La passivité de la motivation des vocabulaires gastronomiques français

-

Français
196 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La présente étude se penche sur le vocabulaire gastronomique et interroge en particulier la motivation existant entre les mots et leurs significations. Si en français, presque tous les mots sont dits motivés, surtout les mots composés, le champ culinaire semble échapper à la règle et l'on y rencontre de nombreux mots où la motivation est seulement partielle voire totalement absente.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 août 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140042874
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
PhilipIgho Agadagba
LA PASSIVITÉ DE LA MOTIVATION DES VOCABULAIRES GASTRONOMIQUES FRANÇAIS
Préface de Kilien Stengel
LA PASSIVITÉ DE LA MOTIVATIONDES VOCABULAIRESGASTRONOMIQUES FRANÇAIS
Questions alimentaires et gastronomiques Collection dirigée par Kilien Stengel Cette collection d’ouvrages culturels, économiques, historiques, sociologiques, anthropologiques, ou techniques, contribue aux progrès de la recherche et de la réflexion sur les cultures alimentaires et gastronomiques. Ouverte sur le monde, elle permet de mieux comprendre les rapports entre l’homme et son alimentation. Ici, il n’est pas seulement question de cuisine, on se positionne à la frontière de ce qui rapproche ou sépare l’alimentation de la gastronomie, les représentations du bon et du bien-manger, le patrimoine et l’authenticité, le terroir et les identités alimentaires. Autant d’imaginaires qui hantent nos assiettes, comme nos verres. Dernières parutions Louis ALBERTINI,Apogée des jardins et maraîchages en al-e e Andalus (Ibérie arabe), X -XIV siècle. Nouveaux légumes, fruits et épices. Essor de la cuisine arabo-andalouse, 2017. Kilien STENGEL,Les classements des vins en France,Classifications, distinctions et labellisations,2017.Kilien STENGEL (dir),Les gestes culinaires, mise en scène de savoir-faire, 2017. Elisabeth CARENZO-PERSONNAZ, Fanny DE LAVARENE, Dis-moi ce que tu cuisines…, 2016. Edwige PECHON DACHEUX,Quand les industriels parlent aux mères, 2016. Clémentine HUGOL-GENTIAL (dir.),Se nourrir ou manger ?Les enjeux du repas en établissement de santé,2016. Marie-Christine ALLART et Jean-Paul VISSE,Les médias à table,2016. Kilien STENGEL et Anne PARIZOT (dir),Ecrits et discours culinaires, 2016 Philippe CICLAIRE,Les cuissons alimentaires au Moyen Âge, 2016.
Philip Igho Agadagba La passivité de la motivation des vocabulaires gastronomiques français
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-09892-0 EAN : 9782343098920
Préface
Cuisiner est un acte culturel, il lui faut certes de la créa-tion, en l’occurrence de la création à l’aide de savoirs techniques, mais aussi de la diffusion puisqu’une recette en définitive ne produit ses effets que si elle est mangée. Le savoir culinaire n’existe que s’il est à l’origine de l’acte nourricier offrant l’argumentation orale de ce que l’on mange par son vocabulaire. Construisant le discours gas-tronomique à l’aide d’un vocabulaire nationalisé et patri-monialisé, les nouvelles générations de cuisiniers ont le devoir de maîtriser la création culinaire par la création d’un nouveau vocabulaire culinaire. Si tant est que la cui-sine devienne un jour une science ou un art à part entière, elle perdrait en finesse du secret chauvin ce qu’elle y ga-gnerait en communication vers l’étranger. Alors que la plus propice des définitions gustatives ou olfactives relève certainement de l’intime, tel l’arôme d’un vin de Provence qui rappelle peut-être un souvenir d’enfance au bord de la mer, chacun trouve grâce aux mots sa madeleine de Proust. L’esprit, dans son analyse des sensations, sait aller au-delà des mots, afin de voir ce qu’il y a au-delà de cette pensée étrange, employant les termes simplistes ou techniques qui viennent à nous lors-que l’on déguste un vin. L’esprit interprète et symbolise notre pensée gustative, parce qu’il est ouvert à l’incompréhensible. Si la dégustation a besoin d’autre chose que les terminologies livresques et listes d’adjectifs pour exister et donner du plaisir, est-ce à dire pour autant que nous n’ayons pas besoin de vocabulaire gastrono-mique ? Bien évidemment, non. Les mots entre eux for-ment l’unique outil qui permet de se représenter et projeter sa pensée gastronomique afin d’échanger avec autrui.
7
La remise en question des valeurs gastronomiques ne e date pas d’hier. Au XIX siècle, dans un souffle progres-siste du vocabulaire, où en termes de discursivité les pam-phlets s’apparentaient à la poésie, à l’intérieur de ces der-niers, la « bonne chère » est reformée pour devenir « gastronomie ». Il ne s’agit pas des savoir-faire, des pro-duits ou de leurs utilisations qui évoluent, mais bel et bien de l’esprit du discours alimentaire. La définition retrans-crite du culinaire reste l’apanage des chefs, techniciens du fait, et de quelques plumes, tel Anthelme Brillat-Savarin et saPhysiologie du goût, qui s’interrogent sur ce phéno-mène que l’on peut déjà intituler « gastronomisme ». Avec ce nouveau souffle, la notion de ventre repu et bien portant cesse de définir la qualité du repas, et l’homme découvre qu’il est fait d’autre chose qu’un système digestif : sa na-ture humaine. Cette nature, aussi variée que les produits et les recettes, tend à prouver que l’appréciation individuelle existe, aussi subjective soit-elle, qu’elle peut se dire voire s’écrire. On peut affirmer aujourd’hui que l’évolution du fait cu-linaire, depuis ses plus lointaines utilisations connues, a porté avant tout sur le développement progressif de ses intitulés. Les titres et appellations de chaque produit, comme de chaque recette, ont bien plus fait avancer l’imaginaire du consommateur que les préparations par elles-mêmes, rapportant toujours au passage un fragment de vocabulaire appartenant au passé afin de raviver la mémoire du mangeur. Il est impossible de ne pas supposer qu’entre l’évolution du produit et celle de la performance linguistique qui le caractérise, il n’y ait pas eu un rapport très étroit, qui aurait fait du langage « le réel produit », du simple produit « un réel bon produit », et du mangeur « un apprenant ». Bien manger, c’est le choix d’un modèle éthique, per-sonnel, qui fonde la connaissance alimentaire et de là
8
l’identité du mangeur. Par-là, bien manger diffère totale-ment des éthiques équitables, responsables, durables, éco-logiques ou économiques, qui toutes se veulent fondées sur la connaissance de lois imposées à l’homme, non pas l’homme en tant que mangeur mais en qualité de con-sommateur. Bien manger ne s’impose pas à l’homme ; c’est lui au contraire qui se l’impose en en faisant sa propre authenticité de la qualité, son propre discours gas-tronomique, en expérimentant et exprimant toutes actions alimentaires. Le discours gastronomique, que l’on cons-truit au fil des apports du vocabulaire alimentaire, glanés au fil des expériences de la vie, fonde à son tour la raison de manger, et remet dans les mains de l’homme le pouvoir de son choix qui l’enrichit. Et c’est en cela que l’ouvrage de Philip Agadagba et son enrichissement culturel vous aideront à construire votre identité de mangeur.— Kilien Stengel, auteur
9