La conjugaison des verbes en kabiyè (Togo)

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Description

Parlée par 23% de la population du Togo, la conjugaison du kabiyè représente l'un des principaux défis dans l'apprentissage de la langue. l'ouvrage présente 27 tableaux types, dont la plupart sont composés de 97 conjugaisons. Cette classification est suivie de deux index (kabiyè-français et français-kabiyè) qui répertorient quelques 810 verbes, permettant de connaître la prononciation, l'orthographe et le sens de n'importe quelle conjugaison verbale.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2013
Nombre de lectures 40
EAN13 9782336323329
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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/DQJDJH ODQJXHV HW FXOWXUHV G¶$IULTXH QRLUH 805 GX &156 ¿QDQFpH

David Roberts

La conjugaison des verbes
en kabiyè (Togo)

Tableaux types, règles d’emploi
et index kabiyè-français et français-kabiyè des verbes
























La conjugaison des verbes
en kabiyè (Togo)
























David Roberts








La conjugaison des verbes
en kabiyè (Togo)

Tableaux types, règles d’emploi
et index kabiyè-français et français-kabiyè des verbes

Du même auteur



Parlons kabiyè (Togo),2013.
































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00687-1
EAN : 9782343006871

Dédicace

Au souvenir chéri de nos aînés, le feu Pasteur Jacques Delord, et le
feu R.P. Adjola Raphaël qui ont tous les deux tant lutté pour le
développement du kabiyè écrit.

Patɩ́ɩ́ɖɔ́ŋ́;ɖa-tɩ́ŋaɖɩkáɣwóbu.

Ils nous devancent en attendant ; nous tous, nous y irons.

Remerciements

Ce travail est basé sur des recherches faites au Togo entre 1996 et
2011 dans le cadre de mon travail avec SIL Togo, et plus récemment
au sein du laboratoire LLACAN (UMR 8135 du CNRS).

Je suis redevable aux membres du Comité deLangue Nationale
Kabiyè, notamment ALAYI Tchaou (Président), ALOU Kpatcha,
BATCHATI Baoubadi, SIMTARO Dadja, BOLOBEI Robert, ARITIBA
Adji, KASSAN Balaïbaou, PERE Essosimna, AZOTI Sanghaï,
EDJADEFEI Dadja et MOUZOU Lucie. L’intérêt que ces personnes
ont porté à mes recherches m’a été précieux.

Je remercie également les personnes suivantes pour le temps qu’ils
ont consacré à discuter le contenu du manuscrit et pour les
discussions fructueuses qui en découlaient: Nicolas AUBRY, Alain
DELPLANQUE, Paulette ROULON-DOKO et Marie-Claude
SIMEONE-SENELLE. Ma dette est grande envers Neal BREAKEY,
Christian CHANARD, David ROWE et Jeanne ZERNER qui m’ont
apporté une aide précieuse du côté de l’informatisation des données
et de la mise en page.

Je réserve mes derniers remerciements à mes informateurs. Je cite en
premier lieu mon assistant de recherche, PIDASSA Emmanuel, qui a
corrigé le manuscrit entier du point de vue d’un locuteur natif du
kabiyè, et en même temps a fait de nombreuses remarques
perspicaces en vue de son amélioration. À celui-ci il faut associer
d’autres informateurs qui nous ont rejoint périodiquement, à savoir
AWADI Falabiya, BAKOUPETE Noël, KILOU Hodabalo, KOLA
Tchamdja, KPEZOU Moïse, PIDASSA Jonas, PIDASSA Essodina et
TCHINGUILOU Hénok. Si cette recherche a vu le jour, c’est en
grande partie grâce à leur assiduité, leurs compétences et leur
enthousiasme pour leur langue maternelle.

9

1.

Avant-propos

Présentation

Cet ouvrage a pour vocation de présenter de façon systématique la
conjugaison verbale du kabiyè, une langue gur parlée principalement
dans le nord du Togo par, on estime, plus qu’un million de locuteurs.

Il s’agit d’un livre de référence destiné à tous ceux qui veulent
apprendre le kabiyè écrit et oral. Il permet à l’apprenant de trouver
facilement comment se conjugue n’importe quel verbe et comment
l’employer correctement.

