Langues et Identités au Sénégal

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Français
288 pages
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Description

Pourquoi les Sénégalais parlent-ils toujours le français ? Quel est le poids des langues ethniques ? Y a-t-il une différence entre les Dakarois et les gens "des régions" ? Quelles identités sociales les Sénégalais associent-ils aux différentes langues qu'ils parlent ? Cet ouvrage offre une analyse détaillée des identités sociales au Sénégal, ainsi que du processus de leur construction.

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Date de parution 01 juin 2010
Nombre de lectures 287
EAN13 9782296262492
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Langues et Identités au Sénégal

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


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Cameroun,2010.
Fred-Paulin ABESSOLO MEWONO,L'automobile au Gabon.
19301986, 2010.

Eline VERSLUYS





Langues et Identités au Sénégal























































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12483-7
EAN : 9782296124837

A mes amis de Yoff.











SOMMAIRE

Introduction

Partie I : Cadre théorique et méthodologique

1. Théorie: l’identité sociale
2. Méthodologie

Partie II: Contextes

3. Contexte géographique et social
4. Contexte sociolinguistique

Partie III: Analyses

5. L'identité ethnique
6. L’identité spatiale
7. L’identité macroculturelle

Conclusions

Bibliographie

11

23
59

73
91

117
169
207

257

265

Remerciements

Ce livre est le résultat d’une période de recherche réalisée à l’Université
d’Anvers (Belgique). Nous devons une grande reconnaissance à nos collègues
qui ont apporté un soutien indispensable à ce projet : Jef Verschueren, Michael
Meeuwis, Alex Vanneste et Pol Cuvelier. A l’Université Cheikh Anta Diop de
Dakar nous voudrions remercier Papa Alioune Ndao pour ses conseils utils et
son intérêt à notre recherche. Fatou Seydi, Malang Diémé et l’équipe d’Enda
RUP nous ont accueillie lors de nos séjours de recherche à Dakar. Un merci
particulier doit être adressé à Wim Marivoet et à Betty et Peter Versluys.
Finalement nous tenons à remercier de tout cœur les protagonistes de ce projet :
les informateurs de Yoff Mbenguene. Avec beaucoup de chaleur ils nous ont
permis de jeter un regard dans leurs vies exceptionnelles. C’était un vrai
privilège et un grand plaisir de nous immerger dans leur monde fascinant.

INTRODUCTION

Sujet de recherche

Introduction

La présente étude a pour but d’examiner la corrélation entre le plurilinguisme et
la construction de l’identité sociale à Dakar (Sénégal). Nous étudierons plus
particulièrement comment les habitants de Dakar construisent des identités
sociales en relation avec les langues qu’ils parlent. Nous tenterons de définir
comment ils utilisent les éléments de leur répertoire linguistique comme base de
leurs identités sociales. Cela se fera à l’aide d’une étude de cas détaillée des
habitants du quartier dakarois Yoff Mbenguene. Combinant une approche
ethnographique avec l’analyse du discours, nous essayerons de discerner les
différentes identités construites. Pour ce faire nous analyserons le discours d’un
groupe d’informateurs enregistré lors de notre travail de terrain. Nous verrons
comment les informateurs construisent plusieurs identités en fonction des
langues qu’ils parlent. L’analyse de ce discours est basée sur les fondements
théoriques du constructivisme social, ce qui signifie que nous considérerons les
informateurs comme des entrepreneurs actifs dans la création de l’identité.
Notre objectif de recherche est double : premièrement nous voulons documenter
la façon dont une partie des Dakarois construisent des identités sociales en
fonction de leur répertoire linguistique ; deuxièmement nous voulons compléter
la théorie du constructivisme social par un exemple concret d’une construction
identitaire.

L’endroit où nous avons réalisé notre travail de terrain est le quartier suburbain
de Yoff Mbenguene. Le quartier fait partie de la commune de Yoff, dans la
périphérie de Dakar. Il est principalement habité par l’ethnie lebou. La plupart
des informateurs impliqués dans notre recherche s’associent à cette ethnie. Tout
comme le reste de Dakar, Yoff est hautement marqué par le plurilinguisme.
Celui-ci s’organise essentiellement autour de deux langues: le français et le
wolof. Les deux langues se rencontrent dans le phénomène de l’alternance
codique. A Dakar les habitants utilisent plusieurs formes de codes mixtes
combinant le français et le wolof. Cette situation plurilingue constitue le sujet
principal d’une série d’entretiens réalisés lors de notre travail de terrain. Dans la
présente étude nous examinerons comment ces conversations sur l’emploi des
langues génèrent la construction de diverses identités sociales. Nous verrons
que les informateurs, en parlant de leur emploi des langues et de celui des
autres, délimitent plusieurs groupes sociaux. Les constructions identitaires se
basent principalement sur trois paramètres: les paramètres ethnique, spatial et
macroculturel. Nous observerons que les informateurs emploient ces paramètres
pour former leurs identités et celles des autres. En plus, nous noterons que les
identités construites sont fort variables. Le phénomène de la multiplicité des

11

Introduction

identités occupera donc une place importante dans notre étude. Nous
considérerons cette multiplicité en fonction de la nature utilitaire des identités
sociales. Le but de ce travail est d’obtenir, au terme de celui-ci, les réponses aux
questions suivantes. Premièrement, quels résultats la description concrète d’une
construction identitaire offre-t-elle? Deuxièmement, dans quelle mesure la
langue joue-t-elle le rôle de marqueur d’identité principal? Et finalement, à
quel degré la multiplicité est-elle une caractéristique essentielle de cette
construction identitaire ?

