique passe
nécessairement par une phase de construction d’uncomplexus diglossique.
13

terme de «bâtard linguistique» (que le linguiste qualifie par
afrilleurs de «ançais régional »)aété utilisé par A.Brun dans
son diagnostic concernant lagenèse dufrancitansur l'espace
occitanophone :

Un phénomène […] s'est produit dans l'usage parlé le jouroù la
pluralité desProvençaux, et non plus une sélection d'honnêtes gens,
s'habituentàparler français,artisans, instituteurs, villageois, etoù les
occasions de l'employer se multiplient[…].C'est une sorte d'hybride
qui se constitue, hybrideoù lasyntaxe, lamorphologie et le
vocabulaire français prédominent, maisoù sontaccueillies des
locutions et tournures issues du terroir, ou créées spontanément sur
place, sans parler d'autres éléments divers.Entre le français
proprement dit, le français officiel et le provençal, s'introduit un
parler spécial, le français régional.Il yacoïncidence de date entre la
diffusion du français comme langue parlée et l'apparition de cebâtard
linguistique.(Brun 1927 : 152; c'est moi qui souligne)

La« bâtardise »(ethnosocio)linguistique estàn'en pas douter
un phénomène langagier universellement partagé : parfois bref,
ouanecdotique, maisaussi parfois bien installé dans ladurée, et
d'une importante visibilité.Comme je l'ai indiqué en ouverture,
se pose laquestion de l'appellation : il n'est pasabsurde de
penser que laforme même de cetteappellation et sagenèse
disent bien des choses sur les représentations dont sont
investies ces parluresmétissées.Il me semble que des
mots1
vafrlises comme «ancitacn »ou «amfranglais »ou même
sûrement «Spaou encore le composé «nglish
»HibernoEinsistent sur une imbricnglish »ation/intrication originale.
Des dénominations glossonymiques plus populaires comme
« jopara» ou « chiac » sont issues de l'hybride lui-même.Quant
acu «astrail est évident qu'il s'po »,agit d'un désignant

1
Forgé par un écrivain occitan :YvesRouquette mais dont le sensaété modifié par
l'usage qu'en ont fait les sociolinguistes occitans, en premier lieuYvesCouderc.
(Coderc 1974).
14

épilangagier (du type «charabia »ou «baragouin »en français)
particulièrement stigmatisant pour une majorité d'utilisateurs.
Une dernière précision, de l'ordre de l'évidence : laperspective
choisie ici estàdominantemacrosociolinguistique.C'est en effet
laconfiguration linguistique communautaire qui est en général
visée, parfois intracommunautaire, mais toujours globalisante.
Ce qui ne signifie pas que desanalysesmicrosociolinguistiques
complémentaires ne soient pas pertinentes et même
indispensables pour prendre l'exacte mesure de l’ampleur, de la
vitalité ou du déclin des réalités langagières traitées dans cet
ouvrage.Enfin, pour mieux situer en concluant ces réalités-là
dans un cadre (ethnosocio)linguistique plus général, je
proposerai le tableau suivant :

marchés francs
au sein d’une
configuration
linguistique mono
ou plurilingue

langues ensituation diglossique
(ou pluriglossique): configuration
linguistique complexe et
conflictuelle

l
Langues ensituation pluriglossique
contact inégalitaire
en contexte colonial-esclavagiste

hybridation

créolisatio

15

argots

parlures argotiques

i
interlanguesde migrants
(transitoires)

interlectes

interlangueshistoriques

créoles
(langues
variété

autonomes;
mésolectales)

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16

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et «Bibliographie de lasociolinguistique catalane , 1980-1993 »,Lengasn° 35.

17

Les contributions à cet ouvrage ont certes en commun une
orientation clairement sociolinguistique.Mais elles relèvent
d'analyses singulières et témoignent à l'évidence de positions tout
aussi singulières par rapport à des objets à la fois semblables et
uniques, des objets qui, au-delà de dénominations souvent bien
établies, sont loin de présenter des fonctionnements
sociolinguistiques aussi indiscutables.