L’ouvrage présente 27 tableaux types, dont la plupart sont composés
de 97 conjugaisons. Cette classification est suivie de deux index
(kabiyè-français et français-kabiyè) qui répertorient non moins de 810
verbes dans leurs formes impérative et infinitive. Chaque verbe
renvoie le lecteur au verbe type correspondant. Cela permet de
connaître la prononciation, l’orthographe et le sens de n’importe
quelle conjugaison verbale.

Les informations qui se trouvent ici sont basées sur le dictionnaire
kabiyè-français élaboré par le Comité de Langue Nationale Kabiyè
(CLNK) sous l’égide scientifique de Thomas MARMOR de SIL.
Chaque entrée a été vérifiée à plusieurs reprises auprès d’un locuteur
natif du kabiyè du canton de Lama.

Tous les exemples s’écrivent en orthographe standard telle qu’elle est
arrêtée par le CLNK dans le dictionnaire. La seule exception est que
l’ajout des accents pour marquer les tons paraît indispensable dans
un ouvrage de vulgarisation destiné à ceux qui veulent apprendre la
langue. Pour un apprenant étranger, il est impossible de lire un seul
mot sans connaître son schème tonal. D’ailleurs, si l’objectif ici est de
fournir toutes les informations sur la conjugaison verbale, on ne peut
se passer du ton, car la flexion tonale fait partie intégrale du verbe et

11

y joue un rôle incontournable. Cependant, je tiens à souligner que
l’objectif n’est pas de promouvoir une orthographe autre que le
standard. Bien au contraire : j’encourage tous ceux qui œuvrent pour
le développement de la langue kabiyè de continuer à utiliser
l’orthographe standard jusqu’au jour où le CLNK lui-même décidera
de la rectifier.

Dans la partie qui suit, je passe en revue les consonnes, les voyelles et
les tons du kabiyè pour établir le lien entre l’écrit et la prononciation.

2.

Écrit et prononciation

a) Consonnes

Il y a 23 graphèmes consonantiques en kabiyè : les obstruants sourds
<p, f, t, s, c, k, kp>et sonores<b, v, d,ɖ, z, j, g, gb>, puis les non
obstruants oraux<l, y, w, h>nasals et<m, n, ñ,ŋ>. Pour un
locuteur natif d’une langue européenne, les seules consonnes qui
posent de vraies difficultés de prononciation sont l’obstruante
labiovélaire<kp>(où les deux consonnes se prononcent simultanément,
et pareillement pour sa contrepartie sonore<gb>), puis l’obstruante
rétroflexe<ɖ> (quise prononce avec la pointe de la langue
retournée vers le palais, voisée ou non voisée selon le contexte).
Quant aux lettres <c> et<j>, elles se prononcent respectivement
comme en françaismatchetbadge.

b) Voyelles

Il y a neuf graphèmes vocaliques<i,ɩ, e,ɛ, a, u,ʋ, o,ɔ>. Chacun
peut être bref ou long. En plus, parmi les voyelles longues, on trouve
une série de cinq voyelles postérieures non arrondies<iɣ,ɩɣ, eɣ,ɛɣ,
aɣ>qui apparaissent uniquement à la frontière entre le radical
verbal et le suffixe. On trouve également les voyelles extra-longues
<uuu,ʋʋʋ> dansles formes infinitives d’une douzaine de verbes,
telsɖuúu jureretnʋ́ʋʋ porter un enfant dans les bras.

12

c) Tons et accents

Il convient de présenter certaines règles pour comprendre la graphie
tonale adoptée dans cet ouvrage.

i. Tons discrets

Le kabiyè est une langue à tons, c’est à dire une langue dans laquelle
la hauteur musicale joue un rôle distinctif. Il y a deux tons discrets,
haut (H) et bas (B). Le ton H est marqué par un accent aigu, et le ton
B par l’absence d’accent. Les lettres suivantes peuvent porter des
accents :< a i e o uɩ ɛ ɔ ʋ ɣ mnŋ >. Une lettre seule ne porte
jamais un ton modulé. Autrement dit, un ton modulé est forcément
porté par une voyelle longue.

ii. Downstep automatique

Le kabiyè connaît l’effet du downstep automatique, soit un
abaissement du registre tonal après chaque ton B. Cela veut dire que
l’intervalle musical entre le schème tonal HB est toujours plus large
que celui entre le schème tonal BH (1, 2) :





1

H


B
lú u
puise INF





puiser


H

B
2 taalú!
NEGpuise-IMP





ne puise pas!