Motivations de l’étude

L’étude de la construction de l’identité sociale nous paraît hautement pertinente
à l’heure actuelle. Nous savons que c’est un lieu commun d’accentuer les effets
négatifs de la pensée identitaire en termes de conflits sociaux et de guerres
ethniques. Or, tant que ces types de conflits continueront à surgir il ne nous
paraît pas superflu d’indiquer leurs bases douteuses. La théorie du
constructivisme social nous fournit les instruments nécessaires pour une telle
entreprise. Cette théorie, sur laquelle se base notre étude, met l’accent sur le
caractère construit des réalités sociales. Ainsi elle explique comment l’identité
sociale se crée activement par le biais du discours. En dévoilant la création
discursive des affiliations sociales, la théorie anéantit les prétentions absolues et
essentialistes des revendications identitaires. Avec notre étude nous aimerions
contribuer à une compréhension plus approfondie de ce phénomène. En
montrant comment l’homme répartit activement lui-même et les autres en
différentes catégories sociales, nous espérons pouvoir nuancer les mécanismes
de l’inclusion et de l’exclusion. En plus, nous voudrions démontrer le rôle
éminent joué par la langue dans cette catégorisation sociale. Nous voudrions
illustrer la force de la langue comme marqueur d’identité dans l’imagination
humaine. Sur la base de comportements linguistiques les gens établissent
facilement des frontières entre différents ‘groupes sociaux’. Nous espérons que
les résultats de notre recherche pourront contribuer à des débats identitaires plus
nuancés et à une intercompréhension sociale plus grande.

A un niveau plus spécifique nous pensons que notre étude peut être utile pour la
compréhension des contextes plurilingues en Afrique. Dans la plupart des pays
africains, et dans d’autres contextes postcoloniaux, la colonisation a généré une
situation de plurilinguisme spécifique. La combinaison de la langue de
l’excolonisateur avec les langues indigènes, le plus souvent dans une relation
diglossique, mène à des attitudes et à des comportements linguistiques
particuliers. Les identités sociales qui en résultent affichent très souvent une
hybridité avancée. Avec notre étude nous voudrions contribuer à une meilleure
compréhension de ce type de contexte. En plus, nous espérons éclairer la

12

Introduction

situation spécifique du plurilinguisme dans les villes africaines contemporaines.
Etant des pôles d’attraction en pleine croissance, ces villes connaissent un
plurilinguisme étendu. Les identités liées aux différentes langues suivent un
développement particulier suite au caractère de ‘melting pot’ de ces endroits.
Les conditions sociales y évoluent très vite et causent des transformations au
niveau de la construction de l’identité. Par notre étude nous voudrions
contribuer à la compréhension du plurilinguisme et de la vie identitaire dans ces
centres urbains.

Structure du livre

Partie I

Ce livre est organisé en trois grandes parties: une partie théorique et
méthodologique, une partie contextuelle et une partie analytique. Dans la
première partie nous présenterons le cadre théorique et méthodologique de notre
étude. La théorie et la méthodologie seront traitées en deux chapitres séparés.

Le but du premier chapitre est de situer les bases théoriques de notre étude de
façon concise. Le chapitre est entièrement consacré à la notion de l’identité
sociale. Nous discuterons cette notion à la lumière du constructivisme social. Le
but du chapitre est de poser clairement le point de départ constructiviste de
notre étude. Le chapitre est subdivisé en quatre sections. Dans la première
section nous offrirons une idée générale de ce qu’est l’identité sociale. Nous
évoquerons l’émergence de la notion d’identité sociale dans le domaine de la
psychologie sociale, ainsi que ses sens primaires.Nous insérerons également
quelques remarques sur la terminologie utilisée dans ce livre. Dans une
deuxième section nous présenterons les idées principales du constructivisme
social en matière d’identité. En général nous traiterons la nature discursive de
l’identité, c’est-à-dire la façon dont l’identité prend forme par le biais de la
langue. Les auteurs principaux de cette théorie discursive seront passés en
revue. Nous indiquerons également les points problématiques et les lacunes de
la théorie, pour présenter finalement notre propre conception de la façon dont
l’identité se construit. La troisième section comportera les trois caractéristiques
principales de cette identité construite. D’abord il s’agira de la multiplicité.
Nous verrons que l’individu est en mesure de construire plusieurs identités et
qu’il sait les combiner de façon dynamique. Une deuxième caractéristique est la
nécessité de ‘l’autre’. Lorsque l’homme veut construire une identité pour
luimême, il lui faut également créer une autre à partir de laquelle il peut se
différencier. Cette caractéristique nous mène finalement à un troisième
phénomène, notamment l’imposition d’identités. Etant donné que l’homme doit
construire un certain ‘autre’, il peut également éprouver le fait que d’autres gens