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*

*

Les auteur-e-s

Carmen ALENGARABATO,Maître deConférencesHabilitée
à Diriger desRecherches en sciences du langageàl'Université
deMontpellierIII.Membre duLaboratoireDIPRALANG-EA
739.

AnnetteBOUDREAU,Professeur titulaire de sociolinguistique
àl’Université deMoncton (Canada).Directrice duCRLA
(Centre de recherche en linguistiqueappliquée).

HenriBOYER,Professeur de sciences du langageàl'Université
MontpellierIII.Co-directeur
duLaboratoireDIPRALANGEA739 (Responsable de l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et
d'Etude des Représentations).

19

Lise CARREL,Doctorante en sciences du langage.Bénéficiaire
d'unContratDoctoral (LaboratoireDIPRALANG-EA739,
UniversitéMontpellierIII)

HedyPENNER,Professeure de sciences du langageà
l’Universidad Católica de Asunción(UCA) etàl’UniversidadNacional
deAsunción(UNA).Responsable du projet de recherche sur le
joparaauCentro de Postgrado eInvestigación(UCA) (Paraguay)

Marie-EvePERROT,Maître deConférencesauDépartement
d'anglais de l'Université d'Orléans.Membre duLaboratoire
Ligérien deLinguistique-EA3850.

SophieSARRAZIN,Maître deConférences de linguistique
hispaniqueàl'UniversitéMontpellierIII.Membre du
laboratoirePraxiling-UMR5267,CNRS-MontpellierIII.

Marie-DésiréeSOL,Docteure en sciences duLangage.
Attachée d’Enseignement et deRechercheàl’Université de
YaoundéI(Cameroun).

20

LECAMFRANGLAIS

Marie-Désirée SOL

Lecamfranglaisen milieu estudiantin
au Cameroun

Introduction
Ladynamique socio-langagièreau Cameroun estàlabase de
l’émergence d’un parler jeune, hybride, remarquable du point de
vue linguistique, non seulement dans les métropoles
francophones camerounaises, mais également dans les zones
rurales. Contrairementaux parlers des jeunes enFrance qui
sont souvent le produit de l’immigration et des contacts de
langues qui en résultent, ce parler est laconséquence du contact
ou plus exactement du conflit diglossique né de ladomination
du français et de l’anglais sur les langues camerounaises.
Autrement dit, lasituation sociolinguistique duCamerouna
favorisé l’émergence d’un parler jeune, reconnu par les
sociolinguistes et chercheurs sous l’appellation decamfranglais
(MendoZe, 1990, 1999 ;Efoua Zengué, 1999 ;Fosso, 1999 ;
Echu, 2001 ;Biloa, 2003 ;Feral, 1993, 1998, 2004;Queffélec,
2007 ;Biloaetal., 2008).
Il est question d’un parler jeune dans lamesureoù c’est une
manière de s’exprimer particulièreaux jeunes camerounais,à
savoir les lycéens, les étudiants, les petits commerçants, les
vendeursàlasauvette et les chômeurs.
Il s’agit d’un parler hybride constitué lexicalement de termes
issus du français, de l’anglais, du pidgin-english et des langues

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camerounaises.D’où d’ailleurs l’appellationcamfranglais,terme
formé de trois particules : cam + fran + glais (camerounais +
français + anglais).
Quelles sont les productions des étudiants en camfranglais?
Que pensent-ils de ce parler ?Dans cet article, nous allons donc
envisager le camfranglais au regard des pratiques et des
représentations fournies par nos informateurs, les étudiants.
Nous reprenons ici les résultats présentés dans notre thèse.