Des énoncés plus longs donnent un effet d’escalier. Car en effet,
chaque ton B qui suit un ton H est plus bas que le ton B précédent, et
chaque ton H qui suit un ton B et plus bas que le ton H précédent,
jusqu’à la fin de la phrase. Il s’agit d’un effet de surface qui n’est pas
représenté dans la graphie tonale (3) :

13

H
H
B
B
B
3ɛ (k)ɛ́a ha tá zɩ (un jour) qu’il ne balaye pas !
ilLOI NEGbalaye-IMP

iii. Assimilation verticale

Selon la règle d’assimilation verticale, le schème tonal /HBH/ ne se

prononce jamais [HBH], mais plutôt [H HH], soit un ton H suivi d’un
ton H abaissé. Ce processus ne s’écrit pas, car il est entièrement
prévisible (4) :

H



4 é tí
il IMM
/H



H


ko tí

plie-AOR
B H/





(puis) il a aussitôt plié

Le downstep non automatique s’aligne toujours avec l’attaque de la
syllabe. Dans l’exemple 5, le schème tonal /HBH/ sur la structure
↓ ↓
CVVCV se réalise [HH H] et non [H HH] :

H

H
B
B
5 ta a tɩ́ ɩ ká tɩ ne rencontre pas du tout !
NEGADV rencontre-AOR
/HB H/

14

Ce processus se trouve souvent enchâssé dans des énoncés plus
longs, chaque fois que le schème tonal /HBH/ apparaît dans la
chaîne parlée (6) :

H

H
B
B
6ɛ kaɣ aɣ́tu kó uil allait plier
ilIRR plie INF
/HB H/

↓ ↓
La transformation du schème tonal /HBH/ en [HHH] ou [HHH]
n’a lieu que dans le cas d’un ton B unique entre deux tons H. Le
schème tonal /HBBH/ ne déclenche pas ce processus, comme le
démontre l’exemple 3.

iv. Propagation du ton H

Lorsque le schème tonal /HB/ s’associe à une séquence VV devant
un autre ton B, il se prononce [HH] (7) :

H
H
B
B
7ɛ tɩ́ ɩ cɛ kɩ́ il coupe malgré tout
ilADV coupeIPR

On n’écrit pas ce processus, car il est entièrement prévisible.
D’ailleurs, si on écrivait l’exemple7sa prononciation, on selon
aurait pour résultat une graphie tonale <HBH> qui exigerait
(selon la règle d’assimilation verticale décrite ci-dessus) la

prononciation erronée [H HH] (8) :

15





8

H

H
B

*ɛ tɩ́ ɩ́ cɛ
il ADVcoupe
<HB





kɩ́ il coupe malgré tout (graphie et
IPRprononciation erronée)
H>

v. Marqueur de proposition subordonnée temporelle


Le marqueur de fin de proposition subordonnée temporelle [ lɛ́] est
précédé d’un ton B flottant, c’est-à-dire un ton qui ne se prononce pas
mais dont la présence cachée déclenche le downstep non
automatique. Il est marqué dans cet ouvrage par une flèche
descendante (9) :

H

H

BH

B

9 e(k)é you ná lɛ́ lorsqu’il combattra contre
ilLOI combatsIPR INS TMP

Dans l’exemple 10, la présence du ton B flottant marqué par la flèche
descendante exige la prononciation exceptionnelle [HBH], car en effet
(B)
le schème tonal est /HBH/, et non /HBH/:

H
H
B
B

10ɛ (k)ɛ́ cɛ́ lɩ́ ɣ lɛ́
ilLOI rendsIPR TMP
(B)
/HB H/





lorsqu’il rendra

16

3.

Sens des catégories grammaticales

Pour des besoins de clarté, il convient de présenter une brève
définition de chaque catégorie grammaticale utilisée dans cet
ouvrage.

L’impératifest le mode qui sert à exprimer l’injonction ou l’incitation.
e
Celui de la 2personne du singulier représente le verbe dans son état
nu, sans aucune affixation.