13

Introduction

lui imposent une identité. La construction de l’identité est donc une opération
bidirectionnelle. Finalement, dans la quatrième section, nous discuterons un
élément identitaire particulier, notamment la langue. Dans cette section la
langue sera présentée comme un des marqueurs d’identité principaux. Nous
verrons comment l’homme construit différents groupes sociaux à la base de
comportements linguistiques. Tout d’abord nous expliquerons comment cet acte
fait partie de l’idéologie linguistique. Nous montrerons que l’idéologie
linguistique génère un ensemble d’idées concernant les langues et leurs
contextes sociaux. Ensuite nous traiterons une forme spécifique d’idéologie
linguistique, notamment la construction de l’identité linguistique. C’est de ce
type de construction qu’il s’agira principalement dans notre étude. Après avoir
défini le concept de l’identité linguistique, nous examinerons son
fonctionnement et son pouvoir essentialiste. Pour conclure la section sur les
langues nous présenterons leur importance comme marqueur d’identité dans les
contextes plurilingues. Nous traiterons plus spécifiquement le phénomène de
l’alternance codique. Vu l’importance de ce phénomène dans notre étude, nous
y consacrerons une grande attention. Nous passerons en revue les différentes
théories ayant traité la notion. Nous focaliserons particulièrement sur la
fonction de l’alternance codique dans le jeu identitaire et sur sa signification à
l’intérieur de notre recherche.

Le deuxième chapitre de la première partie sera consacré aux fondements
méthodologiques de notre étude. Nous expliquerons notre double approche,
notamment la combinaison de l’ethnographie avec l’analyse du discours. Nous
estimons que cette combinaison a facilité la compréhension des dynamiques
identitaires en jeu à Dakar. Par notre travail ethnographique nous avons d’une
part acquis un ensemble de connaissances contextuelles, et d’autre part
constitué les données empiriques sous forme d’entretiens enregistrés. Par la
méthode de l’analyse du discours nous avons ensuite méticuleusement étudié
ces entretiens. Dans une première section de ce chapitre nous traiterons le volet
ethnographique de notre méthode. Nous mentionnerons d’abord quelques
observations importantes concernant l’entreprise ethnographique. Ensuite nous
présenterons notre propre travail de terrain. Nous expliquerons en détail
comment nous avons procédé lors de nos séjours de recherche à Dakar. Nous
commenterons plus spécifiquement l’organisation des entretiens individuels et
des discussions de groupe. Nous présenterons le groupe des informateurs, la
structure des entretiens et le type de questions posées. Une deuxième section
présentera très brièvement la façon dont nous avons transcrit les entretiens
enregistrés. Nous argumenterons notre choix du système de transcription et
nous présenterons les codes employés. La troisième section sera consacrée à la
méthode de l’analyse du discours. Pour commencer nous nous situerons à
l’intérieur de cette vaste discipline scientifique. Nous accentuerons que nous ne

14

Introduction

nous inscrivons pas dans une branche spécifique, mais que nous combinons en
revanche plusieurs approches différentes. Ensuite nous indiquerons l’utilité de
l’analyse du discours pour atteindre nos objectifs de recherche. Etant donné la
manière implicite dont les identités sociales se construisent, l’attention que
prête l’analyse du discours aux significations implicites est primordiale. Cette
technique nous permet de découvrir les stratégies fines et nuancées menant à la
création de l’identité sociale. Nous plaiderons également pour une insertion
d’informations contextuelles dans l’analyse. Nous sommes d’avis que c’est
seulement en considérant le contexte étendu qu’on peut aboutir à des résultats
de recherche significatifs. Finalement nous procéderons à la présentation des
outils analytiques spécifiques. Tout en comprenant la difficulté d’une
reproduction méticuleuse des étapes d’analyse, nous essaierons d’expliciter au
mieux nos démarches. Concrètement nous parlerons des cinq niveaux auxquels
nous avons effectué notre analyse, notamment les niveaux prosodique, lexical et
grammatical, le niveau de la structure du texte et le niveau de l’interaction. Pour
chaque niveau nous fournirons des exemples d’analyse concrets.

Partie II

La partie II du livre présentera les contextes dans lesquels se situent nos
données de recherche. Elle sera subdivisée en deux chapitres, les chapitres 3 et
4. Le chapitre 3 traitera du contexte géographique et social, tandis que le
chapitre 4 portera sur le contexte sociolinguistique. Une compréhension
profonde de ces contextes est essentielle pour l’interprétation des données
analytiques. Une image correcte de la société dans laquelle les entretiens se
situent aidera à comprendre les constructions identitaires des informateurs.
Nous insérerons l’explication des phénomènes mentionnés dans les entretiens,
ainsi que d’autres éléments jugés nécessaires à la compréhension globale.