I- Configurationlinguistique
Sur le plan linguistique, leCameroun se caractérise par une
multitude de langues. Plus de 250 langues coexistent sur ce
territoire.Le nombre de langues correspondraitau nombre
d’ethnies qu’on retrouve sur cet espace.Ces différentes langues
entretiennent essentiellement des rapports hiérarchisés,
conflictuels.Lacohabitation des langues n’ayant pas le même
statut est le point de départ du conflit linguistique. Il y a d’un
côté les langues «imposées «qui sont les langues de l’État, de
l’administration, de l’enseignement, des médias, de la
communication, bref, des domaines formels.Et de l’autre côté
des langues «naturelles «qui sont réservées aux
communications familiales ou aux communications entre des
personnes appartenant à un même groupe ethnique.Cette
répartition n’est pas tout à fait étanche.Lalangue française
investit de plus en plus les domaines réservésaux langues
camerounaises,autrefois. Il n’existe pas, de nos jours, une
langue camerounaise couvrant tout le territoire camerounais.
Certes, les langues véhiculaires souvent répertoriées présentent
des aires de diffusion importantes, mais elles n’assurent pas la
communication informelle sur l’ensemble du pays.Elles se
limitent très souvent à leurs régions d’origine.C’est le cas par

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exemple dubéti, duduala, dubasaa, dufulfuldé…L’absence d’une
langue transrégionale camerounaiseafavorisé l’expansion du
français, devenue lalangue véhiculaire par excellence servantà
lacommunication interethnique.Cet usage favorise son
appropriation et l’émergence des parlers hybrides.

L’expansion de lalangue française s’expliqueaussi par son
prestige.Sonapprentissage est privilégié par rapportauxautres
langues, compte tenu de ses différentsavantages
(communication, étude, réussite sociale…).Même les parents
transmettent plutôt lalangue française comme langue de baseà
leur progéniture.Quoi qu’il en soit, le citoyen camerounais se
retrouve, pour le moins, devant un bilinguisme inégalitaire et
obligatoire : langues nationales-langues officielles.

II- Le groupe test
Le groupe dont il est question dans cetarticle est constitué de
jeunesâgés de 24à28ans.Il s’agit des étudiants de l’Université
deYaoundéI.Leurs discours épilinguistiquesainsi que leur
usage du camfranglais ont servi de baseàcetteanalyse.Les
discours épilinguistiques ont été recueillis pendant l’enquête
réalisée dans le cadre de notre travail de recherche.Les usages
ont été obtenusau moyen de conversations que nousavons
euesavec certains de ces étudiants en vue de compléter les
discours épilinguistiques.
Lapopulation jeune, plus précisément estudiantine, se
caractérise par certaines valeurs et normes correspondantà
leurs manières de percevoir le monde dans lequel ils vivent.
Aujourd’hui, lamentalité est influencée, en grande partie, par la
modernité et l’innovation qui sont encouragées par les
émissions de télévision, par les films et par l’informatique

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dominés par l’anglais. Ce mode d’appréhension du monde se
ressent même sur leur façon de parler.Les jeunes camerounais
usent des langues présentes sur le territoire et créent un
patchwork linguistique.Ce parler est caractérisé par lacréativité,
l’emploi d’abréviations et d’emprunts.Autrement dit, les mots
qu’ils utilisent se chargent de refléter le pluralisme linguistique
et le monde globalisé.

III- Les pratiques
De multiples travaux portant sur ladescription du camfranglais
ont été effectués.Citons quelques titres : «Le françaisau
Cameroun :appropriation, vernacularisation et camfranglais »,
« français oral et camfranglais dans leSud duCameroun »,
«Décrire un «parler jeune» : le cas du camfranglais
(Ca«meroun) »,L’emprunt : figure néologique récurrente du
camfranglais, un français fonctionnelauCa«meroun »,Le
camfranglais : une praxégéonie complexe et iconoclaste »,«Le
camfranglais : l’aventure de l’anglais en contexte multilingue
camerounais « ,Le camfranglais : quelle parlure?Etude linguistique et
sociolinguistique.Ces travaux insistent sur les caractéristiques
syntaxiques et lexicales suivantes :
-lastructure syntaxique du camfranglais correspondà
celle du français ;
-le lexique du camfranglais est polyhybride ;
-lavariabilité du camfranglais.

A. Lastructure syntaxique
Lastructure syntaxique du camfranglais est calquée sur le
modèle syntaxique du français.Il yadonc, en camfranglais, les
phrases déclaratives, interrogatives, impératives…

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