L’infinitif estune forme nominale du verbe qui exprime l’état ou
l’action de façon indéterminée sans indication de temps, d’aspect ou
de personne.

L’aoristeexprime une action consécutive qui n’implique aucune durée
particulière. C’est la conjugaison la plus courante dans les contextes
naturels. Pour des raisons de concision, les gloses citent toujours un
procès accompli, p. ex.(puis) il a rendu.

L’inaccompli présentexprime un procès en cours de réalisation.

L’inaccompli passéexprime un procès qui se déroulait dans le passé.

L’accompliexprime une action qui est achevée. Il peut être lié
(c’est-àdire suivi d’un complément) ou non lié (c’est-à-dire non suivi d’un
complément).

Le comparatif (appelédans d’autres travaux) sert à« descriptif »
exprimer une comparaison avec le contenu de la proposition
principale. Il a des formes inaccomplie et accomplie et se trouve
uniquement au sein d’une proposition subordonnée.

L’agentifest une nominalisation qui indique le nom d’un agent qui
effectue le procès énoncé par le verbe. On y trouve tous les métiers. Il
se traduit en français par« celui / celle / ceux / celles qui ____ ».

Le locatif estune nominalisation qui désigne le lieu où se fait ou se
déroule le procès énoncé par le verbe. Il se traduit souvent en français
par« là où on ___ ».

17

L’adversatifindique que l’action s’accomplit ou s’est accomplie malgré
une résistance ou un obstacle. Il se traduit en français souvent par
« quand même »ou« malgré ».

L’habituelle caractère répétitif ou régulier du procès. Il se exprime
traduit souvent en français par« d’habitude, habituellement ».

L’expectatif exprimele fait que l’action s’accomplit en attendant
qu’une autre action s’ensuive. Il se traduit souvent en français par
« ____ en attendant ».

L’immédiatindique que l’action a un caractère immédiat par rapport à
une autre action qui précède ou qui suit. Il se traduit souvent par
« aussitôt »en français.

Le lointainun procès repéré comme éloigné par rapport au désigne
moment de l’énoncé, que ce soit dans le passé ou dans le futur.

Le futurindique une action qui aura lieu dans l’avenir.

L’irréel du passé désigneune action qui devrait avoir eu lieu dans le
passé, mais qui n’a pas effectivement eu lieu.

Le négatifindique le refus ou le rejet du procès énoncé par le verbe.

Le prohibitifle résultat de l’association du négatif à l’impératif. est
C’est la conjugaison qui sert à exprimer l’injonction ou l’incitation à
ne pas faire le procès énoncé par le verbe. Il se traduit en français par
« ne ____ pas ! »

Le négatif catégorique estle résultat de l’association du négatif avec
l’adversatif. Il désigne un refus ou un rejet total du procès énoncé par
le verbe. Il se traduit en français par« pas du tout, absolument pas ».

Le négatif provisoire indiqueque la négation du procès énoncé par le
verbe est transitoire. C’est une négation qui laisse présager que
l’action peut avoir lieu dans le futur. Il se traduit en français par« pas
encore ».

18

L’instrumentaldésigne l’expression du moyen par lequel le procès
énoncé par le verbe se réalise. Il relie le verbe à un syntagme nominal
et se traduit souvent en français par»moyen de« au. Cependant, la
valeur sémantique de ce morphème (na) varie selon le verbe en
question (accompagnement, manière, simultanéité, conformité…).
Pour des raisons de concision, cet ouvrage garde une seule étiquette
« instrumental »dans tous les cas. Notons également que, dans
certains cas, l’ajout du morphème de l’instrumental nécessite un
changement de glose (p. ex.welesúu écouter /welesínaʋ prêter
attention).

4.

Critères de classification

La classification des verbes dans cet ouvrage se fait sur la base de
quatre critères :

a) Schème tonal de l’impératif
L’impératif peut avoir trois schèmes tonals, à savoir H, B ou HB
(11-13) :





11

H



cɛ́lɩ́!





rends !




B
12 hazɩ!balaye !









13

H


B
kɛ́ tɩ décortique !