Le chapitre 3 comportera une discussion des conditions géographiques et
sociales dans lesquelles se situe notre recherche. Vu le fait que les informateurs
y renvoient fréquemment, une bonne introduction à ces conditions s’impose.
Nous commencerons par une présentation de la ville de Dakar. Nous
esquisserons brièvement son histoire, sa composition en différentes communes
et sa situation démographique et économique. Nous parlerons également de la
spécificité de la vie urbaine, la formation de nouveaux réseaux sociaux et
l’importance du quartier. Ces derniers éléments sont particulièrement
importants pour la compréhension de certaines constructions identitaires dans
notre étude. Une deuxième section sera consacrée à la commune spécifique de
Yoff, dans laquelle nous avons réalisé notre travail de terrain. Cette commune
est intimement liée au groupe ethnique des Lebou. Etant donné que la majorité
des informateurs se réclament d’être ‘Lebou’, cet élément occupe une place

15

Introduction

importante dans leurs constructions identitaires. Voilà pourquoi nous y
consacrerons une grande partie de la section. Les trois premières parties auront
trait au peuple lebou. Nous esquisserons d’abord l’histoire du peuple et son
installation dans la région dakaroise. Ensuite nous décrirons son organisation
politique et sa culture religieuse. Ces parties seront basées tant sur des
publications scientifiques que sur des notes de terrain. Dans une section finale
nous donnerons une image de Yoff à l’heure actuelle. Nous focaliserons
spécifiquement sur la situation des Lebou et sur ce qui reste de leurs structures
politiques et culturelles.

Dans le chapitre 4 nous présenterons le contexte sociolinguistique de notre
recherche. Le chapitre touche au cœur de notre étude. Il prend en considération
les éléments linguistiques sur lesquels se basent les identités sociales de nos
informateurs. Il est donc essentiel de fournir une bonne présentation de la
situation sociolinguistique. Nous offrirons les informations nécessaires
concernant chacun des éléments linguistiques traités par les informateurs, ainsi
que la situation sociolinguistique en général. Une première section offrira un
aperçu général du plurilinguisme au Sénégal. Nous toucherons brièvement à la
politique linguistique de l’Etat sénégalais et nous énumérerons les langues
présentes au pays. Dans une deuxième section nous traiterons de la situation
spécifique du français. Nous esquisserons son histoire au Sénégal, en traitant
son passé colonial et son rôle à partir de l’indépendance. Nous présenterons son
statut officiel et sa signification sociale au cours des années, pour commenter
finalement son rôle dans le Sénégal actuel. Une bonne compréhension de la
situation du français est capitale pour interpréter les constructions identitaires
des informateurs. Une troisième section présentera l’autre langue centrale dans
notre étude, notamment le wolof. Nous examinerons d’abord son
développement comme langue véhiculaire du pays. Nous parlerons des débuts
de ce mouvement appelé ‘wolofisation’, ainsi que de son évolution récente.
Nous expliquerons comment le mouvement a donné lieu à l’émergence d’une
nouvelle identité urbaine à partir des années 1990. Nous verrons que cette
nouvelle identité se base sur une forme de wolof spécifique, notamment un code
mixte français-wolof appelé ‘wolof urbain’. Nous expliquerons les spécificités
de ce code, ainsi que sa signification sociale. Nous situerons le mieux possible
ce code dans la vie sénégalaise actuelle, vu la place centrale qu’il occupe dans
les constructions identitaires étudiées. Dans une dernière section nous
focaliserons sur les formes de plurilinguisme concrètes à Dakar et à Yoff. Après
avoir compris le haut degré de plurilinguisme à Dakar, nous étudierons plus
spécifiquement le répertoire linguistique des informateurs. Nous observerons
que celui-ci s’oriente entièrement vers le phénomène du wolof urbain. Nous
verrons que les informateurs ne parlent pas de langues séparées, sinon des
variantes du code mixte français-wolof. Nous organiserons ces différentes

16

Introduction

variantes sur un ‘continuum linguistique’ allant du français au wolof. Cette
image du continuum linguistique deviendra centrale dans l’analyse des
constructions identitaires. C’est sur ce continuum que les informateurs situeront
les différentes identités sociales.

Partie III

La troisième partie de notre étude comportera les analyses concrètes des
données de recherche. Dans cette partie nous présenterons les analyses que nous
avons réalisées à partir des transcriptions des entretiens. Nous indiquerons
quelles identités sociales sont construites par les informateurs à partir de leurs
affirmations linguistiques. Nous montrerons également comment ils arrivent à
ces constructions identitaires. Nous avons organisé notre analyse en trois
chapitres. Ces chapitres représentent trois ‘types’ d’identités que nous avons pu
identifier. Nous avons observé que les informateurs associent leurs remarques
linguistiques à trois paramètres identitaires. A chaque fois ils relient l’emploi
des langues à un certain domaine identitaire pour arriver à la construction d’une
identité solide. Ces paramètres sont les suivants: le paramètre ethnique, le
paramètre spatial et le paramètre macroculturel. Dans les analyses nous
argumenterons notre choix de ce découpage analytique. Dans chaque chapitre le
paramètre en question sera d’abord introduit théoriquement. Nous présenterons
la littérature sur le phénomène et son importance dans la construction de
l’identité. Ensuite nous procéderons à l’analyse concrète du type d’identité en
question. Nous montrerons les différents aspects et étapes de la construction
identitaire. Nous illustrerons chaque étape par des extraits d’entretien. Ajoutons
ici que les références aux emplois linguistiques reviennent dans chaque
chapitre. Le rôle de la langue comme marqueur d’identité traverse donc comme
un fil rouge l’ensemble des chapitres analytiques.

Le chapitre 5 présente les constructions identitaires basées sur le paramètre
ethnique. Nous commencerons ce chapitre par une discussion théorique de
l’ethnicité comme marqueur d’identité. Nous parcourrons les principales
théories traitant l’ethnicité en tant que construction sociale. Ensuite nous
examinerons le lien entre la langue et l’ethnicité dans la création de l’identité.
Nous verrons que les deux phénomènes sont très souvent associés dans une
opération essentialiste présentant leur relation comme ‘intrinsèque’. Après cette
présentation théorique nous passerons à la partie analytique. Nous montrerons
comment les informateurs construisent une identité sociale basée sur le
paramètre ethnique en partant d’affirmations linguistiques. Nous verrons
comment des remarques sur la langue lebou donnent lieu à la création d’une
certaine identité ‘lebou’. Nous indiquerons comment les informateurs délimitent
un certain groupe et y associent des emplois linguistiques et des traits

17

Introduction

identitaires. Or nous remarquerons également que les informateurs se
distancient parfois de cette même identité. Nous verrons qu’ils tiennent des
discours contradictoires sur le rôle de la langue lebou et qu’ils instaurent une
variabilité en degrés de ‘lebouté’. Ainsi nous aboutissons à une image
identitaire fort disparate. Nous expliquerons cette variabilité en indiquant les
différentes motivations des informateurs lorsqu’ils changent d’identité. Nous
toucherons aux motivations inspirées par le contexte conversationnel, le rôle du
chercheur, l’imposition d’identités et la disparition de l’ethnicité à Dakar. Tout
au long de l’analyse et en guise de comparaison, nous insérerons également des
affirmations d’informateurs non lebou. Ainsi nous noterons que les mécanismes
de construction identitaire ne sont pas uniques de l’ethnie lebou.

Dans le chapitre 6 nous parlerons de la construction de l’identité basée sur le
paramètre spatial. Nous introduirons le chapitre par une discussion théorique
concernant la notion de l’espace. Nous inspirant de quelques auteurs importants,
nous verrons comment l’espace peut servir de marqueur de l’identité sociale.
Nous observerons comment l’espace lui-même est construit socialement pour
servir ensuite à la création de l’identité. Nous présenterons ses caractéristiques
principales, pour terminer par une discussion spécifique de l’espace urbain.
Ensuite, dans la section analytique, nous regarderons comment les informateurs
utilisent le paramètre spatial pour construire certaines identités. Ils prennent leur
lieu de résidence comme base de l’identité sociale. Commençant de nouveau
par des affirmations sur l’emploi des langues, ils construisent une identité
spécifiquement orientée vers le quartier où ils habitent. Nous verrons qu’ils
emploient le phénomène du contraste pour établir leur identité. Ainsi ils se
différencient consécutivement des habitants du centre ville de Dakar et de ceux
habitant la campagne sénégalaise. Dépendant du contraste établi, ils se
définissent alternativement comme ‘villageois’ ou ‘citadins’. Tous les
contrastes se basent originairement sur le phénomène de l’alternance codique.
En commentant l’emploi d’un wolof peu ou fort ‘francisé’, les informateurs
construisent différentes catégorisations spatiales. Comme dans le chapitre
ethnique, nous fournirons quelques explications de la multiplicité observée.
Elles se trouveront principalement dans l’objectif de contraste à atteindre. Mais
nous indiquerons également d’autres buts argumentatifs, ainsi que des objectifs
ayant trait au rôle du chercheur.

Le chapitre 7 présentera le dernier paramètre sur lequel les identités sociales se
basent, notamment le paramètre ‘macroculturel’. Concrètement il s’agira de la
construction d’un type d’identité ‘africain’. Nous utiliserons le terme
‘macroculturel’ pour indiquer qu’il s’agit d’un élément identitaire culturel à un
niveau global, opposant par exemple ‘l’Afrique’ à ‘l’Occident’. La première
partie du chapitre sera de nouveau consacrée à quelques introductions