Ce paramètre est nécessaire car la conjugaison verbale s’exprime en
partie à l’aide de la flexion tonale, c’est-à-dire, par des changements
de schèmes tonals. Le schème tonal de l’impératif donne les indices
nécessaires pour connaître les schèmes tonals de toutes les autres
conjugaisons (tableau 1).

19

Tableau 1: Flexion tonale du verbe



Impératif
Aoriste
Inaccompli présent
Inaccompli passé
Accompli non lié
Infinitif

H
rends
cɛ́lɩ́
cɛ́lɩ́
cɛ́ĺɣɩ́
cɛláɣ
cɛláa
cɛlʋ́ʋ

B
balaye
hazɩ
házɩ
házɩɣ
hazaɣ́
hazaá
hazʋ́ʋ

b) Longueur du radical

HB
décortique
kɛ́tɩ
kɛ́tɩ
kɛ́tɩɣ
kɛ́taɣ
kɛ́taa
kɛ́tʋʋ

Le radical verbal peut être court (p. ex. CVC) ou long (p. ex. CVCVC).
Ce paramètre est indispensable car la flexion tonale se manifeste de
façon différente selon la longueur du radical. Comparons l’aoriste
immédiat de deux radicaux à ton B, un radical court (suli couvre !) et
un radical long (lulusi ! décante !). Dans l’exemple 14, le schème tonal

/HBH/ enchâssé dans un radical se réalise [HHH] selon la règle
d’assimilation verticale citée ci-dessus, tandis que dans l’exemple 15,
le schème tonal /HBBH/ se réalise [HBBH] comme d’habitude.

H


14é
il

H



15é
il




tí
IMM





tí
IMM



H

su lí
couvrir-AOR


H

B
lu lu sí
décanter-AOR




(puis) il a aussitôt couvert





(puis) il a aussitôt décanté

20

c) Timbre postérieur ou non de la voyelle du radical

Le timbre de la voyelle du radical peut être postérieur(ʋ,ɔ, u, o)ou
non postérieur(a,ɩ,ɛ, i, e). Ce paramètre s’avère essentiel pour
rendre compte des différentes terminaisons segmentales dans
certaines conjugaisons telle l’inaccompli présent (16-24) :


16
18
20
22
24

Non postérieure
ɛcɩ́kɩ́lɩɣ
ɛcɛ́ĺɩ́ɣ
etísiɣ
ewélésíɣ́
ɛkpákɩ́ɣ́


il chatouille
il rends
il accepte
il écoute
il prend


17
19
21
23

Postérieure
ɛtʋ́ĺʋ́ʋ
ɛɖɔ́kʋʋ
elúlúsuu
ekótúú


il ouvre
il tient
il décante
il plie

e
d) consonne du radicalPoint d’articulation de la 2

Plusieurs consonnes peuvent occuper la deuxième place au sein d’un
radical CVCV, mais les consonnes /b, m, w, k/ dans cette position
génèrent des conjugaisons irrégulières. Par exemple, ce sont les seuls
verbes qui ont des impératifs monosyllabiques (25-36):


25
26
27
28
29
30
31
32
33
34
35
36

Structure
CVb-


CVm-


CVw-


CVk-

Radical
cɛb-
hɔb-
wab-
ɖɔm-
kpem-
sɩm-
haw-
paw-
yow-
kpak-
sʋk-
kpek-

Impératif
cɛ!
hɔ!
wa !
ɖɔ!
kpe !
sɩ!
ha !
paa !
yoo !
kpáɣ́!
sʋʋ!
kpéɣ!


coupe !
grille !
vaincs !
marche !
rentre !
sache !
donne !
danse !
querelle !
prends !
charge !
pardonne !

L’interaction de ces quatre paramètres génère une matrice de 23
verbes-types. À ceux-ci il faut ajouter encore quatre verbes dont la
conjugaison est irrégulière lorsqu’on ajoute le marqueur instrumental
/-na/ce qui fait un total de 27 verbes-types.

21

5.