18

Introduction

théoriques. Tout d’abord nous présenterons la notion de culture en général.
Nous indiquerons son importance dans la construction de l’identité. Ensuite
nous insérerons une discussion spécifique de la construction identitaire dans le
contexte postcolonial. Vu le fait que nos informateurs se trouvent dans un tel
contexte, leurs constructions identitaires affichent les particularités du
postcolonialisme. Nous verrons que les tendances générales du ‘nativisme’ et de
‘l’assimilation’ reviennent dans les entretiens. Finalement nous consacrerons
une section à l’opposition entre la tradition et la modernité. Ces éléments faisant
partie des entretiens, nous estimons utile une brève discussion de leur traitement
dans la littérature. Dans la section analytique nous montrerons comment les
informateurs construisent une certaine identité ‘africaine’ à partir de leurs
remarques linguistiques. Ces remarques concernent de nouveau l’alternance
codique entre le français et le wolof. Nous verrons que les informateurs
établissent des catégorisations macroculturelles en fonction de remarques sur
les différents codes mixtes. Ils instaurent un contraste entre le français, présenté
comme ‘langue étrangère’, et le wolof, considéré comme ‘langue autochtone’.
A partir de ces considérations ils catégorisent la population sénégalaise en de
‘vrais Africains’, s’ils emploient rarement le français, et ‘des assimilés’,
lorsqu’ils ont un emploi fréquent du français. Or une fois de plus nous noterons
une multiplicité dans les identités construites, les informateurs se positionnant
en effet alternativement d’un côté et de l’autre de la frontière établie. Ainsi ils
se définissent tantôt comme des ‘Africains authentiques’, tantôt comme des
‘occidentalisés’. Nous expliquerons cette variabilité en étudiant en détail le
discours de trois informateurs. Nous verrons que leurs manifestations
identitaires changent en fonction du but conversationnel qu’ils veulent atteindre.
Ainsi nous obtiendrons une image claire de la façon dont les informateurs
jouent avec leurs identités sociales en fonction de leurs objectifs
conversationnels.

Dans les conclusions nous focaliserons sur trois résultats principaux de notre
recherche. Premièrement nous indiquerons que nous avons fourni un exemple
concret d’une construction identitaire. Nous résumerons très brièvement les
différentes étapes d’une telle construction. Deuxièmement nous éclairerons le
rôle de la langue dans cette construction. Nous distillerons les références
linguistiques des trois chapitres analytiques. Ainsi nous démontrerons que la
langue constitue la base à partir de laquelle les trois constructions identitaires se
sont réalisées. Et finalement nous discuterons le phénomène de la multiplicité
des identités. Nous montrerons comment elle s’insère tout au long de notre
étude, argumentant qu’elle représente une conséquence logique de la nature
construite de l’identité. Finalement nous offrirons encore quelques pistes de
recherche future.

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PARTIE I : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE

1. Théorie: l’identité sociale

1.1 Introduction

Théorie

Le présent chapitre sera consacré à la présentation théorique de la notion
d’identité sociale. Si nous jetons un regard sur la littérature scientifique des
dernières années, le mot ‘identité’ semble être omniprésent. En effet, l’emploi
de la notion s’étend des écrits en sociologie, linguistique et philosophie vers
l’économie, l’anthropologie, les sciences politiques et beaucoup d’autres
domaines de recherche. En regardant la multiplicité d’études qui prennent le
concept d’identité comme point d’attention on pourrait facilement croire qu’il
s’agit d’un phénomène de mode, d’un mot clé qui sert plutôt de fourre-tout que
d’instrument de recherche efficace. En partie cette impression est vraie. Il existe
maintes études qui n’impliquent le concept d’identité que pour s’inscrire dans
les tendances récentes. Pourtant la majorité des études se basent tout
simplement sur l’observation d’un phénomène extrêmement important dans la
vie humaine. Comme l’indique le psychologue Tajfel (1981), la notion
d’identité est primordiale dans le comportement de l’homme. Un de ces
possibles comportements par exemple, le conflit humain, ne peut être compris
sans un examen profond des mécanismes impliquant l’identité. En général,
l’identité exerce son influence dans une multitude de domaines de la vie
humaine sociale. Tel est également le cas pour les habitants dakarois étudiés
dans cette recherche. Dans leur expérience du plurilinguisme urbain l’identité
occupe une place primordiale. En construisant plusieurs identités, les Dakarois
donnent un sens à la réalité plurilingue de leur ville. C’est pourquoi nous avons
fait de l’identité l’élément clé de notre étude.

Dans ce chapitre théorique nous étudierons donc la notion d’identité, et plus
particulièrement la notion d’identité sociale. Nous expliquerons cette addition
du terme ‘sociale’ plus loin dans le chapitre (dans la section 1.2.1). Dans la
section 1.2 nous approcherons la notion d’identité sociale de manière générale,
en parcourant quelques premières théories. Nous insérerons également quelques
notes sur la terminologie utilisée dans notre étude. Dans la section 1.3 nous
présenterons la théorie du constructivisme social, une théorie qui a intensément
influencé la conception de l’identité sociale. C’est dans la théorie
constructiviste qu’apparaît le rôle important de la langue à l’égard de l’identité
sociale, notamment comme moyen de construction. La langue, dans son sens
abstrait de système de communication, joue ici un premier rôle vis-à-vis de
l’identité sociale. Nous verrons plus tard que la langue joue encore un second
rôle aussi. Dans cette section nous introduirons donc le constructivisme social et
ses idées principales pour ensuite les comparer à notre propre vision du concept
d’identité. Après avoir défini le concept, nous en traiterons encore quelques