Critères d’exclusion

Pour des raisons d’économie d’espace, il fallait fixer certaines limites
quant à l’envergure de l’ouvrage. C’est pourquoi certains éléments
du syntagme verbal sont exclus des critères de classification. Il s’agit
de la distinction entre les voyelles tendues et lâches, les différents
pronoms sujets et les différents pronoms compléments d’objet.

a) Timbre tendu ou lâche de la voyelle du radical

Les tableaux types ne distinguent pas entre les radicaux qui
contiennent une voyelle lâche(ɩ,ɛ, a,ɔ,ʋ)ceux qui contiennent et
une voyelle tendue(i, e, o, u). Par exemple, le premier verbe type
(37) représente70 verbes ayant des voyelles non postérieures, mais
un mélange de voyelles lâches (38-39) et tendues (40-41).

37
38
39
40
41

cɛlʋ́ʋ
lɩźʋʋ
ɖayʋ́ʋ
sidúu
ketúu

cɛ́lɩ́
lɩ́zɩ́
ɖáyɩ́
sídí
kétí

rendre
faire sortir
surnommer
mélanger
rassembler

De même, le deuxième verbe type (42) représente 28 verbes ayant des
voyelles postérieures, mais un mélange de voyelles lâches (43-44) et
tendues (45).

42
43
44
45

kotúu
tɔlʋʋ́
tʋlʋʋ́
cuyúu

kótí
tɔ́lɩ́
tʋ́lɩ́
cúyí

plier
tomber
ouvrir (porte)
pousser, piquer

b) Pronoms sujets

Toujours par souci de concision, les tableaux types présentent
e
uniquement des formes contenant le pronom sujet de la 3personne
du singulier<ɛ~ e>.Ce pronom veut dire à la foisiletelle, mais les
gloses françaises au sein des tableaux types ne citent que la forme
masculine,il. Le tableau 2 présente l’ensemble des quatorze pronoms
sujets. Ils s’écrivent préfixés au verbe.

22

e
Tous les pronoms sujets prennent un ton B sauf celui de la 2
personne du pluriel qui prend un ton H. Ce dernier mérite une
attention particulière, car il s’écrit<ɩ́ ~í>, mais se prononce
[ɛ́~ é].

Tableau 2: Pronoms sujets

1 s.mA(n)je1 p.ɖɩ~ɖinous
2 s.ŋ tu2 p.ɩ́~ í vous
3/1 s.ɛ~ eil ~ elle3/2 p.pAils ~ elles
3/3 s.kɩ~ kiil ~ elle3/4 p.ɩ~ iils ~ elles
3/5 s.kAil ~ elle3/6 p.sɩ~ siils ~ elles
3/7 s.ɖɩ~ɖiil ~ elle3/8 p.ails ~ elles
3/9 col.tɩ~ tiil(s) ~ elle(s)p3/10 liq.ɩ~ piil ~ elle

Trois pronoms sujets subissent une harmonie vocalique complexe. Il
e
s’agit du pronom sujet de la 3personne du pluriel, classe 2 pA,ils ~
e
elles(tableau3personne du singulier, classe 5 kA,), celui de la 3il ~
e
elle (tableau4personne du singulier mAn-) et celui de la 1
(tableau5) :

e
Tableau 3 : harmonie vocalique du pronom sujet de la 3personne du pluriel, cl. 2

pA- se réalise :devant
pa- apalabá ils ~ elles ont fait
ɩ pañɩnaá ils ~ elles ont cherché
ʋ pamʋwá ils ~ elles ont reçu
pe- ipehiɣáails ~ elles ont trouvé
e pelemá ils ~ elles ont séché
pɛ-ɛ pɛwɛɛ́taails ~ elles ont chuchoté
po- opowobá ils ~ elles sont allé(e)s
u polubá ils ~ elles ont forgé
pɔ-ɔ pɔnɔɔ̃zaá ils ~ elles ont réparé

23

e
Tableau 4 : harmonie vocalique du pronom sujet de la 3personne du pluriel, cl. 5

kA- se réalise :devant
ka- akalabá il ~ elle a fait
ɩ kañɩnaá il ~ elle a cherché
ʋ kamʋwá il ~ elle a reçu
ke- ikehiɣáail ~ elle a trouvé
e kelemá il ~ elle a séché
kɛ-ɛ kɛwɛɛ́taail ~ elle a chuchoté
ko- okowobá il ~ elle est allé(e)
u kolubá il ~ elle a forgé
kɔ-ɔ kɔnɔ̃ɔzaá il ~ elle a réparé

e
Tableau 5 : harmonie vocalique du pronom sujet de la 1personne du singulier

mA(n)- se réalise :devant
ma- amalabá j’ai fait
ɩ mañɩnaá j’ai cherché
ʋ mamʋwá j’ai reçu
me- imehiɣáaj’ai trouvé
e melemá j’ai séché
mɛ-ɛ mɛwɛɛ́taaj’ai chuchoté
mo- omowobá je suis allé
u molubá j’ai forgé
mɔ-ɔ mɔnɔ̃ɔzaá j’ai réparé