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Théorie

caractéristiques principales. Ces caractéristiques constitueront le contenu de la
section 1.4. Elles se composent de lamultiplicité, l’aspect relationnel et
l’imposition d’identités. Dans la section 1.5 nous parlerons d’un marqueur
d’identité particulier, notamment la langue. Ceci est le second rôle de la langue
à l’égard de l’identité sociale, c’est-à-dire l’élément sur lequel se basent
certaines identités. Ici nous entendons le terme ‘langue’ dans son sens
spécifique d’une langue particulière (le français, l’esperanto, le langage des
jeunes,…). Là où dans la section 1.3 la langue (comme système) fonctionnait
donc dans sa capacité générale de moyen par lequel l’identité se construit, dans
la section 1.5 la langue (ou les langues) apparaît dans son sens spécifique
comme marqueur concret d’une identité sociale particulière. Dans cette section
seront traités les phénomènes de l’idéologie linguistique, de l’identité
linguistique et du plurilinguisme. Finalement, à côté de ce marqueur
linguistique il existe encore d’autres paramètres sur lesquels la construction de
l’identité sociale peut se baser. Pour notre étude nous en avons distingué trois:
le paramètre ethnique, le paramètre spatial et le paramètre macroculturel. Ces
trois paramètres seront présentés dans trois sections séparées, insérées dans les
chapitres analytiques.

Il est important d’indiquer que pour cet aperçu théorique nous ne nous sommes
pas basée sur une seule théorie. Dans ce qui suit la combinaison de différentes
approches et de différentes disciplines sautera aux yeux. Nous reprendrons par
exemple certains points théoriques de l’analyse conversationnelle (traitant la
catégorisation), bien que notre étude ne se base pas sur cette méthode
analytique. De la même façon nous référerons à la psychologie sociale, malgré
le fait que nous ne partageons pas la majorité de ses points de vue. Or nous
sommes d’avis que tous ces mouvements ont quelque chose à contribuer à la
compréhension de l’identité sociale. C’est en combinant les acquisitions de
chacune de ces théories, sans s’adonner au ‘racisme disciplinaire’, que nous
arriverons à une image totale de ce que peut signifier cette notion clé.
Finalement nous voudrions encore signaler que ce chapitre contiendra une large
série de concepts généraux, tels que l’identité, la culture, l’ethnie, la race, etc.
Les confusions conceptuelles qui en résultent sont inévitables. Il n’est pas notre
objectif d’atteindre une clarté totale dans ce domaine. Pourtant nous essaierons
d’indiquer le mieux possible notre interprétation spécifique des concepts au sein
de notre étude.

24

1.2 La notion d’identité sociale

1.2.1 Qu’est-ce que l’identité sociale?



Essayer de donner un aperçu théorique traitant l’identité sociale n’est pas une
entreprise évidente. La notion d’identité sociale occupe une place centrale dans
une multiplicité d’écrits théoriques. Ces écrits discutent souvent plusieurs autres
phénomènes sociaux, de telle manière que le concept d’identité sociale vient
s’associer à un ensemble d’autres notions, comme par exemple le sujet, la
personne, la catégorie sociale, etc. Dans ce qui suit quelques-unes de ces
notions seront passées en revue au fur et à mesure que nous présenterons les
différentes théories.

Un premier grand développement de la notion d’identité sociale se trouve dans
la psychologie sociale.Des psychologues tels que Tajfel, Forgas et Turner ont
réagi contre le point de départ individualiste de la recherche psychologique. Ils
l’ont fait en focalisant sur le contexte social de la psyché humaine. Dans ses
écrits Tajfel (1981, 1982) critique la méthode des expériences isolées
généralement employée pour découvrir les secrets de la psyché. En revanche il
propose une attention nette pour le contexte social dans lequel se situe le
comportement des êtres humains. Dans le but de leurs recherches ces
psychologues essaient d’élaborer une définition efficace du concept d’‘identité
sociale’.

Ce qui nécessite tout d’abord une explication est le qualificatif ‘sociale’ derrière
le mot ‘identité’. La présence de ce qualificatif ressort du fait que l’identité est
souvent divisée en deux types: l’un personnel et l’autre collectif. L’identité
sociale constituerait alors la composante collective. Turner la décrit très

simplement comme suit: “the sum total of the social identifications used by a
person to define him- or herself” (1982:18). L’auteur différencie cette notion de
l’identité personnelle, qu’il considère comme les attributs spécifiques de
l’individu, tels que les goûts personnels ou les caractéristiques corporelles. Dans
les ouvrages de certains autres psychologues sociaux (Tajfel, 1981,1982; Billig,
1976) nous retrouvons cette conception de l’identité sociale comme une identité
‘de groupe’, le groupe étant opposé à la sphère de l’individu.

Or cette distinction entre ‘identité personnelle’ et ‘identité sociale’ est
évidemment douteuse. Strictement parlant chaque identité relie l’individu à un
certain groupe, par le fait que l’attribution de caractéristiques catégorise
l’individu à l’intérieur d’un groupe de personnes ayant les mêmes
caractéristiques. De ce point de vue l’expression ‘identité sociale’ peut être
considérée comme un pléonasme. Tel est également le point de vue d’Edwards

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Théorie

(1998). Cet auteur prétend que la ‘self categorization theory’ de Turner défait en
partie la distinction entre l’identité personnelle et l’identité sociale. Selon
Edwards Turner indique que les identités personnelles sont tout aussi bien des
catégories de groupe, se basant sur des similarités à l’intérieur du groupe et sur
des différences avec d’autres groupes. La distinction entre les deux concepts
n’est donc certainement pas évidente. Nous argumenterons notre décision de
garder le terme ‘identité sociale’ dans la section 1.2.2.