Mais dans ce dernier cas, en plus des alternances vocaliques, une
nasale épenthétique s’insère entre le pronom sujet et le radical si ce
dernier commence par une obstruante (tableau6). Ce processus est
absent dans les dialectes du nord, mais il est retenu dans
l’orthographe standard.

24

e
Tableau 6: harmonie vocalique du pronom sujet de la 1personne du singulier
devant une obstruante

mAn- se réalise :devant
man- amankandaá j’ai défendu
ɩ mancɩyáaj’ai déchiré
ʋ mansʋwá je suis entré
men- imentibá je suis descendu
e menkpezáaj’ai toussé
mɛn-ɛ mɛncɛbá j’ai coupé
mon- omonɖozaá j’ai rêvé
u monsulaá j’ai couvert
mɔn-ɔ mɔncɔ́naaj’ai regardé

c) Pronoms compléments d’objet

Encore par souci de concision, les pronoms compléments d’objet sont
exclus des tableaux types. Aussi, il convient de donner un bref aperçu
ici. Le tableau7 répertoriel’ensemble des quatorze pronoms
compléments d’objet :

Tableau 7: Pronoms compléments d’objet

1 s.-mme1 p.-ɖʋ́ nous
2 s.-ŋ te-m2 p.ɩ́ vous
3/1 s.-ɩ́ le ~ la-w3/2 p.ɛ́ les
3/3 s.-kʋ́ le ~ la-3/4 p.ɩ́ les
3/5 s.-kɛ́ le ~ la-s3/6 p.ɩ́ les
3/7 s.-ɖɩ́ le ~ la3/8 p.-yɛ́ les
3/9 col.-tʋ́ le ~ la ~ les3/10 liq.-pʋ́ le ~ la

Les pronoms compléments d’objet s’écrivent rattachés au verbe par
un trait d’union (46-48) :

46ɛwɛɛká-kʋ́.Ill’a détruit (trou).
47 mankpa-kɛ́.Jel’ai pris (enfant).
48 pacatá-pʋ́.Onl’a filtrée (eau).

25

Il est également possible d’avoir deux compléments d’objet, direct et
indirect, tous les deux rattachés au verbe par des traits d’union (49) :

49 mɔnkɔ́na-ŋ-kɛ́ Jete l’ai apporté(livre).

Les pronoms compléments d’objet prennent tous un ton H, sauf ceux
e e
de la 1et 2personnes du singulier qui prennent un ton polaire,
c’est-à-dire, le ton inverse du ton précédent (50-53) :

50ɛñɩná-m ilm’a cherché
51ɛnɩ̃́nɩɣ-ḿ ilmecherche
52ɛñɩná-ŋ ilt’a cherché
53ɛñɩ́nɩɣ-ŋ́ iltecherche

26

Abréviations

ADV
AOR
B
C
CLNK
COL
H
IMM
IMP
INF
INF
INS
IPR
IRR
LIQ
LOI
N
NEG
P
S
TMP
V
3/1
<a>
/a/
[a]


adversatif
aoriste
ton B
consonne
Comité de Langue Nationale Kabiyè
collectif
ton H
immédiat
impératif
infinitif
infinitif
instrumental
inaccompli présent
irréel du passé
liquide
lointain
nasale
négatif
pluriel
singulier
marqueur de proposition subordonnée temporelle
voyelle
3e personne, classe 1 (etc.)
forme orthographique
forme phonologique
forme phonétique
downstep non automatique

27

Tableaux types

1 cɛĺʋʋ,cɛ́lɩ́ rendre

1

cɛlʋ́ʋ, cɛ́lɩ́

rendre

Ainsi se conjuguent 70 verbes qui ont tous en commun un schème tonal H àl’impératif ; un radical court de structure
CV(n)C ; une voyelle non postérieure (a,ɛ,ɩ, i, e) au sein du radical ; et une deuxième consonne autre que k ou w :

Formes simples Nominalisations
Impératif cɛ́lɩ́!rends! cAgentif singulierɛlɩ́yʋ celui qui rend
Infinitif cɛlʋʋ́ rendreAgentif plurielcɛlɩ́yaaceux qui rendent
Aoristeɛ́cɛ́lɩ́ (puis) il a renduLocatifɖɩcɛlɩ́yɛ là où on rend
Inaccompli présentɛcɛ́lɩɣ́́ il rend
Inaccompli passé ɛcɛláɣ il rendait
Accompli non liéɛcɛláail a rendu
Accompli liéɛcɛlá(ɖeɖe)il a rendu (hier)
Comparatif inaccompliɛcɛĺʋʋʋyɔ́ (comme) il rend
Comparatif accompliɛcɛlʋ́ʋyɔ́ (comme) il a rendu

30

1 cɛlʋʋ́,cɛ́lɩ́ rendre

Formes complexes

Futur
Irréel du passé

Adversatif
Impératif
Inaccompli présent
Inaccompli passé
Accompli
Comparatif inaccompli
Comparatif accompli

Habituel
Impératif
Inaccompli présent

Comparatif inaccompli

ɛkáɣcɛĺʋʋ
ɛkaɣaɣ́cɛĺʋʋ


tɩɩcɛlɩ́!
ɛtɩɩ́cɛlɩ́ɣ́
ɛtɩɩcɛláɣ
ɛtɩɩcɛláa
ɛtɩɩcɛlʋʋʋ́yɔ́
ɛtɩɩcɛĺʋʋyɔ́


cɛ́ĺɩɣ!
ɛt́ɩ́ɩcɛ́lɩ́ɣ
ɛtɩ́ɩ́cɛ́lʋ́ʋʋyɔ́

31

il rendra
il allait rendre


rends quand même !

il rend malgré tout

il rendait malgré tout

il a rendu malgré tout

quand bien même il rend

quand bien même il a rendu


prends l’habitude de rendre !
il a l’habitude de rendre
(comme) il a l’habitude de rendre

1 cɛĺʋʋ,cɛ́lɩ́ rendre

Expectatif
Impératif
Inaccompli présent

Immédiat
Aoriste
Inaccompli passé
Accompli
Comparatif inaccompli

Comparatif accompli

Lointain
Impératif
Inaccompli présent
Inaccompli passé
Accompli


t́ɩɩ́cɛ́ĺɣɩ!
ɛt́́ɩɩcɛ́ĺɩɣ́

ɛ́tɩ́cɛlɩ́
ɛtɩcɛláɣ
ɛtɩcɛláa
ɛtɩcɛĺʋʋʋyɔ́
ɛtɩcɛĺʋʋyɔ́


ɛ(k)ɛ́cɛ́lɩ́!

ɛ(k)ɛ́cɛ́lɩɣ́ lɛ́
ɛ(k)ɛcɛláɣ
ɛ(k)ɛcɛláa

32


rends en attendant !
il rend en attendant


(puis) il a aussitôt rendu
au moment où il rendait
il a aussitôt rendu
aussitôt qu’il rend
aussitôt qu’il a rendu


(un jour) qu’il rende !
lorsqu’il rendra
(autrefois) il rendait

il avait rendu

1 cɛlʋ́ʋ,cɛ́lɩ́ rendre

Formes négatives

Négatif simple

Impératif (prohibitif)

Inaccompli présent
Inaccompli passé
Accompli

Négatif catégorique

Impératif (prohibitif)

Inaccompli présent
Inaccompli passé
Accompli


taacɛlɩ́!
ɛɛcɛlɣ́ɩ́
ɛtɩcɛlɩ́ɣ
ɛtɛcɛlɩ́


taatɩɩ́cɛlɩ́!
ɛɛtɩɩcɛlɩɣ́
ɛtaácɛ́lɣ́ɩ
ɛtatɩ́ɩcɛlɩ́

33


ne rends pas !
il ne rend pas
il ne rendait pas
il n’a pas rendu


ne rends pas du tout !
il ne rend pas du tout

il ne rendait pas du tout

il n’a pas du tout rendu