Après cette première approche nous pouvons maintenant regarder ce que les
psychologues sociaux offrent encore comme définition de cette ‘identité
sociale’. Tajfel décrit l’identité sociale comme suit:

“that part of an individual’s self-concept which derives from his
knowledge of his membership of a social group (or groups) together
with the value and emotional significance attached to that
membership” (1981:255)

Liée à la notion d’identité sociale se trouve l’action appelée ‘identification
sociale’. Celle-ci est décrite par Turner comme “the process of locating oneself,
or another person, within a system of social categorizations” (1982:17-18).
Billig la définit comme suit: “the process by which any individual is bound to
his social group and by which he realises his social self” (1976:322). Et
finalement Tajfel nous fournit encore la signification de ce qu’il appelle la
‘catégorisation sociale’: “a system of orientation which helps to create and
define the individual’s place in society” (1981: 255). Nous notons qu’il y a une
série de concepts surgissant dans ces définitions, dont les plus importants nous
semblent être les suivants: ‘appartenance’ (paraphrase de l’anglais
‘membership’), ‘groupe social’ et ‘catégorisation sociale’. Si nous voulons
comprendre à fond le sens de la notion d’identité sociale il nous faut une
compréhension nette du rapport entre ces différents concepts. Nous acquérons
une première impression de ce rapport en regardant les autres termes présents
dans les définitions citées ci-dessus. Nous remarquons que les auteurs utilisent
les mots "knowledge" (‘connaissance’), "locating" (‘situer’), "process"
(‘processus’), "bound" (‘lié’) et "realises" (‘réalise’). Il est donc clair qu’il y a
un certain processus qui se déroule. On pourrait dire que l’identité sociale est
quelque chose qui ‘se réalise’. Or ce quelque chose est le résultat d’un
processus compliqué sur lequel plusieurs théoriciens se sont penchés et ont
développé des vues divergentes. Nous essaierons de les expliquer dans la
section 1.3.

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1.2.2 Notes sur la terminologie


Comme indiqué dans la section précédente il existe un débat sur l’emploi des
termes ‘identité sociale’, vu le fait qu’ils peuvent être considérés comme
pléonastiques. Or, dans notre étude nous tenons à utiliser l’expression ‘identité
sociale’ en dépit des critiques, et ceci pour deux raisons. Premièrement la notion
d’identité sociale est tellement répandue dans les théories sociologiques et
linguistiques qu’il serait très difficile de donner le présent aperçu théorique sans
avoir recours à cette notion. Deuxièmement nous utilisons les termes ‘identité
sociale’ avec un accent explicite sur l’aspect de groupe, vu que dans les données
analysées les informateurs réfèrent explicitement à certains groupes de
personnes. Dans notre étude il ne s’agit donc pas uniquement de la construction
d’une identité sociale, mais il s’agit explicitement de la construction de certains
groupes de la société sénégalaise.

Finalement nous voudrions clarifier la terminologie spécifique que nous
utiliserons dans la partie analytique de notre étude. Cette partie sera subdivisée
en trois chapitres. Dans chaque chapitre nous présenterons un paramètre
particulier sur lequel les informateurs basent leur identité sociale. Il s’agira des
paramètres ‘ethnique’, ‘spatial’ et ‘macroculturel’. Ainsi, le premier chapitre
traitera des cas où les informateurs fondent leur identité sociale principalement
sur un paramètre ethnique. Nous examinerons comment les informateurs
utilisent des éléments ethniques pour construire leur identité sociale. Il s’agira
donc d’une ‘identité sociale basée sur un paramètre ethnique’. Or, pour des
raisons de lisibilité nous réduirons cette expression ensuite à la tournure
‘identité ethnique’. Dans le reste du chapitre nous utiliserons cette tournure
simplifiée. Nous ne voulons pourtant pas dire qu’il s’agit alors d’une identité
absolue. Dans notre étude les expressions ‘identité ethnique’, ‘identité spatiale’
et ‘identité macroculturelle’ sont donc des simplifications de la conception
suivante : une identité sociale se basant principalement sur le paramètre
ethnique, spatial ou macroculturel.

1.3 La langue 1 : la construction discursive de l’identité

1.3.1 Introduction

Pour comprendre ce qu’est l’identité sociale il est primordial d’acquérir une
compréhension de la façon dont elle se réalise. Ceci est dû au fait que l’identité
sociale est le résultat d’un processus hautement complexe. La question à poser
est donc : comment l’identité sociale ‘se fait’ ? A l’identité et au processus qui
la génère un mouvement théorique particulier s’est consacré : le constructivisme
social. Cette théorie, développée à l’intérieur du postmodernisme et du

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